CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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SYRIE: La fin des Idéologies

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Portrait de Hafez al AssadDix-huit ans après  l’arrivée du Baas au pouvoir en Syrie, et dix ans après la confiscation de ce pouvoir par le général Assad, une conclusion s’impose: tous les partis politiques ont été laminés, broyés avec la force brutale d’un bulldozer, et en même temps manipulés avec une habileté qui force l’admiration.

A la base de ce traitement de choc, l’infiltration, par les services de renseignements, les “mukhabarats”, de toutes les organisations politiques syriennes: “En Syrie, il n’y a pas un groupe de cent personnes qui ne soit infiltré par les flics”, dit un avocat qui a été amené à défendre des prisonniers politiques. Le véritable essor des “mukhabarats” syriens date de la nomination, en 1955, d’Abdoul Hamid Sarraj à la tête du 2eme Bureau. Après en avoir été les victimes sous Nasser, pendant la période d’union avec l’Egypte, (1958-1961), les Baasistes ont su retourner cette arme contre leurs adversaires.

Tentaculaire, l’appareil de sécurité mis au point par le général Assad comprend notamment les tout-puissants services de renseignements de l’armée de l’air, coiffés par le général Mohammed al Khouli, l’homme de confiance d’Assad, et les services d’Ali Douba. Trente mille personnes sont actuellement fichées par les services syriens, mais le Ministère de l’Intérieur vient de conclure un accord avec une société française pour s’équiper d’un ordinateur permettant de ficher 500.000 personnes!

Le général Mohammed al KhouliUn régime d’intimidation

Disposant ainsi de fichiers extrêmement complets sur tous les partis ou groupuscules, les autorités sont en mesure de frapper avec une sévérité impitoyable ceux qui menacent, estiment-elles, la sécurité du régime: arrestations sans mandat d’amener, tortures, exécutions sommaires, ont permis de décapiter tout mouvement d’opposition sérieux -- et en même temps d’intimider les velléitaires: récusant à l’avance toute accusation d’attentisme, un politicien syrien de l’opposition estime que “survivre physiquement est déjà une gageure, et que le mot d’ordre doit être: conserver ce qui existe encore”. Simultanément, le régime brandit la carotte, proposant à ceux qui ne sont pas dans l’opposition active d’étudier les moyens d’arriver à “un arrangement”.

Au centre, les Nassériens ont éclaté en quatre fractions au moins, l’Union socialiste, qui fait partie du front au pouvoir, l’Organisation nassérienne, qui n’en fait pas partie, l’Union socialiste arabe de Jemal Atassi, qui fait partie du Rassemblement national démocratique, et les Nassériens.

A gauche, le Parti communiste n’en finit pas de se diviser: l’attitude à adopter à l’égard du pouvoir, mais aussi la personnalité de son secrétaire général, et des considérations de discipline interne, sont à l’origine de cet éclatement. Il est très difficile d’évaluer aujourd’hui la situation du Parti communiste de Khaled Bagdache, qui pouvait autrefois mobiliser plus de 25.000 électeurs dans la seule capitale. Certains politiciens de l’opposition envient le PC de Khaled Bagdache, qui a une existence légale, publie un journal diffusé à 25.000 exemplaires, même si c’est dans des conditions difficiles, et aurait considérablement renforcé son influence à la base, dans les syndicats notamment. D’autres, au contraire, affirment que le PC est complètement discrédité par son association avec le pouvoir.

Dans ces conditions, il n’est pas surprenant que tous les Syriens, dans les cercles du pouvoir comme dans l’opposition, aient été surpris par l’émergence des Frères musulmans sur la scène politique.

Ce que les dirigeants syriens n’ont pas décelé, c’est l’émergence, à côté du courant intégriste “rétrograde” classique, qui regroupe les disciples de Hassan al Banna, fondateur de la confrérie des frères musulmans, d’un nouveau courant, pour qui le régime “impie” des “usurpateurs” doit être abattu par la lutte armée.

L’organisation de Marwan Hadid: une mentalité différente

Formée de membres assez jeunes et instruits -- beaucoup de médecins, d’avocats, d’ingénieurs -- cette organisation a justement été fondée par un ingénieur, Marwan Hadid, originaire de Hama, qui s’est laissé pousser la barbe et est devenu cheikh... Arrêté après les émeutes de 1973 -- le projet de constitution qui allait être soumis à la population par référendum omettait toute référence à l’Islam -- Marwan Hadid mourut dans sa prison. Après son arrestation, son organisation cessa toute activité publique, toute publication, pour se développer souterrainement. Les membres les plus actifs furent envoyés suivre un entraînement militaire dans les camps palestiniens, au Liban.

Tous les témoignages concordent: les militants de cette organisation ont une mentalité différente -- ils ne ressemblent à rien de ce qu’a produit jusqu’à maintenant le milieu politique syrien -- pourtant si riche. “Ces jeunes, ils ont en général 20 à 25 ans, mais certains ont moins de 20 ans, ont une mentalité extraordinaire”, dit un avocat syrien qui a eu l’occasion d’en défendre quelques uns. “Ils ont fait des prouesses”, ajoute-t-il, sans cacher qu’il est loin de partager leurs idées, “et ils ont un courage extraordinaire. Condamnés à des peines très sévères, ou à mort, ils écoutaient leur sentence en récitant un verset du Coran, et en appelant le châtiment divin sur ceux qui les jugeaient”.

Ce fanatisme et ce courage expliquent que l’on sache très peu de choses sur leur organisation. Mais ce que personne ne conteste, c’est le sang-froid et l’efficacité avec lesquelles ils agissent: “J’ai toujours été contre les Frères musulmans”, dit un politicien syrien, “mais quand ils ont commencé ces actions, avec tant de courage, je les ai admirés”.

Le pouvoir alaouite

Réagissant de façon épidermique à l’évocation du problème confessionnel et du rôle des minorités, les dirigeants syriens ont beau jeu de soutenir que les Français ont une grande responsabilité dans l’exacerbation des clivages confessionnels en Syrie: à l’époque du mandant, en 1920, la France avait en effet morcelé la Syrie en plusieurs Etats et territoires, espérant jouer les diverses minorités syriennes les unes contre les autres. C’est ainsi que, jusqu’en 1936, exista notamment un “Etat alaouite”, adossé à la montagne, allant de Lattaquié à Tartous, et d’une superficie d’environ 6.500 km2.

Un mot suffit à caractériser la situation des Alaouites à cette époque: la misère. “Ils vivaient avec leurs animaux dans des huttes enfumées, mangeaient de la bouillie de gruau et des galettes de pain, et étaient opprimés et exploités par leurs aghas”, raconte un témoin de cette époque, “et pour deux dinars en or, leurs filles étaient vendues comme bonnes à tout faire -- je dis bien à tout faire”.

Une anecdote terrible en dit long sur la place réservée aux Alaouites dans les mentalités syriennes à l’époque contemporaine: “Autrefois”, dit un vieux Syrien, “les trottoirs étaient très étroits à Lattaquié, il n’y avait de place que pour une seule personne. Quand un musulman, un sunnite, croisait un chrétien, il lui disait: “Descends, descends”. Quand un chrétien croisait un animal, il lui disait: “Pousse-toi”... Et quand un animal croisait un Alaouite, c’était l’Alaouite qui se poussait”.

C’est l’armée qui a permis aux Alaouites de sortir de leur ghetto. Tout d’abord, pendant le mandat, comme simples soldats dans certains bataillons du Levant. Puis, après l’indépendance, dans l’armée syrienne. En 1954, grâce à Akram Haurani, les portes de l’Académie militaire de Homs leur sont ouvertes. Pour les fils des bourgeois sunnites, l’armée n’était pas un métier honorable. Par contre, pour un Alaouite, devenir sous-lieutenant, c’était la possibilité de faire vivre toute une famille.

Selon certaines estimations, l’armée syrienne comprendrait aujourd’hui 60% d’officiers alaouites et 15% de chrétiens, alors que ces deux minorités ne composent pas plus de 10% chacune de la population syrienne.

L’ascension du général Assad, l’élimination progressive de tous ses rivaux, le pouvoir absolu qu’il détient depuis 10 ans sont donc une remarquable revanche sur le destin -- revanche que les Alaouites savourent avec peut-être trop d’ostentation, et que les sunnites ressentent avec une exaspération qui est devenue de la haine depuis la répression massive de l’année dernière.

Pour les observateurs les plus avertis de la scène politique syrienne, le régime du président Assad est désormais “prisonnier de ses structures”. Son pouvoir ne reposant que sur le clan alaouite -- sur une fraction d’un clan alaouite -- et sur la force des appareils de sécurité, il ne peut que répondre par une nouvelle vague de répression à toute contestation. Et ainsi de suite dans un engrenage infernal.

Les leaders de l’opposition syrienne conviennent que ce ne sont pas les masses populaires qui renverseront le régime, et que celui-ci tombera victime de ses contradictions internes -- existence de plusieurs centres de pouvoir,: le clan Assad, mais aussi l’armée, les services spéciaux, le Baas -- ou d’une agression externe, d’Israel.

Pour les dirigeants syriens, seule cette dernière hypothèse est valable -- celle du “complot” extérieur: “Le premier assassinat des Frères musulmans a eu lieu juste après la conclusion de l’accord sur le Sinai”, a affirmé le président Assad lors de son discours-fleuve du 8 mars (1981) au cours duquel il a longuement évoqué les “instructions” données à l’Egypte et à la Jordanie par leurs “maîtres” (les USA, Israel) pour accomplir le sinistre complot de Camp David: “Mettre à genoux la Syrie, assassiner la Palestine”.

Indéniablement, en s’affirmant la victime de leur politique étrangère -- leur refus d’avaliser la politique américaine au Moyen-Orient -- les dirigeants syriens jouent une bonne carte: c’est même la seule bonne carte qu’ils aient, et qui leur vaut, sur le plan interne, le soutien des communistes de Khaled Bagdache, et sur le plan extérieur, celui de l’URSS. Et aussi celui de certains diplomates occidentaux, qui font remarquer: “L’Occident n’a pas intérêt à voir tomber Assad”.

En effet, s’il tombe, il sera remplacé ou bien par un colonel sunnite intégriste,avec les répercussions immédiates que l’on imagine pour les chrétiens de Syrie et pour Israel. Ou bien il sera remplacé par un colonel gauchiste, qui fera plonger la Syrie dans le camp socialiste”.

(24 Heures, 27 avril 1981)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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