CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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CHINE: Harry Wu, dissident et fauteur de trouble

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Harry Wu est modeste: son livre “Vents Amers” n’est, dit-il, que le récit d’une expérience personnelle: l’histoire des 19 ans qu’il a passés dans les camps chinois, comme prisonnier, ou comme “travailleur libre”. Il ne prétend pas -- pas encore -- avoir écrit une encyclopédie sur le système concentrationnaire chinois, comme Soljenitsyne l’a fait pour les camps soviétiques avec son “Archipel du Goulag”.

Harry Wu discutant avec ses mainsMais justement, Harry Wu a une obsession: faire entrer le mot chinois “Laogai” (rééducation par le travail) dans le vocabulaire international, comme le mot “goulag” est aujourd’hui, hélas, connu de tous ...

Q: Pouvez vous dresser un état des lieux? combien de camps?

combien de prisonniers?

“Personne ne sait combien il y a de camps et de prisonniers en Chine”, dit Harry Wu, “c’est un secret d’état: ils n’ont jamais dit combien ils en avaient dans le passé, et ils font tout pour le cacher aujourd’hui... D’après mes estimations, 50 millions de personnes ont été jetées dans les camps en Chine depuis l’avènement du régime communiste en 1949 jusqu’à maintenant! Et sur ces 50 millions, environ 20 millions sont morts dans les camps: certains ont été exécutés, les autres sont morts de faim, d’épuisement, de maladie”.

Harry Wu a pu, grâce aux renseignements fournis par d’anciens détenus, ou... par des gardiens repentis, établir une carte des camps connus aujourd’hui: il en a ainsi recensé 1.100, dispersés dans toutes les provinces de Chine -- chaque province a ses camps --  dans lesquels vivent de 6 à 8 millions de détenus, selon ses estimations.

Portrait de Harry WuQ: Quel est le pourcentage de prisonniers politiques?

“Les politiques et les prisonniers de droit commun sont mélangés, dit Harry Wu, mais le problème, c’est que les autorités chinoises ont toujours nié l’existence de détenus “politiques”. Pour nos dirigeants, cela n’existe pas. Il n’y a que des “contre-révolutionnaires” -- et n’importe qui peut se retrouver catalogué “contre-révolutionnaire”: j’ai un film montrant l’exécution d’un jeune de 18 ans qui a été exécuté pour activités contre-révolutionnaires: en fait, il avait fourni le journal avec lequel un manifestant avait mis le feu à une voiture! On peut estimer qu’après la révolution, dans les années 50 et 60, il y avait de 80 à 85 pour cent de “contre-révolutionnaires” dans les camps; aujourd’hui, ce chiffre ne serait que de 10 pour cent; mais encore une fois ces statistiques sont très relatives: être “contre-révolutionnaire” en Chine, cela ne veut rien dire.

Q: Et les gardiens des camps, les matons, combien sont-ils ?

“Trois polices différentes “encadrent” les détenus du “Laogai”, explique Harry Wu: la “police armée populaire” (PAP), ce sont des gardes armés qui surveillent les camps, de l’extérieur: ce sont eux qui sont chargés des exécutions; ils interviennent s’il y a une émeute dans un camp, ou une évasion. Mais normalement, nous autres, les détenus, nous n’avons pas de contact avec eux. À l’intérieur des camps, les policiers ne portent pas, en temps ordinaire, leurs armes sur eux -- pour que les détenus ne puissent pas s’en emparer: ce sont ces policiers qui sont chargés du contrôle de l’ordre à l’intérieur des camps, ce sont eux qui torturent... D’après les normes administratives, il y a un gardien pour 15 prisonniers. Enfin, à l’extérieur, il y a les services de sécurité, qui arrêtent les suspects, les interrogent...

Q: Est-ce que les conditions de vie des prisonniers se sont améliorées depuis la mort de Mao en 1976?

“Pendant les années que j’ai passées dans les camps”, raconte Harry Wu, “je n’ai jamais envisagé de m’évader... Pourquoi? Mais où serais-je allé? Toute la société était tellement hostile aux prisonniers... Aller me cacher dans ma famille: c’était hors de question, certains de mes parents auraient été les premiers à me dénoncer, par conviction, les autres l’auraient fait par crainte... Et toute la société était contrôlée par le système des coupons: sans coupons (tickets de rationnement) on n’avait pas de vivres: comment me serais-je nourri”? 

“Et puis le système de la “correction de la pensée” marchait très bien: toute la société croyait dans le communisme, tout le monde était persuadé que le communisme, c’était notre futur, le paradis. Même les prisonniers croyaient que ce système policier était bon pour le pays!... Aujourd’hui, cela ne marche plus: il n’y a pas moyen de convaincre les gens que le système communiste est un bon système... Même les policiers ne croient plus dans le communisme. Alors, me direz-vous, pourquoi est-ce que le système continue de fonctionner? À cause des avantages, des privilèges: si un gardien ne reste pas dans le parti, il perd son pouvoir -- et s’il perd son pouvoir, ils perd les privilèges qui vont avec: le logement, le salaire, une meilleure nourriture...

Alors, pour contrôler les gens, ils les battent, ils les torturent. J’ai visité Auschwitz: Hitler avait vraiment un quotient intellectuel très bas... En Chine, nous avons mieux, nous avons des chambres à gaz mentales: ils détruisent notre cerveau pour faire de nous des robots”.

Q: Pourquoi, dans le récit de vos 19 ans dans les camps, parlez vous très peu des femmes:

“Elles sont détenues dans des camps séparés... Et elles sont peu nombreuses: peut-être 3 à 5 pour cent du chiffre total des détenus: dans la société chinoise les femmes ne sont pas très actives: avant de se marier, elles obéissent à leur père; et après leur mariage, elles obéissent à leur mari: c’est une tradition millénaire! Mais la vie des femmes détenues est terrible: elles sont violées par les gardiens, c’est... ordinaire, surtout si elles sont jeunes”.

Q:Qu’est-ce qui mettra fin au “Laogai”?

“Les camps font partie de la dictature”, répond Harry Wu, sans illusions... “C’est même son noyau dur: ce système ne peut pas exister sans les camps. S’il y a un parti unique, s’il y a révolution, il y a nécessairement des contre-révolutionnaires, qu’il faut emprisonner et tuer. Sans le Laogai, ce système est fini”.

Q: Et quand Deng Xiao Ping meurt?

“La mort de Deng n’a aucune importance si ce système continue. Il n’y a pas de système totalitaire sans répression”.

Q: Alors pourquoi vous battez-vous?

“Pour que le mot “L.A.O.G.A.I” soit dans tous les dictionnaires, dans toutes les langues”.

Mais Harry Wu se bat aussi pour des objectifs plus immédiats: par exemple, contre le prélèvement des organes de détenus exécutés, utilisés pour des greffes dans les hôpitaux chinois. Il a recueilli de nombreux témoignages sur ce trafic: en général, les organes sont prélevés immédiatement après l’exécution; mais dans certains cas, ils sont prélevés avant l’exécution: Harry Wu a ainsi recueilli le témoignage d’un médecin, le Dr Chen, qui a prélevé dans le Sichuan les deux reins d’un prisonnier qui, il l’a appris ensuite, devait être exécuté le lendemain!

Harry Wu se bat aussi pour mettre fin aux exécutions publiques: “Nous savons qu’aujourd’hui, avec ce système, il est inutile de faire campagne pour faire cesser les exécutions... Ce que nous pouvons faire, par contre, c’est mettre un terme aux exécutions par quota, et aux exécutions publiques... Exécuter les gens en public fait partie de leur campagne d“éducation”. C’est grâce à cela que nous avons pu nous procurer des films d’exécutions: ils filment les exécutions pour leurs archives, pour conserver une trace dans leurs dossiers; et aussi pour la formation de leurs policiers. Il n’y a pas d’emplacements spéciaux pour les exécutions: ils deviendraient des lieux de pèlerinage pour les parents des victimes... Pendant la révolution culturelle, ils exécutaient les gens au bord d’une rivière, et jetaient les corps à l’eau: au bout de quelques jours, ils étaient totalement inidentifiables... S’ils avaient été enterrés, les corps auraient pu être récupérés plus tard. À cette époque, ils n’avaient pas encore de fours crématoires. Aujourd’hui, le convoi transportant les prisonniers qui vont être exécutés part vers une destination inconnue: seul un officier, dans le véhicule de tête, sait où aura lieu l’exécution: un site banal, en rase campagne, ou à l’orée d’une zone industrielle. Après l’exécution, ils remettent aux familles une urne contenant les cendres du condamné”...

Après avoir émigré aux Etats-Unis en 1985, Harry Wu devint citoyen américain. Il ne vécut plus qu’avec une obsession: lever le voile sur le monde du Laogai. En 1991, il retourne en Chine avec sa femme, une chinoise de Taiwan, et, se faisant passer pour un homme d’affaires américain, pénètre dans les camps, qu’il filme avec une caméra invisible... Son document sera diffusé par CBS... Harry Wu retourne à nouveau en Chine en juin 1995, mais cette fois il se fait immédiatement arrêter, et il est détenu pendant 66 jours: finalement, les autorités chinoises cèdent aux pressions américaines, et le relâchent. Cette croisade, c’est le sujet de son prochain livre, qui paraîtra en septembre. Le titre: “Fauteur de Troubles”! Prendra-t-il à nouveau le risque de retourner en Chine: “Certainement... Je suis sur la liste des personnes les plus recherchées, mais ils n’ont pas pu m’empêcher de retourner en Chine, et ils ne pourront pas m’empêcher à l’avenir... La Chine n’appartient pas aux communistes”.

(VSD, 6 Juin 1996)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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