CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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FRANCE: Une chasse à courre avec Lafeuille en pays de Loire

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Meute sur terrain couvert de gelée blancheLe meilleur temps pour faire une bonne chasse, c’est quand la terre et l’air ont à peu près la même température -- 8 degrés, c’est la température optimum, avec un vent d’ouest, et un petit peu de pluie.

Par vent d’est, les chiens n’ont aucun odorat.

“C’est très mauvais, le vent d’est. C’est comme à la pêche. Pourquoi? C’est la nature, allez comprendre”.

La nature, Lafeuille, le piqueur de l’équipage de Cheverny, la connaît bien. Il sait que même avec un vent d’ouest, si la neige est là haut, ce n’est pas la peine, il n’y a pas d’odeur. Mais dès qu’elle tombe, la voie s’envole. Vous n’arrivez pas à suivre les chiens. Si la neige est à terre, ça va. Mais s’il y a un nuage de grêle, ça coupe la voie (la voie, c’est l’odeur de la piste du cerf. Si la voie est mauvaise, cela veut dire qu’il n’y a pas d’odeur).

Un cerf approché par la meute dans un étangLafeuille est né en forêt d’Orléans. Son père était garde-chasse dans une chasse au sanglier. “J’ai appris les mœurs des animaux avec mon père”, dit Lafeuille. “À l’âge de 10 ans, je connaissais les ruses des animaux, leur façon de profiter du temps”. La tempête enlève la voie, carrément. Et puis, avec l’eau, c’est infernal, avec les rivières qui débordent, le cerf, il ruse comme il veut.

“Vous voyez, quand la voie est mauvaise, quand j’arrive à la chasse, que je vais attaquer, si la voie est mauvaise, je vois des animaux partout; mais si la voie est bonne, alors là, on n’en voit pas un. On ne sait même pas où sont les animaux. Ils ne bougent pas du tout. Si on attaque un cerf, croyez- moi que rien ne bouge, ça file, les chiens ils n’ont qu’une voie à chasser; mais quand la voie est mauvaise, alors ça ils le savent, ils se promènent, ils se donnent l’un à l’autre aux chiens”.

La curée; les chiens déchirent leur proieLa veille de la chasse, Villette, le garde, va en reconnaissance pour voir où sont les animaux. Il y va le matin, parce que comme ça ils ont la journée devant eux pour se reposer. Tandis que le soir, il y a votre odeur qui reste au bois, ça risque de les intriguer. Parce que le cerf, ça a le nez aussi fin qu’un sanglier, ça sent de loin, de très loin.

Donc la veille au matin, Villette va dans le bois, et il voit à peu près où les animaux vont au “gagnage” -- sortir au gagnage, c’est aller aux plaines, manger du vert. On dit: “Ils vont au gagnage pour viander”. Ils font ça la nuit, et rentrent au petit matin.

Le lendemain matin, le garde retourne faire le bois, avec un chien, le “limier”, qui sert à chercher les “vol ce l’est” (empreinte laissée par le pied du cerf sur le sol). Il ne part pas trop tôt, parce que les animaux ne sont pas encore à la reposée, ils ne sont pas encore rentrés. Alors il attend que le jour se lève pour partir au bois chercher les animaux avant de venir faire son rapport au maître d’équipage au rendez-vous. À quelle heure va-t-il au bois? Un quart d’heure, une demie heure après le jour. Pas plus tôt, parce que s’il y va trop tôt, il risque de “faire vider” les animaux. Les animaux qui vous ont aperçu le matin, ils sont sur pied, et un animal qui est sur pied, pour le trouver, c’est difficile, très difficile.

Les cerfs attendent le jour pour rentrer. A ce moment-là, ils vont se ranger. Ils cherchent un endroit où se reposer, dans le milieu d’une enceinte (une enceinte, c’est un carreau de bois), où ils se sentent en sécurité. Où? Cela dépend du temps. Par temps de pluie, ils se mettent sous les grands chênes, à découvert; et quand il fait beau, ils sont dans les fourrés, ils se cachent dans les branches, dans la fougère..;

Le garde, lui, il faut qu’il sache juger l’animal d’après ses empreintes, ses “vol ce l’est”, et choisir un bon cerf, de préférence un dix-cors. Pendant ce temps-là, le piqueur est au chenil, et il prépare ses chiens. À Cheverny, Lafeuille a une meute de 80 chiens; il prépare aussi les chevaux et le matériel pour aller au rapport, au rendez-vous.

Ce jour-là, le rendez-vous est au château de la Borde, à Vernou. Au rapport, Villette n’avait pas d’animaux: ni cerf, ni biche; il n’avait rien trouvé sur la propriété. Il en avait bien trouvé la veille, mais pendant la nuit il avait fait de la tempête, et le matin, les animaux étaient partis: ils avaient vidé dans une propriété voisine où l’on n’avait pas le droit de chasser...

Mais heureusement, le garde d’une autre propriété, La Gitonnière, avait fait le bois le matin pour voir s’il n’avait pas un cerf à donner pour la chasse; et, bonne coïncidence, il avait un seul cerf, c’était un beau dix-cors, qu’il nous donne sur la plaine, à la rentrée d’un champ de maïs. Alors, on y est allé, toute la cavalerie, tous, à cheval, et il nous a emmenés sur la voie de son cerf rentrant -- un cerf rentrant, c’est un cerf qui va se remiser, se garer. Il nous montre le “vol ce l’est”. Lafeuille a jugé. “Ça, c’est un bon cerf, c’est un dix-cors, c’est chassable, on va essayer d’attaquer ça”.

Lafeuille a mis les chiens à la voie, les chiens ont rapproché -- rapprocher un animal, c’est quand les chiens chassent la voie de l’animal avant sa reposée, c’est la voie de la nuit. Cela faisait pourtant trois heures qu’il avait trouvé la voie, mais les chiens ont rapproché ça comme s’ils chassaient --impeccable. La voie était épatante, avec vent d’ouest. Les chiens ont rapproché sur un kilomètre, mais le cerf, pour aller se reposer, avait fait un “double”: il avait fait un kilomètre, puis il était revenu sur sa voie pour aller se placer à 150 mètres de là. Alors le temps que les chiens rapprochent la voie, il les a entendus, et là, il a pris la fuite. On est revenu avec les chiens. Lafeuille les a remis à la voie, ils l’ont bien chassé, jusqu’à la propriété de Montgiron, pendant trois quarts d’heure.

Et on l’a lancé: lancer le cerf, c’est le faire bondir de sa reposée. C’est Madame de Sigalas qui l’a vu la première, un beau dix-cors, sur la propriété de Montgiron. À ce moment-là il a sauté la route de Veilleins à Vernou, et il est redescendu à son enceinte d’attaque, il est repassé exactement dans la voie où Lafeuille avait mis les chiens... une heure et demie auparavant. Il est repassé exactement à l’endroit où il avait passé la nuit dans le champ de maïs.

“À ce moment-là, raconte Lafeuille, il a réfléchi, il a pris son parti: il n’a compté que sur sa force. Il a pris la direction de la propriété de la Borde, où nous avions rendez-vous. Je me suis dit: “ça y est, il va rentrer dans les étangs, je vais être embêté, je vais avoir tout un méli-mélo à défaire... Mais pas du tout! Il faisait toutes les levées d’étangs, l’eau ne lui plaisait pas, il ne rentrait pas dedans. Pourquoi? Je ne sais pas. Il avait décrété: “Je ne veux pas me défendre avec la flotte”; il ne rusait pas, il comptait sur sa force.  Il avait pris un parti, et il s’en allait. Il a fait tous les étangs de la Borde. Vu la grandeur de ses bois, les branches le gênaient, alors il prenait carrément les allées. Il a été presque jusqu’au château, et puis il a traversé la route de Courmemin à Vernou”.

De là, le cerf a emmené les chiens le long de la route de Bauzy à Vernou, et juste avant d’arriver à Bauzy , il a traversé la route et une petite rivière, la Bonneure. “Il a remonté le courant, il est passé derrière le village, à la scierie, et là, il a dit: “Maintenant, moi, les gars, je m’en vais”. Alors là, il a regagné trente minutes. Il était solide”. Il est remonté sur Dhuizon, il a traversé la route de Neuvy à Dhuizon, et il a gagné la forêt de Boulogne. Là, il a commencé à ruser, il a fait quelques doubles, il a blagué, il a été passer aux étangs, il s’est trempé les pieds dans l’eau: il commençait à sentir qu’il avait de la fatigue. Puis il a dit: “Ca suit toujours, alors je m’en vais”, et il est remonté sur la Ferté Saint Cyr.

À ce moment-là les chiens avaient quarante kilomètres dans les pattes -- et les chevaux aussi! D’ailleurs il n’y avait plus que quatre ou cinq cavaliers, tout le monde était descendu, sauf Mr de Sigalas, Lafeuille et deux ou trois autres cavaliers. Le cerf a monté jusqu’à la route de Thoury, il l’a longée pour aller vers l’ouest, direction Chambord, puis il a traversé la route de Thoury, et il a pris celle des Coudraies.

“À ce moment-là, dit Lafeuille, Mr de Sigalas et moi on était perdu au milieu d’une enceinte, dans les épines, quand on a entendu les chiens: c’était les abois! On a vite fait demi-tour, et je suis arrivé à temps pour servir le cerf. On avait fait une chasse formidable -- entre soixante et soixante-dix kilomètres de chasse, dans le terrain lourd de la Sologne. On avait attaqué le cerf à midi, et on le prenait à cinq heures et demie: une chasse sensationnelle”.

Mais souvent, l’animal cherche à ruser: il fait des étoiles, il fait deux cents mètres, il revient, il fait sa double, il repart, sur deux cents mètres, il revient, il s’en va là-bas, il revient, il trouve une rivière, il va la descendre sur un kilomètre ou deux, il va sortir de l’eau, il va longer la rivière sur deux cents mètres, il va re-rentrer dans l’eau. Alors, sur l’eau, quand il y a du courant, ça emporte la voie, les chiens, ils ne sentent rien. Ses ruses, c’est ça; ou alors, il se met dans l’eau, et on n’y voit que le bout du nez, et il ne bouge plus, il n’y a aucun sentiment -- le sentiment, c’est son odeur de mâle.

L’autre jour, il y en a un qui s’était mis dans la Bonneure, il était le long de la berge, il nageait sur place, pratiquement; il s’était accroché dans les ronces, et il ne bougeait plus, il se tenait contre le courant, et les chiens sont tous passés dessus, tout autour, quarante chiens, et pas un ne l’avait éventé. Si je ne l’avais pas vu, c’est un cerf qui nous aurait roulés.

D’autres fois, ils se mettent au milieu d’une enceinte; comment il se met? “Il se rase, normalement, il se met le nez, pour couper son souffle, il se met le nez dans les feuilles, et ramassé sur le ventre, pour ne pas faire sentir ses suites (ses parties, ses glandes mâles) il est là, sur lui; vous voyez, et il ne bouge pas;  il ne bouge pas, même dans un découvert. Une fois, il y en avait un qui s’était mis comme ça, sur le ventre. Vingt cavaliers avaient discuté à sept ou huit mètres de lui,sans le voir, sans avoir vu ses bois. Il était couché sur lui, carrément couché, c’était incroyable, il faut vraiment tomber l’œil dessus. J’étais passé avec les chiens, aucun ne l’avait senti, il n’avait plus d’odeur, c’était terminé. Il avait été aux étangs, il s’était lavé, il avait bricolé, il avait fait des doubles; il a repassé sur sa voie, parce qu’il avait été là deux heures auparavant: il avait trompé les chiens, parce  que les chiens, quand il y a une voie qui a une odeur de chien, ils savent que ça a déjà été chassé, ça les agace...

“C’est ça la beauté de la chasse, conclut Lafeuille, le cerf, il a sa défense. C’est ça qui est beau, c’est ça que j’adore”.

(MERIAN, Tal der Loire, 1979)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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