CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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KURDISTAN IRAK: Un émirat pétrolier ?

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Western ZagrosNechirvan Barzani, Premier ministre du gouvernement kurde, ne cherchait pas à cacher son excitation. « Je pars dans quelques heures à Séoul où je vais signer un gros contrat avec les Coréens », nous confia-t-il après une cérémonie au Parlement kurde d’Erbil.

Peu après on apprenait qu’un projet d’accord avait effectivement été signé avec le Président élu coréen Lee Myung-Bak sur l’exploration et le développement de quatre puits de pétrole au Kurdistan. D’après cet accord, les compagnies coréennes s’engagent à développer l’infrastructure du Kurdistan en construisant 450 km d’autoroutes pour 2 milliards de dollars, et en réalisant pour 10 milliards de dollars de projets d« infrastructure sociale » : hôpitaux, écoles, adduction d’eau, centrales électriques.

Jusqu’à maintenant les Kurdes ont signé une vingtaine d’accords de partage de production (PSA) avec des compagnies pétrolières étrangères indépendantes. Malgré des mises en garde sévères de Bagdad, Genel Enerji et DNO ont été les premières à signer des accords avec les autorités kurdes, suivies par Heritage Oil, Dana Gas, Western Oil Sands, Gulf Keystone et Hunt.

La longue histoire de Taq Taq

Le développement du champ pétrolier de Taq Taq, à 60km au nord-est de Kirkouk, résume l’histoire du pétrole au Kurdistan. Le premier puits d’exploration a été foré à Taq Taq dans les années 1960, après le renversement de la monarchie irakienne par la révolution du général Kassem, et n’a pas été terminé. On reprit le forage au puits 1 en 1978, sous le Baas, quand INOC, la compagnie pétrolière nationale, commença à forer deux autres puits, les puits 2 et 3. En 1981, à cause de difficultés techniques, et de la guerre Iran-Irak et de la présence des pechmergas kurdes, toute activité cessa dans les champs éloignés du Kurdistan pour se concentrer dans la région plus facile à protéger de Kirkouk.

Pendant quinze ans, les gisements de pétrole du Kurdistan furent laissés à l’abandon, et les Kurdes furent chassés de la ville et de la province de Kirkouk dans le cadre d’une campagne systématique d’arabisation. En 2003, quand Saddam Hussein fut renversé, il n’y avait que 40 Kurdes à la compagnie pétrolière de Kirkouk.

L’activité reprit après la mise en place d’une administration kurde en 1992. Soumis par Bagdad à un embargo sur les carburants, les Kurdes commencèrent à exploiter deux puits à Taq Tas. A partir de 1994, le puits 2 a produit du brut lourd utilisé par l’usine de ciment de Souleimania. Et le puits 1 a finalement été inauguré par Kosrat Rassoul, chef du gouvernement kurde de l’UPK, le 17 mai 1996. Il produit 3.000 barils par jour (b/d), traités dans une mini raffinerie construite à Souleimania avec les pièces détachées d’une usine de sucre.

pétrole kurdeOn ne sait pas exactement quand Taq Taq a fait son entrée dans l’ère industrielle. Est-ce que Jelal Talabani, en sa capacité de secrétaire général de l’UPK, a négocié un accord avec Genel Enerji, une société turque, le 20 janvier 2004, quelques semaines après la capture de Saddam Hussein, comme le veut l’histoire officielle. Ou cet accord a-t-il été signé en juillet 2002, plusieurs mois avant l’opération américaine en Irak, comme le prétendent plusieurs sources, à une époque où la région kurde n’avait pas encore de statut officiel ? En tout cas, toutes les sources concordent, ce fut un accord politique – particulièrement généreux – qui avait un objectif très clair : séduire les Turcs et leur faire accepter l’idée que les Kurdes pouvaient produire du pétrole et l’exporter à travers la Turquie.

Genel Enerji représente en fait un conglomérat turc, Cukurova Holding, sans expérience dans le domaine pétrolier. En juillet 2005, il s’est associé à Addax International, une compagnie pétrolière suisse-canadienne, et forma TTOPCO (Taq Taq Operating Company). Depuis six puits ont été forés avec succès, produisant chacun de 16.000 à 37.000 barils/jour (b/d). De nouveaux puits devraient être forés pendant le second semestre 2008 après l’arrivée d’un nouveau rig plus moderne. La production devrait atteindre les 100.000 barils/jour, ce qui permettrait aux Kurdes d’exporter leur pétrole. « Nous nous sommes associés à une compagnie turque », dit l’ingénieur Hoshyar Nouri Abbas, directeur du site de Taq Taq, « pour trouver la clé ».

Les succès de DNO

A l’autre extrémité du Kurdistan, près de Zakho, dans le Badinan, une région traditionnellement contrôlée par le PDK, le deuxième principal parti politique du Kurdistan, DNO, une compagnie pétrolière norvégienne, est aussi sur le point de produire du pétrole. Après avoir signé un contrat avec le gouvernement kurde d’Erbil en 2004, elle a trouvé du pétrole avec son premier puits d’exploration, Tawke 1, qui a une capacité de production de 5.000 barils/jour. DNO a foré cinq autre puits avec succès, et prévoit de produire 50.000 b/j dès qu’elle pourra exporter son pétrole. Un pipe-line d’une capacité de 50.000 b/j a été construit entre Tawke et le pipe-line Kirkouk-Ceyhan. Et, selon des informations non confirmées, un convoi de camions citernes transporte déjà du brut en Turquie (chaque camion transportant 200 barils, 5.000 barils sont transportés par rotation quotidienne de 25 camions citernes).

D’autres compagnies sont en train de procéder à des prospections sismiques, et s’apprêtent à faire des forages d’exploration, mais, à la différence de Genel Enerji ou de DNO, elles procèdent avec lenteur. « Nous ferons la sismique et nous allons forer quelques puits », déclare un dirigeant d’une de ces compagnies indépendantes de taille moyenne qui souhaite rester anonyme. « Notre contrat dit que chaque phase va durer deux à trois ans. Nous allons procéder lentement. Dans cinq ou six ans, espérons-nous, le problème entre les Kurdes et Bagdad sera résolu. Tout le monde a besoin de ce pétrole, y compris Bagdad ».

Le conflit entre Bagdad et les Kurdes a bloqué l’adoption d’une loi pétrolière par le Parlement irakien, où les Kurdes contrôlent un bloc de 55 députés. Fondamentalement, les Kurdes veulent avoir le droit de signer des contrats pour l’exploration et l’exploitation de leurs nouveaux gisements (laissant les anciens gisements au gouvernement central), tandis que Bagdad veut contrôler tous les développements et superviser tous les nouveaux contrats.

« L’histoire ancienne montre de façon évidente que Bagdad ne développera pas le pétrole au Kurdistan », dit un expert pétrolier européen, ajoutant « si les Kurdes veulent développer l’industrie pétrolière dans leur région, il faut qu’ils prennent l’initiative ». « Si les Kurdes attendent que Bagdad développe les gisements du Kurdistan, ils peuvent attendre jusqu’à ce que mes petits enfants soient aux affaires », ajoute un autre représentant d’une compagnie pétrolière indépendante.

Les Kurdes ont un intérêt plus immédiat à signer les contrats avec les compagnies pétrolières. « Il y a beaucoup de « bonus », dit un expert connaissant intimement les arcanes de l’industrie. « Les compagnies allouent des fonds pour la formation professionnelle des employés et la préservation de l’environnement… Cela crée des emplois pour le personnel local ». Il y a d’autres « plus » sur lesquels il ne s’étend pas. Les Kurdes apprennent vite, comme le montre la récente conclusion d’accords avec les Coréens portant sur des milliards de dollars de projets d’infrastructure au Kurdistan.

Une loi pétrolière problématique

Ashti HawramiCes divergences expliquent pourquoi l’Irak est toujours sans une loi pétrolière dont la discussion a commencé entre experts et politiciens il y a deux ans. « Nous avons commencé à discuter un projet de loi pétrolière en mai 2006 », se rappelle Ashti Hawrami, le ministre du pétrole du Gouvernement régional du Kurdistan et la « bête noire » de Hussein al Sharistani, le ministre irakien du pétrole. Un premier projet a été rédigé, qui était, selon Ashti Hawrami, « conforme au régime précédent… Nous soupçonnons même qu’il a été rédigé avant la chute de Saddam Hussein ». Il a été examiné par une commission fédérale du pétrole et du gaz de onze membres crée par le Premier ministre Nouri al Maliki, et le 15 janvier 2007, il a été annoncé qu’un texte final avait été mis au point et envoyé au Parlement irakien. « J’ai eu une copie du texte. On disait que nous étions « d’accord », mais il était totalement inacceptable », dit Ashti Hawrami. Il fallut six semaines pour renégocier un nouveau texte, qui a été finalisé le 26 février 2007 et approuvé par le gouvernement. Mais les Kurdes n’approuvaient pas tous les points. Ils insistaient sur le fait que la loi devrait préciser le rôle de la Compagnie pétrolière nationale irakienne (INOC) et identifier les gisements placés sous sa supervision. Les Kurdes voulaient également que la loi sur le partage des revenus pétroliers soit plus claire.

La loi sur l’INOC a été rédigée par une commission composée de fonctionnaires du ministère du pétrole qui estiment que les compagnies pétrolières étrangères viennent en Irak « pour voler le pétrole irakien », et ne veulent pas entendre parler d’accords de partage de production (PSA). Ils ont décidé que la plupart des gisements – en fait, 93% des réserves – seraient alloués à l’INOC. « Si vous allouez 93% à l’INOC, qu’est-ce que vous me donnez », demande Ashti Hawrami, « dans ce cas il n’y a plus besoin d’une loi sur le pétrole et le gaz, c’est totalement inacceptable ».

Ashti Hawrami a discuté pendant deux semaines avec le Premier ministre Nouri al Maliki la question du partage des revenus. Fin juin 2007, il a été convenu que tous les revenus, y compris les revenus de la région kurde, iraient dans un seul compte, et que le gouvernement central prendrait sa part pour les « dépenses dites de souveraineté », y compris les dépenses pour les affaires étrangères et la défense, approuvées chaque année avec le budget par le parlement. La région kurde obtiendrait sa part – 17% -- le reste étant administré par le gouvernement central, et allant aux autres régions de l’Irak si une république fédérale est mise en place, et si d’autres régions sont créées.

Survint un nouvel avatar. Le projet de loi pétrolière a été envoyé à un comité de « shura » composé d’experts du ministère de la justice qui ont décidé que la loi devrait être conforme à d’éventuels amendements de la constitution, et qui ont modifié le projet de loi. Plusieurs pages ont été supprimées du projet de loi. « Nous en sommes là », dit Ashti Hawrami, « les droits de la région kurde ont été supprimés, et la loi sur l’INOC est toujours en discussion ».

« Nous avons fait un compromis », ajoute le ministre du pétrole du Kurdistan, « en acceptant la création d’un conseil du gaz et du pétrole passant en revue nos contrats. Mais nous voulons une loi qui respecte la constitution irakienne. L’article 112 est très clair. Nous sommes partenaires avec les autorités fédérales, nous ne sommes pas des citoyens de seconde classe. Les décisions ne sont pas prises à Bagdad. Si un gisement se trouve au Kurdistan – si c’est un nouveau gisement – nous signons le contrat. Si c’est un ancien gisement, qui est peut-être alloué à l’INOC, nous sommes partenaires dans sa gestion ».

Deux ans après les premières discussions sur la loi pétrolière, il n’y a toujours pas d’accord sur le texte de projet de loi à soumettre au Parlement irakien. En février 2008, une nouvelle crise a éclaté entre Bagdad et le gouvernement régional kurde. Tout d’abord, Bagdad voulait allouer seulement 13% du budget aux Kurdes. Ensuite il accepta de verser 17% comme convenu auparavant, mais il contesta le nombre des pechmergas (combattants kurdes) dont les salaires et les pensions doivent être pris en charge par le gouvernement central – les Kurdes citant le chiffre de 90.000 pechmergas, tandis que Bagdad dit que leur nombre ne devrait pas dépasser 30.000.

Il semble que de part et d’autre on ait renoncé à se mettre d’accord sur une loi pétrolière, et le gouvernement régional du Kurdistan (GRK) signe de nouveaux contrats avec de petites compagnies pétrolières indépendantes, tandis que Bagdad a entamé les négociations avec certains des majors pour le développement des gisements du sud.

« Nous voulons produire un million de barils/jour d’ici 5 ans », déclare Ashti Hawrami. « Nous voulons aussi être auto suffisants en termes de raffinage ». Est-ce que cela veut dire que la région du Kurdistan sera bientôt comme un Emirat du Golfe ? « Avec un million de barils/jour pour une population de 4 millions de Kurdes, le Kurdistan sera plutôt un autre Dubai, et pas un nouvel Abou Dhabi », dit le dirigeant d’une compagnie pétrolière sur le point de commencer à produire au Kurdistan.

The Middle East magazine, mai 2008










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