CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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OMAN: Le second foyer de la Révolution arabe...

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Vue aérienne de Mascate“Plus les chiens ont faim, plus ils obéissent”!

Telle était, résumée en quelques mots, la doctrine de gouvernement de Said ben Taimour, sultan d’Oman et Mascate, le dernier monarque féodal de l’Arabie. Pendant le long règne du septième sultan de la dynastie des Al Bu Said, les chiens, c’est à dire ses sujets, ont eu très faim. Pour les 750.000 habitants de ce pays de plus de 300.000 km2 -- le troisième pays du monde arabe à l’est de Suez, après l’Arabie Saoudite et l’Irak -- le temps avait suspendu son vol par un caprice de ce despote médiéval.

Tout, pratiquement tout, était interdit. Les habitants de la côte n’avaient pas le droit d’aller à l’intérieur du pays. Les habitants des vallées de l’intérieur n’avaient pas le droit de se rendre sur la côte, d’une vallée à l’autre. Personne ne pouvait aller au Dhofar. Il était interdit de réparer les maison qui s’écroulaient chaque année sous les pluies torrentielles, interdit d’en construire de nouvelles, interdit d’installer des salles de bain... ou des cuisinières à gaz.

Tout était interdit

Fort de NizwaIl était interdit de cultiver de nouvelles terres. Il y avait pour tout le pays, trois écoles primaires -- et pas une seule école secondaire. Les enfants qui voulaient poursuivre leurs études devaient s’évader de leur pays vers les émirats du Golfe, et commencer une longue vie d’exilés.

Il était interdit d’acheter une voiture sans la permission du sultan, interdit de fumer dans la rue, de battre du tambour. L’armée avait autrefois un orchestre: le sultan fit jeter les instruments à la mer. Aucun étranger ne pouvait venir à Mascate sans l’autorisation personnelle du sultan, et les marins des navires faisant escale à  Mascate n’étaient pas autorisés à descendre à terre. Le cinéma était interdit. Trois heures après le coucher du soleil, les portes de la ville étaient fermées. Pas un seul journal n’était imprimé dans le pays. La vie politique était interdite. Les prisons étaient pleines. Le sultan Said était entouré d’esclaves: officiellement, dans le seul palais de Salala;  en fait, dans tout le pays. Mais un jour les chiens eurent faim, et ils mordirent le sultan.

Une triple menace

Réception en l'honneur du sulran Qabous à SibVictime d’une première tentative d’assassinat en avril 1966, lors d’une inspection des troupes, il avait essuyé les coups de feu des Dhofaris des montagnes, qui, avec ses esclaves, formaient l’armée privée du sultan. Said échappa miraculeusement à la mort. Dans la mêlée qui suivit, un officier pakistanais jeta le sultan à terre et le couvrit de son corps. L’organisateur de l’attentat se précipita sur lui. Un esclave survint et trancha la gorge du Dhofari. Au total, six morts, dont un blessé que le sultan refusa de laisser soigner.

Après cet attentat, le sultan ne sortit plus de son palais, d’où il gouvernait son pays par téléphone. Ses interlocuteurs habituels étaient le major Chauncey, son conseiller personnel, Horst, secrétaire d’Etat au Pétrole, et Palyz, son conseiller financier.

Mais une triple menace pesait sur le sultan:

- Au Dhofar, les rebelles du Front de libération du Dhofar contrôlaient pratiquement les collines et les montagnes, et même les agglomérations côtières. Le sultan ne tenait plus que Salala, transformé en un camp retranché.

- Dans l’intérieur d’Oman, dont la population s’était déjà soulevée contre son autorité en 1955 et 1958, l’insécurité devenait de plus en plus grande.

- A l’extérieur, le propre frère du sultan, Tarek ben Taimour, qui s’était volontairement exilé en 1962, avait lancé en 1966 un mouvement d’exilés omanais dont le but déclaré était de renverser le sultan et d’instaurer un régime démocratique.

Paradoxalement, le coup qui devait mettre un terme au long règne (36 ans) de Said ben Taimour et ouvrir au monde extérieur le dernier pays médiéval de l’Arabie partit de l’endroit où on l’attendait le moins: de Salala, précisément, où le fils du sultan, Qabous ben Said, vivait pratiquement en résidence surveillée depuis six ans.

Secret de polichinelle

D’après la version officielle des faits, des soldats gagnés à Qabous encerclèrent le palais du sultan, puis coupèrent l’électricité. Un groupe de soldats, dirigé par l’actuel gouverneur du Dhofar, pénétra alors dans le dédale des corridors du palais et entendit soudain des coups de feu: ils avaient été tirés par un groupe de soldats de l’armée régulière qui avait pénétré dans le palais pour empêcher qu’il y ait bataille, et non pour empêcher le coup (sic).

Quand un esclave du sultan tira sur eux, ils le tuèrent. Après une brève, mais intense fusillade, au cours de laquelle le fils du gouverneur lui-même fut blessé, les comploteurs parvinrent jusqu’au sultan qui, blessé en cinq endroits différents, refusa d’abdiquer devant quelqu’un d’autre que le colonel Turnhill, commandant du régiment basé au Dhofar.

C’est là un beau morceau d’anthologie.

En fait, il y avait deux ans que Qabous cherchait à s’assurer la complicité de certains éléments. Son secret était un secret de polichinelle, au point qu’un officier britannique, que l’on a souvent accusé d’avoir organisé le coup, répétait à qui voulait l’entendre: “Je ne pourrai pas tolérer cela. Si ce coup a lieu, je démissionnerai”. Il est toujours à son poste.

Quelques semaines auparavant, tout le monde, dans les milieux politiques et diplomatiques du Moyen-Orient, considérait que la chute de Said était imminente: “Lorsque les revenus pétroliers atteindront 50 millions de livres sterling, les Anglais le remplaceront par son frère Tarek”, disait en juin 1970, à Abou Dhabi, un homme qui avait joué un rôle prépondérant dans la destitution et le remplacement de cheikh Shakbut.

Une dynastie au pouvoir depuis 1747

Le sultan Said ben Taimour était l’homme malade de l’Arabie: l’opération paraissait imminente, et Tarek devait être le chirurgien... Pourquoi les Anglais ont-ils alors laissé Qabous réussir son coup? Est-ce, comme le soutient avec une certaine impudence un diplomate britannique de Mascate, parce que “les Britanniques ont pour politique de ne pas se mêler des affaires locales des natives”?... Ou, comme le disent certains, parce que Tarek était trop compromis par son long séjour à l’étranger? Par ses ouvertures auprès d’un certain nombre de puissances? Sa trop grande occidentalisation? Sa conception de la démocratie, qui reléguait le sultan  à un rôle purement honorifique? Ou est-ce, ainsi qu’on l’affirme dans l’entourage du nouveau sultan, parce que celui-ci s’est réellement imposé?

Toujours est-il que, quatre jours après la révolution de palais de Salala, le monde apprenait que Tarek n’était que Premier ministre, et que, succédant à son père, Qabous devenait le huitième des sultans Al Bu Said, dynastie au pouvoir depuis 1749.Le premier geste de Qabous fut de se proclamer sultan d’Oman -- et non d’Oman et Mascate, terminologie qui rappelait l’éternelle division de son pays. Son deuxième geste fut de venir dans la capitale, que son père n’avait pas osé visiter depuis 1958. Supprimant immédiatement toutes les restrictions aux libertés imposées par le sultan Said, Qabous ouvrait son pays au monde extérieur, et mettait à l’étude un plan de développement.

Mais le gouvernement du sultan procède avec une extrême prudence, et pour une raison essentielle: tout est à faire, et ses revenus sont limités -- 42 millions de livres sterling de revenus pétroliers par an, et environ un million de livres sterling supplémentaires grâce aux droits de douane. Les perspectives d’une augmentation rapide de ces revenus sont pratiquement nulles: Petroleum Development of Oman, la compagnie associée à l’histoire de l’exploitation pétrolière à Oman, estime en effet que les réserves de ses trois puits de Fahud, Natih et Yibal sont limitées. Bien qu’elle ait obtenu en juin 1969 la concession d’exploration, pour six ans, de toute la province du Dhofar (plus de 42.000 km2), et malgré les pressions diverses auxquelles est soumise cette compagnie (dont Shell détient 85% des actions, contre 10% à la CFP, et 5% à la Gulbenkian), elle n’envisage pas d’accroître sa production qui, de 160.000 barils par jour en 1968, est passée à 320.000 en 1970.

Aux 42 millions de livres sterling de revenus annuels, il faut ajouter quelque 100 millions de livres que le sultan Said avait jalousement thésaurisés (le premier pétrolier en partance de Mascate a emporté son précieux chargement le 25 juillet 1967). Mais pour un pays de 300.000 km2 et 750.000 habitants, c’est peu, c’est même fort peu, comparé aux revenus du Koweit ou d’Abou Dhabi.....Pour l’instant les jeunes universitaires se bornent à observer la situation; ils résument ainsi la situation: “Le sultan a été mis en place par les Anglais... Quant à nous, nous aurions préféré proclamer la République, mais nous sommes prêts à lui (Qabous) donner du temps, pour voir comment il agit. Si, au bout d’un certain temps, il ne fait rien de bon, alors nous crierons très fort”.

La sale guerre du Dhofar

... Ces cris ne font pas peur au sultan Qabous. Une menace autrement plus grave plane aujourd’hui sur son trône: c’est la guerre du Dhofar. La guerre du Dhofar est la lèpre de l’Arabie des monarques, rois, sultans et cheikhs. Il y a six mois, lorsque le sultan Said n’avait pas encore été renversé, l’opinion était unanime dans les pays voisins du Golfe Persique: “Le sultan s’est mis lui-même sur ce volcan”, disait à Sharja un conseiller du cheikh Khalil; “en désespoir de cause, les gens doivent s’allier au diable”! A Abou Dhabi, cheikh Zayed estimait que “la lutte des Dhofaris est juste: ils demandent la sécurité, la possibilité de circuler librement, la liberté d’étudier et de travailler; c’est normal”. Mais il ajoutait, en laissant percer son inquiétude: “C’est ce que l’on peut voir. mais que se passe-t-il derrière tout cela? On ne le sait pas très bien”.

Des officiers britanniques servant dans les “Trucial Oman Scouts” disaient eux aussi leur inquiétude devant la façon dont la guerre du Dhofar était menée par le sultan: “Il affame la population, fait tirer sur de jeunes garçons; nous n’aimons pas cette guerre, c’est une sale guerre”. Un officier des services de renseignements avait, disaient-ils, demandé à être affecté ailleurs.

Des officiers dhofaris, qui ne pouvaient pas servir dans l’armée de leur propre pays, en particulier depuis la tentative d’assassinat en 1966, écoutaient ces conversations sans rien dire: d’autres officiers britanniques, obéissant aux ordres du sultan, avaient emprisonné leurs frères, donné l’ordre de tirer sur les “rebelles”.

Sale guerre, la guerre du Dhofar était aussi une guerre secrète. Même les habitants de Mascate n’avaient pas le droit d’aller à Salala, capitale du Dhofar, et les journalistes étaient interdits de séjour sous le sultan Said. De leur côté, les rebelles de l’ancien Front de libération du Dhofar étaient très réticents à l’égard des journalistes -- et le sont toujours.

Rien à cacher

Mais, aujourd’hui, le sultan Qabous “n’a rien à cacher”. Nous avons pu, les premiers de toute la presse internationale, voyager dans tout l’Oman, et nous rendre à Salala pour reconstituer les faits -- ou la moitié des faits. Tout a commencé en 1962, année de la révolution au Nord Yemen et de la chute du vieil imam Ahmed le Djin, quand un certain Musallim ben Nufl, qui allait devenir le leader historique du mouvement, condamné à une peine de prison pour des vétilles, s’enfuit à Dammam, en Arabie Saoudite, où il rencontre deux des leaders de la révolte d’Oman de 1955-1958: l’imam Ghalib et son frère Talib. Ben Nufl se déclare prêt à créer un mouvement de dissidence dans le Dhofar, et l’ancien imam lui promet son soutien et lui donne des armes et de l’argent -- fournis par les autorités saoudiennes -- comme en 1955.

Les deux Fronts de Libération

Le plus étonnant, dans l’histoire de cette guerre où un certain nombre de chancelleries voient avec inquiétude se profiler l’ombre de la Chine communiste, c’est que, pendant plusieurs années, elle sera alimentée et entretenue par l’argent des Saoudiens.

En effet, de 1963 à mai 1965, Musallim ben Nufl fera plusieurs fois la navette entre Dammam et le Dhofar (1.500 km à travers le désert), ramenant chaque fois de petits groupes de Baith Kathir (tribu bédouine vivant dans le désert du nord du Dhofar), armés et entraînés à Dammam.

Leurs attaques, dirigées contre la route de Risut et les camps voisins de la compagnie pétrolière, qui procédait aux premières explorations du Dhofar, ne font que des dégâts limités, mais suffisants pour que le sultan Said autorise son armée régulière -- la “Sultan’s Force” -- à envoyer le premier corps expéditionnaire au Dhofar en novembre 1964.

Ben Nufl venait de repartir à Dammam, où il passera l’hiver à réunir des fonds et à recruter des hommes dans tout le Golfe Persique. C’est à partir de ce moment là qu’intervient un autre pays arabe dans la guerre du Dhofar: l’Irak, où Ben Nufl envoie ses hommes à l’entraînement, à Basra. En mars 1965, il envoie une bande d’une trentaine d’hommes, commandés par Amar Ghanim, au Dhofar. Ainsi renforcé, le groupe des rebelles opérant dans les montagnes est connu des Anglais sous le nom de “Djebel Front”. Il est même très bien connu, ses leaders sont fichés, et leurs liens avec l’ancien imam établis.

En mai 1965, un évènement fortuit allait permettre aux Anglais de découvrir l’existence d’un autre front qui se développait sous leurs yeux, à Salala, et de faire un coup de filet spectaculaire. Les Iraniens, qui surveillaient leurs côtes pour tenter d’enrayer la contrebande, capturèrent par hasard un boutre suspect. En étudiant les documents saisis à bord, les Iraniens réalisèrent immédiatement que ce boutre ne se dirigeait pas vers l’Iran, mais appartenait à une organisation clandestine basée à Salala, au Dhofar. Grâce aux documents que leur remirent les Iraniens, les forces de sécurité du sultan purent arrêter au milieu de la nuit, à Salalala, 33 membres du “Front de Salala” dont trois membres du comité central -- parmi lesquels le frère de Mohammed Ahmed Said al Ghassani, le leader actuel du front.

La “gauchisation”

L’étude de tous ces documents et l’interrogatoire des prisonniers devaient révéler aux Britanniques que le front de Salala, lié à Nasser, s’appuyait surtout sur les Qarras, tribu vivant dans les montagnes du centre du Dhofar.

Mais en février 1966, Ben Nufl, est surpris avec deux camions Dodge dans un oued. Touché par le feu des forces du sultan, l’un des camions explose, et Ben Nufl est grièvement blessé. Il parviendra cependant à s’échapper, mais ne pourra plus participer pendant longtemps à la direction du mouvement.

A ce moment-là, le nombre des rebelles s’élevait, d’après les Britanniques, à quelques dizaines. Le Front de libération du Dhofar était un mouvement nationaliste, politiquement peu défini, dont la première constitution proclamait la lutte “au nom d’Allah” et dont les leaders étaient tiraillés entre l’ancien imam d’Oman et Nasser...

Mais en 1967 les Anglais partent d’Aden et la République populaire du Sud Yemen est proclamée. Dès lors, Hauf, de l’autre côté de la frontière, devient pour le front une base arrière sûre, et la tendance modérée de Ben Nufl est temporairement sans chef, tandis que l’aile révolutionnaire trouve un soutien actif à Aden. Les Dhofaris qui militaient secrètement dans les cellules disséminées dans tout le Golfe Persique depuis 1961-1962 reviennent au Dhofar, après un bref séjour à Aden. Et, en septembre 1968, une conférence réunissant toutes les tendances (Mouvement nationaliste arabe, Al Hurriya, soldats de ben Nufl) consacre le contrôle de l’aile révolutionnaire sur le front de libération du Dhofar, qui s’appelle désormais “Front populaire pour la libération du golfe arabe occupé”.

Les communistes dans le Front

La situation devient sérieuse pour le sultan Said. Le nombre des rebelles s’élève alors à plusieurs centaines -- de 800 à 1.500. Les guérilleros, armés de kalachnikovs, de mortiers et de roquettes, vont jusqu’à tirer sur la base aérienne de Salalala, malheureusement pour eux trop éloignée des collines (7 km).

Leurs unités, appelées “Che Guevara” ou “Hô Chi Minh”, sont remarquablement bien installées sur ces collines, et les troupes du sultan, deux fois moins nombreuses que les rebelles, sont dans l’incapacité de les en déloger. “Ce sont d’excellents guérilleros”, dit un officier anglais basé à Salala, “ils sentent l’ennemi à plus de cent mètres: impossible de leur tendre une embuscade”.

La révolution de palais de juillet 1970 et l’arrivée sur le trône du sultan Qabous allaient transformer radicalement la situation: pour tous ceux qui ne partageaient pas les conceptions révolutionnaires du Front, la lutte n’avait plus de sens, et les ralliements commencèrent.

Depuis lors, la guerre du Dhofar est, à en croire les milieux officiels, plus riche en épisodes sanglants reflétant les dissensions entre partisans et adversaires de la poursuite de la lutte qu’en exploits contre les forces gouvernementales.

Fin septembre 1970, des guérilleros musulmans de l’est du Dhofar, où vivent les Bait Masheni (sous-groupe de la tribu des Qarras, auquel appartenait la mère du sultan Qabous), arrêtaient les leaders communistes. Au terme de discussions longues et ardues, les deux groupes parvenaient à une espèce de trêve armée.

En octobre 1970, 250 communistes sont envoyés par le Front dans l’est du Dhofar pour reprendre contrôle des Bait Masheni, apparemment avec un certain succès. “Les communistes ont réussi, à court terme, à empêcher un grand nombre de “Djebalis” (habitants des montagnes) de rallier Salala”, admet le général Graham, qui commande les forces du sultan.

Mais on se montre optimiste à Mascate, d’autant plus que Musallim ben Nufl, le leader historique de la rébellion, aurait rallié le gouvernement et serait arrivé, d’après des sources sûres, à Mascate à la mi-décembre (1970).

Et le Premier ministre Tarek, tout en reconnaissant que le front contrôle les collines, se montre optimiste: “C’est une affaire locale. Il n’y a aucun risque d’extension. Certaines personnes, dans le Golfe et ailleurs, ont, pour des raisons qui leur sont propres, gonflé la menace du communisme”...

Le coup d’Izki

Dans la nuit du 11 au 12 juin 1970 un incident qui a été gardé secret a failli changer la face de l’Arabie: un commando de neuf hommes du “Front national démocratique pour la libération d’Oman et du Golfe arabe occupé”, qui révélait ainsi son existence, attaquait un camp de l’armée du sultan à Izki, au milieu de la nuit, avec des roquettes, et prenait immédiatement la fuite. Rattrapé par les forces du sultan dans un oued voisin, le commando devait être immédiatement décimé: cinq hommes étaient tués -- dont Ali Hashim al Taywani, le chef du réseau, et Juna Thnayna -- trois autres étaient blessés et capturés -- dont Yahya Humaid al Ghassani, le leader militaire du groupe, entraîné à Bagdad, et un seul parvenait à s’échapper, après avoir été blessé.

L’interrogatoire des prisonniers devait révéler aux services de renseignements britanniques qu’une tentative de prise du pouvoir des révolutionnaires venait d’échouer. Leur plan était le suivant: après Izki, le même commando devait attaquer Bid Bid et Nizwa, tandis que d’autres groupes seraient passés à l’offensive dans le reste du pays. Les troupes du sultan désarçonnées  par cette attaque généralisée, auraient été dans l’incapacité de réagir, et la population se serait soulevée pour renverser un régime au comble de l’impopularité...

“Malheureusement pour eux, les révolutionnaires ont accumulé toutes les erreurs”, dit un officier britannique. “Peut-être parce qu’ils voulaient gonfler leur prestige par un exploit, tous les chefs du réseau ont participé à l’attaque d’Izki -- et ont été ou tués ou pris! Faute de chefs, le coup s’est arrêté là”.

Depuis lors, les services de renseignements approfondissent leurs enquêtes. A la mi-décembre, ils arrêtaient près de Mascate quatre hommes, dont l’un avouait rapidement avoir été entraîné à Bagdad, puis à Hauf, au Sud-Yemen., ce qui tendrait à confirmer qu’il existe une certaine coopération entre le “Front national démocratique”, lié au Palestinien Georges Habache et aux baasistes de Bagdad, et le “Front populaire” du Dhofar.

Quoiqu’il en soit, ces quatre hommes sont désormais enfermés dans le fort Jalili, vidé des prisonniers du sultan Said, mais qui pourrait bien se remplir de ceux du sultan Qabous. Et l’on peut se demander si les conseillers militaires du sultan Qabous, qui étaient déjà les conseillers de son père Said, ne sont pas en retard d’une guerre en lui conseillant d’acheter des avions et des soldats. Oman peut difficilement se permettre d’acquérir en même temps des armes et le progrès.

(Jeune Afrique, 23 février 1971; Washington Post, December 27, 1970; The Daily Star, Beirut, April 2, 1971)

 

 

 

 

 

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