CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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ERYTHREE: Les Fruits Amers de l'Indépendance

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champ de bataille À 35 ans, Hadas, infirmière, a donné près de quinze ans de sa vie à la lutte pour l’indépendance de l’Erythrée dans les rangs du “Front Populaire de Libération de l’Erythrée” (FPLE). Démobilisée en 1994, elle fait face depuis aux dures réalités de la vie civile: avec un salaire mensuel de 1.000 Birs (un peu moins de 800 F) elle doit faire vivre un mari sans travail et un enfant de deux ans; après avoir payé ses impôts (100 birs), le loyer (350 birs) et un cours du soir (150 bir) il lui reste moins de la moitié de son salaire pour nourrir et habiller sa famille...

Tout en préparant le café érythréen traditionnel, le “boun”, dans l’unique grande pièce qui lui sert tout à la fois de cuisine, de salon et de chambre à coucher, dans un quartier populaire d’Asmara où les habitants doivent aller chercher l’eau à un robinet dans la cour des maisons, elle ne cache pas son amertume: “Après l’indépendance j’attendais tant de choses qui ne sont pas produites ... Notre gouvernement devrait au moins aider les femmes qui se sont battues comme les hommes à recevoir enfin une certaine éducation... Notre rêve ne s’est pas matérialisé”.

Les dures réalités de la vie civile

combattante avec son filsHadas est pourtant très favorisée à côté d’Asgeret dont le mari a perdu les deux jambes dans la bataille de Decamhere, juste avant la libération d’Asmara: gagnant 250 birs par mois (moins de 200 F) elle paie 150 birs par mois la petite bonne qui s’occupe de son mari infirme et de leurs trois enfants, et 100 birs de loyer mensuel pour leur pièce unique. La famille vit grâce aux 150 birs que gagne son mari en travaillant avec d’autres handicapés de guerre: 150 birs, c’est le salaire minimum en Erythrée...

Une famille de cinq personnes ne peut pratiquement pas survivre avec cette somme: “Personne ne pouvait imaginer que nous mènerions une vie aussi triste”, dit Asgeret, ajoutant: “Mais j’ai toujours espoir, quand je compare ma situation à celle d’autres femmes qui n’ont ni mari ni maison... Ne vous en faites pas, je me débrouillerai”! Comme tous les combattants qui ont été démobilisés après avoir passé de nombreuses années dans le maquis, Asgeret a touché une somme forfaitaire de 10.000 birs; elle a tout dépensé: “Quand on démarre quelque chose, cela ne marche pas toujours”, admet-elle franchement.

combattante avec sa meilleure amiePrès de six ans après l’entrée triomphale des maquisards du FPLE dans la capitale de l’Erythrée, après leur victoire sur les Ethiopiens, le 24 mai 1991, on n’entend que des récriminations à Asmara: “Le régime est convaincu que sa victoire lui confère une légitimité permanente. Mais aucune légitimité n’est éternelle”, remarque un des quelques diplomates en poste à Asmara. “Et le gouvernement fait face à une opposition sur deux fronts: d’un côté, celle des combattants qui n’ont pas trouvé leur place dans la société; et de l’autre, celle de la masse de la population qui a envie de continuer de profiter d’une vie facile”.

Les problèmes de logement

Les civils se plaignent de tout. Ils se plaignent parce que les anciens combattants ont la priorité sur eux: la priorité pour les emplois, pour les licences (pour les magasins, les bars, les taxis), la priorité pour l’admission à l’université, la priorité pour le logement. Le gouvernement a nationalisé les terres, et les Erythréens ne peuvent plus construire de maisons sur les terres tribales qui étaient traditionnellement réparties entre membres d’un même clan. “Un jour, les bulldozers sont arrivés et ils ont commencé à travailler sur le terrain de mes parents qui était pourtant cultivé, sans les avertir”, dit un professeur d’université manifestement très amer.

“Ils construisent des logements pour les anciens combattants: s’ils ont l’intention de donner la priorité aux 25.000 anciens combattants qui ont été démobilisés et qui veulent vivre à Asmara, je n’aurai jamais une maison”!

Tous les Erythréens ne sont pas en mesure de songer à construire. Mais tous se plaignent de l’augmentation du coût de la vie; l’énergie est horriblement chère: une famille vivant dans un deux pièces paie couramment 150 birs par mois d’électricité... Le prix d’une bouteille de gaz est passé de 35 birs à 50 birs en mars. Un litre d’essence, qui valait 1,50 bir avant l’indépendance, en vaut maintenant 2,80. Les produits alimentaires augmentent aussi: le kilo de sucre, qui valait 1,50 bir du temps du Dergue (le régime de Mengistu), coûte maintenant 4,50 birs. “ La vie devient très difficile; il n’y a pas de travail, pas d’argent, et tout est si cher: les pauvres sont comme des morts-vivants”, dit un prêtre très proche du petit peuple, ajoutant: “Au moins, du temps du Dergue on avait l’espoir que ça change... Mais maintenant...”.

C’est sans doute ce qui frappe le plus un observateur qui revient en Erythrée après une absence d’un an: les gens ne cessent pas de comparer la situation actuelle avec celle qui prévalait sous Mengistu! Considérant comme un fait acquis cette liberté et l’indépendance chèrement arrachées, beaucoup regrettent une époque où tout était meilleur marché, où la vie était plus facile: “Les dirigeants du Dergue disaient qu’ils étaient socialistes, et c’est vrai, ils s’occupaient des pauvres gens”, dit un habitant d’Asmara, qui remarque qu’avec son salaire de 2.000 birs -- un salaire élevé -- il gagne, si on convertit cette somme en dollars, un peu moins qu’il y a 20 ans (277 dollars en 1997, contre 300 autrefois).

Une politique d'austérité accrue

Le président Isayas Afeworki a répondu à ce malaise général... en se lançant délibérément dans une politique d’austérité accrue: appliquant, selon un observateur, une “politique de mesures spectaculaires pour en finir avec le comportement de mendiant des Erythréens”, il a décidé de refuser l’aide alimentaire conditionnelle et a donné des ordres très stricts pour limiter les activités des ONG étrangères.

La production agricole n’a couvert en 1996 qu’environ 20-22 pour cent des besoins alimentaires du pays. L’Erythrée a donc dû importer 130.000 tonnes de céréales pour nourrir sa population, dont 80.000 tonnes de l’étranger “lointain”, et 50.000 tonnes de l’Ethiopie voisine (achetées bon marché et payées en birs). Le montant de l’aide s’est limité à 22.000 tonnes. Le gouvernement érythréen refuse désormais de recevoir une aide alimentaire directe et, après avoir expérimenté la formule “nourriture contre travail”, s’est lancé du jour au lendemain dans une politique de “monétisation” de l’aide alimentaire: les céréales reçues sont vendues par le gouvernement sur le marché local, et les fonds ainsi réunis sont utilisés pour des projets approuvés par le pays donateur.

Mais le gouvernement érythréen refuse de subir des contrôles bureaucratiques qu’il considère tatillons et humiliants -- comme l’astreinte d’une double signature pour l’affectation de ces fonds. C’est ainsi qu’il a refusé l’année dernière une cargaison de 4.000 tonnes de blé français qui avait atteint le port de Massaoua, car les Français insistaient pour faire appliquer cette procédure: tout en ne mettant pas en cause l’intégrité des Erythréens, les autorités françaises  affirmaient qu’elles ne pouvaient pas  faire exception à une réglementation qui devait être strictement appliquée dans des pays africains moins honnêtes.

Les Américains ont eux aussi eu quelques difficultés avec les Erythréens qui ont refusé il y a 3 ans un programme d’aide de 10 millions de dollars.... Et ils sont aujourd’hui très satisfaits d’accepter les règles imposées par le président Isayas Afeworki: ils ont signé en septembre 1996 un programme triennal de monétisation de céréales. Dans le cadre de ce programme l’Erythrée va recevoir  en 1997 quelque 35.600 tonnes de céréales, d’une valeur de 9 millions de dollars. Les fonds que percevra le gouvernement d’Asmara en vendant ces céréales seront affectés au ministère de la construction, qui les utilisera pour construire des routes, des barrages, etc: “Cela doit contribuer à consolider la production de vivres”, déclarent des officiels de US AID à Asmara qui affirment qu’ils n’ont qu’à se louer de la nouvelle politique érythréenne: “Ils appliquent la bonne politique: distribuer l’aide de pays donateurs ne fait que créer la dépendance... À propos, nous ne parlons plus d’aide alimentaire, mais de soutien à la production... Ils sont très susceptibles sur ce point.... Pour nous, c’est une aide budgétaire”.

Critiquant les pays de l’Union Européenne, comme la France, qui insistent pour contrôler étroitement l’utilisation des fonds de la monétisation de l’aide alimentaire, les responsables de US AID déclarent que l’attitude des pays donateurs devrait être “taillée sur mesure” en fonction du bénéficiaire: “Pourquoi devrions-nous comparer un pays comme l’Erythrée, qui a toujours été ouverte aux audits et aux inspections, avec... disons le Zaïre, qui n’a pas de gouvernement”!

Tout en louant la volonté du gouvernement de faire entrer le pays dans le système du salaire -- et de réduire les effectifs de la fonction publique de moitié -- les officiels de US AID admettent qu’il y a un problème -- celui de la population “vulnérable”: les familles rurales sans terre, ou dont le chef de famille est une femme, ou qui comprennent un nombre élevé de gens âgés ou au contraire d’enfants de moins de cinq ans. “Mais nous croyons qu’ils vont réussir, et c’est pour cela que nous sommes ici”, déclarent ces officiels américains, qui concluent: “Nous ne sommes pas des donateurs, nous investissons... Le profit sera économique et politique”.

La controverse sur le rôle des ONG

La nouvelle attitude de l’Erythrée à l’égard des ONG est tout aussi sujette à controverse: fin février, les ONG étrangères ont reçu une lettre présentant les nouvelles règles de leur présence en Erythrée: désormais seules celles qui interviennent dans les domaines de la santé et de l’éducation peuvent rester, les autres sont invitées à cesser leurs activités. “Ils veulent contrôler ce qui se passe dans leur pays, et ils veulent aussi en finir avec cette relation de dépendance, conformément à leur principe d’autosuffisance”, explique Arild Jacobsen, représentant de “Norvegian Church Aid”, en poste en Erythrée depuis une vingtaine d’années, et qui affirme que “les ressources des ONG sont marginales par rapport aux besoins nationaux”.

D’autres experts travaillant pour des ONG étrangères ne cachent pas leur surprise devant la dernière décision des autorités érythréennes, et se demandent s’ils vont pouvoir continuer longtemps de rester en Erythrée. Il est indéniable que l’Erythrée est un petit pays, et Asmara une petite ville, et que la présence d’une petite communauté d“experts” et “volontaires” étrangers peut être un gros facteur de déstabilisation: les expatriés payent facilement un loyer mensuel de 9.000 à 10.000 birs pour leurs maisons -- ce qui a terriblement perturbé un marché du logement très étroit où les Erythréens avaient l’habitude de payer 200 birs pour un appartement! Et alors que le salaire de base n’est pas supérieur à 150 birs, les ONG paient leurs employés 2.000 birs -- autant qu’un professeur d’université!

Quelques semaines auparavant le gouvernement érythréen avait aussi décidé que les ONG locales ne pourraient pas être financées par des organisations étrangères -- sauf pour des programmes de formation. Cette décision a entraîné la fermeture de la plupart des ONG locales, étant donné qu’elles peuvent difficilement espérer collecter des fonds auprès des ressortissants érythréens qui n’arrivent pas à joindre les deux bouts.

Si certains responsables étrangers d’ONG soutiennent que cette mesure est justifiée, étant donné que la plupart des ONG érythréennes étaient des ONG religieuses, on peut se demander cependant si cette mesure ne reflète pas aussi la volonté de contrôler toutes les organisations, et de ne laisser aucune association se développer indépendamment des centres de pouvoir.

La privatisation de l'industrie

De façon assez surprenante, c’est à ce moment précis que le gouvernement érythréen a décidé de s’embarquer dans un programme de privatisation totale de son industrie: après avoir tenté pendant deux ans de conserver un intérêt majoritaire dans certaines de ses industries, dans le cadre de “joint-ventures”, il y a finalement renoncé; et les entreprises érythréennes, créées pour la plupart par les Italiens, et nationalisées par les Ethiopiens, sont maintenant à vendre intégralement. Parmi ces entreprises figurent notamment la Brasserie d’Asmara, la Cimenterie de Massaoua, l’Usine de Cigarettes de Gash, et les Salines de Massaoua et d’Assab. Des investisseurs étrangers ont manifesté leur intérêt: “La main d’œuvre érythréenne est tellement bon marché, et en même temps très besogneuse”, dit l’un d’eux. Toutes les restrictions sur les changes ont été levées, et les investisseurs peuvent rapatrier librement leurs fonds; et l’Erythrée est placée stratégiquement à équidistance des marchés de l’Afrique, du Moyen-Orient et de l’Europe... Certains investisseurs sont persuadés qu’elle pourrait parvenir dans un proche futur au statut de “Tigre” et qu’elle pourrait être le Hongkong ou le Taiwan  de l’Afrique -- et ce d’autant plus qu’elle fait preuve d’une stabilité politique exceptionnelle en Afrique, et aussi parce que c’est un pays exceptionnellement “propre”, exempt de cette corruption qui sévit dans toute l’Afrique.

Ou, plus exactement, parce que c’était un pays propre.

La nouvelle n’a guère filtré hors d’Asmara, mais plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées au cours des six derniers mois: cela a commencé en août dernier avec l’arrestation de Fessaye Yemane, un distributeurs de whisky et cigarettes qui avait travaillé -- et financé -- pour le Front Populaire de Libération de l’Erythrée (FPLE) toujours au pouvoir sous le nouveau nom de “Front Populaire pour la Démocratie et la Justice”.

Mais le pire était à venir: en janvier quelque cinquante directeurs et représentants à l’étranger de la “Red Sea Trading Corporation” étaient convoqués à Asmara et arrêtés pour “mauvaise gestion fiscale”. Pour le tout petit establishment d’Asmara, c’était une véritable bombe: la “Red Sea Trading Corporation”, c’était la pierre angulaire du FPLE, c’était elle qui pendant des années avait géré clandestinement ses affaires commerciales, sous le nom de code de “O9”. Ses cadres étaient membres de la direction du FPLE, et souvent de proches amis du président...

Puis la nouvelle se répandit: les inculpés allaient être jugés par un tribunal militaire spécial, une cour martiale composée de trois juges, sans avocat, et sans droit d’appel. Fessaye Yemane a été condamné à dix ans de prison. Le directeur de la branche d’Addis Abbeba de la “Red Sea Trading Corporation” a préféré se pendre dans sa cellule. Germai Aradom, directeur général de “Eritrean Tours Services”, l’a imité en février. D’autres personnes ont été arrêtées récemment, comme Yemane Istifanos, propriétaire du “Khartoum Hotel”. Quoique la presse érythréenne n’ait absolument rien publié sur ce sujet, il semble que toutes ces personnes sont coupables d’avoir utilisé leur position pour détourner des fonds qui auraient dû aller au parti ou au gouvernement: des fonctionnaires des douanes ont également été arrêtés, pour avoir contresigné de faux documents. “Imaginez l’argent que l’on peut gagner si un conteneur plein de cartons de whisky ou de cigarettes est officiellement enregistré comme ayant quitté le pays -- puis revendu sur le marché local”, dit un homme d’affaires particulièrement bien informé.

Toutes ces fraudes n’étaient pas immenses -- surtout si l’on tient compte de la petite dimension des affaires érythréennes. Mais un certain nombre de personnes qui n’avaient pas un dollar en poche il y a quelques années ont soudain commencé à construire des hôtels, à diriger une affaire de transports... ou à importer des Toyota. Il fallait faire quelque chose -- surtout au moment où de nombreux Erythréens qui se sont battus pendant des années pour libérer leur pays peuvent à peine se nourrir... La réaction d’Isayas Afeworki a été brutale: il n’a pas hésité à frapper ses plus proches amis. Les diplomates et les quelques membres de la petite colonie étrangère d’Asmara ne cachent pas leur admiration -- oubliant souvent de regretter l’absence de transparence et de respect des normes juridiques de cette répression. Quant aux Erythréens, ils sont partagés entre l’admiration... et la panique, selon qu’ils se sentent menacés ou pas...

Le 8 février, on a soudain appris que le gouvernement avait été remanié: curieusement, ce remaniement n’a toujours pas été annoncé officiellement plus d’un mois après, quoiqu’il soit désormais su de tous que des personnes différentes occupent un certain nombre de bureaux ministériels: tandis que Petros Salomon, l’ancien ministre des affaires étrangères, est devenu ministre des ressources marines, le nouveau ministre de l’agriculture est Arafine (Wasi Ashera), ancien consul à Washington. Il y a aussi un nouveau ministre des finances, tandis que le poste de ministre du commerce et de l’industrie est apparemment toujours vacant. Et personne ne sait qui est le président de la commission de privatisation... supposé recevoir les offres des investisseurs à la date limite du 30 avril, et les ouvrir le 2 mai...

Ayant réussi à écraser dans l’œuf il y a 4 ans une tentative de putsch par un certain nombre d’unités de combattants qui avaient marché sur Asmara, Isayas Afeworki est confronté aujourd’hui à une crise beaucoup plus diffuse: jusqu’où peut-il aller en frappant ses anciens camarades d’armes corrompus, pour montrer à son peuple qu’en Erythrée tout le monde est aussi pauvre, sans atteindre la base de son pouvoir?

(L'Autre Afrique, 28 Mai 1997; The Middle East magazine, June 1997)

 

 

 

 

 

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