CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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KURDISTAN d'IRAN: Le Réveil des Kurdes

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victimes du bombardement chimique de Srdacht, 1987En Irak, les Kurdes rêvent d’arracher une indépendance qu’ils vivent déjà depuis 13 ans, de facto, sinon en droit, à l’intérieur de la "région kurde" contrôlée par les gouvernements d’Erbil (PDK) et de Souleimania (UPK). En Turquie, les héritiers du PKK hésitent entre la reprise de la lutte armée et la reddition sans condition. En Syrie, les émeutes de mars dernier, qui ont fait au moins 25 morts et des centaines de blessés, ont montré que les Kurdes de Syrie, que tout le monde croyait définitivement résignés, peuvent se réveiller au moindre signal. Et en Iran? Peu d’informations filtrent de cette partie du Kurdistan d’accès malaisé. Et pourtant les évènements d’Irak ont un retentissement considérable dans les provinces kurdes iraniennes qui sont en pleine effervescence.

Sanandaj, ville prospère

Sanandaj, la capitale de la province du Kurdistan, l’une des quatre provinces kurdes iraniennes, est une ville de 350.000 habitants beaucoup plus prospère et moderne que les autres "capitales" du Kurdistan -- Souleimania ou Erbil, au Kurdistan irakien, et Diyarbekir au Kurdistan turc. De la place de la Révolution à la place de la Liberté, une foule impressionnante se presse en fin de journée sur les trottoirs de la rue Ferdowsi et dans les galeries commerciales ultra-modernes ouvertes depuis peu sur l’avenue Pasdaran. Dans cette foule, beaucoup de jeunes -- des soldats, car Sanandaj est une ville de garnison, et de beaucoup de jeunes étudiants, car Sanandaj est la principale ville universitaire du Kurdistan iranien sunnite. Jeunes étudiantes kurdesPendant longtemps Mahabad a disputé à Sanandaj la place de capitale intellectuelle du Kurdistan iranien, mais la présence de quatre universités à Sanandaj en fait indéniablement aujourd’hui le centre politique du Kurdistan iranien. C’est à Sanandaj que sont établis la plupart des journaux kurdes qui ont obtenu récemment l’autorisation de paraître. Et c’est à Sanandaj que des étudiants kurdes ont commencé à se réunir pour critiquer le rôle des partis kurdes historiques et ... rêver de l’indépendance du Kurdistan.

Le mouvement étudiant

"Les étudiants kurdes se réunissent secrètement dans les foyers de leurs universités, à Sanandaj, mais aussi ailleurs en Iran, pour des discussions passionnées sur l’avenir du Kurdistan", révèle un étudiant kurde de Sanandaj. Informels, illégaux, ces clubs ont commencé à se former il y a une dizaine d’années, quand des étudiants kurdes se sont réunis spontanément pour commémorer l’anniversaire des évènements tragiques qui avaient endeuillé la communauté kurde -- le bombardement de Halabja (16 mars 1988), et l’assassinat de deux dirigeants du Parti Démocratique du Kurdistan Iranien (PDKI), Abdoul Rahman Ghassemlou (Vienne, 13 juillet 1989), et Said CharafKandi (Berlin, 12 Septembre 1992). Entre ces réunions annuelles, ces étudiants publiaient occasionnellement un tract, ou un "journal" sans lendemain.

L’élection de Mohammed Khatami, en 1997, à la présidence de la République Islamique, a suscité de faux espoirs au Kurdistan comme dans le reste de l’Iran, et a encouragé les intellectuels kurdes à poursuivre leurs activités.

Après l’enlèvement d’Abdoulla Ocalan, le chef du PKK, le 14 février 1999, au Kenya, par des agents des services secrets turcs, des manifestations monstres eurent lieu dans les principales villes du Kurdistan sunnite (Sanandaj, Bokan) et chiite (Kermancha), et à Ourmié, capitale de la province de l’Azerbaidjan occidental, où une foule de plusieurs dizaines de milliers de manifestants marcha sur le consulat turc.

pechmerga du PDKI avec SAM-7C’est à cette époque que les étudiants kurdes ont commencé à s’organiser plus sérieusement, se retrouvant régulièrement pour des discussions sur la philosophie et l’histoire. "Nous voulons établir les bases scientifiques d’un mouvement kurde", dit un de ces étudiants, "Nous n’avons pas un Frantz Fanon... Mais nous avons Ismail Besikci (un intellectuel turc qui passé une vingtaine d’années en prison en Turquie pour ses ouvrages sur la question kurde) qui soutient que le Kurdistan est une colonie internationale -- et pour nous l’Iran colonise le Kurdistan iranien pour exploiter sa main d’oeuvre bon marché et ses ressources hydrauliques..."

Les mots "démarche scientifique" reviennent sans cesse dans la bouche de ces étudiants. "Nous devons avoir une approche scientifique, étudier la philosophie, l’histoire. Nos ancêtres croyaient dans la religion, les partis, les idéologies, nous nous sommes ennemis des idéologies -- elles sont fatales. ils ne croyaient pas dans la science, nous y croyons", disent des étudiants de Sanandaj réunis autour de... chopes de bière. "Nous haïssons les mots religion, capitalisme, communisme... Nous croyons au nationalisme d’une façon différente", ajoutent ces représentants d’une "jeunesse désenchantée", mais nous sommes convaincus que si nous avons des bases intellectuelles solides, nous pourrons réussir".. L’un de ces étudiants qui prépare son doctorat reconnaît que la tâche est d’autant plus ardue que "la réalité est amère, nous faisons face à un sérieux problème d’identité: les jeunes ignorent la culture kurde, ils ne connaissent pas la musique kurde".

L'impact des évènements en Irak

Tous ces jeunes vibrent cependant intensément au rythme des évènements qui se bousculent de l’autre côté de la frontière, au Kurdistan irakien. Les attentats qui firent 117 victimes dans la communauté kurde irakienne à Erbil le 1er Février dernier ont donné lieu à des manifestations de solidarité -- de deuil -- à Sanandaj notamment, où des milliers de personnes sont allées se recueillir au cimetière. La promulgation de la Loi Administrative Transitoire le 8 mars dernier à Bagdad a déclenché de nombreuses manifestations au Kurdistan iranien: à Sardacht, des manifestations se sont poursuivies trois jours de suite, des incidents éclatant le troisième jour. A Bokan, plusieurs banques furent incendiées par les manifestants, et une jeune fille a été battue à mort par les policiers. A Mahabad une foule de plusieurs dizaines de milliers de personnes s’est réunie sur la place de Chvar Chira, où Qazi Mohammed avait proclamé la république kurde en 1946, avant d’aller défiler devant sa tombe... A Merivan la foule détruisit la statue de Hussein Fahmideh, un garçon de 14 ans qui a trouvé la mort en faisant sauter un char irakien pendant la guerre Iran-Irak et qui symbolise l’idéal du martyr aux yeux du régime... Des manifestations eurent également lieu à Sakkez, à Piranchar et dans toutes les villes du Kurdistan sunnite.

Pourquoi ces débordements? La loi promulguée à Bagdad consacrait l’existence du gouvernement kurde régional, et elle proclamait que le Kurde devenait une des deux langues officielles de l’Irak et que le système de gouvernement serait fédéral... "Pour les Kurdes irakiens, le fédéralisme est insuffisant, mais pour nous qui n’avons rien, c’est énorme", dit un journaliste kurde vivant à Téhéran.

De nombreux courants

La communauté kurde iranienne est traversée par de nombreux courants qu’il est d’autant plus difficile d’analyser qu’ils sont clandestins, et que les revues qui les animent sont souvent interdites, comme la revue "Pirsyar" (Questions), interdite au bout du troisième numéro. "Ce sont essentiellement des revues théoriques, mais le gouvernement est persuadé que nous soutenons le séparatisme", dit un étudiant collaborant à l’une de ces revues.

Parmi les courants qui se dégagent dans ce bouillonnement, il existe un courant constitué d’intellectuels "révolutionnaires", qui se situent nettement à gauche, qui proclament que "le fédéralisme ne doit pas être une solution permanente, définitive" et qui veulent... l’indépendance! "Nous ne nous considérons pas comme des citoyens de ce pays, il y a une frontière entre les Kurdes et les Iraniens", dit un de ces intellectuels. "Et quand le Dr Razzani (le nouveau gouverneur de Sanandaj) parle de la "sous-culture kurde", nous ne pouvons pas l’accepter, nous ne pouvons pas accepter des gens qui veulent nous imposer leur culture".

Ce courant indépendantiste est-il dominant comme l’assurent certains intellectuels kurdes?

D’autres assurent au contraire que le courant dominant est le courant "gradualiste", le courant de ceux qui soutiennent que la thèse de l’indépendance n’est pas défendable", qu’il faut être "réaliste", "accorder ses rêves avec les réalités du Moyen-Orient", et parvenir à ses fins "pas à pas" dans un monde où règne la "globalisation".

Indépendantistes et réalistes s’accordent apparemment sur les moyens: ils récusent -- presque tous -- la lutte armée. "Nous n’aimons pas les armes", disent plusieurs intellectuels kurdes réunis chez l’un d’eux qui arbore le drapeau kurde dans son appartement -- "le drapeau d’une nation absente" -- "Nous avons retenu les leçons de l’histoire, de l’expérience. Nous voulons une vie tranquille". "J’ai des enfants", dit une Kurde militant dans un de ces groupes, "je ne veux pas que mon fils ou ma fille tue un Persan -- et vice versa".

"La nouvelle génération croit aux vertus du dialogue, le temps des armes est terminé", dit le responsable d’une publication kurde, ajoutant: "Les Kurdes de l’étranger nous critiquent, nous reprochent ce dialogue. Et le gouvernement est convaincu que nous sommes des séparatistes. Nous sommes critiqués par tout le monde". Cet intellectuel kurde est persuadé que les évènements en Irak ont une influence positive sur le gouvernement iranien, qui doit s’adapter au nouveau contexte, au "nouvel ordre mondial".

Mais un jeune Kurde qui assiste à la réunion fait le constat suivant: "Il n’y a pas de démocratie au Moyen-Orient... Qu’est-ce qui a pu changer la situation en Irak? La guerre." Et de conclure: "Le dialogue ne résoudra rien" -- ce qui veut dire, pour lui, qu’il n’y a pas d’autre chemin que la lutte armée.

Les Kurdes et les partis

Ce bouillonnement n’est pas dangereux -- pour l’instant -- pour les autorités iraniennes, car il il va dans tous les sens, il est souvent contradictoire et il n’est ni structuré, ni encadré. Il existe pourtant deux partis kurdes qui ont une longue expérience de la lutte politique et de la lutte armée: le PDKI et le Komala.

Si le PDKI, terriblement affaibli par l’assassinat d’AbdoulRahman Ghassemlou et de Said CharafKandi, semble conserver une certaine popularité auprès des jeunes villageois, peu instruits, qui montrent furtivement une photo de Ghassemlou aux étrangers de passage, il s’est considérablement discrédité auprès des intellectuels.

"Ces partis font partie de notre histoire, et ils existent toujours", dit l’un d’eux étudiant à Téhéran, "mais les étudiants formulent de nombreuses critiques -- et ils leur reprochent de ne pas être assez radicaux. Ces partis considèrent que les Kurdes sont des Iraniens. Les étudiants kurdes ne se considèrent pas comme des Iraniens, mais comme des Kurdes. Ils pensent aussi que ces partis sont dirigés par des gens âgés, qui répètent dans leurs magazines des slogans vieux de 20 ans -- ils sont pour l’autonomie, ils devraient parler de fédéralisme. Ils leur reprochent de ne pas être assez actifs -- et en particulier de ne pas avoir créé une télévision satellite. Et ils sont convaincus que toute activité qui n’est pas faite à leur initiative est dirigée contre les Kurdes".

Le Komala, affaibli par des divisions, et se perdant dans des querelles idéologiques sans fin sur les voies de la révolution socialiste, est l’objet de critiques encore plus sévères. Finalement, les étudiants kurdes iraniens reprochent à leurs partis de "ne savoir ni faire la guerre, ni faire de la diplomatie".

"Les partis kurdes devraient être plus actifs maintenant -- c’est une chance historique qui ne se représentera pas", conclut un intellectuel de Sardacht.

Le PKK, qui avait acquis un prestige indéniable auprès de nombreux jeunes Kurdes, l’a totalement perdu depuis le procès d’Abdoulla Ocalan: "Nous pensions qu’il resterait un héros après sa capture", dit un jeune intellectuel écrivant dans une revue kurde, "mais il a anéanti ses propres idées -- il a renoncé à l’indépendance du Kurdistan". Et les Kurdes iraniens sont assez choqués par les révélations sur les relations entre le PKK et les autorités iraniennes qui ont au moins "toléré" les activités du PKK sur leur territoire. "Nous ne l’oublierons jamais", dit un jeune étudiant.

Les intellectuels kurdes progressistes reconnaissent volontiers que leurs compatriotes ne sont pas tous révolutionnaires, et qu’il existe au Kurdistan un important courant sunnite fondamentaliste qui a su mobiliser des foules après la mort de deux religieux sunnites, Ahmed Muftizadé, l’imam du vendredi de Sanandaj, torturé à mort en 1993, et le cheikh Mohammed Rabii, l’imam sunnite de la prière du vendredi de Kermancha (ville en majorité chiite) assassiné en 1996. Aujourd’hui ces gens sont en même temps fondamentaliste et... pro-Saddam: "Les gens ici sont mal informés", dit un journaliste kurde de Sanandaj, "il y a des gens qui ne savent pas ce qui s’est passé à Halabja et qui ignorent l’ampleur des crimes de Saddam Hussain. Ils sont aussi mal informés sur les récents évènements en Irak: les seules informations qu’ils ont sur l’intervention américaine en Irak proviennent de la radio et de la télévision iraniennes, ils croient que c’est une guerre entre l’Islam et la Chrétienté. Et comme ces gens sont contre le gouvernement iranien parce qu’il est chiite, ils sont pour Saddam!"

La presse kurde

C’est au début des années 2.000, quand furent élus des députés kurdes relativement "indépendants" et représentatifs de la société civile kurde qui allaient former un "groupe kurde" au parlement iranien, qu’un certain nombre d’intellectuels kurdes déposèrent des demandes d’autorisation de publier des journaux. Il leur fallut attendre plus de trois ans, et sans doute les récents bouleversements en Irak, pour obtenir enfin ces autorisations. On compte aujourd’hui une demie-douzaine de publications: Ashti (La Paix), Roj Halat (L’Aube), Aso (L’Horizon), Sirwan (rivière de Merivan), Deng Gel (La Voix du Peuple), Mahabad... dont les tirages oscillent entre 10.000 et 20.000 exemplaires.

Ces journaux, en fait des hebdomadaires à la publication plus ou moins régulière, sont bilingues -- comme l’exige la loi sur la presse -- mais la version en persan n’est pas la traduction de la version kurde... Les journalistes qui travaillent dans ces journaux pratiquent constamment l’autocensure. "Il y a beaucoup de lignes rouges", dit un journaliste d’Ashti, publié depuis février 2.004, "nous ne pouvons pas beaucoup parler des Kurdes, et encore moins des Kurdes iraniens".

"Les autorités nous ont demandé de ne pas parler trop du fédéralisme, mais nous le faisons, nous publions des articles sur les pays où est appliqué le fédéralisme, sur les différents types de fédéralisme", dit un journaliste de Roj Halat, dont le premier numéro est sorti le 18 janvier 2.004. "Nous ne pouvons pas parler directement des problèmes des Kurdes iraniens, alors nous parlons des problèmes des autres Kurdes".

"Il y a plein de tabous", dit un autre journaliste kurde, "sur la religion, nous ne pouvons pas critiquer l’islam, ni faire de propagande pour les sunnites; sur le sexe, c’est totalement tabou; sur la politique, nous ne pouvons pas critiquer le principe du "vilayet faqih" (système du "Guide").

"La loi sur la presse nous permet d’écrire environ 20 pour cent de ce que nous pensons", conclut un journaliste d’Aso qui se considère volontiers comme "révolutionnaire": "Nous marchons sur le dos d’un scorpion".

Les négociations du gouvernement de Khatami avec les Kurdes

"Depuis que le président Khatami est arrivé au pouvoir, nous avons reçu l’ordre de résoudre le problème kurde par le dialogue", affirme un haut fonctionnaire du ministère de l’intérieur chargé du dossier kurde. Des rencontres ont effectivement eu lieu l’année dernière à Souleimania, dans les locaux de l’UPK de Jelal Talabani, entre émissaires du gouvernement iranien et représentants d’une des deux tendances du Komala -- Abdoulla Mottahadi, secrétaire général du Komala, et son frère Saleh Mottahadi, un "indépendant". Abdoulla Mottahadi ayant demandé un statut fédéral pour les Kurdes iraniens, les contacts ont été rompus avec lui, mais son frère Saleh Mottahadi devait être invité prochainement en Iran... Quant au PDKI, qui n’a pas oublié le traquenard de Vienne (l’asssasinat de Ghassemlou en 1989), il a posé un certain nombre de conditions que les autorités iraniennes jugent inacceptables: le PDKI exige en effet que d’éventuelles négociations soient annoncées publiquement, qu’elles aient lieu en Europe, et en la présence d’observateurs européens.

Les autorités iraniennes sont convaincues que les partis kurdes iraniens jouent maintenant la carte américaine: "Ces partis kurdes espèrent que les Américains vont envoyer leurs soldats attaquer l’Iran, et qu’ils pourront jouer le même rôle que le PDK de Massoud Barzani et l’UPK de Jelal Talabani en Irak", confie un haut fonctionnaire iranien, "ils ont dit aux Américains qu’ils peuvent armer des dizaines de milliers d’hommes et libérer le Kurdistan. Mais les Américains ne veulent pas provoquer l’Iran, parce que nous pouvons exercer une grande influence sur les évènements en Irak".

(Le Nouvel Observateur, N° 2085, 21-27 0ctobre 2004; The Middle East magazine, january 2005; Internazionale, 12-18 novembre 2004)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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