CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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YEMEN: Campagne pour la sauvegarde de Sanaa

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Vue des terrasses de SanaaLa campagne de l’Unesco pour la sauvegarde de la vieille ville de Sanaa, lancée par le secrétaire général de l’Unesco, M. M’Bow, en novembre 1984, est mal partie. C’est du moins le sentiment de beaucoup de Yéménites...

Jusqu’à la révolution (1962), la ville de Sanaa se réduisait à la vieille ville entourée de remparts, et elle n’avait pratiquement pas changé depuis que Niebuhr l’avait visitée en 1762... Mais en vingt-cinq ans, la capitale du Yemen a littéralement explosé -- c’est maintenant une métropole de 425.000 habitants -- et la vieille ville, qui comptait environ 50.000 habitants en 1962, n’en compte plus que 30.000 à 35.000. Chaque année des dizaines de familles abandonnent la vieille maison familiale pour le confort d’une maison moderne construite en dehors des murs.

Des maisons de 7 étages et de 120 marches...

Yahya Suneidar, un des principaux négociants de Sanaa, qui retourne vivre dans la vieille maison familiale quand ses enfants sont à l’étranger, admet que ces vieilles maisons sont difficiles à entretenir, et nécessitent une nombreuse domesticité: “Avec ses 7 étages et ses 120 marches, cela représente beaucoup de travail pour les femmes”.

Ouvrier travaillant sur une fenetreLes changements sociaux intervenus après la révolution ont eu un large impact sur un certain nombre de vieilles familles qui possèdent de grandes maisons et -- à la différence de Yahya Suneidar -- ne sont plus en mesure de les entretenir. Les enfants de certaines familles traditionnelles de cadi (juges religieux) ne sont pas allés faire leurs études dans les écoles modernes, et ont été incapables d’assurer la relève à la mort de leurs parents. Dans d’autres cas, les jeunes se sont laissé séduire par le prestige d’un emploi de fonctionnaire du gouvernement -- et sont ruinés aujourd’hui.

Le problème que les habitants de la vieille ville aimeraient voir résoudre en premier est celui de la poussière terrible que soulève la moindre brise dans les rues et ruelles de la vieille ville. Tous les habitants estiment que les rues devraient être pavées -- et non goudronnées -- avec des pierres noires. Sanaa n’en serait pas pour autant une ville impeccable: il resterait en effet à résoudre le problème des ordures immondes qui défigurent la vieille ville.

CheikhAbdalla AllosCheikh Abdalla Allos admet que c’est une question épineuse, chacun ayant tendance à traiter la rue comme une poubelle, et personne au Yemen ne voulant travailler comme éboueur, métier que seuls les gens de la Tihama (la plaine côtière) acceptent de faire, et mal...

Des embouteillages indescriptibles

L’absence de canalisations pour l’écoulement des eaux de pluie (parfois torrentielles), la nécessité de mettre en place un réseau électrique (enterré) suffisant pour les besoins de la population, et les problèmes de la circulation figurent en tête de liste des réclamations des habitants de la vieille ville: les embouteillages sont indescriptibles; tout le monde convient que les ruelles étroites de cette  cité médiévale ne sont pas faites pour la circulation des voitures et des motocyclettes, mais la seule personne prônant une solution aussi radicale que l’interdiction de ces véhicules dans la vieille ville... n’y habite plus. Il s’agit de Yahya Suneidar, vivement impressionné par ce qui a été accompli à Fez (Maroc), et convaincu que les gens devraient utiliser des charrettes comme autrefois.

Et Cheikh Abdalla Allos pense que l’adoption d’une mesure aussi radicale ne ferait que précipiter le départ des habitants de la vieille ville. L’opinion la plus répandue est que les venelles les plus étroites devraient être interdites à la circulation, celle-ci étant réglementée dans les rues plus larges, avec l’instauration d’un certain nombre de sens uniques, et la construction de garages pour le parking. Abder Rahman Ziraji, un négociant en café, âgé de 38 ans, qui s’est installé dans une vieille samsara qu’il a restaurée, estime qu’il serait difficile de limiter la circulation au petit matin, car certains de ses clients et fournisseurs viennent de très loin avec leur qishr (écorce de grains de café) et leur boun (grains de café), et cela leur compliquerait beaucoup la vie de ne pouvoir accès à sa samsara à n’importe quelle heure.

De toute façon, la plupart des maisons de la vieille ville sont si grandes, et en si mauvais état, que les ressources d’un particulier ne suffiraient pas à les sauver de la ruine. C’est aussi le cas des samsaras, dont 16 sur 25 sont en mauvais état, et d’un certain nombre de mosquées. Manifestement, il faut des fonds publics.

Cheikh Abdalla Allos intervient à ce propos, en affirmant: “S’ils veulent que le projet réussisse, ils doivent nous consulter, nous les akils (chefs de corporations) et les cheikhs, car nous connaissons les gens, nous savons qui a besoin d’aide et qui n’en a pas besoin;  sans nous, ils ne peuvent rien: l’Etat arrive comme une rivière en crue, il ne sait pas qui est riche et qui est pauvre”!

Manifestement le Dr Abder Rahman Haddad, directeur du Comité exécutif et technique pour la sauvegarde de Sanaa, estime qu’il y a quelque vérité dans ce jugement -- et il fait de son mieux pour faire participer les habitants de la vieille ville à la campagne de sauvegarde de leur cité, notamment en consultant leurs représentants traditionnels, comme Cheikh Abdalla Allos ou Cheikh Mohammed Amer, et en distribuant des questionnaires aux habitants.

La campagne de sauvegarde de Sanaa semble donc finalement démarrer, en partie grâce à la participation de ses habitants. Mais il faudra que de nombreux gouvernements imitent l’exemple de l’Italie, qui a donné 5 millions de dollars, si l’on ne veut pas que les belles rues pavées du quartier de Sayyed Maad ne conduisent aux ruines de l’une des plus belles villes du monde arabe.

(24 Heures, 29 septembre 1986;  Connaissance des Arts, Février 1975;  The Middle East magazine, July 1986)

 

 

 

 

 

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