CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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Avoir 20 ans..... en CHINE

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Jeunes Chinois dans un parcPour les étudiants de Pékin en vacances pour un mois à l’occasion du Nouvel An chinois, le parc de Beihai est un véritable Paradis: profitant d’un réchauffement de la température -- il faisait encore -8° il y a quelques jours -- ils se donnent rendez-vous à la terrasse des maisons de thé où ils jouent au mahjong en bavardant, ou flirtent gentiment: mais attention, en Chine, le flirt ne va jamais très loin: à la rigueur, on se tient par la main; les plus audacieux s’enlacent tendrement; mais on ne s’embrasse jamais en public! Malgré tout, ils savourent chaque instant de cette rencontre: si “privilégiés” soient-ils par rapport au reste de la population, les étudiants chinois mènent en effet une vie qui nous paraîtrait terriblement austère!

La vie à l'université

Jeune fille avec téléphone portableChen, Feng, (deux garçons) et Li et Doan (deux filles) terminent tous les quatre leur première année d’études universitaires: amis depuis l’école primaire, ils ont été séparés par les résultats du concours national d’admission à l’université: alors que Chen et Doan ont obtenu 550 points (la note maximale est 600), Feng n’a eu que 500, et la petite Li a frôlé le désastre, n’obtenant que 420 points: résultat, Chen et Doan sont en médecine, Feng dans une école commerciale, et Li, qui voulait étudier la biologie, se retrouve dans un institut de travaux publics!

Garçons et filles vivent, dans des dortoirs séparés évidemment, dans une promiscuité étonnante: une chambrée typique comprend huit lits -- quatre de chaque côté, superposés. Entre les lits, il y a un passage juste assez large pour une grande table, avec des tabourets. Au bout des lits, entre le mur et les lits, un espace très réduit avec des étagères, une par étudiant, sur lesquelles sont rangées cuvettes, gobelets et brosses à dents, et les gamelles pour les repas. Le seul espace privé dont disposent les étudiants, c’est leur lit, recouvert d’un rideau de tulle, qui joue à la fois le rôle de moustiquaire et de “volet”! Une lampe, à l’intérieur de cette cage, leur permet de lire ou écrire, à l’abri des regards de leurs camarades!

Des chambres austères

Jeune éléganteC’est presque aussi austère que la chambrée d’un équipage de sous-marin: “Oui, c’est comme un bateau, remarque Li, mais c’est comme un bateau qui ne bouge pas, qui reste à terre”! Les étudiants ne choisissent pas leurs camarades de chambrée: en cours, chaque étudiant a un numéro, et c’est en fonction de ces numéros qu’ils sont répartis dans les chambrées. La cohabitation est parfois difficile, mais c’est un sujet dont on parle peu... Avec un peu de chance, il n’y a que 7 étudiants dans une chambrée, et le huitième lit sert d’espace de rangement pour les sacs et valises...

Les chambrées sont notées en fonction de leur propreté, sur 10. En bas du bâtiment du dortoir, les notes sont affichées sur un tableau noir: il y a les “fayots”, entre 9 et 10; et les autres, les décontractés, qui ont entre 7 et 8. De toute façon, nettoyer sa chambrée, cela consiste à la balayer, et... à laisser les saletés devant la porte, dans le couloir!

Pendant l’année universitaire, les étudiants sortent peu souvent de leur campus, souvent assez éloigné du centre ville: les cours commencent tôt le matin, et souvent le soir ils doivent travailler en bibliothèque. Et il ne faut pas oublier que tous les étudiants continuent encore aujourd’hui de suivre au moins deux heures de cours d’éducation politique par semaine!

Le plus souvent, les étudiants se rendent visite dans leurs dortoirs: Chen, qui joue de la guitare, est souvent invité chez les filles... Li, qui a une très belle voix, l’accompagne. Mais à 22h30 ou 23 h, cela dépend des dortoirs, garçons et filles doivent rentrer chez eux. Les étudiants organisent aussi des projections de films: l’université prête le local et le matériel de projection; les étudiants doivent se débrouiller pour le film; ils louent des films chinois, et aussi de temps en temps des films étrangers, comme “La Leçon de Piano”... De temps en temps, les étudiants organisent des soirées, dans une salle de cours dont ils enlèvent le mobilier et qu’ils décorent avec des affiches et des photos. Ils installent une sono, et apportent leurs cassettes...

Les chanteurs préférés: Cui Jian, Dou Wei, etc

“Il y a deux ou trois ans, nous préférions les chanteurs de rock de Hong Kong et de Taiwan”, explique Feng; “mais maintenant, nous préférons ceux du continent: ils sont moins commerciaux: les chanteurs de Hong Kong et de Taiwan copient ceux du Japon, qui eux-mêmes copient les Américains... Chez nous, les paroles sont plus profondes, les mélodies sont plus travaillées”. Les chanteurs préférés de Feng et de ses amis sont très jeunes: ils sont tous nés après le début de la révolution culturelle (1966). Ce sont Cui Jian, leur chef de file, et Dou Wei, He Yong et Zhang Chou. Si une cassette d’importation vaut cher (30 Yuans) une cassette locale ne vaut que 8 Yuans; mais la plupart du temps, les étudiants repiquent les cassettes de leurs amis... Les étudiants n’ont pas de lecteurs de CD: seuls quelques rares privilégiés, artistes, professeurs d’université, en ont...

Doan reçoit de ses parents environ 150 Yuans d’argent de poche par mois. Comme tous les étudiants, elle essaie de gagner un peu plus d’argent en faisant des petits boulots, mais c’est particulièrement difficile en Chine: un de ses amis a travaillé chez MacDonald, gagnant royalement 4 Yuans de l’heure; épuisé, il a arrêté au bout d’une semaine.

Doan donne des cours d’anglais et de maths à un lycéen qui habite tout près de son université: elle gagne 9 Yuans de l’heure. Elle rêve de donner des cours de chinois à des étrangers, car c’est beaucoup mieux payé! Une amie de Li, elle, a eu beaucoup de chance: elle a travaillé pendant son mois de vacances dans un café fréquenté par les touristes étrangers; comme elle parle bien l’Anglais, elle a eu un salaire royal, 400 Yuans -- le salaire d’un jeune diplômé d’université dans une grande entreprise!

Chen et ses amis font aussi beaucoup de sport, sur le campus: du foot (les garçons), du ping-pong, et du volley et du basket (équipes mixtes). Le week-end, ils sortent parfois en bande pour aller faire du patin à roulettes dans l’un des stades de roller aménagé depuis peu: en clignant des yeux, on pourrait se croire à Paris ou à Londres. La musique: Madonna, George Michel, la bande originale de “Pretty Woman”... Les tenues? les filles sont en salopette rose ou en jeans, avec des sweat shirts ou des blousons de cuir style Perfecto... ou des veste rouges, couleur qui porte bonheur, quand ce n’est pas en robe blutch noire fendue sur le côté... Les garçons, en chemise cravate, ou en pull, le foulard autour du cou... .

S’ils sont en fonds, ils vont dans un bar de karaoké; mais il faut vraiment être riche, car les consommations coûtent cher... Le Karaoké a un succès énorme en Chine -- “car, dit une étudiante étrangère, cela permet aux Chinois de chanter tous ces mots d’amour qu’ils n’osent pas dire dans la vie”.

À 20 ans, les étudiants chinois ne pensent qu’à ça. Mais il est interdit de faire l’amour à l’université: si les autorités découvrent que deux étudiants ont une liaison, les coupables sont dénoncés devant tous leurs camarades, et le châtiment est sévère: l’exclusion, temporaire, ou même définitive! “C’est la tradition chinoise... C’est normal”, dit Chen... Mais Li, qui passe son temps à dévorer des romans d’amour pur style Arlequin, n’est pas d’accord: “Si je suis très amoureuse d’un garçon, nous rejetterons peut-être toutes ces idées”...

Le mariage traditionnel en perte de vitesse

Il y a déjà une tradition chinoise que presque tous les jeunes ont rejetée: c’est le mariage traditionnel, arrangé par les familles. Presque tous les parents des jeunes qui font leurs études actuellement ont été ainsi mariés par leurs familles -- avec des résultats assez désastreux: mari et femme vivent chacun de leur côté, chacun poursuivant sa carrière, et sortant le soir avec ses amis.... Chen , Feng, Li et Doan, et pratiquement tous les jeunes de leur âge, l’affirment catégoriquement: ils choisiront eux-mêmes leur  femme (ou leur mari) -- un partenaire qu’ils aimeront. Mais la famille reste très puissante: une des amies de Li refuse ainsi d’épouser un garçon de Canton avec lequel on veut la marier. Elle ne l’épousera pas. Par contre, elle est amoureuse d’un garçon plus jeune qu’elle -- mais elle ne l’épousera pas: sa famille est contre: “cela ne se fait pas”... Et quel que soit l’âge -- 17, 18 ou 22... -- les parents “ferment” toujours, dit Li; c’est-à-dire qu’ils exercent un droit de veto décisif -- d’autant plus fort que les jeunes chinois vivent souvent chez leurs parents pendant leurs études -- et même après leur mariage.

On n’embrasse pas un garçon dans la rue, “parce que les grands parents ne le faisaient pas, et les parents ne le faisaient pas: ça ne se fait pas”. Et l’on ne fait pas l’amour sans être marié. Parce que la tradition est contre. Et parce que “aucun homme ne veut entendre ses amis dire qu’il n’a pas été le premier”, comme le dit un jeune avocat qui vient de terminer ses études...  La loi chinoise renforce ces préjugés: elle interdit le concubinage. Et avant le mariage, la jeune fille subit un examen médical: si elle n’est pas vierge, le médecin le dit à son fiancé!

Malgré tout, pas mal de jeunes étudiants bravent ces interdits, mais dans des conditions difficiles: au dortoir, il faut gagner la complicité des 6 ou 7 autres étudiant(e)s qui partagent la chambrée; c’est d’autant plus difficile que la rumeur veut qu’il y ait toujours dans une chambrée un (ou une) espion, surveillant le comportement de ses camarades pour le compte des autorités... Alors, on fait l’amour dans l’appartement des parents, en profitant de leur absence... Et, quand les parents vivent dans une autre province, dans ... les jardins du campus, la nuit!

Les jeunes chinois ne reçoivent aucune éducation sexuelle, et ils ne savent pas ce que c’est que la pilule ou un préservatif. “Quand une fille a envie pour la première fois de coucher avec un garçon, raconte Li, elle achète un livre, un “Manuel d’anatomie et d’hygiène à l’usage des professeurs”, qui décrit les organes sexuels de l’homme et de la femme, et elle le lit en cachette pour s’instruire”. Mais ce livre ne parle pas des méthodes anticonceptionnelles. Alors? “Dans les revues, il y a la “rubrique du docteur”, ajoute Li; les filles écrivent pour demander des renseignements, et le médecin répond, les met sur la voie, dit qu’il faut aller dans une pharmacie...”

Une ignorance totale des méthodes contraceptives

Complètement ignorantes, de nombreuses filles attendent un enfant à 18 ou 19 ans, quand elles couchent pour la première fois avec un garçon. Elles vont alors à l’hôpital, et avortent secrètement, sans en parler à leur famille, pour lesquelles c’est la honte suprême. “Quelquefois, les médecins sont atroces”, dit Li, manifestement plus au courant de ces choses que ses ami(e)s. “Parfois, ils sont très gentils, et donnent des conseils pour que cela ne recommence pas!”

Une fille qui déciderait de garder son enfant ne le pourrait pas: on la fait avorter d’office. “Le gouvernement dit qu’un étudiant n’a pas de travail, et qu’il ne peut pas s’occuper de l’enfant”, explique une femme médecin. Et si une jeune fille réussit à cacher qu’elle est enceinte pendant les trois premiers mois pendant lesquels on peut provoquer l’avortement, on lui fera d’office une césarienne. Et, si l’enfant est viable (à 8 mois)... les infirmières reçoivent la consigne de ne pas le nourrir, pour qu’il meure!

“En Chine, on fait l’amour pour avoir un enfant, pas pour autre chose”, rappelle cette femme médecin. Et pour avoir un enfant, il faut être marié. Les autorités chinoises, qui veulent contenir l’explosion de la population (officiellement, il y a 1,2 milliard de chinois depuis la mi-février), encouragent les Chinois à se marier tard: si on se marie à 23 ans ou après, les jeunes mariés ont droit à 18 jours de congé; mais si on se marie avant 23 ans, on n’a droit qu’à 3 jours. Et les couples n’ont droit qu’à un enfant. C’est la “politique de l’enfant unique”. Ceux qui l’enfreignent paient une lourde amende; elle était de 3 à 4.000 Yuans -- somme énorme, près de 10 mois de salaire. Et elle aurait récemment augmenté. Et ces enfants illégaux sont dépourvus de papiers: ils n’ont pas de nom, et ils ne peuvent pas, théoriquement, aller à l’école! Les femmes qui attendent un deuxième enfant doivent donc avorter, ou subir une césarienne. Et là encore, si l’enfant est viable, les infirmières de la maternité le laissent mourir de faim, surtout si c’est une fille. “C’est atroce, mais c’est le règlement”!

Chen, Feng, Doan et Li n’en sont heureusement pas là. Pour l‘instant, ils rêvent du jour où ils toucheront leur premier salaire, à la sortie de l’université: en Chine, pour l’instant, les diplômés des “bonnes” universités sont assurés d’avoir un emploi à la fin de leurs études. Doan, fille unique, retournera travailler dans sa province natale: ses parents le lui ont demandé instamment; Li aussi retournera vivre auprès de ses parents, de son propre choix... Chen et Feng, eux, rêvent de travailler à Pékin ou à Shanghai. Et le mariage? “J’ai un boy-friend, dit Li; il a deux ans de plus que moi (le bon âge). Mais me marier bientôt? Je ne crois pas: si on se marie, on a un enfant, et plein de responsabilités... cela peut attendre!” Et tous les quatre de se moquer des jeunes chinoises qui ne pensent qu’au mariage et au mari qui leur apportera, dans l’ordre, une maison, un chien et un téléphone portable, bref, le “rêve”!

(VSD, N° 931, 29 Juin 1995; Marie Claire (Espagne), Marzo 1996)

 

 

 

 

 

 

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