CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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PHILIPPINES: Le Micro-Crédit transforme la vie...

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Pêcheurs ramenant leur barqueLe micro-financement est un nouveau mot forgé pour désigner la prestation de petits services financiers -- épargne et crédit -- à une catégorie de gens qui n’ont pas accès aux services offerts par les institutions financières “normales”. C’est un service qui est offert aux Philippins pauvres, c’est un encouragement à la micro-entreprise, excluant en général la production agricole, la culture, au bénéfice de micro-entrepreneurs:

- micro-commerces: petites épiceries, colportage, vente au détail;

- entreprises artisanales

- services

Comment définit-on la “micro” économie aux Philippines?

Comment définit-on la “micro” économie aux Philippines, et à Ilo Ilo en particulier? À quelle échelle devient-on un “petit” entrepreneur? La réponse est une fourchette de chiffre d’affaires assez large, qui va de 3.000 à 100.000 pesos par an. Ce que tous ces gens ont en commun c’est que lorsqu’ils ont besoin pour une raison ou une autre d’un apport de capital, ils ne peuvent pas s’adresser à une banque: les sommes demandées sont dérisoires et surtout ils n’offrent pas les garanties requises (ils ne possèdent rien, ni terres ni maisons). Ils sont forcés de s’adresser à des usuriers, qui leur prêtent de l‘argent sur la base des “5-6” -- l’usurier prête 5 pesos le matin, et en demande 6 le soir, soit un taux de 20 pour cent par jour!

Les prêts de la TSKI

La TSKI accorde des prêts individuels, de 30.000 pesos (5000F) à 50.000 et même 100.000 pesos, à de petits entrepreneurs, qui offrent peu de garanties pour un banquier classique, mais à un certain nombre de conditions:

- il faut que ce soit des entrepreneurs dont l’entreprise existe depuis déjà un an, et qui, selon les responsables de projet de la TSKI, présentent des garanties sérieuses de devoir durer...

- la création d’emplois est un critère important: non seulement le prêt accordé permettra d’assurer le maintien des emplois existants, mais il doit permettre la création de nouveaux emplois.

- le projet doit avoir l’approbation d’un responsable, prêtre ou pasteur, de la communauté.

- garanties

femme tressant une natteles bénéficiaires de ces prêts doivent présenter un minimum de garanties: machines, équipement, terrain, etc.

- capitalisation: le bénéficiaire doit disposer d’environ dix pour cent du montant du prêt.

- encadrement: le responsable de l’entreprise doit participer à des séminaires sur les méthodes de la TSKI, et à des réunions d’évaluation de son projet...

La TSKI accorde aussi des prêts beaucoup plus petits, de 3.000 (500F) à 10.000 pesos, à des bénéficiaires -- des femmes -- regroupées dans des groupes de solidarité de 20 à 40 membres. Le sentiment de responsabilité collective est fortement développé et encouragé: ces groupes se réunissent une fois par semaine, sous la supervision du cadre responsable du projet; chacun fait tour à tour le bilan de son activité, et si l’une des membres ne peut pas faire son remboursement hebdomadaire, tous les autres membres participent au remboursement: la dette de l’une est la dette de toutes... Dès le départ, le sentiment de solidarité collective est fortement inculqué: lorsqu’un groupe de femmes veut former un groupe, elles doivent suivre une formation de huit jours, avec des sessions quotidiennes de trois heures pendant lesquelles on leur explique le fonctionnement de l’ONG: si l’une d’elles ne vient pas à l’une des séances, le groupe entier est pénalisé et exclu.

Pour ces prêts, aucune garantie matérielle n’est exigée, mais la motivation des candidates, libres du choix de leur activité, est un facteur déterminant. Les prêts accordés sont petits, suffisamment petits pour repousser les pauvres plus “à l’aise”, mais ils permettent aux bénéficiaires de “décoller”. Ils sont remboursables en 25 semaines. Fait important, il s’agit de prêts, pas de dons: les bénéficiaires n’ont pas à manifester de gratitude, leur dignité est préservée.

Femmes et Artisanat

“Les femmes réussissent mieux que les hommes, affirme Jufred, responsable de projets de la TSKI pour la zone sud; quand elles ont un projet, elles s’arrangent pour que cela rapporte de l’argent chaque jour; tandis que les hommes ont le plus souvent des emplois instables -- ils sont pêcheurs, charpentiers, ouvriers du bâtiment, et gagnent de l’argent un jour, mais n’ont pas de travail le lendemain”...

Adoracion, 71 ans, est une belle femme qui vit dans un petit village de pêcheurs à côté de Miag-Ao. Adoracion est un peu la mémoire de son village, de la vie d’autre fois sur l’île de Panay, où se trouve Ilo Ilo. Adoracion est aussi une des quelques femmes qui ont préservé la technique du tissage, un artisanat qui faisait autrefois vivre toutes les femmes de l’île.

“C’est ma mère qui m’a appris à tisser quand j’étais enfant, raconte Adoracion; ma mère était toujours en train de travailler sur son métier, dont j’ai hérité; elle tissait des moustiquaires, et des “patta gong” (tissu coloré que les femmes s’enroulent autour des reins, comme une jupe). Mon père exploitait le sel de la mer; il allait chercher de l’eau au rivage, et ramenait l’eau de mer sur son dos dans un gros bambou; il répandait ensuite l’eau sur des bambous et récoltait le sel; mes parents vivaient dans cette maison où je vis aujourd’hui; nous étions onze enfants, dix filles et un fils unique”!

“Quand j’étais toute petite, se souvient Adoracion, mon père était charpentier, et il gagnait 80 centavos par jour; ma mère travaillait sur son métier à tisser; nous n’avions pas de terres, et nous avions du riz et du poisson tous les jours... sauf quand il n’y avait pas de riz, et notre mère nous donnait du maïs à la place. Ma mère est morte l’année dernière, à 93 ans”.

Adoracion a eu six enfants, dont Leonora, qui continue la tradition du tissage. Danito, son mari, est pêcheur, mais il ne possède pas de bateau, et il doit en louer un quand il va en mer. Il donne le tiers de sa pêche au propriétaire du bateau... Acheter un bateau? cela coûte très cher, environ 5.000 pesos (environ 850 francs). Les prix ont augmenté, il y a quelques années cela valait seulement 3.000 pesos.

Manifestement, c’est Leonora qui fait vivre la famille: Danito n’est pas allé à la pêche hier, il n’y avait pas de bateau disponible; mais apparemment cela fait sept mois qu’il n’est pas allé pêcher! Et il aide sa femme sur le métier à tisser. Léonora dit gagner 500 pesos par mois avec son tissage; plus quand elle a des commandes, et qu’on lui fournit le matériel. Leonora fait partie de la TSKI, elle a obtenu un premier prêt de 3.000 pesos en 1997, et après avoir fini de le rembourser, elle a obtenu un second prêt de 5.000 pesos en 1998; elle rembourse 84 pesos par jour. Grâce à ces prêts, elle a pu acheter du fil à tisser, et aussi une pièce de rechange assez onéreuse pour son métier à tisser.

Tous les enfants de Leonora vont à l’école -- Leony, 19 ans, est en train de terminer le lycée, tout en suivant une formation informatique: toute la famille pose pour une photo de groupe sur l’escalier de la maison de bambous...

Pour nourrir sa famille, Leonora a besoin d’environ 100 pesos par jour; en plus, il faut 30 pesos pour payer le taxi tricycle qui fait le “ramassage scolaire” de trois des enfants (2,5 pesos par course et par enfant). “Quand je n’ai pas assez d’argent, à midi ils mangent juste un casse-croûte: une banane, ou une cassave”. Avec son budget nourriture de 100 pesos, Leonora achète du riz, 2 kg 1/2 par jour, à 15 pesos le kilo pour la qualité la plus médiocre, et du poisson séché, ou des sardines. La viande est hors de prix pour elle: 84 pesos le kg de porc, 120 pesos le kg de bœuf...

Note :

La TSKI (Taytay Sa Kauswagan Inc.) une ONG qui se proclame ouvertement chrétienne, a pour mission de rendre leur dignité à ses membres, et de les rendre autosuffisants économiquement, pour qu’ils puissent prendre en charge les autres membres de la communauté.

(Reportage réalisé avec le concours du Groupe Développement)

 

 

 

 

 

 

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