CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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JERUSALEM: Le refus de la Coexistence

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Vue de l'esplanade du temple“Il y a beaucoup de gens bizarres ici”, constatent les touristes-pélerins de Terre Sainte. Beaucoup d’entre eux ignorent en effet que ces lieux saints qu’ils visitent en pensant à des évènements qui se sont déroulés il y a deux mille ans sont le théâtre d’un affrontement très actuel entre occupants et occupés. Ils ne savent pas que, chaque jour, de nouvelles arrestations ont lieu en Palestine, que la violence y est systématique, que la torture n’y est pas inconnue. Et, pourtant, il n’y a pas besoin de tendre beaucoup l’oreille pour entendre le long cri qui s’élève de la Palestine occupée...

“Le fossé entre les Juifs et les Arabes va s’élargissant”, affirme un médecin palestinien de Jérusalem. “Avant, il y avait un mur de barbelés entre les deux côtés, la ville juive et la ville arabe. Ils l’ont abattu. Mais maintenant le “mur” est bien pis”, dit en écho un autre palestinien, membre de l’ancien conseil municipal jordanien de la ville de Jérusalem., dissous par les autorités israéliennes après l’annexion de la ville, mais dont les membres essaient de maintenir une “façade” d’existence.

ruelle de la vieille ville“Comment vivent les Israéliens? Je ne sais pas, je ne veux pas le savoir”, dit un Chrétien de la vieille ville. “Nous n’avons pas de relations avec eux; Nous n’allons dans les “quartiers juifs” -- pourtant, c’est chez nous! -- que si nous avons quelque chose de très important à y faire. J’y suis peut-être allé deux ou trois fois en onze ans! J’ai deux maisons de l’autre côté: je ne suis même pas allé voir qui y vit ni ce qu’elles sont devenues. Aller au cinéma de l’autre côté? Pas question”.

“Ce qui nous fait le plus peur, ce sont ces constructions neuves, cette ceinture autour de Jérusalem. Vous ne voyez pas l’air entre les fenêtres. Seulement des murs, et encore des murs. Nous sommes effrayés: si jamais il arrive quelque chose, ils vont nous écraser! Quand nous sommes à la maison, on oublie que nous sommes occupés, mais quand nous sortons, c’est terrible”.

Evoquant lui aussi le problème fondamental des rapports entre occupés et occupants, un médecin palestinien de Jérusalem. dit: “Un psychiatre américain nous a conseillé la “coexistence” pour faciliter notre vie quotidienne, avoir au moins de bonnes écoles, de l’eau en quantité suffisante. Mais notre réponse est “non”! Nous voulons une seule chose: que les Israéliens partent. Peu nous importe, politiquement, d’avoir affaire au roi Hussain, à l’OLP, à Idi Amin Dada ou à Mobutu, pourvu que les Israéliens foutent le camp”!

Le dome d'al AksaToutes ces réflexions émanent de Palestiniens de Jérusalem. d’un certain âge, de notables de l’ancienne administration jordanienne à qui l’idée de résistance armée est étrangère.  Mais ils réagissent tous comme ce médecin: “Quand ils m’arrêtent sur une route pour contrôler mes papiers, je dois garder mon calme. C’est difficile, émotionnellement... Evidemment, je les hais”.

Pour les quelque 95.000 Palestiniens habitant Jérusalem., la situation est tragique: en effet, théoriquement, aux yeux des Israéliens, ils ne sont pas “occupés”, mais “réunifiés” -- en fait purement et simplement annexés. Et comme ce vieil homme, ils ne peuvent souvent que lancer ce cri: “Moi, je suis désespéré. Les Juifs ne partiront jamais de leur propre gré. Ils veulent en même temps la terre et la paix. Pour eux, nous n’existons pas. Ils prétendent que le pays est à eux depuis deux mille ans. Alors, d’où sortons-nous”?

Mais, pour les Palestiniens du reste de la Cisjordanie, la situation est claire: dans ces territoires, ils vivent officiellement sous administration militaire israélienne, et il n’est pas question de “coexistence”.

“Avant”, dit l’avocate Lea Tsemel, spécialisée dans la défense des prisonniers politiques palestiniens, “il y avait un défilé quotidien de Juifs israéliens dans les territoires occupés, à Naplouse, et à Hébron. Maintenant, personne n’y va: un Juif sain d’esprit n’ira pas faire du shopping à Naplouse: il y a eu trop d’accidents, de tués; ils ont réussi à écarter les Juifs des grandes villes palestiniennes. Ils se hasardent seulement à Jéricho et autour de la mer Morte. Moi-même, je n’irais pas conduire une voiture avec une plaque israélienne dans les territoires occupés”.

Ce refus total de la coexistence des Palestiniens des “territoires administrés” est leur première façon de montrer qu’ils vivent “sous l’occupation”. Une occupation très particulière, certes. Les journalistes étrangers sont absolument libres de se déplacer dans toute la Cisjordanie, et d’y rencontrer ostensiblement toutes les personnalités nationalistes palestiniennes. Plusieurs professeurs de l’université de Bir-Zeit -- un des foyers du nationalisme palestinien -- peuvent passer plusieurs heures dans le jardin du Grand Hôtel de Ramalla à analyser la situation politique avec des journalistes étrangers sans redouter d’être inquiétés -- scène inconcevable sous l’occupation allemande.

Physiquement, l’occupation israélienne est assez discrète: les quelque 2.200 soldats israéliens stationnés en Cisjordanie se voient peu, surtout de jour. L’occupation se réduit essentiellement à des barrages avec contrôles d’identité sur les routes, et à la présence, au coeur de chaque ville, de postes de police et de prisons, entourés de barbelés, sur lesquels flotte le drapeau israélien.

Et les touristes qui viennent de Jérusalem, et font l’aller et retour dans la journée peuvent pratiquement ignorer qu’ils sont en territoire occupé. De nuit, il est vrai, l’occupant est beaucoup plus visible: très vite, les habitants se cloîtrent chez eux, et Naplouse, une ville de 85.000 habitants, est une ville morte dès 20 heures, où ne circulent pratiquement plus que des patrouilles israéliennes, des jeeps armées d’un éperon, et des camions blindés et protégés par un auvent contre les cocktails Molotov et les grenades.

“Certes, c’est une occupation très sophistiquée”, remarque un jeune avocat palestinien de Ramalla. “Quand ils le peuvent, ils ne dressent pas les gens contre eux. Et s’ils peuvent l’éviter, ils n’interfèrent pas dans leur vie quotidienne, pour ne pas rendre les gens furieux. Mais ils contrôlent la vie économique, en fait tous les aspects de la vie qui ont une importance réelle, et surtout ils encouragent tout ce qui peut rendre les gens différents, accentuer les particularismes, pour empêcher l’émergence d’un sentiment national unificateur”...

“Ils jouent sur les divergences entre chrétiens et musulmans... Ils parlent de la Judée et de la Samarie, et non de la Palestine. Ils disent que nous sommes des Jordaniens, ou des Arabes, et non des Palestiniens. Certes, l’occupation exacerbe le nationalisme des gens. Mais les Israéliens font tout ce qu’ils peuvent pour empêcher la transformation de ce sentiment en quelque chose de concret, en institution. Les choses qui n’ont pas de continuité ne les gênent pas. Au contraire, en parlant, nous réduisons notre tension. Ce qu’ils ne tolèrent pas, c’est tout ce qui ressemble à de l’organisation. Les choses qui changeraient la situation sont... indicibles”.

Pour illustrer l’attitude de l’occupant israélien, un membre du conseil municipal de Naplouse qui, comme presque tous ses collègues, a passé plusieurs mois en prison, cite cette phrase avec laquelle un officier des services de renseignements israéliens a conclu son entretien avant de le libérer: “Allez, et aboyez tant que vous voudrez; mais attention, ne mordez pas”!

(Le Matin de Paris, Extraits, 6 Septembre 1978; The Middle East magazine, November 1978)

 

 

 

 

 

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