CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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IRAK: Etude sur les structures parallèles du Pouvoir.

Les femmes et les alliances familiales

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Saddam HussainOn croit généralement en Europe que les dynasties arabes se construisent autour des héritiers mâles, le rôle des femmes étant réduit à celui de procréatrices dont on ignore souvent le nom, les filles sombrant dans l’oubli. Certes, on sait aussi que dans certaines fratries très nombreuses, comme celle des enfants du roi Abdel Aziz (Ibn Saoud) d’Arabie Saoudite, se forment parfois des clans regroupant les fils issus d’une même mère, comme le clan Soudairi, que dirige l’actuel roi Fahed.

Mais l’étude des structures du pouvoir mises en place par le président Saddam Hussain en Irak montre que les femmes y jouent au contraire un rôle déterminant, le président Saddam Hussain puisant dans l’apparemment inépuisable réseau des parents issus de sa mère ou liés à la famille de sa mère pour former l’appareil qui gouverne réellement le pays.

Sabha al Toulfa, à l’origine de la dynastie actuelle

C’est en effet une femme, Sabha al Toulfa, la mère de Saddam Hussain, qui est à l’origine de la dynastie actuelle. Epousant en premières noces Hussain al Majid al Takriti (Hussain, fils de Majid, de la ville de Takrit), Sabha al Toulfa eut deux enfants, l’actuel président, et une fille. Hussain, le père de Saddam, mourut très jeune, et les deux orphelins seront recueillis et élevés par leur oncle maternel, Khairalla al Toulfa, officier chassé de l’armée après sa participation au soulèvement de Rachid Ali en 1941. La mère de Saddam épousa ensuite deux autres hommes, dont elle n’eut pas d’enfants, avant d’épouser Ibrahim al Takriti, dont elle eut cinq enfants -- trois garçons, Barzan, Sabaoui et Ouatban, et deux filles, Naoual et Siham, les demi-frères et soeurs du président Saddam Hussain -- par leur mère.

Saddam Hussain avec KossyguinerAvant d’épouser la mère du président, Ibrahim al Takriti avait eu d’une autre femme un fils, Daham. Ce Daham Ibrahim al Takriti devait lui-même épouser quatre femmes, dont il aura 28 enfants, parmi lesquels Rafé et Namir Daham al Takriti. Cette souche Daham al Takriti -- qui, comme on le verra ultérieurement, joue un rôle très important dans la structure du pouvoir actuel en Irak -- se greffe donc sur la fratrie de l’actel président, l’étendant ainsi très loin.

Saddam Hussain va encore élargir cette fratrie par un certain nombre d’alliances: c’est ainsi que la soeur de sa femme Sajida (elle-même soeur d’Adnan  Khairalla, ministre de la défense) qui s’appelait à l’origine Rafiha (elle a depuis changé de nom) épouse Barzan, le demi-frère de Saddam Hussain, tandis que la fille aînée du président, Rarat, va épouser Hussain Kamel, le directeur de son tout puissant “bureau exécutif”. Par ailleurs, Naoual, l’une des demi-soeurs du président, va épouser Erchad al Yassine, frère de Moawied al Yassine.

C’est dans cette parentèle que le président Saddam Hussain va recruter le personnel qui gouverne réellement l’Irak, opérant dans des officines ultra-secrètes comme le “bureau exécutif”, situé dans l’un des palais présidentiels, ou dans d’autres officines qui ont pignon sur rue, se cachant derrière la façade d’entreprises commerciales.

Le tout puissant “bureau exécutif”

QousayLe “bureau exécutif” (maktab tanfizi) est un organisme secret, dont le directeur administratif, Hussain Kamel, le gendre du président, est considéré comme l’homme le plus important d’Irak -- après le président s’entend. Ses collaborateurs les plus proches sont Erchad et Moawied al Yassine (mari et beau-frère de Naoual, l’une des demi-soeurs du président), et Rafé et Namir Daham (fils du demi-frère des demi-frères de Saddam Hussain).

Erchad al Yassine est considéré comme l’exécuteur du groupe, tandis que Moawied al Yassine est responsable des interrogatoires et des tortures. Les personnes qui entrent pour interrogatoire dans les locaux du “bureau exécutif”, qui dispose d’une prison spéciale au palais, en sortent rarement vivantes; et les réunions de ses collaborateurs sont tellement secrètes que ni le ministre de l’intérieur ni le directeur de la sécurité n’y participent: “Si quelqu’un disparaît, le directeur général de la sécurité peut dire qu’il ne sait rien -- et c’est vrai”!

Le “bureau exécutif” dispose également d’un certain nombre d’entreprises commerciales comme la “Daham Commercial Co. General Trading and Export-Import”, où l’on retrouve Namir et Rafé Daham, et Odei, le fils du président Saddam Hussain. Gérée en leur nom par un chrétien, Sergol Yona China, qui est leur homme de paille, cette entreprise utilise beaucoup de camionneurs turcs pour des opérations spéciales en Syrie et en Iran (transport d’armes, renseignement) et aussi au Koweit. Un des hommes de main de cette société est un certain Khaled abou Samir.

Autre officine du même acabit, le “Maktab al Jazira, Transport and Trade”, sur la rue al Ghadir, a pour directeur officiel Hussain Kamel. En fait, c’est le père de Hussain Kamel qui dirige ce service spécialisé dans le renseignement en Arabie Saoudite, au Koweit, et parmi les tribus frontalières avec ces deux pays.

A côté de ce gouvernement de l’ombre, Hussain Kamel dirige le “bureau spécial”, parfois appelé “bureau des affaires administratives” du commandement régional du parti Baas. Il est également à la tête de l”organisation de l’industrie de l’armement”.

Les membres de la fratrie élargie du président Saddam Hussain occupent également des fonctions officielles. Barzan, son demi-frère par sa mère, a été responsable de la sécurité. Limogé en octobre 1983, placé en résidence surveillée pendant un certain temps, il a été rappelé il y a peu par le président, qui en a fait son “conseiller” pour les affaires de sécurité.  Sabaoui, après avoir été le chef du “bureau syrien”, est devenu membre de l’assemblée populaire. Ouatban, qui était gouverneur de la province de Sala al Dine, et avait aussi été limogé en octobre 1983, est aujourd’hui chef de cabinet d’Izzat al Douri, vice-président du Conseil de Commandement de la Révolution.

Mais le “pivot” de ce gouvernement familial officiel est Khairalla al Toulfa, le frère de la mère du président. Les alliances matrimoniales entre Saddam Hussain et celui-ci  sont tellement intriquées qu’il est pratiquement impossible de les représenter sur un arbre généalogique: c’est ainsi que Khairalla al Toulfa, ex-gouverneur de Bagdad, est en même temps le père nourricier, l’oncle et le beau-père du président Saddam Hussain. Il est aussi le chaînon qui apparentait le président Hassan al Bakr à Saddam Hussain -- Hassan al Bakr et Khairalla al Toulfa étaient cousins germains.

L’ex-président Hassan al Bakr était complètement encerclé -- neutralisé, diront d’autres -- par des alliances matrimoniales avec les proches de Saddam Hussain: une fille de Hassan al Bakr avait été mariée à Adnan al Khairalla -- qui devenait ainsi en même temps le gendre de l’ancien président et le beau-frère du nouveau (Sajida, sa soeur ainée a épousé le président Saddam Hussain en 1963). Par ailleurs, un fils de Hassan al Bakr avait épousé une soeur de Sajida, femme de Saddam et soeur d’Adnan.

Adnan, le fils de Khairalla al Toulfa, cumule aujourd’hui les fonctions de ministre de la défense, commandant en chef adjoint des forces armées, avec celles de membre du commandement régional (irakien) du parti Baas. Il est aussi le proconsul pour la région Sud.

Les enfants du président Saddam Hussain jouent (pour l’instant) un rôle secondaire dans la structure du pouvoir. Certes, Rarat, sa fille aînée, est mariée à Hussain Kamel, qui nous l’avons vu, est l’homme le plus important du pays après... mais son fils odei, autour duquel le président a essayé pendant un certain temps de développer un culte de la personnalité, n’occupe pour l’instant que les fonctions de président du... comité olympique. Et il ne joue pas un rôle important. Son deuxième fils, Kousai, fait des études d’ingénieur, tandis que sa dernière fille, Halla, est encore jeune.

Ali Hassan al Majid

Et finalement le seul parent du président Saddam Hussain par son père qui occupe des fonctions importantes -- et officielles -- au centre du pouvoir est Ali Hassan al Majid, le cousin germain du président. Après avoir dirigé les “affaires administratives” au bureau du commandement régional du parti Baas, puis après avoir été élu membre de ce commandement régional (irakien) au 9eme congrès du parti, il devient chef des services de sécurité, poste qu’il occupe jusqu’en mars 1987, quand il est nommé “chef du bureau de l’organisation du nord” (responsable du Baas pour le Kurdistan) -- véritable proconsul ayant sous ses ordres tous les services, l’armée, le parti, et les services de sécurité. C’est lui qui est à l’origine de la politique de terre brûlée appliquée actuellement au Kurdistan irakien, avec déportations massives et recours aux armes chimiques (gaz).

On notera enfin que pas un seul chef militaire irakien n’est lié au président Saddam Hussain par les liens du sang -- même élargis -- sauf le général Maher Abdel Rachid, commandant du 7eme corps d’armée (Fao). Son frère Hatem a épousé une fille de l’ancien président Bakr -- et une de ses soeurs a épousé récemment Kousai, le fils cadet du président Saddam Hussain. Avec toutes les conséquences que cela pourra avoir à l’heure de la succession, l’Armée irakienne pourra soutenir qu’elle a été tenue à l’écart des structures actuelles du Pouvoir.

(Les Cahiers de l’Orient, Extraits, N°8-9, 1988)

 

 

 

 

 

 

 

 

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