CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

www.Chris-Kutschera.com


KURDISTAN d'IRAK : Un appel au secours des Chrétiens

Sommaire

AFRIQUE

AMERIQUE

ASIE

EUROPE

FRANCE

KURDISTAN

MOYEN-ORIENT

ARCHIVES PHOTOS

Banque Photos

Galerie Photos

 

Ibrahim Rugova

Ibrahim Rugova

église, Trébizonde

Trébizonde, Turquie

Portrait d'A.R Ghassemlou

A.R. Ghassemlou

 

L'homme noir de Nemo

Nemo, Paris

Livre Noir

Mvt kurde

 

Mvt Holl

 

Chrétiens d'El KoshIls sont peut-être un million en Irak -- et entre 100.000 et 200.000 au Kurdistan, dans le nord du pays, dans cette région où la présence chrétienne remonte à la fin du 4° siècle. Depuis 30 ans leur situation n’a cessé de se détériorer: victimes de la répression qui a suivi le soulèvement du général Barzani en 1962, ils ont doublement souffert, comme Kurdes -- ou habitants du Kurdistan -- et comme chrétiens. Aujourd’hui, le Kurdistan irakien étant “de facto” séparé du reste de l’Irak, les Chrétiens du Kurdistan connaissent les mêmes difficultés économiques que les autres Kurdes, avec, en plus, la difficulté de vivre dans un milieu musulman, et le sentiment d’être abandonné par la hiérarchie. Conséquence: ils émigrent. Cette émigration s’est faite en deux temps: dans un premier temps, les campagnes ont été “vidées” de leur population -- chrétienne ou musulmane -- par l’armée. Et dans un deuxième temps, ce sont les villes qui perdent leur population chrétienne, qui émigre vers Bagdad, et surtout vers l’étranger.

Dans le diocèse de Zakho -- l’un des deux diocèses du Badinan, avec celui d’Amadia -- 30 villages chaldéens et 40 églises ont été rasés: en dehors des villes de Zakho et de Dohok, il ne reste plus que cinq villages! Des églises très anciennes, certaines de plus de 10 siècles, ont été détruites, et d’autres, comme celle de Beidar, à la périphérie de Zakho, sont dans un état lamentable: après avoir été utilisée comme cantonnement par l’armée irakienne jusqu’au printemps 1991, elle sert aujourd’hui ... d’étable.

enfdants devant église de LevoLe village de Sheranesh, à une vingtaine de kilomètres de Zakho, illustre la tragédie de ces familles chrétiennes du Kurdistan: environ 85 familles vivaient dans ce village qui possédait deux églises, dont l’une, vieille de plus de mille ans, était l’une des plus anciennes du Kurdistan. Après le soulèvement de 1962, à cause de l’insécurité, et pour des raisons économiques -- manque de terres, manque d’emplois -- les jeunes partirent s’établir à Zakho, Mossoul et Bagdad. En 1976, après l’effondrement du mouvement du général Barzani, l’armée a chassé les derniers habitants et rasé le village, dans le cadre d’une politique de “terre brûlée”, pour empêcher les “pechmergas” d’y trouver abri et nourriture: aujourd’hui, Sheranesh n’est plus qu’un amoncellement de ruines, et 350 familles issues de ce seul village vivent en Irak ou à l’étranger, dont six familles au Canada, et 420 personnes en Australie.

 Père Petros, ruines de l'église de SheraneshGrace au travail du père Petros Harboli, curé de la paroisse chaldéenne de Sainte-Marie, qui a recueilli des données statistiques très rares dans ce pays, on peut suivre l’évolution de la population chrétienne de Zakho. Zakho a bénéficié dans un premier temps de cette émigration des campagnes vers les villes: la population de sa paroisse est en effet passée de 810 personnes en 1975 à 1.314 personnes en 1976 et à un peu plus de 2.000 personnes en 1984, oscillant ensuite autour de 2.400. Mais en 1991 on assiste à une chute de la population, qui tombe à 1947 personnes -- avec 360 départs à l’étranger. On observe la même évolution dans la paroisse de l’église-cathédrale du père Paulos, où la population est passée de 855 personnes en 1975 à 1.500 en 1987, pour retomber à 1.168 en 1991. Les deux petites paroisses arménienne (174 familles en 1991) et syrienne catholique (32 familles en 1991) ont également vu leurs populations fondre ces dernières années. “Presque tous les Chrétiens ne pensent qu’à aller vivre à l’étranger -- c’est un rêve”, remarque avec tristesse un de leurs leaders.

Beaucoup de ces candidats à l’émigration sont aujourd’hui en transit, en Turquie, où plusieurs centaines d’entre eux vivent dans des conditions lamentables dans un camp, près de la frontière, à quelques kilomètres de Zakho; ou en Jordanie, où ils attendent désespérément le visa qui leur permettra enfin d’aller en Australie, au Canada ou aux Etats-Unis. Ceux qui croupissent -- il n’y a pas d’autre mot -- en Turquie sont des réfugiés arrivés en avril 1991, lors du grand exode, et qui n’ont pas voulu retourner en Irak. En Jordanie, leurs compatriotes vivent, relativement, dans de meilleures conditions: ce sont des Chrétiens qui ont tout vendu après la guerre du Golfe, leur maison, leurs meubles, leur voiture, mais qui n’obtiendront probablement jamais leur visa; peu à peu leurs économies fondent, et ils devront rentrer chez eux en ayant tout perdu.

 Pourquoi cet acharnement à émigrer?

“Tant que Saddam Hussain sera au pouvoir à Bagdad, les gens n’auront pas d’espoir, ils continueront de vouloir émigrer”, dit Georges , dirigeant de la communauté chrétienne de Souleimania. Les Chrétiens du Kurdistan évoquent facilement leurs problèmes avec le gouvernement de Bagdad: “Le gouvernement de Saddam Hussain considérait les Chrétiens comme des Arabes, explique le père Petros Harboli; on devait suivre les lois faites pour les Arabes, et l’on ne bénéficiait pas des avantages accordés aux Kurdes: pendant la guerre, les Kurdes pouvaient choisir d’être incorporés dans l’armée régulière, ou de l’être dans les forces supplétives, qui restaient au Kurdistan: nous, nous étions envoyés d’office à l’armée et au front... Mais si nous étions Arabes, pourquoi détruisaient-ils aussi les villages chrétiens: c’était un sort réservé aux Kurdes!” Cette inégalité s’observait dans tous les domaines: “Les Chrétiens ne pouvaient pas faire tous les métiers, ajoute le père Petros: ce n’était pas interdit, mais en fait”...

Les relations avec les Kurdes musulmans sont également conflictuelles: “Comme chrétiens, nous vivons toujours dans un état d’inégalité”, affirme le père Petros, qui rappelle qu’un chrétien peut devenir musulman, mais que l’inverse n’est pas toléré. Et si une chrétienne épouse un musulman, ses enfants sont automatiquement musulmans. Dans les écoles, on n’enseigne le catéchisme que s’il y a une majorité  d’élèves chrétiens; “s’il y a 49% d’élèves chrétiens, il n’y a pas de catéchisme, souligne le père Petros; mais s’il y a un seul musulman dans une école, le Coran est au programme”.

Chrétiens et Musulmans s’affrontent aussi pour la possession des terres: de nombreux villages chrétiens étaient autrefois exclusivement habités de chrétiens, et il n’y avait pas de problème: tout le monde savait que leurs terres appartenaient aux chrétiens. Mais peu à peu, des Kurdes musulmans sont venus habiter dans ces villages où ils travaillaient comme bergers, cultivateurs; et peu à peu la population musulmane est devenue aussi importante que la population chrétienne... Après le début du soulèvement du général Barzani en 1962, de nombreux Chrétiens ont fui l’insécurité et abandonné leurs villages, et les Musulmans ont commencé à occuper leurs terres. Ce mouvement s’est amplifié en 1970, après la signature de l’accord sur l’autonomie du Kurdistan; et en 1976, après l’effondrement du mouvement du général Barzani. Dans certaines régions où le gouvernement avait installé des familles arabes dans le cadre de sa politique d’arabisation, les villages ont été occupés par des Kurdes musulmans quand les Arabes se sont enfuis devant l’arrivée des troupes alliées en 1991. Et partout les Kurdes musulmans disent: “ces villages nous appartiennent”. Et ils cultivent les terres, que réclament aujourd’hui leurs propriétaires chrétiens vivant à Zakho ou à Bagdad.

Le père Petros Harboli s’est entretenu de ce problème avec les responsables politiques kurdes: soucieux d’avoir de bonnes relations avec les Chrétiens du Kurdistan, ceux-ci ont répondu:”Nous ferons tout notre possible pour vous rendre vos terres, mais il faut que les Chrétiens retournent dans leurs villages”. Le problème, c’est que de nombreuses familles qui ont pris l’habitude de vivre dans de grandes villes ne veulent plus retourner dans les villages: elles veulent récupérer la propriété de leurs terres, mais pas vivre au village. Et les quelques Chrétiens qui ont eu le courage de retourner dans leurs villages vivent dans des conditions matérielles très difficiles: ils campent au milieu des ruines, dans des huttes de branchages, ou sous une tente de toile en plastique, sans moyens pour reconstruire leurs maisons...

Isolés dans un monde musulman avec lequel ils ont des relations conflictuelles, les Chrétiens du Kurdistan sont d’autant plus angoissés qu’ils ont le sentiment d’être totalement abandonnés par la hiérarchie catholique: ”Nous avons un besoin vital de la solidarité de l’Eglise, dit le père Petros. Mais est-ce que le Vatican sait qu’il y a des Chrétiens ici, au Kurdistan? Le Vatican a envoyé en 1991 une délégation à Bagdad, mais est-ce que tous les Chrétiens sont à Bagdad? Qu’ils viennent voir les réfugiés dans les camps. Qu’ils viennent voir les jeunes... L’Eglise n’a pas de rôle positif. Le patriarche de Bagdad fait ce que veut le président de l’Irak; il vit dans son palais, et il ignore la situation des gens qui crèvent de faim sous des tentes: l’ancien patriarche n’est pas venu une seule fois au Kurdistan en 31 ans! Que la hiérarchie catholique -- cette hiérarchie qui commence au Vatican -- mais aussi l’Eglise de France, qu’elles viennent voir les villages, les villes, l’église de Beidar. Nous ne réclamons pas seulement sur le plan matériel. Nous voulons des relations, une visite: on se sent complètement abandonnés. Notre maison s’écroule, au matériel et au spirituel”...

(Croissance, Janvier 1995)

 

 

 

 

 

postmaster@chris-kutschera.com

ENGLISH

 

 

 

AFRICA-ASIA

EUROPE

KURDISTAN

MIDDLE-EAST

 

 

 

 

 

Vue des tours de Shibam au dessus des palmiers

Shibam, Yemen

jeune élégante chinoise

Chine

pilote

Pilote, Erythrée

 

fillette nomade kurde

Nomades Kurdes

couv 40

 

Defi Kurde

 

Guide litt

 
Droits de Reproduction strictement réservés © Chris Kutschera 2012