CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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IRAK: Saddam Hussein, Portrait d'un Dictateur

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Saddam Hussain et le Chah d'Iran, 1975La carrière de Saddam Hussain a commencé sur un coup de pistolet: le 7 octobre 1959, il fait partie du petit groupe de conspirateurs qui tentent d’abattre le président Kassem dans Rachid Street, l’une des principales avenues de Bagdad. La légende veut que Saddam Hussain ait lui-même extirpé avec la pointe de son poignard, dans la voiture dans laquelle il prit la fuite, la balle qui l’avait blessé à une jambe. A 22 ans, cet étudiant en droit, né en 1937, se montrait déjà tel qu’il sera tout au long de sa carrière: audacieux, résolu, d’un sang-froid sans faille, impitoyable, violent et sanguinaire.

Selon la rumeur, il aurait abattu de sa main deux personnes, au cours de rixes, pendant les années qui ont précédé son ascension. Après l’échec de l’attentat contre Kassem,  Saddam Hussain avait dû se réfugier à l’étranger, d’abord en Syrie, puis en Egypte. Revenu en Irak en février 1963, lorsque le Baas prend le pouvoir pour 6 mois, il ne se signale par aucune action d’éclat.

Saddam Hussain et Hassan al BakrTout change en 1964, lorsque le général Hassan al Bakr devient secrétaire général du Baas irakien: très rapidement, ce parti change de caractère. Tandis qu’en son sein chiites et sunnites avaient jusqu’alors milité côte à côte pour un idéal pan arabe -- l’unité de la nation arabe de l’océan Atlantique jusqu’au Golfe Persique (rebaptisé golfe Arabe) -- un clan sunnite, les Takritis, et une caste, les militaires, prennent le pouvoir, et les relations personnelles l’emportent très vite sur les considérations idéologiques. Elu au poste de secrétaire général du parti, le général Hassan al Bakr nomme à la direction du parti des proches, parmi lesquels Saddam Hussain, qui est à la fois le fils adoptif, le gendre et le neveu de son cousin germain, Khairalla al Tulfa, aujourd’hui gouverneur de Bagdad. Dès lors, l’ascension de Saddam Hussain est irrésistible: secrétaire à la direction du Baas irakien de 1964 à 1968, il devient vice-président du Conseil de commandement de la révolution en 1968, et secrétaire général adjoint du parti en 1969.

Devenu “l’homme fort” de l’Irak, il va se contenter, pendant dix ans, d’être officiellement le second du président Hassan al Bakr. En signant avec le général Barzani l’accord du 11 mars 1970 sur l’autonomie du Kurdistan irakien, il montre qu’il a, sur le plan intérieur, la stature d’un homme d’Etat. Il le prouve aussi sur le plan international en réussissant, en juin 1972, un coup de poker magistral: la nationalisation du pétrole irakien, contre le tout-puissant consortium international de l’Iraq Petroleum Company.

Après le premier choc pétrolier d’octobre 1973, Saddam Hussain gouverne un pays que l’on courtise: L’Irak va consacrer, en 1975, 3 milliards de dollars au développement de son industrie, et tous les pays occidentaux envoient à Bagdad leurs ministres et même leurs chefs de gouvernement, avec l’espoir de décrocher de “fabuleux contrats”.

Certes l’Irak a encore mauvaise réputation: l’image des pendus de Bagdad (janvier 1969) ne s’est pas effacée dans l’opinion publique. Certes, les prisons irakiennes regorgent de militants kurdes, communistes, chiites. Les exécutions sommaires se multiplient. La torture est devenue un système de gouvernement. Mais ce sont des problèmes que les dirigeants européens relèguent dans les oubliettes des “questions internes”.

Ils ne tarissent pas d’éloges sur Saddam Hussain, en qui ils voient un “jeune loup”, mais aussi un “nationaliste ombrageux”, et l’une des “meilleures têtes politiques de l’Irak”. En juillet 1979, Saddam Hussain écarte du pouvoir le général Hassan al Bakr, auquel il doit toute sa carrière, et devient, enfin, le premier, cumulant tous les pouvoirs avec la présidence de la République. A 42 ans, il est arrivé au sommet.

Il a acquis, sur le plan international, une certaine respectabilité -- grâce au poids que donne une production pétrolière importante. Cela ne suffit pas à Saddam Hussain. Dévoré par une ambition insatiable, il veut faire de l’Irak le leader du monde arabe, une puissance internationale. Bloqué, vers la Méditerranée, par la Syrie, où règne son rival abhorré Hafez al Assad, il lui faut affirmer son pouvoir dans le Golfe, sur lequel l’Irak n’a malheureusement qu’une petite “fenêtre” de quelques kilomètres. Saddam Hussain commence par l’élargir en annexant deux îles appartenant au petit émirat du Koweit.

En septembre 1980, lorsque le régime de Khomeini semble à bout de souffle, Saddam Hussain entrevoit ce qu’il croit être une occasion historique pour l’Irak: la possibilité de démembrer l’Iran en y favorisant la création de petits Etats, kurde, persan, et surtout arabe au Khouzistan, là où se trouvent les gisements de pétrole et de gaz iraniens, le long du Golfe.

Saddam Hussain, qui s’est attribué le grade de maréchal, lance ses troupes à l’assaut de l’Iran, le 21 septembre 1980, en les appelant à remporter une “seconde bataille de Qadissya” -- en souvenir de la victoire historique que les armées des héritiers de Mahomet remportèrent sur les Perses sassanides en l’an 634.

Cet homme sans convictions, devenu l’un des dictateurs les plus impitoyables du Moyen-Orient, avait, dans ses desseins, négligé un facteur capital: la volonté des peuples. Aujourd’hui son rêve s’écroule. Les pertes de l’armée irakienne se chiffrent par dizaines de milliers. L’Irak est jonché de ruines. Saddam Hussain va devoir rendre des comptes. Déjà, il a échappé de justesse à un attentat, la veille de l’offensive iranienne sur Bassora, le 13 juillet (1982). Mais Saddam Hussain est condamné: sa carrière risque de s’achever comme elle a commencé, sur un coup de pistolet.

(L’Hebdo, 29 juillet 1982)

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