CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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Le Kurdistan, dernier refuge des Chrétiens d'Irak

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militants assyriens collant des affiches"Les minorités ont besoin de lois. Quand il n’y a pas de lois, elles sont les premières à souffrir", affirme péremptoirement Philippe, un chrétien chaldéen (catholique) de Bagdad qui vient d’arriver avec femme et enfants à Ain Kaoua, la banlieue chrétienne d’Erbil, après avoir liquidé tous ses biens à Bagdad. Philippe travaillait à Bagdad pour une société américaine qui a fermé ses bureaux. Sans travail, se croyant menacé pour avoir "collaboré" avec les Américains, inquiet pour la sécurité de ses enfants adolescents, et en particulier pour sa fille aînée, Philippe a préféré prendre les devants, et se réfugier auprès de sa famille au Kurdistan irakien.

Ils sont des milliers à avoir fait comme Philippe, certains s’arrêtant au Kurdistan irakien, la plupart prenant le chemin de l’Europe ou l’Amérique, via la Syrie. Et l’on peut se demander si la communauté chrétienne d’Irak n’est pas condamnée à disparaître, comme la communauté juive, dont il ne reste pratiquement plus un seul membre en Irak. Et pourtant, aujourd’hui, il y a encore en Irak quelque 650.000 chrétiens, dont 250.000 à 300.000 vivent à Bagdad, 50.000 à Mossoul, et 30.000 au Kurdistan.

Une véritable hémorragie

Mais depuis la chute du régime de Saddam Hussain et la montée en puissance des mouvements islamistes, cette communauté est victime d’une véritable hémorragie. Cela a commencé à Basra, où les chrétiens s’étaient installés relativement récemment, pour ouvrir divers commerces et en particulier des magasins vendant de l’alcool. On comptait quelque 500 familles au début des années 1970. Victimes d’attentats, ils ont tous fui, presque immédiatement après la chute de Saddam Hussain.

marchand d'alcool, DohokCela a continué à Bagdad et à Mossoul, où l’implantation chrétienne est par contre très ancienne, remontant au premier siècle de l’ère chrétienne. Pendant près d’un an, ces chrétiens n’ont pas eu l’impression d’être visés en tant que chrétiens, mais d’être victimes, comme les autres Irakiens, de l’anarchie et de l’insécurité générales.

Mais les incidents graves qui se sont multipliés depuis six mois ont bouleversé les chrétiens qui ne se croyaient pas menacés par les islamistes à Bagdad ou à Mossoul.

En septembre dernier, la maison du père Saba, un prêtre chaldéen de Mossoul, a été mitraillée par des inconnus. Sa faute ? Avoir condamné dans son oraison funèbre les terroristes qui avaient tué deux de ses paroissiens. Le père Saba s’est réfugié à Zakho, au Kurdistan irakien.

Le 8 janvier, le père Charbel, et un novice ont été enlevés à Bagdad, et relâchés au bout de 24 heures.

L'enlèvement de Mgr Casmoussa

Mais c’est l’enlèvement de l’évèque syrien catholique de Mossoul, Mgr Casmoussa, le 17 janvier, qui a semé un vent de panique dans la communauté chrétienne d’Irak. Kidnappé dans sa voiture en pleine ville de Mossoul, Mgr Casmoussa avait été jeté, les yeux bandés et pieds et mains liés, dans le coffre d’une voiture, et emmené dans un repaire des islamistes qui l’ont interrogé sur ses activités, et en particulier sur les relations qu’ils l’accusaient d’avoir avec les Américains. A la fin de cet interrogatoire, un de ses ravisseurs a pris un poignard, et le plaçant sous la gorge de l’évèque, lui a demandé quelles étaient ses dernières volontés. Mgr Casmoussa, a répondu avec le plus grand sang froid : "Que mon sang contribue à rétablir la paix en Irak, et à rapprocher les Irakiens. Je n’ai rien à me reprocher, je n’ai pas trahi mon peuple, je n’ai pas de relations avec les Américains".

Mgr RabanImpressionnés par son calme et ses déclarations, les militants islamistes auraient alors décidé d’épargner leur otage, et de le relâcher, en lui disant : "On ne savait pas que vous étiez aussi important". La campagne internationale pour la libération de Mgr Casmoussa, en particulier auprès de certains dignitaires musulmans en Syrie et au Liban, avait fait son oeuvre. Et aussi, selon certaines sources, le versement d’une rançon -- ce que nient les responsables chrétiens irakiens.

Malgré sa fin heureuse, l’odyssée de l’évèque de Mossoul a été "un véritable choc" pour les chrétiens irakiens, et en particulier pour les chrétiens du Kurdistan. Et Diler, consultant pour une ONG d’Ain Kaoua, résume l’opinion générale en disant : "Avant, les attentats visaient indiscriminément tout le monde -- on avait une crise générale. Mais quand ils enlèvent un évèque, le message est clair : c’est nous, les chrétiens, qui sommes visés".

Philippe, son oncle, fait partie de cette minorité de chrétiens de Bagdad et de Mossoul qui ont décidé de rester en Irak, et de s’installer au Kurdistan, dont beaucoup sont originaires, et où ils ont de la famille qui peut les accueillir, à Dohok, Amadia, Erbil ou Souleimania. Mais la plupart sont convaincus que le Kurdistan irakien connaîtra le sort du reste de l’Irak, et "que ce qui arrive aujourd’hui à Bagdad arrivera demain au Kurdistan". Et ils émigrent.

Tout en le regrettant, Mgr Raban, évèque d’Amadia, qui administre aussi le diocèse d’Erbil depuis le décès de l’évèque titulaire début janvier, affirme qu’on "ne peut rien faire pour arrêter l’émigration. On ne peut pas blamer ces gens : ils en ont assez, ils ont des années et des années sans avenir sous Saddam, et maintenant ils sont confrontés au terrorisme. Ils n’ont pas le choix".

"Mais au Kurdistan, conclut Mgr Raban, la situation est totalement différente: A Bagdad et Mossoul, on a affaire à des partisans du Baas, à des voyous, et à des fanatiques musulmans, tout est mélangé. Ici, les mentalités ne sont pas les mêmes, les dirigeants, les chefs kurdes ne sont pas contre les chrétiens, au contraire, ici les Kurdes construisent leur pays, il y a des salaires, il y a un gouvernement, il y a une autorité".

(Site Internet de RFI, 1 Février 2005)

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