CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

www.Chris-Kutschera.com


A la découverte de la Colombie

Sommaire

AFRIQUE

AMERIQUE

ASIE

EUROPE

FRANCE

KURDISTAN

MOYEN-ORIENT

ARCHIVES PHOTOS

Banque Photos

Galerie Photos

 

Qazi Mohammed, Kurdistan Iran

 

Persepolis

Iran

 

jardin privé, Paris 20eme

Paris

 

La foule des chercheurs d'émeraudes

Muzo, Colombie

Guide litt

Defi Kurde

 

EgliseA quelques kilomètres de Muzo -- à des journées et des journées de cheval, avant la construction d’une piste tout juste carossable, il y a une dizaine d’années -- et dans un autre monde, aujourd’hui, après deux heures de jeep, après s’être enfoncé dans les nuages et avoir franchi la cordillère, on pénètre dans la province de Boyaca et voit soudain apparaître un prêtre sur le parvis de la cathédrale de Villa de Leyva qui espére peut-être découvrir sur l’immense place qui s’étend devant lui quelques fidèles attardés arrivant enfin pour les vêpres, mais en vain. Personne ne traverse cette place assez grande pour que l’escorte du vice-roi puisse y parader à cheval, en 1572... Aujourd’hui, seules quelques petites filles jouent dans la fontaine, vide, qui se dresse encore au centre de la place, et à la “cantina” du coin le plus éloigné de la place quelques indiens boivent de la bière à même la bouteille, à côté de leurs bourricots.

Les crimes et les rapines des conquistadores sont oubliés depuis longtemps -- on a aussi oublié qu’ils ont presque tous fini misérablement, s’entre-tuant, ou pourrissant dans une prison. Mais à la différence des chercheurs d’émeraudes de la Colombie d’aujourd’hui, les conquistadores ne pensaient pas qu’à faire fortune: ils travaillaient aussi pour la gloire -- et pour Dieu. Vue des toitsTémoins ces villes qu’ils ont fondées dans toute la Colombie: Tunja, résidence des vices-rois, Villa de Leyva et Mongui, dans le Boyaca, Popayan, dans le Cauca, et Cartagena de Indias, dans le Bolivar, et qui aujourd’hui encore, à la différence de Cali et de Bogota, depuis longtemps ravagées par le cancer de l’explosion urbaine, étalent une splendeur presque intacte.

L'extraordinaire Villa de Leyva

De toutes ces villes, la plus émouvante, par son admirable simplicité, est sans conteste Villa de Leyva, extraordinaire pour un Grand d’Espagne qui se croyait sans doute encore en Andalousie, et a su créer, autour d’une place, l’illusion d’une ville, alors qu’immédiatement derrière ces façades blanches s’étend une montagne aride et autrefois hostile.

Mais la gloire de Dieu, c’est à Popayan que les fils des Conquistadores espagnols ont su la chanter avec la plus grande perfection, dans la minuscule église de l’Ermitage, une petite chapelle de murs peints à la chaux, où brillent avec un éclat d’invraisemblance l’or et l’argent d’un autel et d’un calvaire que la plus riche église de France ne pourrait s’offrir, et dans les églises de l’Incarnation, du Carmen, de Santo Domingo, de San Francisco, de San Agustin, où des artistes espagnols et de l’école de Quito ont poussé à l’extrême le délire baroque et sculpté avec la même frénésie des Christ dont la souffrance est à peine supportable et des angelots innocents.

Indienne avec son enfantCapables de tout, ces Espagnols qui ont conquis l’Amérique ont commis un des plus grands crimes de l’histoire, qu’aucun chef d’oeuvre ne fera jamais oublier: ils ont décimé, sciemment ou non, par l’épée, le travail forcé, ou la maladie, une population indienne dont l’importance, au moment de la Conquête, varie d’un à dix millions selon les estimations, mais qui, un siècle plus tard, ne comportait plus que quelques dizaines d’individus isolés et ayant perdu jusqu’à leur identité: phénomène que l’on évoque aujourd’hui par l’euphémisme de “désastre démographique du XVIeme siècle”...

Encore quelque dizaines de milliers d'Indiens

Il reste encore quelque dizaines de milliers d’Indiens en Colombie, disséminés à travers le pays, réfugiés dans les terres dont personne n’a voulu, comme les terres les plus hautes des Andes, les forêts inaccessibles du sud-est du pays, où dans les régions qui n’ont pas encore suscité les convoitises des Colons, comme la Guajira. La terre... Aujourd’hui encore la terre est le plus grand problème des Arhuacos, qui vivent au nombre de 4.000 à 5.000 sur le versant méridional de la Sierra Nevada de Santa Marta, des Koguis, dont il ne reste plus que quelques centaines, sur le versant septentrional de la même Sierra, et des 20.000 Guahibos des Llanos.  Ce sont des indiens appartenant à un sous groupe des Guahibos, les Cuibas, indiens nomades chassant encore avec des arcs, qui ont été froidement assassinés il y a quelques mois par des ganaderos parce qu’ils avaient tué des vaches de leur hacienda -- sur “leurs” terres diraient les Cuibas.

Et dans la Sierra Nevada de Santa Marta, les Arhuecos ont finalement obtenu du gouvernement qu’aucun étranger à la région ne puisse pénétrer dans les terres indigènes -- ou ce qui en reste -- sans autorisation expresse du ministère de l’intérieur. Pour les Colombiens, il n’y a pas de problème, les Indiens ssont des “bêtes habillées comme nous”, pour reprendre les mots d’une petite fille de Bogota âgée de 12 ans... Et cette opinion doit être assez répandue”, puisque les assassins des Cuibas ont été relaxés par le tribunal qui les a jugés (devant l’émotion suscitée par cette décision, ce jugement a finalement été cassé, et l’affaire doit passer devant un autre tribunal).

Pour certains Indiens, et pour les Arhuacos en particulier, tout n’est pas aussi simple: on les voit accepter sans protester de se faire pratiquement jeteer à la porte des petites épiceries du village “blanc” de Pueblo Bello quand il est manifeste qu’ils n’ont plus d’argent à y dépenser. Et quand ils trottinent dans les rues du village, ivres parfois, et souvent sales, on serait incliné à leur accorder un “air soumis”, et à croire qu’après tout, ils sont persuadés, eux aussi, qu’ils sont à peine des hommes...

Mais il faut les avoir vus “chez eux”, en terre indienne, quelque part entre 1.250 et 3.500 mètres d’altitude dans la Sierra, pour ressentir à quel point ils méprisent les “civilisés”, s’en méfient, et peut-être les haïssent.  Pénétrer dans la “cancura”  (maison communale où les Arhuacos s’adonnent à leurs rites religieux sous l’égide d’un  “Mama”) du petit village de San sebastian est un exploit, et l’hostilité des assistants est patente... “Tous les “civilisés” qui passent ici viennent avec de mauvaises intentions”, explique un Arhuaco dans un parfait espagnol, “ils viennent pour repérer quelles sont les terres qu’ils peuvent encore nous voler, pour piller les tombes de nos ancêtres, et même quelque fois pour nous tuer”. Et d’expliquer comment, “sans parler de l’époque (de la Conquête) où on nous a pris toutes nos terres”, les colons contemporains, s’apercevant que les indiens arrivent à faire fructifier même les terres froides de la Sierra, les chassent de plus en plus vers les terres hautes et peu fertiles: “C’est simple, ils prennent toutes les vallées et nous laissent les sommets”.

Qu’est-ce qu’un Colombien?

C’est probablement la question la plus délicate et la plus difficile que l’on puisse poser dans ce pays. Au départ, tout est simple...

(Reportage commandé par Atlas, non publié, 1976)

(Auto-Moto, Février 1983)

 

 

 

 

 

postmaster@chris-kutschera.com

ENGLISH

 

 

AFRICA-ASIA

EUROPE

KURDISTAN

MIDDLE-EAST

 

 

 

 

construction de plateforme

Pétrole, Ecosse

Gilles Perrault

Gilles Perrault

 

Ecole coranique d'Oum Dubban

Soudan

 

Ruines de saint-Simeon

Saint-Simeon, Syrie

 

couv 40

 

Livre Noir

 
Droits de Reproduction strictement réservés © Chris Kutschera 2012