CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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KURDISTAN de TURQUIE: La dernière interview d'Abdoulla Ocalan

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Portrait d'OcalanQuand Abdoulla Ocalan, le président du Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK), a donné cette interview exclusive, a Rome, début janvier, il ne savait pas encore ce qu'il allait faire: il disait qu'il allait rester en Italie, mais il ajoutait aussitôt qu'il cherchait d'autres pays d'accueil... Et c'etait la vérité: interrompant pendant une demie-heure son long entretien, Abdoulla Ocalan est allé dans une pièce à côté préparer avec de proches collaborateurs un communique annonçant son intention de rester en Italie. En début de soirée, il appelait au téléphone un de ses visiteurs de la matinée, Dr Mahmoud Osman, l'ancien "ministre des affaires étrangères" du général Barzani, aujourd'hui l'une des rares personnalités kurdes indépendantes respectées par tous, pour lui confirmer son intention de rester a Rome. Et le lendemain matin, Abdoulla Ocalan empêchait la diffusion du communique préparé la veille... Et il demandait à ses collaborateurs de lui trouver d'urgence un nouveau pays prêt à l'accueillir. Le 11 janvier, il lançait un ultimatum et donnait 48 heures à ses collaborateurs pour trouver une solution!

Réfugié dans le "Petit Enfer"

Que s'est-il passé?Les conditions dans lesquelles vivait Abdoulla Ocalan étaient particulièrement éprouvantes: Ironie du destin, c'est dans une petite agglomération au nom prédestiné d'Infernetto -- le petit enfer --  a la périphérie d'Ostie, aux portes de Rome, qu’était réfugié l'homme qui dirige depuis 1984 la lutte armée des Kurdes de Turquie, l'homme le plus recherché de Turquie. Tout le quartier était bouclé par les hommes des commandos de la DICOS, les services italiens. Armés de mitraillettes, revolvers dans les poches, poignards aux jambières, ces agents en civil, pulls et lunettes noires, assuraient une protection très rapprochée du chef kurde. Patrouillant dans le jardin de la villa, à l'intérieur de la maison, ces agents aux allures de Rambos, des Rambos assez spéciaux, à l'italienne, étaient partout.

Ocalan à Rome, 1999Ils occupaient pratiquement tout le rez-de-chaussée, avec des ordinateurs, fax, batteries de téléphone, et circulaient sans cesse, empruntant le petit escalier en spirale qui permet d'accéder aux deux étages, dans les couloirs, brandissant sans cesse leurs armes. Ils le surveillaient constamment, en faction devant la porte de la pièce où il recevait ses visiteurs, allant même jusqu'à le suivre quand il allait aux toilettes...

Comme un prisonnier sous haute surveillance

En attendant que la commission ad hoc statue sur sa demande d'asile, Abdoulla Ocalan avait été remis en liberté par la justice italienne; mais l'homme que nous avons rencontré vivait plus l'existence d'un prisonnier sous haute surveillance que celle d'un homme libre. Manifestement les Italiens, qui ne pouvaient pas légalement expulser Ocalan, exerçaient une très forte pression psychologique sur lui, en espérant que le leader kurde craquerait, et qu'il déciderait de son propre chef d'aller chercher asile ailleurs...

Les interlocuteurs italiens d'Abdoulla Ocalan -- le chef de cabinet du Premier ministre Massimo d'Alema, ses avocats -- lui ont également fait redouter son arrestation, et un éventuel procès, disant que ce procès pourrait durer... six ans! L'entourage d'Abdoulla Ocalan était divisé: les représentants du PKK au Moyen-Orient et en Russie lui conseillaient de partir, en attirant son attention sur les risques d'un long emprisonnement. Par contre les responsables de la section Europe du PKK lui conseillait de rester en Italie, en soulignant que c'était une occasion inespérée d'internationaliser la question kurde... Tous les amis des Kurdes en Europe lui ont envoyé des messages dans ce sens. Mme Mitterrand, présidente de la Fondation France Libertés, lui a fait parvenir un message assez énergique, lui faisant dire que "s'il etait un véritable révolutionnaire, il devait rester là ou il était... qu'il ne devait pas avoir peur de la prison, comme Nelson Mandela, qui a passé 25 ans en prison"! Mais Abdoulla Ocalan en a finalement décidé autrement.

Pendant quelques jours, les proches d'Ocalan et des politiciens européens tres engagés dans la campagne pour une solution politique du conflit kurde en Turquie ont tenté d'esquisser une "diplomatie du ping-pong", qui aurait consisté à faire aller le chef du PKK d'un pays de l'Europe Occidentale à l'autre. Plusieurs pays étaient donnés comme possibles: la Hollande, la Suède, l'Autriche. Ocalan serait resté de courtes périodes, de deux à trois mois, dans chaque pays, ce qui aurait considérablement facilité la tâche des dirigeants de ces pays face aux pressions américaines et turques. Mais le problème majeur était de trouver le premier pays qui acceptait de l'accueillir après son départ d'Italie. Les artisans de la "diplomatie du ping-pong" ont échoué. À cause des pressions américaines, et aussi, souvent, pour des raisons de politique intérieure...

En se désolidarisant de l'Italie, qui pouvait difficilement résister seule au chantage de la Turquie et aux pressions américaines, en refusant d'accueillir Abdoulla Ocalan sur son sol, l'Europe a perdu une chance unique d'exercer une influence modératrice sur le chef kurde et sur le PKK. Son enlèvement par les Turcs ne signifie pas que la guerre est finie au Kurdistan; au contraire, tout indique que l'on va vers une nouvelle intensification des combats avec des dérives sanglantes... Et l'euphorie qui règne a Ankara risque d'être de courte durée: Ocalan sera probablement plus embarrassant en prison qu'en cavale...

Q: Quelle est exactement votre situation aujourd’hui? Etes-vous vraiment libre ou pas?

Abdoulla Ocalan: Nous sommes en train de vivre une situation très étrange, presque sans précédent: je ne suis ni libre ni otage. Je suis presque le seul homme pour lequel il est difficile de trouver une place dans le monde. C’est très étrange. Il y a un complot sous l’influence de la Turquie, et nous sommes en train de vivre une situation très brouillée. Les Turcs disent qu’ils doivent me punir où que je sois; le danger est très sérieux. Peut-être ne pourront-ils pas le réaliser en Europe, mais en dehors de l’Europe, avec l’aide d’Israel, ils y arriveraient. Nous avons essayé d’ouvrir la porte de l’Europe, mais l’Italie a des difficultés. Un endroit comme l’Afrique serait dangereux pour nous...

Q: voulez-vous rester en Italie?

Même s’il y a des risques, je veux rester ici. Mais le gouvernement a des difficultés. Quitter l’Italie dans ces conditions, c’est un suicide -- et un enterrement vivant, oui. Aller dans un endroit sans communications avec le Kurdistan, c’est pire que la mort. Le danger est là -- qu’il y ait un accord avec la Turquie sur ça.

Q: Est-ce que l’Italie peut vous chasser?

C’est difficile... Il y a des considérations juridiques. La réponse à ma demande d’asile, c’est une décision politique. Mais les choses ne marchent pas normalement.

Q: Si vous pouvez choisir, que faîtes-vous?

Pour moi l’activité politique en Europe est vitale.

Q: Vous êtes un homme hyperactif... Vous risquez de ne pas tenir longtemps en cage comme ça. Pensez-vous qu’on essaie de vous avoir à l’usure?

Les Italiens ont cherché à me faire comprendre ça, à m’user... Tout au début l’Italie avait une approche assez positive; après, nous avons eu des difficultés, à cause du chantage de la Turquie. Bien sûr, nous travaillons pour chercher un autre pays, mais nous avons un problème de choix: il faut que ce soit un pays fort, qui puisse garantir ma sécurité, et que ce soit un déplacement légal. Il y a des pressions pour accélérer mon départ... Il est important de résister.

Barzani en 1975 n’a pas résisté 24 heures. Le Kurdistan s’est effondré. Talabani a fait la même chose à Erbil en 1996. Toutes les révoltes kurdes ont été écrasées de cette façon. Moi je continue depuis 25 ans. L’Italie ne me connaît pas. Elle ne cherche pas à me comprendre. Je leur ai proposé de me comprendre avant de décider, mais ils se précipitent.

Certaines considérations commerciales jouent un rôle.

Q: Pourquoi êtes-vous parti de Syrie?

Rester là-bas, c’était provoquer une guerre régionale. C’était mettre en jeu le destin du régime de ce pays. La Turquie avait décidé de lancer une opération terrible. Ils voulaient commencer par moi, continuer avec la Syrie, puis avec l’Irak, pour dominer toute la région. Je suis parti de moi-même, et un peu à la demande des amis grecs. Mais cette invitation grecque n’a pas marché. Je n’ai pas pu entrer en Grèce, je n’ai pas pu sortir de l’aéroport d’Athènes, je n’ai pas pu faire une demande d’asile. Donc je suis allé en Russie, suite à une invitation de la commission des affaires étrangères de la Douma.

Q: Pourquoi n’avez-vous pas pu y rester?

Je suis resté plus d’un moi en Russie. Mais le Premier Ministre a demandé que je parte, malgré un vote à l‘unanimité de la Douma: c’est très intéressant, et obscur.

Q: Comment expliquez-vous cela?

La Turquie a fait des concessions, elle a promis certaines choses, sur les Tchétchènes, les musulmans de Russie. Et en plus, il y a eu l’influence des Etats-Unis.

Q: Peut-on comparer votre destin à celui du général Barzani? Avez-vous été “lâché” par les Syriens, qui ont conclu un accord avec la Turquie, comme le Chah d’Iran l’a fait avec Saddam Hussain le 6 mars 1975 à Alger, sur le dos des Kurdes d’Irak?

Il y a des ressemblances. Barzani a pu aller en Iran, mais il a dispersé une guérilla qui était très forte. Ma situation est encore plus difficile que la sienne, mais je n’ai pas suspendu mes activités: au contraire, je les ai renforcées. Moi, je n’ai pas besoin d’un soutien externe. Barzani s’appuyait sur l’extérieur, moi non. Et nous, nous résistons.

Q: Mais est-ce que vous n’auriez pas dû envisager un pareil “lâchage” de la Syrie? Et chercher un pays d’accueil éventuel?

C’est vrai, il y a eu des défaillances... Moi aussi, j’aurais dû y penser à l’avance. Mais le problème n’est pas d’avoir quitté la région où j’étais: partir de la Syrie nous a permis de porter la question politiquement plus en avant...

Q: Sous quelles formes voulez-vous poursuivre la lutte?

Sur le plan politique? Ou voulez-vous continuer la lutte armée?

S’il n’y a pas une issue politique, les armes bien sûr joueront un plus grand rôle. Mais aujourd’hui nous voulons donner du poids à la lutte politique. Si un processus de politisation commence en Europe -- si une solution politique est imposée à la Turquie... L’Europe doit dire: il y a une guerre, arrêtez la guerre, trouvez une solution politique. Il ne s’agit pas de terrorisme. L’Europe est responsable du Traité de Lausanne (1923), elle doit aux Kurdes la révision du Traité de Lausanne. Avec ce Traité on a éliminé de la carte 4 peuples, les Grecs, les Arméniens, les Assyriens, et aujourd’hui on veut éliminer les Kurdes.

Q: Ne croyez vous pas que le Traité de Lausanne fasse partie du bilan de l’histoire?

Et l’élimination des Kurdes aujourd’hui, c’est le bilan de l’histoire? L’histoire doit-elle se répéter? C’est terrible... C’est une histoire de trahisons, de génocides. Tout le monde a trahi, tout le monde a commis des massacres.

Il ne faut pas que l’Europe fasse comme l’autruche, qu’elle mette sa tête dans le sable. Je suis en Europe pour lui rappeler ses responsabilités. Mais l’Europe se cache comme si je n’étais pas là. C’est pour ça qu’elle a renoncé à un procès. Moi je veux être jugé, si ce procès est équitable.

L’idéal ce serait un procès européen, qui jugerait les deux parties.

Q: Quel est votre statut aujourd’hui? E toujours président du PKK?

Nous sommes en train de renouveler le PKK et l’AGRK. Nos difficultés proviennent aussi de la situation dans laquelle se trouvent le parti, le comité central, la direction. Une transformation permettra des progrès. Nous ne voulons pas tricher, il y a des défaillances, des défauts, il faut les corriger. Nos activités depuis 15 ans devraient avoir eu d’autres résultats. Les Turcs ne devraient pas être si libres avec nous. Nous avons eu des défaillances tactiques. Notre direction politique n’a pas joué son rôle. Ces défaillances ont pour causes la personnalité kurde, pleine de défauts: son individualisme, son imprévoyance de l’avenir, son inaptitude à l’action collective, sa vision limitée à un horizon très étroit. Donc je voudrais transformer encore plus cette personnalité. Nous préparons notre sixième congrès sur cette base.

Q: Et êtes-vous toujours président?

Ce sera comme le peuple le voudra. Comme l’histoire le voudra. Même si je suis dans la tombe, quelque chose doit fonctionner.

Q: Où est la direction militaire?

Tout est dans le pays, au Kurdistan.

Le problème, c’est de la rendre productive.

Q: Djemil Bayik est-il toujours le numéro 2?

Nous n’avons pas de numéro... Celui qui obtiendra des résultats aura un numéro... Malheureusement, mes critiques sont fondées. Par exemple, Djemil Bayik, il n’arrive pas à mettre en pratique son expérience. J’ai même rendu publiques certaines de ses erreurs. Il a deux fois décidé tout seul d’abandonner notre QG militaire, en 1995-1997. C’était grave. C’était au centre du Kurdistan, dans la vallée du Zab, nous avions 5.000 guérilleros, on pouvait affronter 50.000 Turcs.  Il ne l’a pas fait. Il est très sincère, mais il est très individualiste. Il a aussi condamné à mort certains responsables militaires. Nous n’avons pas accepté ça. Même s’ils avaient commis des délits, les méthodes auraient dû être plus rééducatives. Par exemple, il a dit que les blessés pouvaient être achevés, pour qu’ils ne tombent pas vivants dans les mains de l’ennemi: nous n’avons pas accepté ça. Il y a cette maladie dans le comité central: ils sont très liés à moi, mais leur pratique va dans le sens contraire. Je vais corriger ça.

Q: ce que vous dîtes est assez surprenant, car on a au contraire l’impression qu’il y a une très forte discipline dans le PKK, que vous exercez un contrôle total?

Oui, il y a une discipline de forme, très forte. Mais le contenu, c’est un autre problème...Tous sont très liés à moi: si je leur demande de mourir, ils vont le faire. Mais ils n’ont pas de créativité personnelle. Un exemple: les Turcs ont une fois mis la main sur 5.000 sacs de farine: ils sont restés sans manger pendant l’hiver! S’ils avaient dispersé les sacs, cela ne serait pas arrivé.

Q: comment expliquez vous la désertion d’un grand chef comme Shemdin Sakik?

Ce n’était pas un grand chef, mais un chef de bande de paysans. Depuis 10 ans il avait de telles pratiques. Ce n’est pas nous qui l’avons mis en avant: depuis 1993, c’est le plan des Tucs de le mettre en avant. Même les services français nous ont averti que des sommes d’argent importantes aboutissaient chez lui...

Q: Pourquoi, dans ces conditions, l’avez-vous gardé?

J’ai fait beaucoup d’efforts pour le garder, pour le rééduquer, le réhabiliter. Mais il avait de très gros défauts. On ne pouvait pas l’éliminer, on nous aurait critiqué d’éliminer celui que la BBC appelait notre numéro deux...

Q: Depuis longtemps vous annoncez que la lutte armée va se propager dans les villes, mais sans résultat. Pourquoi?

J’ai toujours l’espoir d’une solution politique. Nous sommes toujours prêts, mais nous avons des doutes sur cette décision. Mais s’il n’y a pas prochainement une solution politique à la question kurde, avec ou sans moi, on pourrait être témoin d’un chaos. Je pourrais laisser les militants du PKK libres d’agir. On verrait alors un processus à la palestinienne, avec des attentats sauvages. Nous les avons empêchés jusqu’à maintenant, comme ceux qui veulent s’immoler. Cela pourrait avoir des résultats très graves.

Q: On a souvent ce problème avec vous, vous annoncez en même temps la violence et la paix...

C’est pas comme ça dans la nature?

Q: Mais la politique, c’est pas la nature!

Si la politique est bloquée, les militaires jouent leur rôle. La politique, ce n’est pas la démagogie, le mensonge... Je ne suis pas pressé, mais je ne suis pas non plus un enfant. Peut-être l’Europe pense-t-elle qu’elle est très intelligente, et que les Kurdes sont des imbéciles. Mais je ne suis pas un imbécile, ce n’est pas mon cas.

Q: C’est clair que la Turquie ne veut pas parler avec vous...

Alors, on va la faire parler.

Q: Avant de proclamer votre dernier cessez le feu, avez-vous eu des contacts avec les généraux turcs?

Depuis deux ans,nous avons des contacts indirects, sans signature. Mais c’est très clair que ça vient de l’Etat-Major. Soit c’est une approche tactique, un complot. Soit c’est une recherche sincère. Peut-être pensent-ils qu’ils vont faire avec moi ce qu’ils ont fait dans le passé avec les chefs kurdes: “Viens!” et l’on va m’éliminer. Je ne suis pas tombé dans ce piège. Mes sept points (pour une solution politique du problème kurde en Turquie), les militaires les avaient aussi proposés, en allant même plus loin. Mais en pratique... il y a eu cette crise! Soit il y a des contradictions au sein de l’armée, ou c’est un jeu. Peut-être c’est la tendance du général Cevik Bir qui avait envoyé ce contact.

Q: Comment sortir de cette impasse? Comment forcer les généraux à dialoguer?

Le seul moyen, c’est la guerre!

Q:Avec quels objectifs? L’autonomie? un système fédéral? l’indépendance?

Ce qu’il faut pour un homme contemporain! Ce qui est vrai pour tous les peuples est aussi valable pour nous. Un système comme on en voit en Europe, un système fédéral démocratique. C’est pas la forme qui est un problème, si on a la volonté... Le plus important, c’est de faire reconnaître l’identité kurde.

Q: Le PKK n’a pas une bonne réputation... Que pouvez-vous faire pour améliorer cette image?

Chez les Kurdes, depuis Lausanne, l’Europe n’a pas bonne réputation. Nous sommes au bord de l’anéantissement...

Q: Et la mauvaise réputation du PKK?

C’est de la démagogie...

Q: Et les procès en France contre une quinzaine de Kurdes accusés de terrorisme?

C’est une persécution! Pour ses intérêts la France fait beaucoup de concessions à la Turquie. La politique est souvent basée sur les intérêts matériels. Nous les Kurdes nous n’avons rien à donner...

Q: Pouvez vous donner des détails sur la tentative d’assassinat préparée contre vous à Damas?

Pendant la crise avec la Syrie, les Turcs ont préparé une tentative  avec des missiles, comme ils (les Américains) ont fait en Irak. La Turquie avait tout prévu...

Q: que pouvez-vous faire pour améliorer vos relations avec les Américains?

De notre côté, nous avons fait tout ce que nous pouvions faire; c’est aux Américains de revoir leur attitude. Nous sommes prêts à tout pour une solution politique, y compris un cessez-le-feu unilatéral. Il suffit que les Américains fassent la même chose qu’au Kurdistan du sud (le Kurdistan irakien) -- un état fédéral, ou une administration locale.

Q: Pouvez vous parler un peu de vous, de votre famille?

Je suis né dans une famille de paysans pauvres; ma famille avait été dispersée, elle n’appartenait pas à une tribu. Je suis né à Omerli, un village où il y avait 60 maisons quand je suis né. Mon père s’appelait Omer, ma mère Oueich, nous étions trois garçons et trois filles. Je suis allé à l’école primaire au village d’à côté; je faisais une heure de marche pour y aller matin et soir, tous les jours. Je suis allé au collège à la ville d’à côté à Antep. Et au lycée du cadastre à Ankara. J’ai été fonctionnaire d’état pendant deux ans. Puis j’ai fait des études de sciences politiques à Ankara jusqu’en 1974.

J’étais un kurde assimilé, mais toujours avec un point d’interrogation. Depuis toujours, je sentais que j’étais kurde, mais j’ai été sous l’influence des idées de l’Islam depuis l’école primaire jusqu’à la fin du lycée. Sous l’influence du village, de ma famille. L’imam de mon village m’a dit : “Si tu continues, un jour tu voleras comme les anges” ! Aujourd’hui je vole dans la politique...

En 1969, j’ai milité dans un mouvement de jeunesse, Dev-Genc; puis j’ai été membre du DDKO (association nationaliste kurde) à la fin, en 1970, à Istamboul. J’ai enfin décidé d’être socialiste. J’ai été président fondateur de la section principale d’AYOD (association d’extrême gauche turque) à Ankara en 1975. En  1972, j’étais “libérateur” du Kurdistan; on a commencé à préparer les bases au printemps 1973 avec la thèse que le Kurdistan est une colonie. C’était un mouvement de regroupement et de recherche. Et en novembre 1978, nous étions 23 à Lice à fonder le PKK. Avant ça, le mouvement a existé pendant 5 ans, c’était le groupe “Apocular” ou “Ukocular” ... La suite est connue.

(Le Point, 16 Janvier 1999; Al Wasat, 25 Janvier 1999; L'Evènement, 14 Mai 1999; Le Temps, 17 Février 1999; The Middle East magazine, April 1999)

 

 

 

 

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