CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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CHILI: le tortionnaire était un camarade de lycée...

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       Familles de disparus attendant la sortie des prisonniers au camp de Tres Alamos 

    Le 18 novembre 1976, environ trois cents prisonniers politiques détenus dans le tristement célèbre camp de «Tres Alamos »à Santiago  étaient libérés par les autorités chiliennes après un dernier repas dans la cour de la prison... Parmi eux, un ancien militant du M.I.R (mouvement de la gauche révolutionnaire) devait faire ce récit étonnant sur ses tortionnaires:

            “J’ai été arrêté au début de 1975. Ma femme avait été arrêtée avant moi et avait été blessée au cours de son arrestation. Je ne l’ai jamais revue. Moi, j’avais été arrêté dans le cadre d’une opération montée avec soin par la DINA (police politique) avec plusieurs véhicules. J’étais mal armé, et je n’ai pas eu le temps de charger mon revolver. Ils m’ont emmené à la Villa Grimaldi, un des centres de torture de Santiago. Ils ont voulu me faire “chanter” et m’ont dit: “Ta femme est blessée, nous la soignerons si tu nous donnes des informations”.  J’ai demandé à la voir, disant: “Si je la vois, je parlerai”. Mais ils n’ont pas marché et immédiatement ils ont commencé à me torturer.

Prisonniers retrouvant leurs familles à la Vicaria, 1976 J’ai passé deux mois à la Villa, les pieds enchaînés, et les mains liées derrière le dos pendant la nuit. Je dormais dans une cellule avec trois ou quatre compagnons. Quand je suis arrivé, ils m’ont donné un numéro, disons le 600, et quand je suis sorti ils en étaient au 1.000. Sur le total peut-être 100 ou 150 ont réussi à sortir: le reste a disparu. Pendant mon séjour là-bas j’ai vu le mari et le fils de Mme X. Aujourd’hui ils sont certainement morts.

            Ils m’ont torturé avant tout pour avoir mes contacts. Pour gagner du temps j’inventais des noms et les envoyais à de fausses adresses;  cela les rendait furieux et ils se vengeaient en me mettant sur le “gril”: ils m’attachaient tout nu et branchaient les fils électriques sur tout le corps, sur la bouche, sur les organes génitaux... Au début c’était insupportable, mais après une heure, ou deux, ou trois, je ne sentais plus rien. Ils s’en rendaient compte et ils arrêtaient.  Ils me suspendaient ausssi par les pieds et les mains, comme un "cochonnet", et me frappaient, ou recommençaient avec l’électricité.  Les coups pleuvaient sur tout le corps, sur les reins. Ils me mettaient la tête dans un sac en plastique jusqu’à ce que je sois sur le point de suffoquer.

Général Pinochet en unitforme blanc et Gl Videla La plupart des tortionnaires étaient issus du “lumpen proletariat” de Santiago.  Quand ils m’ont arrêté j’avais sur moi plusieurs milliers de dollars qu’ils se sont répartis entre eux. J’ai vu mourir deux compagnons et une femme. L’un d’eux est mort d’une hémorragie interne, des suites de la torture; l’autre est mort de ses blessures. Il y avait deux médecins qui examinaient  les “patients” et indiquaient quand la torture pouvait reprendre. Il était pratiquement impossible de dormir. Ma cellule se trouvait face à la salle de torture d’où sortaient jour et nuit des cris terribles. Et un jour ils m’ont annoncé: “Ta femme est morte”.

            Tout à fait par hasard j’ai su qui était le responsable des tortures: à la villa Grimaldi, le chef des tortionnaires était un ancien camarade de lycée: Miguel Krasnoff Marchendko, un capitaine de la DINA âgé de 29 ans, un idéaliste honnête. Si, c’est un peu l’enfant prodige de la DINA. Un jour, pendant qu’ils me torturaient, ils a donné l’ordre de retirer le bandeau qu’on avait toujours sur les yeux. Par la suite il venait régulièrement discuter avec moi, on parlait de tout, de la guerre avec le Pérou, de la situation économique, il me demandait comment nous pouvions nous autres continuer la lutte. Il disait avoir un grand respect pour Miguel Enriquez (dirigeant du MIR assassiné en octobre 1974): “C’est un général de guerre, un homme honnête. Beaucoup d’entre vous sont honnêtes”, disait-il. Lui aussi il était idéaliste, mais il torturait dur. Il croyait dans ce qu’il faisait et il justifiait la torture. Il disait: “Je crois que c’estnécessaire pour obtenir rapidement des informations”. Et il ajoutait: “Ne crois pas que ça me dégoûte, ou que je vais rester sans dîner”. Et brussquement il m’insultait et il me frappait furieusement, puis il recommençait à discuter avec moi. Il écriviait un livre, “Les origines de la violence au Chili”, et reprenait certaines idées du M.I.R, arrivant à des conclusions assez proches. Je lui disais souvent: “Tu finiras mal”.  Un autre responsable, adjoint du précédent, était un commandant, Ferrer Lima, sans aucune personnalité, qui avait un peu plus de trente ans. Evidemment ils avaient de la technique, ils savaient qu’il y avait des gens qui ne parleraient pas. En conséquence, après les avoir longuement torturés, ils les interrogeaient sur l’organisation, et s’ils n’obtenaient pas de réponse ils décidaient alors s’ils allaient les tuer ou pas. Il y a aussi des femmes tortionnaires. Je connaissais l’une d’elles, elle s’appelait Teresa. Elle avait de la sympathie pour moi et m’apportait à manger. Elle me dit qu’elle avait suivi un entraînement au Brésil et au Panama. Je la reconnaissais à son parfum, puisque j’avais toujours les yeux bandés. C’était son père, un sous-officier de l’armée, qui lui avait trouvé ce travail, mais elle ne l’aimait pas beaucoup...

            Peut-on supporter la torture jusqu’à la mort? C’est une question de motivation politique. J’ai vu un ouvrier qui riait pendant qu’on le torturait. Un jour il a donné une fausse piste à la DINA: la maison d’un colonel de l’armée -- ce qui provoqua une bataille rangée entre les agents de la DINA et les gardes du corps du colonel. Quand ils lui ont demandé ensuite pourquoi il avait fait ça, il répondit que c’était pour s’amuser! Ils lui ont cassé les côtes... Moi je suis toujours en vie et je n’ai pas parlé. Si je suis toujours en vie, c’est probablement aussi à cause de mon “ami”. Il est possible qu’il soit intervenu le jour où ils ont décidé ce qu’ils allaient faire de moi.  Après j’ai passé un mois en isolement à “Cuatro Alamos”: c’est ce qu’ils appellent un “centre de récupération”,  où ils mettent les gens en attendant d’arrêter quelqu’un qui va parler. Il y en a qui ont passé huit mois là. Nous étions une soixantaine de personnes. J’ai aussi été à Puchuncavi. Avant février 1975 il y avait plusieurs services de renseignement en activité. Chaque arme avait le sien, y compris les carabiniers. Le chef des services de renseignement de l’armée de l’air était un certain Ceballos, je ne sais pas si c’était un civil ou un militaire. En général ils étaient “corrects”, ils nous offraient des cigarettes, du café et des biscuits, et ils posaient à côté de nous un passeport avec un visa pour l’étranger, en disant: “Maintenant, tu parles, et tu sors du pays avec ce passeport; sinon, on te torture”.  Après février 1975 la DINA a tout supervisé, et le SIFA (aviation) et le SIN (marine) n’avaient plus d’activités qu’à l’intérieur de leurs forces respectives.

(Le Quotidien de Paris, 22 décembre 1976,

(CAMBIO 16, N° 267, extraits, 17-23 janvier 1977)

 

 

 

 

 

 

 

 

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