CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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KOWEIT: Avec les Français gardiens du désert à Oum Kasser

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officier devant le port irakienOum Kasser était certainement la base navale irakienne la plus stratégique et la plus secrète du dispositif militaire de Saddam Hussain avant l'écrasement des forces irakiennes au Koweit par les Alliés en février 1991: aujourd'hui, elle n'a plus aucun secret pour les 300 "MILOBS" (abréviation, en anglais, d"observateur militaire") qui surveillent la zone démilitarisée entre le Koweit et l'Irak. Ni pour les envoyés spéciaux de VSD qui ont pu, sous la protection de la "MONUIK" (Mission d'Observation des Nations Unies pour l'Irak et le Koweit), pénétrer dans le sanctuaire des généraux Irakiens. "Ce n'est pas vraiment un joyeux port de pêche", déclare en nous accueillant le colonel Gérard Laurent, le N°3 de la MONUIK, et le "patron" du détachement des 20 officiers français qui, avec des officiers de 33 autres nationalités, forment le contingent des 300 observateurs de la MONUIK. "Picard, et fier de l'être", le colonel Gérard Laurent, 46 ans, ancien Saint-Cyrien, fait volontiers preuve d'un humour un peu grinçant -- d'autant plus qu'il va regagner dans quelques jours son régiment d'artilleurs en France, après avoir passé un an dans ce trou perdu dans le désert au bout du monde: le colonel emploie des mots plus évocateurs, mais difficilement publiables, pour décrire l'environnement... 

Le désert le plus sale du monde...

Borne posée par l'ONUÀ perte de vue, le désert s'étend, plat, sans dunes, "le désert le plus sale du monde", pollué de centaines de milliers de mines et de munitions non explosées. Entre le désert et le doigt de mer au fond duquel ont été construites les installations portuaires, la petite ville d'Oum Kasser: 14.000 habitants avant la guerre, entre 7.000 et 10.000 c'est aujourd'hui un gros bourg endormi, avec des quartiers éparpillés sur une immense superficie, le long de l'ancienne base navale et du port.

C'est dans l'enceinte de l'ancien hôpital militaire que la MONUIK a établi son quartier général: à l'intérieur de la clôture grillagée qui fait le tour du "camp", on est en territoire international, et l'on se sent protégée: mais, sitôt franchie la grille, on est en territoire irakien, patrouillé par des policiers irakiens, armés d'un revolver (ils n’ont pas le droit de porter d'autres armes). C'est à quelques mètres de l'entrée du camp de la MONUIK que trois techniciens suédois ont été enlevés par des policiers irakiens il y a quelques semaines, avant d'être condamnés à 7 ans de prison. Et c'est non loin de là, à deux kilomètres du camp de Khor (mot arabe qui correspond à l"aver" breton) qu'un technicien américain a été enlevé la semaine dernière.

Une vue splendide sur le port d'Oum Kasser

observateur surveillant le portLe commandant Omar Hannoucène, 38 ans, lui aussi Saint-Cyrien, d'origine kabyle, dont le régiment est basé à Colmar, nous a fait visiter le camp de Khor, commandé par un colonel sénégalais. Avec lui, nous sommes montés dans l'ancienne tour de contrôle de cette base d'aéroglisseurs. Température ambiante: 46° à l'ombre! C'était un officier polonais, le commandant Waldemar, qui était de corvée, passant 6 heures d'affilée dans ce poste d'observation, dominant le Khor Abdalla: depuis décembre dernier, on observe une reprise du trafic maritime dans cet estuaire, entre le port d'Oum Kasser, à quelques centaines de mètres, et le terminal de Fao, qui se trouve en dehors de la zone démilitarisée: normalement, les Irakiens doivent signaler 24 heures à l'avance le mouvement de leurs bateaux. Ayant à sa disposition un radar, une puissante lunette d'observation, et une lunette infra-rouge, pour la nuit, le commandant Waldemar rêve de sa ville natale, Cracovie, en buvant des litres d'eau et en observant les pilotes d'hélicoptères chiliens de la MONUIK qui patrouillent au-dessus du Khor Abdalla --chargée d'assurer la surveillance de 40 kilomètres de frontière maritime, la MONUIK n'a ... pas un seul bateau!

De cette tour d'observation, on a une vue splendide sur les installations du port d'Oum Kasser. C'est à quelques mètres du camp de Khor que la commission des Nations Unies chargée de tracer la frontière entre le Koweit et l'Irak a placé une borne indiquant le nouvel emplacement de la frontière. On comprend que les Irakiens ne soient pas du tout satisfaits (ils ont rejeté en bloc les travaux de la commission): la nouvelle frontière passe en effet en plein en travers du port militaire d'Oum Kasser, laissant une jetée à l'Irak, et plaçant les deux autres en territoire koweitien. Certes, les Irakiens peuvent construire de nouvelles jetées ailleurs, un peu plus loin au fond du Khor Abdalla; mais on imagine aisément la fureur des généraux irakiens, qui ne pourront empêcher les Koweitiens (et les divers attachés militaires intéressés) de surveiller à l’œil nu tous les mouvements de leur flotte, confortablement assis dans des fauteuils, à l'entrée de leur port, mais en territoire désormais koweitien.

La zone démilitarisée surveillée par les "MILOBS" s'étend sur 240 kilomètres depuis la frontière saoudienne jusqu'au Golfe Persique, 10 kilomètres au nord (en territoire irakien) et 5 kilomètres au sud (en territoire koweitien) d'un tracé de la frontière fixé en 1963: la nouvelle frontière démarquée par les Nations-Unies se situe à quelque 700 à 800 mètres au nord de cette frontière de 1963, qui elle-même se trouve ... 2 ou 3 kilomètres au sud de la frontière admise par les Irakiens: c'est dire que ceux-ci vont perdre une partie du port militaire d'Oum Kasser (deux jetées, les bâtiments de la base, ainsi que les deux-tiers de la piste de l'aéroport) et un quartier de la ville habité par 700 ou 800 personnes; ils vont perdre également, plus à l'ouest, cinq puits de pétrole et 30 kilomètres carrés de terres cultivées.

Dix-huit postes d'observation disséminés le long des 240 kilomètres de la frontière permettent aux MILOBS de vérifier que cette zone démilitarisée est bien respectée par tout le monde: par les Irakiens comme par les Koweitiens, mais aussi par les Alliés: chaque fois qu'un avion américain, britannique ou Français patrouillant dans la zone d'exclusion au sud de l'Irak survole, par erreur, à très haute altitude, la ZDM, il commet une violation, qui est signalée au conseil de sécurité à New-York. Mais la mission essentielle des observateurs, c'est évidemment de surveiller les violations terrestres de la zone démilitarisée par les Koweitiens et les Irakiens. Installés dans leurs postes d'observation dans le désert, ou patrouillant sur les pistes à l'intérieur de la ZDM, les MILOBS surveillent la frontière, et signalent les incursions des uns et des autres -- sans pouvoir les empêcher: ils ne sont pas armés. "C'est une mission sans armes; notre seule arme, dit le colonel Laurent, c'est notre béret bleu".

Les premiers observateurs ont vécu, comme le capitaine Jacques-Yves Le Fur (29 ans, lui aussi un ancien Saint-Cyrien, originaire de Pontivy) quatre mois sous la tente, "avec pour toute compagnie neuf autres observateurs, et les scorpions, les serpents et divers insectes"... Aujourd'hui, les MILOBS disposent de petites chambres dans des trailers climatisés; les douches et les toilettes sont communes, mais ces installations sont nettement plus confortables. Les observateurs passent une dizaine de jours au poste dans le désert, avant de rentrer au QG, ou d'aller en permission à Koweit: "Le principal problème, c'est l'ennui, avoue le capitaine Le Fur: on est complètement paumés dans le désert... et quelquefois, on a l'impression d’être un peu oublié".

Pendant les premiers mois après la mise en place de la zone démilitarisée, en mai 1991, les violations étaient nombreuses: tentatives d'infiltrations des Irakiens, et surtout, de nombreux incidents provoqués par l'explosion de mines que des civils allaient récupérer sur le terrain, avec l'espoir de toucher les 5 dollars versés par l'armée irakienne pour chaque mine -- une prime alléchante qui fit 150 blessés et 18 morts avant une intervention énergique du général ghanéen commandant la MONUIK auprès du général irakien qu'il rencontre tous les 15 jours à Bagdad.

Les officiers des pays ayant fait partie de la "coalition" contre l'Irak ne vont pas dans les villes irakiennes; les Français sont donc condamnés à aller à Koweit, où ils louent une villa à plusieurs: ils y vont se détendre un peu, quand ils ont une permission de 48 heures, et surtout, ils y vont faire leur "shopping". Les observateurs, quand ils sont de garde, ne sont pas nourris par la MONUIK : chacun rapporte de Koweit ses provisions, et prépare son repas: avec les 33 diverses nationalités qui composent ce contingent des Nations-Unies, on imagine quelle diversité on peut observer.

Avec une réserve typiquement française, les officiers que VSD a rencontrés dans la ZDM ont refusé d'indiquer les conditions financières de cette mission à l'étranger: "Je touche ma solde, plus une solde d'outre-mer, et une allocation de subsistance des Nations-Unies pour couvrir mes frais", dit le capitaine Le Fur, qui refuse de fournir plus de détails. Mais en faisant visiter sa minuscule petite chambre, le capitaine Le Fur révèlera quand même qu'il a accepté cette mission à l'étranger -- trois heures avant d'apprendre que sa femme attendait leur second enfant!

"C'est la vie militaire... Nos épouses devraient avoir une médaille de la MONUIK".

(Inédit, 1992)

 

 

 

 

 

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