CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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IRAK: Le Livre Noir de Saddam Hussein

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Kurdistan, Guide Littéraire

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couv 40

 

Le Livre Noir de Saddam Hussein

OH Editions, Paris, 2005

Introduction

Faire l’impasse sur les crimes de Saddam Hussein, comme le font certains, c’est renoncer à comprendre comment et pourquoi on en est arrivé à la situation actuelle en Irak. La guerre américaine n’était peut-être pas la bonne solution pour mettre fin à la dictature de Saddam Hussein. Mais, comme le montre ce "Livre Noir", après 35 ans d’une dictature d’une rare violence, qui a anéanti la société civile irakienne et fait des millions de victimes, il n’y avait pas de bonne solution. Le système répressif mis en place par Saddam Hussein était inexpugnable de l’intérieur. Il n’y avait pas de solution démocratique à la dictature de Saddam Hussein : aucun mouvement populaire, aucune insurrection ne pouvait en venir à bout et le renverser, comme les Kurdes et les Chiites en ont fait la sanglante expérience.

Laisser Saddam Hussein exercer son pouvoir plus longtemps, c’était condamner la société civile irakienne à l’anéantissement, et laisser les conflits entre les diverses composantes ethniques et confessionnelles du peuple irakien (Estimations : 60% de Chiites, 36% de Sunnites, 4% de Chrétiens -- ou 75% d’Arabes et 25% de Kurdes) s’exacerber au delà du point de non retour.

Un Régime contre son Peuple.

Destiné à tous ceux qui veulent exercer leur droit d’apprendre et de savoir, ce "Livre Noir" permettra d’abord de comprendre comment tout a commencé.

Patrick Baudouin, président d’honneur de la FIDH (Fédération Internationale des Droits de l’Homme), commence par rappeler un certain nombre de définitions légales qui seront des outils indispensables pour la lecture de cet ouvrage : qu’est-ce qu’un génocide, un crime de guerre, un crime contre l’humanité, et à quels crimes spécifiques de Saddam Hussein s’appliquent ces diverses catégories pénales? Et Patrick Baudouin se prononce pour la reconnaissance du droit des victimes, les "grandes absentes" des tribunaux ad hoc.

Peter Sluglett, auteur du livre de référence sur l’Irak après la Révolution de 1958, retrace dans son "Portrait d’un Dictateur" la carrière de Saddam Hussein, montrant comment cet ambitieux militant, orphelin de père et sans éducation, venant d’un petit village de la région de Takrit, a éliminé sans pitié tous les membres de son entourage qui pouvaient lui faire de l’ombre, pour exercer seul le pouvoir absolu -- un parcours noyé dans le sang. Peter Sluglett retrace aussi dans "Le Baas, du panarabisme à la dictature", l’itinéraire d’un parti élitiste au départ, et idéaliste, devenu un parti de masse, et surtout, un instrument de pouvoir pratiquement vidé de toute idéologie. Dans cet essai délibérément polémique, il fait "exploser" un certain nombre de mythes sur le nationalisme arabe, montrant en particulier pourquoi, étant donnée la composition ethnique et confessionnelle de l'Irak,, le nationalisme arabe, création d'une élite sunnite, ne pouvait qu'y rencontrer un écho limité: le Baas n'est devenu un parti de masse qu'après avoir pris le pouvoir.

Le Portrait… Il n’y a pas de régime totalitaire sans abondance du portrait du "Leader". Zuhair al Jezairy, rédacteur en chef du journal "Al Mada" à Bagdad, s’interroge sur les origines du culte de la personnalité : est-il le fruit des désirs du "leader", ou du besoin des gens d’avoir un "sauveur" ? Saddam Hussein, manifestement, ne cherchait pas à savoir si les foules qui défilaient devant lui aimaient leur Président, et il gérait minutieusement la représentation de son image dans tout le pays, ne laissant aucune chance au hasard: Il finit par hanter les rêves d’une jeune femme anesthésiée…

Dans "Saddam Hussein dans l’enfer des dictateurs", Hazem Saghieh, journaliste libanais et éditorialiste du quotidien "Hayat", ramène Saddam Hussein à sa juste dimension. Le comparant à deux grands dictateurs du XXeme siècle -- Hitler et Staline -- et demandant : "Qui sait si Hitler avait un frère, ou Staline un cousin?", Hazem Saghieh démontre à quel point le totalitarisme de Saddam Hussein, reposant sur le cercle étroit d’une fratrie, se distingue du totalitarisme européen, en produisant un despotisme incapable de gérer les ressources humaines et économiques d’un pays moderne. Lecteur encyclopédique, familier tour à tour de Hannah Arendt et d’Engels, Hazem Saghieh stigmatise la médiocrité intellectuelle du régime de Saddam Hussein, affirmant que les textes de Michel Aflak, le fondateur du Baas, sont dignes de figurer dans un manuel… d’école primaire !

Peter Sluglett analyse dans l"Anatomie d’un régime dictatorial" le fonctionnement du système Saddam qui n'a épargné personne et n'a "laissé ni un Lénine en exil, ni un Mandela en prison pour prendre la relève", tandis qu'Ibrahim al Marashi, éminent spécialiste irakien des services spéciaux du Baas, répertorie et analyse le fonctionnement de ces services qui ont permis à Saddam Hussein d’éliminer impitoyablement opposants et simples victimes de sa rage de pouvoir. Il est, aujourd’hui encore, impossible de faire un bilan statistique précis du nombre des victimes de Saddam Hussein, mais Tariq Ali Saleh, président de l’Association des Juristes Irakiens, tente malgré tout de dresser un bilan de 35 ans de répression du Baas.

Qui se souvient aujourd’hui des "Pendus de Bagdad", ces malheureux Juifs pendus par les Baasistes peu après leur arrivée au pouvoir, en 1969, sur la grande place de la Libération à Bagdad? Chris Kutschera retrace l’histoire de la communauté juive d’Irak, une des plus importantes du Moyen-Orient, dont les derniers représentants ont été pourchassés par les Baasistes. Il restait 30 Juifs en Irak à la chute de Saddam Hussein.

Connue aujourd’hui de tous après les exactions des troupes américaines, l'immense prison d’Abou Ghraib (130 hectares) a été pendant des décennies le symbole tragique de la répression du Baas. Des centaines de milliers d’Irakiens ont transité par cette prison, avant, souvent, d’y mourir. Nous avions retrouvé Saadoun Kassab, un ingénieur qui avait participé à sa construction, avant d’y être incarcéré par les Baasistes, et son témoignage est un document exceptionnel. Nous avons également reproduit le témoignage d’Abdoul Hadi al Hakim : plus qu’un récit de torture, hélas banalisée par sa répétition pendant ces décennies de répression baasiste, le récit de l’enfermement d’un homme qui y a été enfermé pendant six ans, pour le seul délit de porter le nom d’une illustre famille chiite, témoigne de l’arbitraire du régime baasiste. Belle revanche sur la dictature, Abdoul Hadi al Hakim vient d'être élu, en janvier 2005, député de la nouvelle assemblée constituante irakienne.

La répression des Chiites

Les Chiites, qui constituent environ 60 pour cent de la population irakienne, ont toujours été exclus du pouvoir depuis la création de l’Etat irakien par les Britanniques qui ont remis le pouvoir à une petite minorité d’Arabes sunnites. Mais, avec l’arrivée du Baas au pouvoir, cette exclusion devient persécution: ils sont l’objet d’une véritable vindicte…

La seconde partie du "Livre Noir" s’ouvre avec l’histoire de la persécution des Chiites irakiens par le régime baasiste, par Faleh Jabar, un des meilleurs spécialistes mondiaux de la question chiite en Irak. Après avoir rappelé la place importante que les Chiites occupaient dans la société irakienne sous la monarchie, Faleh Jabar souligne que rien, idéologiquement, ne prédestinait les Chiites à une confrontation avec le Baas, dont le premier secrétaire général (Fouad Rikabi) était un chiite. Et il retrace, étape par étape, l’histoire de la détérioration des relations entre le Baas et les Chiites, et les exécutions qui ont jalonné cette histoire. De cette étude extrêmement riche, on retiendra ce résumé fulgurant: "La monarchie avait mis en place de bons mécanismes d'intégration multi-ethniques et multi-communautaires, mais les classes moyennes modernes se retrouvaient exclues de l'arène politique. Les régimes militaires améliorèrent la représentation des classes moyennes, mais affaiblirent l'intégration et la participation ethno-communautaire. Le parti Baas les détruisit purement et simplement".

Jens-Uwe Rahe, journaliste allemand, rappelle un des épisodes les moins connus de la répression de cette communauté par les Baasistes -- l’expulsion, au début des années 1980, de plusieurs dizaines de milliers de Chiites arabes irakiens, accusés par les autorités d’être en fait des ressortissants d’origine iranienne

Sahib al Hakim raconte l’histoire de sa famille, la famille Al Hakim, dont plusieurs dizaines de membres ont été emprisonnés et exécutés, et explique pour quelles raisons Saddam Hussein s’en est particulièrement pris à cette famille de dignitaires chiites qui a donné plusieurs ayatollahs.

Depuis plus de 15 ans Emma Nicholson of Winterbourne se bat pour la sauvegarde des Marais du sud de l’Irak, un écosystème unique au monde, que Saddam Hussein a en grande partie asséché parce qu’il abritait des rebelles chiites et une population à part, les Arabes des Marais, qui s'est attirée la vindicte de Saddam. Emma Nicholson décrit les principales étapes de ce qui constitue en même temps un crime écologique et un génocide et prononce un réquisitoire terrible contre Saddam Hussein. Selon certaines estimations, il ne faudra pas moins d'un milliard de dollars pour réhabiliter les marais.Et Emma Nicholson conclut en dénonçant la prochaine menace qui pèse sur l'avenir des marais -- une menace qui vient de loin, l'exploitation du pétrole gisant sous les eaux des marais.

En conclusion à cette partie du "Livre Noir" consacrée aux Chiites, Faleh Jabar relate le soulèvement chiite de 1991, et la répression sanglante qui fit plus de 300.000 victimes, en très grande majorité des civils. C'est aussi l'occasion pour Faleh Jabar de revenir sur le "patriotisme", sur le comportement des Chiites irakiens pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988) et de montrer comment la répression sanglante de ce soulèvement a "coupé les derniers ponts" entre le gouvernement central sunnite de Bagdad et les provinces chiites du sud.

Le Génocide des Kurdes

Opprimés dans les quatre pays du Moyen-Orient où ils vivent (Irak, Iran, Syrie, Turquie), les Kurdes subissent des degrés divers de répression dont Hamit Bozarslan analyse les mécanismes et les ressorts idéologiques dans une étude comparative, en introduction à cette troisième partie du "Livre Noir" consacrée au Génocide des Kurdes.

Dans "Un Etat contre les Kurdes", Chris Kutschera retrace l’histoire d’un Etat irakien qui a incorporé les Kurdes contre leur volonté dans un état �majoritairement arabe, et ne leur a apporté que guerres, destructions et déportations, en montrant comment Saddam Hussein a transformé une campagne de répression qui a commencé peu après la chute de la monarchie en 1958 en une véritable entreprise d’extermination, multipliant crimes de guerre et crimes contre l’humanité, pour aboutir à un génocide. Parmi les principaux crimes de Saddam Hussein contre les Kurdes, l’auteur analyse en détail la campagne d’arabisation, la disparition des 8.000 Barzani, la campagne de l’Anfal, la persécution des Chrétiens du Kurdistan, et le bombardement de Halabja.

Dans son chapitre sur l’utilisation des armes chimiques contre les populations civiles du Kurdistan, Françoise Brié rappelle que si les armes chimiques ont des effets dévastateurs immédiats bien connus et répertoriés, elles ont aussi des effets secondaires et à long terme encore peu étudiés. Et elle souligne qu’aucune enquête internationale n’a été faite à ce jour sur place sur l’emploi des armes chimiques contre les Kurdes par Saddam Hussein.

Jens-Uwe Rahe, enfin, revient sur un autre crime peu connu de Saddam Hussein, la déportation de dizaines de milliers de Kurdes Faylis (chiites) à partir de 1969 et au début des années 1970. Ces déportations avaient plusieurs objectifs -- permettre à Saddam Hussein de "corriger" la composition démographique de l'Irak, et en même temps frapper collectivement certains groupes de la population suspects à ses yeux de "déloyauté", tout en faisant pression sur l'Iran.

Les Guerres de Saddam Hussein

Les guerres de Saddam Hussein ont fait des centaines de milliers de victimes, militaires d’abord, et aussi civiles, en Iran et en Irak, et, dans une moindre mesure, au Koweit.

Chris Kutschera montre, dans cette quatrième partie du "Livre Noir", comment la première guerre de Saddam Hussein, la guerre contre l’Iran (1980-1988) s’inscrit dans un contexte de tensions séculaires, mais a surtout été le fruit de l’ambition d’un dictateur qui a cru pouvoir profiter des circonstances -- la révolution islamique en Iran -- pour devenir le leader du monde arabe, et du Moyen-Orient. L’auteur montre aussi comment les pays occidentaux, de la France aux Etats-Unis, ont soutenu Saddam Hussein dans son combat "contre le fanatisme islamique"… et comment l’emploi massif des armes chimiques a "sauvé" le régime de Saddam Hussein.

Il revient au Dr Shahriar Khateri, spécialiste iranien des armes chimiques, de relater en détail quels gaz les Irakiens ont utilisés contre les troupes et les populations civiles iraniennes, et quels ont été les effets immédiats et secondaires de ces armes chimiques, faisant pour la première fois le bilan, terrible, des bombardements chimiques irakiens, opération par opération. Chris Kutschera a recueilli le témoignage de victimes iraniennes -- d’anciens combattants, et des civils kurdes iraniens -- qui près de 20 ans après, souffrent encore terriblement des effets secondaires des gaz.

Mohammed al Rumaihi, politologue koweitien, fait l'historique des revendications irakiennes sur le Koweit et rappelle les immenses dommages infligés au petit émirat koweitien pendant l’occupation irakienne (1990-1991) : arrestations arbitraires, exécutions extra-judiciaires, pillage, destructions matérielles… Chris Kutschera a recueilli les témoignages de parents des quelque 600 Koweitiens qui ont disparu après avoir été arrêté par les Irakiens.

Les Réseaux pro-Irakiens

Tous les pays, à l’Est comme à l’Ouest, ont soutenu le régime de Saddam Hussein, jusqu’à l’invasion du Koweit, soit en observant un silence coupable, soit en le soutenant ouvertement, mais certains d’entre eux se sont particulièrement distingués en lui fournissant des armes non conventionnelles, ou les matériaux pour les fabriquer…

Jonathan Randal, ancien correspondant du Washington Post, ouvre cette cinquième partie du Livre Noir en dévoilant des aspects peu connus des relations ambigues de Washington avec le dictateur de Bagdad, en particulier pendant ces huit longues années de la guerre Iran-Irak (1980-1988) où Washington en est arrivé à considérer la survie du régime de Saddam Hussein comme une priorité absolue, fermant les yeux sur l'emploi des armes chimiques contre les Kurdes et les Iraniens… et sur les efforts de Saddam Hussein pour fabriquer l'arme atomique.

Chris Kutschera retrace les étapes d’une "Idylle sans faille" entre Saddam Hussein et la France qui, de gauche ou de droite, n’a jamais, à ce jour, dénoncé les crimes de Saddam Hussein.

Oles et Bettie Smolansky, spécialistes américains des études soviétiques, font un historique minutieux des relations de Bagdad avec l’URSS et la Russie, montrant que depuis Gorbatchev Moscou a poursuivi deux objectifs difficiles à concilier -- maintenir Saddam Hussein au pouvoir, tout en préservant de bonnes relations avec Washington. Soulignant le rôle central des relations russo-américaines, ils affirment qu'en aucun cas Moscou n'était disposé à mettre en danger ses relations avec Washington uniquement pour sauver Saddam Hussein. Et montrant que son expansion économique était la priorité N°1 de la Russie, ils vont jusqu'à se demander si le Kremlin a fait de sérieux efforts pour abolir un embargo qui pendant les dix ans d'application de la résolution Pétrole contre Nourriture, a permis à la Russie d'engranger de profitables contrats avec l'Irak. Et de conclure que la fin du régime de Saddam Hussein marque aussi la fin des "relations spéciales" qui unissaient Moscou à l'Irak.

Antoine Sfeir analyse les raisons pour lequelles la rue arabe a quasi unanimement soutenu le régime de Saddam Hussein. Refusant de voir en lui le boucher de l’Irak, elle a au contraire glorifié le "Bismarck du Monde Arabe", l'homme qui avait fait de l'Irak un "pays qui avance, où la manne pétrolière était distribuée", se distinguant d'un monde arabe plongé dans la désolation. Mais surtout, souligne Antoine Sfeir, la rue et les élites arabes n'avaient pas le choix -- elles ont contesté et dénoncé la seule chose que leurs despotes les laissaient dénoncer -- l'hégémonie américaine.

Analysant les révélations des 1200 pages de l'énorme rapport de Charles Duelfer sur les armes de destruction massive, Chris Kutschera expose l'ampleur des programmes d'armements biologique et chimique de Saddam Hussein (indiquant notamment quels pays l'ont aidé à mettre au point ces armes) -- et rappelle qu'en 1990 Saddam Hussein était sur le point de se procurer la bombe atomique. Mais il a perdu cette course contre la montre en envahissant prématurément le Koweit. La plus grande révélation du rapport Duelfer, c'est sans doute que Saddam Hussein a bien donné l'ordre à la mi-1991 de détruire toutes les armes non conventionnelles et leurs unités de production. Mais pour dissuader ses ennemis de l'attaquer, il a délibérément entretenu l'ambiguité sur l'existence de ces programmes, s'enferrant dans le piège de ses mensonges ou de ses demies-vérités.

Parmi tous ces pays coupables d’avoir soutenu Saddam Hussein, certains sont allés jusqu’à lui fournir des armes chimiques ou des éléments permettant de les fabriquer. Khaled Salih, politologue kurde, démonte ces réseaux qui ont permis à Saddam Hussein de bombarder les Kurdes ou les Iraniens avec des armes chimiques, incriminant particulièrement les ressortissants de deux pays européens -- l'Allemagne et la Hollande..Et il s'interroge sur la culpabilité de ces dirigeants occidentaux qui savaient ce que faisait Saddam Hussein, et qui ont laissé faire. Et de poser cette question fondamentale: "les marchands de la mort qui ont fourni ses armes à Saddam seront-ils eux aussi poursuivis"?

Bilan de 35 ans de dictature

Nul n’était mieux placé que Sami Zubaida, sociologue irakien, pour ouvrir la sixième partie du Livre Noir et faire le bilan de 35 ans de dictature bassiste sur la société irakienne. Faisant tour à tour appel à des témoignages, à des statistiques économiques, et à la littérature irakienne, Sami Zubaida montre comment le Baas de Saddam Hussein a manipulé la société irakienne, détruisant certaines classes, en créant d’autres, plaçant tout le monde sous un système d’espionnite généralisé, nationalisant les entreprises et la terre, puis les dénationalisant, détribalisant la société puis la retribalisant, la laïcisant puis l’islamisant, en fonction des évènements et des vicissitudes d’un régime qui dépendait de la rente pétrolière. Il conclut en soutenant que le chaos actuel n'est pas le fruit d'une "nature" particulière de l'Irak, mais bien le résultat de 35 ans de dictature.

Il revient à Leszek Balcerowicz, économiste polonais, ancien ministre, actuellement gouverneur de la Banque centrale de Pologne, de faire le bilan économique de la dictature du Baas, en comparant l'économie irakienne à celle d'un certain nombre de pays ex-communistes -- la Pologne, la BiéloRussie, les Etats Baltes. Libéral convaincu, Leszek Balcerowicz prône l'application immédiate d'un programme de réformes économiques en Irak, en mettant l'accent sur la nécessité de limiter encore plus le rôle de l'Etat dans ce pays, à cause de son hétérogénéité ethnique et religieuse, et des risques liés à un éventuel mauvais emploi des revenus du pétrole.

Quelle Justice Pour Saddam Hussein?

Au cours du procès de Saddam Hussein et de ses complices, l'accusation utilisera trois catégories principales de preuves: les témoignages de survivants ou de membres de leurs familles, les documents, et les charniers.

Chris Kutschera rappelle comment le bref soulèvement kurde de mars 1991 a permis aux Kurdes de mettre la main sur des millions de documents originaux du régime irakien (documents administratifs, rapports des services secrets), et comment ces documents ont été transportés aux Etats-Unis, où ils ont été rejoints par les documents saisis après la libération du Koweit, puis par ceux qui ont pu être récupérés après la chute du régime de Saddam en avril 2003. Cette masse de documents, numérisés, classés, et analysées par le "Projet de Recherche et de Documentation sur l'Irak", fournit des preuves irréfutables des crimes de Saddam Hussein et des principaux dirigeants baasistes. Elle permet, comme le dit excellemment Kanan Makiya, de "plonger dans le ventre de la bête".

Archéologue allemande, spécialiste de l'exhumation médico-légale des charniers, Sinje Caren Stoyke souligne que les Irakiens ont toujours su que le régime enterrait ses victimes dans des fosses communes -- de même que les Occidentaux, qui fermaient les yeux sur les crimes de Saddam Hussein parce que cela les arrangeait -- et nous interroge: "Deux cent mille Kurdes, des dizaines de milliers de Chiites, des milliers de prisonniers, combien de corps faudra-t-il exhumer pour prouver que Saddam est un assassin"? Continuant dans une perspective plus froidement scientifique, elle explique comment tous ces détails relevés au cours de l'exhumation d'une fosse commune -- les débris de vêtements, les objets, les documents, les blessures -- fournissent des indications précieuses sur l'identité des victimes; et sur la façon dont elles ont été exécutées. Et finalement, Sinje Caren Stoyke nous livre, pour la première fois une liste complète, terriblement macabre, mais malheureusement pas définitive, des fosses communes découvertes en Irak, en rappelant que le souci majeur des Irakiens est certes de faire justice, mais avant tout de savoir où reposent leurs disparus, pour pouvoir en porter le deuil..

Après avoir souligné les liens entre démocratie et justice, André Poupart, professeur honoraire de droit à l’université de Montréal, détaille dans cette septième partie du Livre Noir les conditions d’un procès juste et équitable de Saddam Hussein. Rappelant les deux options possibles -- un tribunal irakien, ou un tribunal international -- André Poupart estime que, malgré les difficultés que cela représente dans un Irak aussi instable, Saddam Hussein doit être jugé par un tribunal irakien, pour que ce procès soit vraiment exemplaire, en même temps catharsis et première étape de la refondation de la société irakienne en Etat de droit, par et pour les Irakiens. Et il insiste sur la nécessité de donner enfin la parole aux victimes, qui ont droit à protection et réparations.

 

 

 

 

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