CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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MEXIQUE et GUATEMALA : A la rencontre des Mayas...

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Temple de PalenqueIl n’y a pas de meilleure porte sur l’empire maya que Mérida, avec ses ocres, ses éoliennes, ses fiacres qui sur leurs roues calfeutrées de caoutchouc, semblent glisser dans des rues où l’on n’entend que le flic flac des sabots des chevaux.

Il faut se rendre à l’un des deux marchés de la ville pour découvrir les descendants des Mayas, de petits indiens, imberbes, vêtus de blanc, accompagnés de leurs femmes en “huipil” brodés, qui circulent en trottinant dans d’étroites venelles couvertes de toiles tendues en travers, sous lesquelles l’Européen doit se courber en deux pour passer.

Le destin tragique des Mayas

Éternellement armés de “machete” (coupe-coupe), ces petits hommes qui cheminent depuis des kilomètres et des kilomètres, pliés en deux sous le poids du “barro” (poteries) ou de la “lena” (bûches de bois) qu’ils portent sur le dos en s’aidant d’une corde et d’une bandelette passée autour du front, ces misérables qui travaillent dans les plantations de sisal pour quelques centavos par jour, sont les authentiques descendants des Mayas du grand “empire” qui recouvrait, aux heures les plus sombres du Moyen-Age européen, toute la péninsule du Yucatan, le Chiapas, le Guatemala, et une Plaza mayor, Tikalpartie du Honduras. Aucun peuple n’eut un destin aussi tragique que ces Mayas, étrangers dans leur propre pays, étrangers à leur culture, sans passé, eux, les artisans de l’une des plus brillantes civilisations de l’Amérique latine...

Les “antiguos”, les anciens... ou ceux de l’Antiquité, on ne sait au juste, c’est ainsi que les Mayas d’aujourd’hui appellent leurs ancêtres, leurs frères auxquels ils ressemblent tellement que les sculpteurs des temples mayas semblent avoir pris comme modèles, pour leurs dieux et leurs guerriers, quelques-uns de ces Indiens qui errent aujourd’hui dans le marché de Mérida.

Ils parlent encore la langue, ils prient encore leurs dieux, en même temps que les saints de l’église catholique, et cultivent encore leurs “milpas” (champs de maïs) après avoir imploré les dieux de la pluie. Mais ils ne vont plus dans leurs temples, et c’est avec un mélange d’étonnement et d’inquiétude qu’ils parlent de ces constructions et de ces sculptures des sanctuaires de Kabah, Sayil, Dzibilchaltun, Uxmal, Chichèn Itzá, de Tulun, Tikal, Palenque, et des milliers d’autres “cités” mayas hantées aujourd’hui par les seuls descendants de ces Européens qui ont vaincu leurs ancêtres.

La découverte des grandes villes mayas

La rupture est telle qu’en 1840, Stephens, le premier grand explorateur des Mayas, celui qui découvrit Copan, Palenque, et qui fut l’un des premiers à explorer Uxmal, avec un dessinateur de génie, Catherwood, dont les dessins devaient secouer l’Europe érudite par la révélation d’une des plus grandes civilisations jusqu’alors enfouies sous la jungle, pouvait écrire: “La cité est abandonnée: pas un survivant de cette race ne rôde aujourd’hui dans ses ruines avec des traditions transmises de père en fils, de génération en génération. Elle se trouve devant nous comme, au milieu de l’océan, une épave de voilier aux mâts arrachés, au nom effacé, à l’équipage disparu: personne pour indiquer sa provenance, son propriétaire, la durée de son voyage, ou la cause de sa destruction... tout est mystère, obscur et impénétrable mystère”...

Un siècle et demi plus tard, un coin de ce voile de mystère a été soulevé par les archéologues: ils ont daté la première stèle maya, à Uaxactun, dans le Peten, au Guatemala. Des glyphes à peine lisibles indiquaient la date du 9 avril 328 de notre ère, sur une stèle qui se tenait à peine debout lorsqu’elle fut découverte par le célèbre archéologue Morley, en 1916, presque 1.600 ans après qu’un artiste maya eut achevé de sculpter cette pierre... avec une autre pierre.

Avec l’érection de stèles datées, la construction de temples de pierres avec voûtes, et la fabrication de poteries polychromes, commença vers le IIIe siècle la culture maya “classique” dont les archéologues allaient suivre, grâce à leurs fouilles, l’évolution, jusqu’à son déclin, au Xe siècle.

Dégageant les pyramides et les temples enfouis sous la forêt, ils allaient, à l’aide des premières chroniques indiennes contemporaines de la conquête, grâce aussi aux récits des Conquistadores et à celui du moine Diego de Landa, reconstituer la vie des Mayas, leur religion, découvrir avec émerveillement l’arithmétique de ce peuple qui avait inventé le principe du zéro bien avant les Hindous et les Arabes, et élaboré le calendrier le plus exact du monde ancien, qu’il faisait remonter à la date hypothétique de 3.113 ans avant notre ère...

Pour ressentir aujourd’hui ce que pouvait être cette civilisation dominée par la religion et l’étude des dieux et du temps, il faut aller à Tikal, au Guatemala. Uxmal est, en effet, trop classique pour l’Européen, qui oublie, devant l’harmonie du “palais des gouverneurs” et sa façade extraordinairement sculptée de dessins géométriques, masques stylisés et visages humains, ou la “pyramide du nain”, dont les marches dessinent une pente de 45 degrés, qu’il s’agissait en fait de temples où des prêtres-médiateurs disparaissaient pour ainsi dire dans le ciel.

Chichèn Itzá est trop flamboyante, trop baroque, pourrait-on dire, avec ses colonnades, ses serpents à plume, ses rangées de guerriers et de prêtres sacrificateurs, ses jaguars et ses crânes humains...

Mais à Tikal, le voyageur qui descend aujourd’hui de l’avion de Guatemala City peut encore ressentir comme Stephens arrivant à Copan en 1840 avec ses mules, après avoir taillé son chemin au coupe-coupe dans la forêt, la vocation religieuse de ces ruines, perdues dans une forêt tropicale, déserte et inextricable, où seuls émergent de la forêt, à plus de cinquante mètres au-dessus du sol, les sommets de quatre temples.

La même émotion que les premiers explorateurs

Si l’on s’écarte de la place principale, la “plaza mayor”, avec ses stèles et ses deux grands temples désormais restaurés, dès que l’on s’aventure sur l”acropole”, l’on retrouve ces “pierres dispersées sur le sol de la jungle” que contemplèrent avec émotion les premiers explorateurs, les unes dressées verticalement,  d’autres renversées ou brisées, leur surface sculptée de formes humaines ou animales. Des édifices se dressent à travers les arbres, à peine visibles. Les escaliers qui mènent à leur sommet s’écroulent sous la poussée des racines qui croissent entre les fissures des pierres. Le terrain n’est pas entièrement vierge. Il y a désormais des itinéraires à Tikal, mais aujourd’hui comme autrefois on ne peut voit à dix mètres devant soi, et l’on ne sait jamais sur quoi l’on va tomber.  On s’arrête pour écarter les plantes grimpantes qui cachent la façade d’un monument, et l’on découvre soudain un oeil, une oreille, une main... des inscriptions!

L’ambiance de ces ruines, serties dans la jungle, dont le calme n’est troublé, au coucher du soleil, que par le vacarme étourdissant des singes et des perroquets, ces pyramides dont les marches sont taillées de telle façon qu’elles laissent l’impression de disparaître dans le ciel, tous ces personnages dont les profils se répètent sur les stèles, ces glyphes mystérieux qui ornent les façades des temples, comme de gigantesques livres ouverts sur la nature, tout cela contribue à faire de Tikal, plus qu’une cité, un gigantesque sanctuaire. Exilés de leurs temples, ayant oublié leur propre rituel, les Indiens d’aujourd’hui protègent encore quelques bribes éparses de leurs traditions dans des grottes cachées au fond de la forêt dont très peu d’étrangers ont foulé le sol.

Mais c’est à Chichicastenango que les touristes peuvent les voir, sur les marches de l’église et jusque dans le chœur, prier un dieu dont il vaut mieux ne pas leur demander s’il s’appelle Jésus ou Itzamna. Peut-être auront-ils aussi la chance de voir une “fête”. En prêtant l’oreille, ils devineront peut-être  que ces hommes de l”altiplano” (les montagnes) qui dansent, masqués et parés d’habits incroyablement bariolés, en suivant la triste mélodie d’un tambour et d’une flûte, reprennent le dialogue du “ballet de la conquête”, jouant ainsi pour la cent unième fois le drame de leur défaite... “Les fêtes sont notre unique luxe”, rappelle l’écrivain mexicain Octavio Paz. Luxe ou effort désespéré pour tenter d’oublier, avec l’alcool et la danse, que l’Indien a été vaincu par l’homme blanc il y a 450 ans.

(Touring Club, N° 825, Avril 1971)

 

 

 

 

 

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