CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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ARABIE SAOUDITE: Le Roi Fayçal, un destin singulier

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Faycal aux coursesLe 14 Octobre 1919, un jeune cheikh arabe âgé de 13 ans, invité par le gouvernement britannique, est logé dans un hôtel de deuxième catégorie, le Queens hotel, Upper Norwood, à Londres. Le lendemain, son interprète, un certain Philby, s’entend dire par le gérant de l’hôtel que les chambres n’ont été réservées que pour une nuit... et que le jeune cheikh et sa suite doivent déguerpir dans les heures qui suivent! Finalement, après bien des difficultés, le fonctionnaire anglais chargé d’accueillir le jeune cheikh arrive à le loger au foyer des officiers de l’armée des Indes!

Un destin fabuleux

Fahed aux coursesCinquante-cinq ans plus tard, le nom de ce prince arabe est connu dans le monde entier: peu de chefs d’Etat sont reçus avec autant d’égards que lui, quand il daigne accepter une invitation... et sa capitale est un véritable carrousel: il ne se passe guère de jours sans qu’arrive un chef d’Etat africain, un ministre des affaires étrangères européen, un vice-premier ministre japonais, ou un Kissinger. C’est là une étonnante revanche sur le destin, que doit savourer le roi Fayçal lorsqu’il reçoit tous ces dignitaires qui viennent lui demander qui son argent, qui son influence...

Peu d’hommes il est vrai ont eu une destinée aussi fabuleuse. Lorsqu’il naît le 27 novembre 1906, son père, Abdoul Aziz Ibn Saoud (connu en Europe sous le nom d’Ibn Saoud) vient tout juste de reconquérir Riyad, la capitale du Nedj, une petite bourgade de quelque 6.000 à 7.000 habitants, entourée de remparts de terre, où se dresse le vieux fort, la grande mosquée, et l’imposante masse de la forteresse Musmak, transformée en prison. Il est facile d’imaginer ce que put être l’enfance de Fayçal dans cet émirat ou sultanat du Nedj, où il n’y avait ni radio, ni télégrammes, ni voitures ni journaux. À cette époque, le mort “arabe” désignait les Bédouins; pour des civilisés comme les Egyptiens, il avait un sens péjoratif: c’était le vagabond, le nomade...

portrait de l'emir AbdallahIbn Saoud vit pour la première fois un Européen en 1910! Et il ne devait en voir qu’une dizaine jusqu’en 1925. Orphelin de mère très tôt, Fayçal fut élevé par son grand père Abdalla Al as Cheikh, un descendant de Mohammed Abdoul Wahab, qui prêcha le retour à la pureté primitive de l’Islam. Pendant des années, le monde de Fayçal fut limité aux lectures du Coran, qu’il sut très vite par cœur, à l’apprentissage des chevaux et des chameaux, et à l’étude des généalogies des grandes familles bédouines... et des grandes races de chevaux.

Mais il devait entendre parler des Anglais, qui soutenaient le Chérif Hussain de la Mecque, le rival haï de son père Ibn Saoud, et des Turcs, dont les troupes occupaient encore certaines villes de l’Arabie (notamment Hofuf, capitale du Hasa). Et il ne devait aimer ni les uns ni les autres.

Aveuglement et duplicité

On a du mal, aujourd’hui, à réaliser à quel point les Britanniques s’aveuglèrent en Arabie: avec le fameux “colonel” Lawrence, du Bureau Arabe du Caire, le Foreign Office ne vit longtemps en Ibn Saoud qu’un “aventurier sans scrupule” (sic) et consentait tout juste à lui verser pour subsides 5.000 souverains-or par mois, en versant quatre fois plus à Hussain de La Mecque, et lui promettant d’en faire le “Roi de tous les Arabes”, en installant ses fils Abdalla en Transjordanie, Fayçal en Syrie, et Ali en Irak... À plusieurs reprises les troupes d’Ibn Saoud mirent en déroute celles de Hussain, et furent sur le point de marcher sur La Mecque: chaque fois, Ibn Saoud fut obligé de reculer, les Anglais menaçant de lancer leurs chars et leurs avions contre ses Bédouins. Et si Ibn Saoud réussit à chasser les Turcs d’Arabie dès 1913, il réalisa très vite qu’avec les Anglais il en allait autrement.

On ignore quels furent les sentiments du jeune prince Fayçal lorsque ses mentors anglais lui firent visiter les champs de bataille du nord de la France et des Flandres -- il passa aussi une journée à Cologne -- mais il est probable que le spectacle des ruines accumulées par cette guerre fratricide entre puissances européennes dut lui faire réaliser que la puissance britannique n’était pas aussi absolue qu’on pouvait le croire là-bas dans les sables d’Arabie: il fallait seulement savoir attendre. En cela, il ne faisait d’ailleurs que suivre les préceptes de son père Ibn Saoud, qui toute sa vie sut attendre patiemment que ses adversaires commettent une erreur ou manifestent leur désunion.

Mais très vite l’Histoire s’accélère: en 1924, après l’abolition du califat par la très jeune République turque, le chérif Hussain de La Mecque, devenu en 1916 Roi du Hedjaz, fait une erreur fatale et se proclame calife de tous les musulmans: c’est plus qu’Ibn Saoud ne peut en supporter. Il lance ses troupes contre le Hedjaz; abandonné par la Grande-Bretagne, Hussain abdique (1925) en abandonnant La Mecque entre les mains d’Ibn Saoud. Son fils Ali résiste à Djedda, mais il doit abdiquer à son tour (1926).

Le Hedjaz n’est pas incorporé immédiatement au royaume: Ibn Saoud se proclame roi du Nedj, Hedjaz et dépendances (1927), et fait de Fayçal le vice-roi du Hedjaz et son ministre des affaires étrangères, avec le titre de secrétaire d’Etat.

Pourquoi Fayçal, et non Saoud, de 4 ans son aîné? C’est un des mystères de l’histoire contemporaine de l’Arabie Saoudite: mais, si Ibn Saoud allait faire de Saoud le prince héritier, et son successeur, Fayçal restera son ministre des affaires étrangères jusqu’à sa mort; il conservera ces fonctions pendant une partie du règne de son frère et les conserve aujourd’hui encore, car Omar Sakkaf n’est que ministre d’Etat chargé des affaires étrangères, Fayçal conservant le porte-feuille!

Après le Hedjaz, c’est l’Assir qui est conquis et incorporé au royaume (1930), et le 18 septembre 1932, Ibn Saoud se proclame roi d’Arabie Saoudite. Fayçal, qui était déjà retourné en Angleterre et en Hollande en 1926, fait alors un grand voyage en Europe, allant successivement en France, en Angleterre, en Pologne, en Russie (la Russie é été le premier pays à reconnaître le nouveau royaume) et en Turquie, où il devait faire la connaissance de sa dernière femme, la reine Iffat, descendante d’une branche de la famille al Saoud installée en Turquie à la fin du XIXe siècle. Désormais, Fayçal représente le roi d’un pays qui s’étend du Golfe Persique à la Mer Rouge, de la Syrie au Yemen. Il a 26 ans; il impressionne déjà beaucoup, et l’époque est révolue où un Lord Curzon, ministre des affaires étrangères britannique, pouvait le traiter en enfant.

Mais l’Arabie Saoudite est un pays aride, désertique, qui a pratiquement pour seules ressources les revenus du pèlerinage de La Mecque. Et c’est pour la bagatelle de quelque 30.000 souverains en or que les Américains enlèvent aux Britanniques la concession de la recherche pétrolière en Arabie Saoudite. Avec les Américains, Ibn Saoud et Fayçal tenaient enfin leur revanche: l’exploitation du pétrole ne commença certes qu’en 1938, et fut ralentie par la Deuxième Guerre mondiale; mais dès 1943, Fayçal, invité aux USA, était reçu le soir même de son arrivée par le président Roosevelt, qui donnait en son honneur un dîner de 40 couverts; et en 1945, Roosevelt, de retour de Yalta, recevait Ibn Saoud à bord du “Quincy”, dans la Mer Rouge.

L’exploitation du pétrole saoudien ne commence véritablement qu’après la Deuxième Guerre mondiale, et le développement de sa production est alors incroyable: de 8 Millions de Tonnes en 1946, elle passe à 20 MT en 1948, 43 MT en 1952, à 57 MT en 1959, à 240 MT en 1972, à 360 MT en 1973, et pourrait dépasser les 700 MT en 1975! Parallèlement, l’augmentation des revenus pétroliers est véritablement vertigineuse: Ibn Saoud recevait un peu moins d’un demi-million de dollars par jour à la fin de sa vie: en 1971, Fayçal encaissait 6 millions de dollars par jour, et en 1974, il pourrait recevoir 60 millions de dollars par jour (à titre d’exemple, le budget d’un pays arabe pauvre comme le Yemen: deux semaines de revenus de l’Arabie Saoudite!). Et il est impossible de se risquer à une prévision de ce qu’elles pourraient être demain, tant ces prévisions risquent d’être ridicules. En effet, à la différence de ses voisins, comme l’Iran ou le Koweit, l’Arabie Saoudite a des réserves de pétrole pratiquement illimitées, et chaque année les dirigeants de l’ARAMCO annoncent la découverte de nouveaux gisements gigantesques (les derniers en date viennent d’être découverts dans le désert du Roub al Khali, le plus grand désert du monde).

Que fera Fayçal avec cet immense pactole?

Contrairement à la plupart des autres chefs d’Etat, il doit en effet faire face à un problème peu commun: ses revenus sont tellement gigantesques qu’il lui est pratiquement impossible de tout dépenser dans son pays: pays immense, l’Arabie Saoudite est relativement peu peuplée, et le développement du pays est limité par le fait que sa population est très dispersée, et que la main d’œuvre est peu abondante. Certes, Fayçal a construit plusieurs milliers de kilomètres de routes et des centaines d’écoles dans un pays qui ne comptait pas 300 km de routes et 25.000 élèves lorsqu’il est monté sur le trône en 1964. Aujourd’hui, des routes excellentes relient Dahran et Riyad, sur le Golfe Persique, à Djedda sur la Mer Rouge, et de là, à Tobouk, à la frontière jordanienne. Une route reliant Djedda à Abha et Najran, à la frontière du Yemen, est presque achevée. De même, plus de 800.000 enfants vont aujourd’hui à l’école, dont 200.000 filles, ce qui est un exploit, si l’on sait que Fayçal a dû faire envoyer la garde nationale lorsqu’il a ouvert la première école de filles en 1964...

Dans le domaine agricole également, autre paradoxe dans ce pays désertique, on assiste à un effort très important, notamment en matière d’irrigation, dans l’Assir, et autour de Hofuf, où une immense oasis est en train de surgir du désert.

Ses revenus sont tellement gigantesques que Fayçal est condamné, malgré lui, à faire de son pays une des principales puissances financières du monde. Et depuis la dernière guerre (1973) du Moyen-Orient, depuis la “découverte” de l’arme du pétrole” par le roi Fayçal, et son utilisation habile par son ministre du pétrole, cheikh Yamani, toutes les capitales intéressées ont compris qu’une solution du problème du Moyen-Orient passait par ... Riyad!

Quand on demande aujourd’hui au roi Fayçal d’Arabie quel est son plus grand souhait, il répond invariablement: “aller prier une fois encore à la mosquée d’Omar, à Jérusalem”... Dans sa bouche, ce n’est pas une parole en l’air: l’objectif ultime du roi Fayçal est de libérer Jérusalem, rendre aux Arabes une des villes les plus saintes qui soient, après La Mecque et Médine... Et Fayçal sait être patient. Sa carrière -- si on peut parler de “carrière” pour un Roi! -- le montre: envoyé extraordinaire de son père à l’âge de 13 ans, ministre des affaires étrangères à l’âge de 21 ans, il a dû se contenter de ce rôle jusqu’à l’âge de 52 ans;  c’est en effet seulement en 1958 qu’il devient Premier Ministre de son frère Saoud, et il ne devait devenir roi qu’en 1964, à l’âge de 58 ans... Parvenu aujourd’hui au comble de la puissance, il espère bien réussir là où Nasser a échoué: faire l’unité du monde Arabe, mais autour de l’Arabie Saoudite.

 

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