CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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KURDISTAN de TURQUIE: Abdoulla Ocalan, la fin d'un Mythe

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Haï par ses ennemis, qui le qualifiaient de terroriste sanguinaire et de “tueur de bébés”, adulé par ses partisans, qui poussaient le culte de la personnalité jusqu’à le considérer comme un “Soleil” (sic!), sinon comme un prophète, Abdoulla Ocalan, dit Apo, n’était en tout cas pas un personnage ordinaire. Cet homme qui a incarné les espoirs d’une large fraction de la population kurde a incontestablement été un chef de guérilla exceptionnel: il restera dans l’histoire comme l’homme qui a su organiser une force de plusieurs milliers de combattants kurdes.

S’il n’a jamais vraiment pu créer de “zones libérées” il a fait vaciller le pouvoir de l’Etat turc dans plusieurs régions du Kurdistan de Turquie au début des années 1990; et c’est seulement en mobilisant quelque 300.000 hommes équipés des moyens de lutte anti-guérilla les plus modernes que l’armée turque a réussi à rétablir la situation -- en employant des moyens (destruction de villages, déportation de population, sévices) qui laisseront à jamais leur marque dans le cœur et sur le sol des Kurdes. Inventeur de la télévision sans frontière avec MED-TV, mobilisant des milliers de jeunes filles kurdes qui ont participé à la lutte armée aux côtés des hommes, Ocalan relègue le Che Guevara au rang d’un théoricien qui n’a jamais su mobiliser qu’une poignée de fidèles pour une minable aventure en Bolivie ...

Un prisonnier peu héroïque

Mais le mythe Ocalan a soudain volé en éclats: capturé au Kenya après une cavale tragique qui a mis en évidence la lâcheté des pays européens, qui ont tous refusé de lui donner asile, Apo ne s’est pas comporté héroïquement. Bien au contraire. Il a immédiatement renoncé à la défense politique qu’il envisageait encore d’adopter à Rome s’il devait être jugé par un tribunal italien.

Renonçant à faire de son procès le procès de l’Etat turc, renonçant à plaider la cause du peuple kurde pour laquelle il s’est battu pendant vingt ans, Ocalan a renié tout ce pour quoi il avait envoyé des milliers de jeunes kurdes à la mort ou en prison. Reniée la lutte armée, reniée l’indépendance du Kurdistan. Désarçonnant ses avocats qui se désistent les uns après les autres, Ocalan donne les ordres les plus surprenants: il ordonne à ses troupes de déposer les armes, puis de se retirer du Kurdistan; enfin, il ordonne à un de ses anciens lieutenants, qu’il avait limogé, de prendre la tête d’un détachement symbolique et de se rendre aux troupes turques! 

Comment en est-il arrivé là? Le sujet est tabou chez les Kurdes, mais il faut se rendre à l’évidence: Ocalan a peur, il a peur de mourir, et il est prêt à faire n’importe quoi pour sauver sa peau. “Nous, nous avons été arrêtés et torturés, nous avions peur, mais nous avons résisté”, dit un de ses anciens avocats qui a renoncé à le défendre; “Ocalan n’a pas été torturé, mais ce n’est pas un homme courageux: il est mort de peur... et il fait tout ce que lui dicte la cellule de crise qui gère son dossier: l’Etat turc va l’utiliser pour détruire le PKK”.

Quelques rares personnalités kurdes ont publiquement dénoncé son comportement: des dissidents du PKK, comme Selahettin Celik, qui a rappelé qu’à la “belle époque” du PKK ce parti dénonçait comme “traîtres” tous les détenus qui, dans les prisons turques, acceptaient seulement de porter l’uniforme de la prison, ou de chanter l’hymne national turc...

Célébrant récemment le 25e anniversaire de son parti près de Cologne, en Allemagne, Kemal Burkay, secrétaire général du “parti socialiste du Kurdistan” de Turquie, a qualifié son comportement de “désastreux” et a déclaré qu’il ne “fallait jamais sacrifier un peuple pour la vie d’une personne”, ajoutant qu’il souhaitait cependant lui aussi qu’Ocalan soit remis en liberté.... Mais l’appareil du PKK a suivi; et non seulement le “conseil présidentiel” qui dirige le PKK pendant l’internement d’Ocalan a approuvé ses déclarations, mais il les a appliquées: les combattants du PKK ont commencé de se retirer de Turquie (vers le Kurdistan irakien), et un groupe de huit combattants, dirigé par Ali Sapan, ancien représentant en Europe, s’est rendu. La presse du PKK suit ses mots d’ordre à la lettre.

Prêt à n'importe quoi pour sauver sa peau

Comment expliquer cet aveuglement? On ne place pas impunément tous ses espoirs dans un chef charismatique. En 1975, déjà, quand à la suite des accords d’Alger (6 mars 1975) le chah d’Iran a interrompu du jour au lendemain toute l’aide militaire qu’il fournissait au général Barzani, les Kurdes irakiens ont cru pendant quelques jours qu’il y aurait “quelque chose pour les Kurdes” dans ces accords -- comme aujourd’hui les Kurdes de Turquie espèrent qu’il y a “quelque chose pour eux” dans ce qui s’accomplit à Imrali; ils sont convaincus que des négociations secrètes entre Apo et les généraux turcs vont déboucher sur une solution du drame kurde... En 1975, aussi, quand le général Barzani décida d’arrêter la lutte armée, aucun de ses lieutenants n’osa prendre la décision de continuer... Et pourtant le général Barzani n’a jamais été l’objet d’un culte de la personnalité comparable à celui qui était voué à Ocalan...

Et il fallut attendre plusieurs mois pour que d’anciens lieutenants de Barzani reprennent la lutte: parmi eux un certain Jelal Talabani, bientôt suivi par les fils du général Barzani...

Cet aveuglement des Kurdes de Turquie est aussi à la mesure de leurs espoirs -- et de leur désespoir: est-il possible de regarder en face son destin, quand on a tout sacrifié pour la cause: quand on a perdu son village, sa maison, son travail, quand on a donné la vie de deux ou trois enfants -- cas qui est loin d’être rare -- tout cela pour la liberté du Kurdistan... quand cela se termine en tragi-comédie, quand le chef qui est à l’origine de tout cela dit: “La lutte armée a été une erreur.... nous allons trouver une solution pacifique par le dialogue dans une république démocratique”!

Déjà, les premiers murmures se font entendre parmi les cadres du PKK de la diaspora. À l’intérieur, deux chefs militaires, dont celui du Dersim, un des bastions du PKK, se seraient prononcés contre cette reddition sans condition. Mais il leur est d’autant plus difficile de prendre publiquement position contre Apo qu’ils savent que la dernière phase du plan des généraux turcs consiste justement à amener les combattants du PKK à s’affronter entre eux, entre partisans de la reddition, fidèle à Ocalan jusqu’au bout, et partisans de la poursuite de la lutte. La tragédie serait alors complète -- et la décision de la haute cour d’appel d’Ankara de reporter l’examen de la condamnation à mort d’Ocalan jusqu’au 25 novembre a justement cet objectif: donner le temps au chef kurde détenu à Imrali de finir de détruire son oeuvre...

(Le Monde, 10 Novembre 1999; The Middle East magazine, February 2000)

 

 

 

 

 

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