CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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Les 30 ans de l'Institut Kurde de Paris

Coup d'oeil sur la situation au Kurdistan iranien

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Ahmet Altan

 

Portrait of Ghassemlou

A.R. Ghassemlou

vue de Hasankeyf

Hasankeyf

Cheverny, France

Kurdistan, Guide Littéraire

 

Livre Noir

 

Quand j’ai assisté à mes premières conférences sur les Kurdes, il y a 40 ans, j’ai eu le plaisir d’entendre Ismet Chérif Vanly : chargé de faire un exposé sur la situation des Kurdes en Irak pendant la deuxième moitié du 20eme siècle, il commençait : « Après la victoire des Ottomans à la bataille de Tchaldiran, en 1514, la frontière séparant les Kurdes entre l’empire ottoman et l’empire persan fut déplacée vers l’est… »… Et une demi heure plus tard, malgré les tentatives du modérateur pour le faire accélérer, Ismet Chérif Vanly en était à la fin du seizième siècle. Inutile de dire qu’il n’eut pas le temps d’aborder le sujet qui lui était imparti.

J’ai très envie, aujourd’hui que nous célébrons les 30 ans de l’Institut Kurde, et que j’ai atteint un âge vénérable , j’ai très envie de jouer mon petit Ismet Chérif Vanly et de me perdre dans des digressions.

Je voudrais tout d’abord ajouter mes félicitations à celles que Kendal a déjà reçues. Les politiciens, diplomates et journalistes qui traitent aujourd’hui la question kurde ne peuvent pas imaginer dans quel désert on oeuvrait au début des années 1980 quand Kendal a eu l’initiative de créer un centre kurde à Paris, à une époque où la diaspora kurde en France était encore peu importante Le public ignorait pratiquement tout des Kurdes. Les media les méprisaient, les responsables de rubriques accueillaient les propositions de reportage avec un cinglant commentaire du genre «Les Kurdes ? Toujours la même chose ! Des révoltes manipulées par les pays voisins » ! Quant aux diplomates !... Je me souviens d’avoir essayé de faire recevoir Dr Abdoul Rahman Ghassemlou, le secrétaire général du Parti Démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI), par le diplomate responsable du bureau Iran au Quai d’Orsay - en vain. Et c’est en déployant des trésors de diplomatie et en lui promettant le secret que j’ai réussi à lui faire accepter de rencontrer Dr Ghassemlou chez moi pour un diner informel.

Kendal a su briser ce mur d’indifférence et d’hostilité, il a su persuader les journalistes de « Libération » et du « Monde », pour ne citer qu’eux, de publier régulièrement ses tribunes, il a su convaincre les politiciens et les diplomates français de la nécessité d’écouter les doléances des Kurdes, et enfin il a contribué à faire de Danielle Mitterrand, la femme du Président de la République pendant ces années 1981-1995, l’égérie des Kurdes. Les parias de la République avaient soudain leurs entrées à l’Elysée. Kendal a aussi fait de l’Institut kurde, avec ses collaborateurs, un centre de documentation sans égal, où s’adressaient tous ceux qui recherchaient des adresses et des contacts au Kurdistan.

Et les Kurdes Iraniens dans tout cela?
L’Institut kurde a été officiellement créé 4 ans après la Révolution et l’avènement de la République islamique en Iran, mais par Kendal interposé, il est étroitement associé à l’histoire du soulèvement kurde et aux années sombres qui ont suivi.

Dr Abdoul Rahman Ghassemlou, le secrétaire général du PDKI, ARG comme nous l’appelions entre nous, avait été surpris comme tout le monde par les évènements de 1978-1979. Dirigeant en juillet 1977 une conférence de responsables du PDKI … dans notre château du Loir-et-Cher, il ne pouvait pas imaginer qu’il serait quelques mois plus tard à la tête d’une armée de plusieurs milliers de « pechmergas ». Intellectuel de haute envergure, ayant une connaissance phénoménale de l’histoire kurde, il espérait faire oublier les erreurs de la République de Mahabad (1946), que les Kurdes iraniens appellent la République du Kurdistan, et du soulèvement avorté de 1967. Ce civil convaincu – il était incapable de se servir du revolver que ses partisans le forçaient à porter dans les montagnes du Kurdistan – ce planificateur chevronné – il a travaillé 3 ans comme expert au ministère du Plan à Bagdad – fut dépassé par les dimensions d’une lutte armée qu’il pensait maitriser.

Il nous avait déclaré en1973 : « Si nous pouvons tenir six mois dans un territoire libéré, c’est gagné! Alors nous n’aurons pas de problème pour avoir des armes et de l’argent… Qui nous aidera ? Pas les Américains… Mais les Russes» ! Et montrant en 1979 des pechmergas en train de charger dans un pick-up des obus de canon capturés dans une garnison de l’armée iranienne, ARG déclarait : « Nous avons assez de munitions pour 5 ans », espérant manifestement que le régime islamique serait renversé avant cette échéance. Il avait tort. Et dès mai 1983, je devais titrer « La fin de la route pour les Kurdes iraniens » un article sur les revers des Kurdes iraniens, provoquant la colère d’ARG. J’avais malheureusement raison.

Et peu après le PDKI et le Komala devaient se replier à la frontière irakienne, puis carrément à l’intérieur du Kurdistan irakien, loin de la frontière. Et le régime iranien allait durer plus de 5 ans, il allait survivre à ARG, il survit toujours.

L’assassinat de Dr Ghassemlou à Vienne le 13 juillet 1989, puis celui de son successeur, Said Charaf Kandi à Berlin, le 17 septembre 1992, devaient porter des coups terribles au PDKI. Comme l’ont fait les dirigeants turcs avant eux, les dirigeants iraniens savaient qu’en tuant les chefs ils décapitaient durablement des mouvements puisant leurs forces vives dans une société tribale. Condamnés à l’exil en territoire kurde irakien, loin du champ de bataille, le PDKI et le Komala allaient être frappés par une maladie kurde qui n’a pas épargné l’Institut kurde de Paris, la guerre des chefs ou des sous-chefs. Le PDKI et le Komala se sont divisés en plusieurs mouvements dont les chefs en sont parfois arrivés aux mains. Les années qui suivent sont des années de plomb.

En 2004, avant la fin de la présidence relativement libérale de Khatami, nous avions obtenu l’autorisation de faire un reportage au Kurdistan iranien. Nous avions observé une renaissance de la société civile kurde, qu’il s’agisse des étudiants de Sanandaj, en proie à un véritable bouillonnement, ou des professionnels, médecins ou journalistes, qui vibraient en écho des évènements du Kurdistan irakien ou de Turquie. Indépendantistes et gradualistes s’affrontaient dans des joutes oratoires passionnées, mais presque tous critiquaient les partis traditionnels, les PDKI et les Komala, leur reprochant notamment d‘envisager une solution du problème kurde dans un cadre iranien, et donc de considérer les Kurdes comme des Iraniens, et de répéter de vieux slogans. Et beaucoup se demandent si la lutte armée a encore un sens aujourd’hui.

C’est à cette époque (2004) qu’a été fondé le PJAK, le Parti pour une vie libre au Kurdistan. Considéré par la plupart des spécialistes comme un avatar du PKK, le PJAK lutte, selon son président Rahman Haji Ahmadi, un ancien conseiller du comité central du PDKI à l’époque de Dr Ghassemlou, pour un Iran démocratique et confédéral. Il recourt à la lutte armée, tout en mettant l’accent sur la mobilisation politique. Très vite, les jeunes Kurdes iraniens qui avaient été séduits par le PKK rejoignent le PJAK. Et les affrontements entre le PJAK et les gardiens de la révolution iraniens se multiplient. Le rapprochement entre la Turquie de l’AKP de Recep Erdogan et l’Iran expliquent cette rupture avec le PKK, qui avait longtemps été toléré, sinon aidé par les Iraniens, qui soignaient les blessés du PKK dans leurs hôpitaux. Osman Ocalan, le frère d’Abdoulla Ocalan, avait longtemps géré les relations du PKK avec les Iraniens.

Après avoir affronté les forces de l’ordre iraniennes pendant plusieurs années, et en particulier pendant l’été 2011, le PJAK a conclu à la mi-septembre 2011 un cessez le feu avec les Iraniens, et a abandonné sa base de DolaTu pour se redéployer à la frontière, tandis que les Iraniens arrêtaient leurs opérations militaires et suspendaient les exécutions de prisonniers politiques kurdes. Y a-t-il eu un véritable cessez le feu, négocié par l’entremise des dirigeants kurdes irakiens, comme on le murmure ? Ou le PJAK a-t-il simplement accepté sa défaite et retiré le reste de ses effectifs ? On ne sait. Mais on constate à nouveau la présence de nombreux jeunes Kurdes iraniens dans les unités du PKK se battant en Turquie – au moment où l’Iran et la Turquie se retrouvent dans des camps opposés et où la Turquie soutient les adversaires du régime de Bachar al Assad, allié de l’Iran.

Le PJAK lutte, disent ses dirigeants, pour un Iran confédéral, le Kurdistan iranien ayant le statut de région fédérale dans un ensemble comprenant des régions arabe, azéri, beloutche, persane. Nul ne sait de quel Kurdistan il s’agit. Contrairement au Kurdistan irakien, où la région dite autonome est clairement limitée par des frontières bien définies, et où le problème des territoires disputés pourrait être facilement résolu si les dirigeants irakiens faisaient preuve de bonne volonté politique, le Kurdistan iranien, comme les Kurdistan de Turquie et de Syrie, pose des problèmes quasiment insurmontables. Les Kurdes iraniens disent que le Kurdistan d’Iran comprend les quatre provinces suivantes : l’Azerbaidjan occidental, le Kurdistan, Ilam et Kermanchah. SI l’on prend le cas de l’Azerbaidjan occidental, les villes d’Ourmié, Khoy, Maku, Salmas, Naghadé et Miandoab sont peuplées en majorité ou totalement d’Azéris (turcs chiites).

Déjà, en 1946, Qazi Mohammed, le président de la République de Mahabad avait refusé de prendre position sur le statut d’Ourmié, prétextant, au cours d’une réunion avec les chefs azéris d’Ourmié qui voulaient que leur ville soit rattachée à la « République », qu’il avait « mal aux dents » ! Et aujourd’hui, alors que la population de la ville de Mahabad est encore presque entièrement kurde, les nationalistes persans disent : « Ici, vous les Kurdes, vous êtes des invités » ! Un intellectuel kurde qui a longtemps milité dans le PDKI déclare : « Il faut être réaliste… Entre les limites historiques du Kurdistan, et la réalité aujourd’hui, il faut choisir ».
Et de proposer pour Ourmié un statut comparable à celui de Bruxelles

Si la composition de la province du Kurdistan avec sa capitale Sanandaj, est à peu près homogène, et kurde sunnite, il n’en va pas de même pour les provinces de Kermanchah et Ilam, à population hétérogène et en grande partie chiite.

Les intellectuels kurdes iraniens qui lisent avec passion les ouvrages d’Ismail Besikci dénonçant la colonisation du Kurdistan par les Turcs, et appliquent ses théories à la situation au Kurdistan d’Iran, peuvent se mettre au travail: il faudra imaginer une formule autrement plus complexe que celle proposée par l’article 140 de la constitution irakienne pour résoudre le problème des territoires disputés en Iran.

Je voudrais terminer sur une note optimiste : Le Dr Frédéric Tissot a réussi là où tout le monde a échoué - il a réussi à réunir Mustafa Hajri et Khaled Azizi, les dirigeants des branches rivales du PDKI, permettant d’envisager une coopération de ces deux mouvements, à défaut de leur réunification. C’est un début, un modeste début, mais un pas énorme a été franchi. Et l’on sait combien laborieux ont été les premiers pas du PDK et de l’UPK vers la réconciliation après la guerre du suicide de 1994-1998. Et on ne répètera jamais assez que seule leur unité permettra aux Kurdes de réaliser leur rêve.

Les bouleversements du « Printemps arabe » vont-ils atteindre l’Iran ? Les Américains jouent-ils la carte kurde contre le régime de Téhéran ? Le PDKI ne fait pas (encore) le poids. Et après son voyage aux USA en août 2007, Rahman Haji Ahmadi, a démenti avoir rencontré des représentants du gouvernement américain – ces derniers niant de leur côté avoir eu des contacts avec le dirigeant du PJAK. Ces démentis valent ce que valent les démentis, mais à la différence des Kurdes irakiens en 2003, la carte kurdes iranienne n’est pas prometteuse actuellement.

Vous pouvez retrouver nos articles
sur notre nouveau livre La Longue marche des Kurdes, illustré de 240 photos, disponible pour l’instant en ebook sur http://www.numilog.com

Et j’attire votre attention sur la photothèque du Kurdistan pilotée par la photographe de l’équipe, qui réunit actuellement quelque 3.500 photos sur l’histoire du Kurdistan et la diaspora kurde que vous retrouverez à l’adresse http://www.kurdistan-photolibrary.org
j’invite toux ceux qui ont des photos historiques – photos de combattants ou photos de société - à prendre contact avec nous. Nous ne gardons pas vos photos, nous les scannons et vous rendons immédiatement les originaux





(23 Février 2013)

 

 

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