CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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JERUSALEM: Felicia Langer, avocate des Palestiniens

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SilwadQ: Où êtes-vous née? Qui étaient vos parents? Dans quel milieu familial avez-vous grandi?

Felicia Langer: J’ai 48 ans (en décembre 1978), je suis née à Tarnow, près de Cracovie, dans une famille de l’intelligentsia locale. Mon père était un juriste, un docteur en économie, aisé, très aisé même jusqu’à la deuxième guerre mondiale.

Q: Quand votre famille est-elle partie de Pologne?

FL: En 1939, quand j’étais enfant, et nous avons passé la guerre en Union Soviétique. Mon père est mort, malheureusement, de maladie, de faim, de tout... Nous sommes allées dans l’Oural, au Kazakhstan, et nous sommes revenues en 1945 en Pologne, où j’ai terminé mes études secondaires. Ma mère s’est remariée, et la famille de son second mari vivait en Israel, aussi est-elle venue en Israel.

Moi aussi, je me suis mariée, très jeune. J’étais la seule fille, et ma mère, incapable de vivre sans moi, a insisté pour que nous venions la rejoindre: nous sommes donc venus ici, mon mari et moi, pour réunir nos familles. Je n’ai jamais été sioniste.

Q: Vous avez donc étudié en URSS?

FL: Oui, je suis allée dans une école polonaise. Les cours s’y faisaient en polonais. Je ne suis jamais allée dans une école russe; mais je parle parfaitement le russe.

Q: Où êtes-vous allée à l’université?

FL: J’ai commencé mes études universitaires quand j’avais... 29 ans. J’étais déjà mariée, avec un enfant de 6 ans. J’étudiais le soir de 17 heures à 22 heures. Je travaillais en même temps. Notre situation économique était très difficile. Ces cinq années d’études ont été des années très difficiles.

Q: Mais où avez-vous fait ces études?

FL: A Tel-Aviv. A l’annexe de l’Université Hébraïque de Jérusalem. Comme c’était les cours du soir, cela prenait 5 ans. J’ai été très active dans l’association des étudiants.

Q: Un mot sur votre mari. L’avez-vous choisi vous-même? Ou est-ce que ce fut un de ces mariages traditionnels?...

FL: (Elle éclate de rire) J’avais 17 ans quand j’ai fait la connaissance de mon mari. C’est le seul homme dans ma vie jusqu’à maintenant (riant à nouveau). Il est tout à fait d’accord avec mes activités -- et il m’aide...

Il n’était pas là quand la tragédie de Silwad a eu lieu, j’étais complètement seule, et c’était très dur pour moi de rentrer à la maison sans pouvoir parler à quelqu’un... Mais maintenant je lui ai tout dit; j’ai écrit quelque chose sur Silwad en hébreu (cela a été traduit en arabe). Evidemment, il me soutient moralement.

Q: Quel est son métier?

FL: C’est un négociant.

Q: D’où est-il?

FL: De Pologne. Il a survécu à 5 camps de concentration. Il a passé toute la guerre en Pologne. D’abord, dans le ghetto. Puis par la suite il a été emmené avec sa famille, et enfermé dans des camps de concentration nazis, et il est le seul survivant de sa famille. Son père, sa mère et son frère ont été tués à Treblinka.

Q: Est-il sioniste?

FL: Non, il est communiste.

Q: Alors vous êtes en bonnes mains.

FL: (riant) Autrement, ce serait difficile de mener une vie pareille, parce que la vie que nous menons à la maison n’est pas une vie normale.

Q: Combien d’enfants avez-vous?

FL: Seulement un, à cause de cela. Je n’ai pas eu la possibilité d’avoir d’autres enfants parce que avec un seul enfant, c’était déjà terrible de faire des études. C’est un garçon, il a 25 ans maintenant, il étudie le théâtre, la mise en scène, à Berlin-Est.

Q: Alors, vous êtes venue en Israel par accident, vous n’êtes pas sioniste?

FL: Non, par accident. Vous savez, après la guerre, nous étions des personnes déplacées. Quand nous sommes revenues en Pologne en 1945, nous n’avons trouvé que des tombes, un cimetière. Nous étions les seuls survivantes de toute la famille, ma mère et moi, parce que nous étions allées en URSS. C’est pourquoi j’ai toujours tant de reconnaissance pour l’URSS. Les seuls qui aient survécu furent ceux qui étaient allés là-bas.

Et nous avons vécu sur ces tombes pendant 5 ans, de 1945 à 1950. Je pense que j’aurais pu vivre toujours là-bas parce que j’étais une excellente élève à l’école, et j’ai réussi mon baccalauréat avec mention. Je voulais étudier le théâtre ou la critique théâtrale, ou le droit. Mais j’ai décidé que je ne pouvais pas abandonner ma mère, qui m’écrivait qu’elle ne pouvait pas survivre sans moi.

Mais quand je suis venue en Israel en septembre 1950, j’ai eu un... Je n’étais pas sioniste. Ma mère l’était, mais pas moi.

Q: Avez-vous toujours été politiquement engagée? Quand êtes vous devenue marxiste? Quand êtes vous devenue une femme politique?

FL: Est-ce important pour les lecteurs? J’ai l’habitude de parler plus de mes clients que de moi-même... Non, mon éducation politique a commencé en URSS. J’étais enfant, et je ne peux pas dire que quelqu’un l’ait fait intentionnellement, ait voulu m’endoctriner.

J’étais dans une école polonaise qui était complètement apolitique, on pourrait dire. Mais j’ai commencé très tôt, quand j’étais une petite fille, à lire des livres, de la poésie. Et j’étais convaincue que cette structure politique, en URSS, est réellement plus juste que toute autre dans le reste du monde. Malgré toute la misère et la pauvreté que j’ai vues pendant la guerre. Que j’ai vues, et que j’ai subies -- j’ai failli mourir de faim moi-même.

Et quand je suis venue en Pologne, et... (le téléphone sonne) Quand je suis revenue en Pologne, j’ai fait mes études, et mon ambition était d’être une bonne élève. Mais politiquement, évidemment, j’étais pour... J’avais vraiment l’impression que cette structure politique en Pologne aussi était quelque chose de très positif.

Mais alors quelque chose s’est produit en moi: c’était une certaine répugnance à être “organisé” (à faire partie d’une organisation) parce que j’avais remarqué que certains étudiants faisaient partie des jeunesses socialistes, utilisant cette organisation comme un tremplin pour faire carrière, ce qui pour moi était très sale.

Alors je me suis dit à moi-même, et j’ai dit à mes camarades, que je ne ferais jamais partie d’une organisation avant d’aller à l’université pour ne pas être favorisée. Je ne voulais pas faire quelque chose pour quelque chose... Je disais: Je vais à l’université parce que j’ai des dons -- si j’en ai -- et non parce que je fais partie de telle organisation. Evidemment, tout le monde ne m’a pas compris, mais je suis restée fidèle à mon principe.

Puis quand je suis arrivée en Israel, ce fut pour moi une véritable tragédie: tout ce que je voyais était terrible. Le climat politique était terrible. J’ai commencé à travailler comme ouvrière dans une usine, et ce fut pour moi une très bonne leçon.

Q: Pourquoi avec-vous travaillé dans une usine?

FL: Je préparais mon baccalauréat, sans connaître un mot d’hébreu. Et j’étais sans profession, et nous étions pauvres, complètement, car mon mari sortait des camps nazis. Il avait à peine un costume pour son mariage, vous savez. Je venais, comme on l’a dit quelque fois, d’un bon milieu, d’une très bonne famille, mais sans argent, car tous les biens de la famille avaient été détruits.

Aussi notre situation économique était très mauvaise, nous étions sans amis, sans rien, et nous devions nous battre pour avoir du pain à manger.

J’ai donc travaillé dans une usine, et ce fut très bon pour moi parce que j’ai réalisé alors que tout ce que j’avais appris à l’école sur l’exploitation des travailleurs était en fait vrai dans la vie. Et j’ai pensé que cet endroit n’était pas pour moi, que les gens d’ici étaient très mercantiles. Je me suis sentie aliénée, culturellement même. J’ai vu la discrimination dont les Arabes étaient l’objet. Je ne savais pas quoi faire sans parler la langue, et j’ai même voulu repartir. Mais le chemin du retour était coupé, car nous avions été déchus de notre citoyenneté (polonaise), et repartir était impossible.

Q: Votre mari réagissait-il de la même façon?

FL: Pareil! Mon mari, vous savez, n’est pas aussi sensible que moi, parce qu’il est passé à travers 5 camps nazis, un véritable enfer. Sa “structure” intérieure n’est pas la même: il s’est peut-être endurci. Mais il voyait que j’étais incapable de vivre ici, et que j’étais même malade physiquement, à cause de cette situation.

Et puis j’ai dit à mon mari qu’il fallait que nous trouvions le Parti Communiste. Si je me battais dans les rangs du PC pour ce que j’estimais être juste, je trouverais ma place ici, et je pourrais vivre. Autrement, c’était impossible.

Et nous nous sommes mis en quête du Parti, sans parler la langue. C’était très difficile, et cela nous a pris du temps. Nous cherchions dans les journaux. Mon mari lisait un peu l’hébreu. Ce fut mon premier professeur, il m’a appris l’ABC en hébreu.

Et puis après un certain temps, nous avons trouvé le Parti.

Nous avons dit que voulions être membres du parti. Nous fûmes acceptés avec un peu d’étonnement; personne ne nous connaissait, et ils se demandaient qui étaient ces deux très jeunes gens qui voulaient adhérer au parti. Mon mari avait été actif dans le mouvement en Pologne, dans les jeunesses communistes, dans les jeunesses socialistes -- il était très jeune, il a trois ans et demi de plus que moi seulement.

C’était l’époque de la pétition de Stockholm contre la bombe A, et nous étions passionnés par cette campagne, et tout le contexte de ma vie a été transformé. Parce que j’avais commencé à lutter. Et je voulais en savoir davantage sur ce pays, je voulais le connaître mieux. Je voulais aussi m’informer sur les Arabes. Je voulais connaître les régions où ils vivaient, je voulais savoir dans quelles conditions les travailleurs vivaient réellement, et j’ai commencé à apprendre, à étudier chaque jour ce qui se passait ici. Et évidemment, cela a rempli ma vie, et j’ai réalisé que je devais rester ici, et peu à peu je me suis habituée à ce pays, et maintenant je peux dire réellement que je l’aime. Ce n’était pas comme ça au début.

Je n’ai pas pensé que je revenais chez moi après 2000 ans. Non. Et puis en 1959 j’ai décidé que je devais reprendre mes études. Je travaillais comme secrétaire. J’étudiais l’hébreu toute seule. Personne ne m’aidait, personne n’avait l’idée de m’aider comme ils aident aujourd’hui les Juifs soviétiques à apprendre l’hébreu. J’étudiais en autodidacte, toute seule.

J’ai décidé que j’allais étudier le droit. J’ai dit à mon mari que c’était ma dernière chance, que je voulais étudier le droit, non pas pour faire de l’argent, comme tout le monde. Cette profession était pour moi un moyen de poursuivre ma lutter et d’apporter mon aide à tous ceux qui en avaient besoin. Cela a peut-être l’air pathétique.... mais c’est la vérité. Et c’est toujours la vérité.

Alors mon fils alla à sa première année d’école, et moi à ma première année d’université, et mon mari disait que ses deux enfants faisaient leurs études... Evidemment, ce n’était pas une vie très facile pour lui. Mais il comprenait que je devais le faire.

Quand j’ai eu ma licence en droit, c’était en 1965, j’ai commencé à chercher du travail. Mais j’ai réalisé que toutes les portes étaient fermées devant moi parce que j’avais été tellement active à l’université -- et j’étais trop connue, pas comme Felicia Langer, mais comme Fulla Langer.

Quand je soumettais ma candidature quelque part, ils faisaient une enquête sur moi, et au bout de quelque temps ils refusaient de m’embaucher, même si j’avais réussi les tests mieux que tous les autres candidats -- j’étais bloquée. C’était en 1965. J’ai réalisé que je devais travailler en indépendante -- ce que je ne voulais pas, je haïssais cette indépendance, vous savez -- j’ai ouvert un bureau, et j’ai commencé à travailler pour des gens comme les manifestants, les délinquants juvéniles, etc. Cela payait à peine mes dépenses. Mais j’avais la satisfaction de pouvoir vraiment aider des gens. Cela a duré deux ans.

Puis  l’occupation a eu lieu. Cette guerre de juin 1967 a été un tournant dans ma vie. Cette guerre a été une tragédie terrible, non seulement pour ceux qui sont occupés, mais aussi une tragédie pour mon peuple. Pour moi, ce fut vraiment un deuil.

Q: Qui désignez-vous par “mon peuple”?

FL: Les israéliens -- c’est à dire les Juifs à l’intérieur d’Israel. Je ne parle pas des Juifs autour du monde. Je ne suis pas sioniste. Je ne crois pas qu’il y ait une nation juive.

Aussi, je pensais que cela allait nous corrompre. Je pensais que quelque chose de terrible avait eu lieu, et cela a réellement changé ma vie personnelle. Les soldats mourant de soif dans le Sinai, les victimes de Gaza...

Q: Quand vous parlez des soldats du Sinai, vous parlez des Egyptiens?

FL: Oui, les Egyptiens.

Et les trois villages détruits près de Latroun, Amouas, Beit Nouba et Yalo; la description des atrocités pendant la conquête; et après, quand ceux qui avaient été déplacés voulurent revenir en traversant le Jourdain, et furent mitraillés...

Tout cela était tellement douloureux pour moi. De nouveau, comme en 1950, j’étais confrontée à la même question: comment traduire ce sentiment de chagrin et d’outrage en quelque chose de concret; et puis j’ai réalisé que j’avais beaucoup de chance, que j’avais une licence, que j’étais une avocate, et j’ai juré sur les ruines de ces trois villages détruits -- évidemment, ce fut un serment silencieux...

Quand j’ai visité pour la première fois ces trois villages près de Latroun, je n’ai rien vu.  Et puis j’ai à nouveau visité ces ruines avec deux camarades arabes, je les ai vus là-bas, j’ai essayé d’imaginer leurs sentiments, qu’ils avaient eu des frères qui avaient vécu là, que ces ruines recouvraient ce qui avait été autrefois des arbres, des maisons, un endroit où des êtres humains avaient vécu... et j’ai commencé à pleurer.

C’était une façon de me défouler, pas tellement héroïque, mais cela aide un peu. Et puis, je me suis dit à moi-même: jusqu’au dernier moment de ma vie, je défendrai les victimes de cette terrible tragédie. Evidemment, c’est un serment terrible, parce que personne ne sait de quoi l’avenir est fait.

Q: Quand avez vous réalisé, à quel moment de votre séjour en Israel avez-vous réalisé que les gens qui vivent dans ce pays sont en partie des Arabes? Que la Palestine était habitée par un grand nombre d’Arabes? Quand vous êtes-vous engagée dans ce problème?

FL: Immédiatement, je peux dire immédiatement après mon arrivée.

Q: Mais vous ne parliez pas l’hébreu, ni l’arabe...

FL: Vous savez, mon éducation politique m’a rendue allergique à toute injustice. Je ne peux pas supporter l’injustice. Et je la vois de loin. On ne peut pas me tromper.

Aussi, même dans les journaux polonais, les expressions que je pouvais lire sur les Arabes, le gouvernement militaire dans les régions arabes... C’était une lanterne rouge pour moi.

Et après, je peux dire dès la première année, quand j’ai commencé à visiter les villages détruits après 1948, et en entendant décrire ce qui s’était passé pendant la guerre.

Q: Qu’est-ce qui vous a poussée, au début des années 1950, à visiter les villages arabes détruits?

FL: Mon adhésion au Parti. Parce que j’étais incapable, par moi-même, ne sachant rien de ce pays, d’aller visiter cette région. J’étais un facteur entièrement nouveau ici.  Je ne connaissais personne. Et toute la communauté polonaise était faite de gens comme moi, du même milieu -- classe moyenne  ayant un peu d’argent, ou, même s’ils n’en avaient pas, endoctrinés par les Sionistes, et convaincus qu’ils revenaient ici après 2000 ans! Qui se soucie d’un Arabe?

C’est seulement mon adhésion à cette force politique qui s’appelait le Parti Communiste d’Israel, et s’appelle encore ainsi aujourd’hui, qui m’a permis de me pénétrer de plus en plus de ce problème douloureux. Et évidemment, cela a ouvert complètement nos yeux. A cette époque, j’étudiais à l’université, et même avant j’avais eu l’occasion, dans le parti, de rencontrer des Arabes: vous savez, nous étions le seul parti dans lequel Arabes et Juifs étaient réunis.

Puis la rencontre eut lieu, la confrontation -- une confrontation amicale -- entre moi et les Arabes. Et alors j’ai réalisé deux choses:

- tout d’abord, à quel point ils souffrent.

- et la seconde, c’est que nous pouvons survivre ensemble, et coopérer, et coexister. C’était un modèle. La vie du parti était pour moi un modèle de ce que devrait être la vie dans le Moyen-Orient, et elle reste un modèle. Je crois que c’est le meilleur. Depuis la fondation de l’Etat, ou avant, ces relations se sont maintenues à l’intérieur du parti, pendant des années, survivant à une scission très dangereuse, une scission nationaliste, en 1965, qui était pro-sioniste.

Q: Quelles sont vos fonctions aujourd’hui dans le Parti? Vous êtes une de ses dirigeants. Faîtes-vous partie du...?

FL: Oui, je suis membre du Comité Central. Vous pouvez le dire, mais je n’aime pas cette expression. Mais oui, je fais partie de la direction du parti.

Q: Alors vous croyez encore que les relations à l’intérieur du parti (entre Arabes et Juifs) sont un modèle pour les Arabes et les Juifs dans le Moyen-Orient?

FL: Oui, je le crois, et nous maintenons une ligne cohérente au cours des années, nous ne dévions pas de cette position, à savoir que les droits légitimes des deux peuples doivent être sauvegardés. Naturellement, les Juifs ici en Israel ont sauvegardé de plus en plus leurs droits -- même trop. Mais maintenant, que faisons-nous avec les Palestiniens? Je ne pense pas avoir besoin de vous faire un résumé politique de la situation? Vous voyez ce qui se passe...

Q: Quelle est la position officielle du Parti Communiste israélien sur le plan d’autonomie et le projet de paix américain?

FL: Nous avons dit depuis le début que toute solution qui ne prend pas en considération les droits légitimes des Palestiniens, qui esquive la question, qui s’efforce de parvenir à un accord permettant à l’impérialisme américain de créer des bases ici et de neutraliser, ou pire encore, de frapper les forces progressistes dans le Moyen-Orient, ne sera jamais une solution.

Q: Oui, mais de façon plus concrète?

FL: Ce qui serait une solution pour nous? Voici notre solution: retrait complet de tous les territoires occupés en 1967, l’obtention par les Palestiniens de tous leurs droits légitimes, y compris le droit à l’autodétermination, ce qui veut dire, entre autres, l’établissement d’un Etat souverain et indépendant en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

Q: Jérusalem-Est y compris?

FL: Naturellement, évidemment. Nous espérons qu’il sera possible, dans le futur, de parvenir à un arrangement, pour que le cas de Jérusalem ne soit pas trop douloureux. Mais en tout cas la souveraineté de Jérusalem est arabe, palestinienne, il n’y a aucun doute là-dessus.

Maintenant, en ce qui concerne les réfugiés, d’après les diverses motions des Nations Unies, ils ont le droit de retourner dans leur patrie. Evidemment, nous ne disons pas dans les mêmes maisons, ce ne serait pas réaliste; mais ils ont le droit de retourner dans leur patrie, ou de recevoir des indemnités -- et naturellement cela s’applique à tous les réfugiés, à ceux de 1948 et ceux de 1967. Aujourd’hui en effet, les Palestiniens sont un peuple dispersé, ils ont à leur tour une diaspora, comme les Juifs le disent à propos d’eux-mêmes... Mais le sens n’est pas le même: la diaspora des Juifs est une diaspora religieuse, dans le cas des Palestiniens, il s’agit de la tragédie d’un peuple chassé de sa terre, de tous ceux qui ont été obligés de fuir.

Q: Ainsi, depuis 1967, vous avez consacré votre vie au Parti, vous êtes devenue une dirigeante de ce parti, et vous vous êtes aussi consacrée à la défense des Arabes, des Palestiniens?

FL: Je ne peux pas faire de distinction, parce que toute mon activité dans le Parti est justement ce travail. Et évidemment, le parti m’aide: je ne pourrais pas avoir cette activité sans le soutien de mon parti. Je ne peux pas faire de distinction entre ce que certains appelleraient mon action humanitaire et mon activité politique. Et non seulement je suis aidée par le parti, mais par les progressistes de mon pays.

Q: En tant qu’avocate, quelles sont les principales violations des droits de l’Homme que vous êtes amenée à constater?

FL: Le phénomène le plus déplorable est le recours à la torture et aux coups. Imaginez-vous que j’en suis à mon troisième livre sur la torture et les violations des droits de l’homme. Je peux dire que j’ai ici dans mon bureau toute une encyclopédie sur les violations des droits de l’Homme: j’ai dans mes dossiers de quoi écrire de nombreux livres.

Et en dehors de la torture, il y a le problème des expropriations, des destructions de maisons. Et la privation de tout droit politique, d’association, de liberté de parole. On leur a permis de s’exprimer ici et là uniquement pour savoir comment le projet d’autonomie était accueilli... Mais aujourd’hui encore il y a des arrestations, comme à Bir Zeit.

Q: Pourquoi est-ce que la torture est un dossier aussi difficile, pourquoi est-il si difficile de prouver qu’il y a eu torture?

FL: C’est difficile parce que cela se passe à l’intérieur, entre deux ou trois personnes, et qu’à moins de pouvoir forcer un des tortionnaires à parler, c’est très difficile.

Q: Pourquoi est-ce que la Gauche est si peu importante en Israel, si faible?

FL: Cela a évidemment des raisons historiques: il faut y voir le résultat de la propagande sioniste, de ce lavage de cerveau qui dure depuis des années, de cette propagande nationaliste qui va à l’encontre de la lutte des classes, qui soutient que l’intérêt de tous les Juifs, qu’ils soient propriétaires d’une usine ou qu’ils travaillent dans une usine, est le même...

Le conflit israélo-arabe est utilisé depuis des années pour lénifier la lutte des classes, pour tout réduire à une seule lutte: la guerre entre Arabes et Juifs. Vous connaissez cette conception militariste, d’après laquelle nous sommes en état de siège, nous sommes menacés par un autre holocauste.

Q: Mais puisque vous pouvez si bien analyser la situation, comment se fait-il que vous ne puissiez y remédier?

FL: Nous nous battons. Je crois que nous faisons des progrès -- lentement en réalité -- mais nous progressons. Nous pouvons dire que nous avons un front, même s’il n’est pas très impressionnant. Nous nous faisons maintenant entendre par des gens que nous ne pouvions pas atteindre auparavant, parmi les Juifs. Chez les Arabes, nous avons fait des progrès remarquables -- plus que des progrès, il faudrait parler de victoire. Ils font partie du pouvoir démocratique en Israel.

(The Middle East magazine, 1978)

 

 

 

 

 

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