CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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IRAK: Le rôle des Kurdes dans l'offensive US

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Jeunes pechmergas du PDKAprès l’échec des négociations de Washington avec Ankara, le Kurdistan libre de Massoud Barzani et Jelal Talabani peut jouer un rôle majeur pour l’ouverture d’un second front contre Bagdad -- depuis le nord -- et contribuer ainsi de façon décisive à une victoire des forces américaines et britanniques.

Ce territoire kurde libéré de 45.000 km2 constitue en effet une formidable base arrière -- presque trois fois la superficie du Koweit -- pouvant accueillir des troupes américaines et britanniques dans des conditions de sécurité satisfaisantes, et dans un environnement climatique beaucoup plus favorable que le climat torride du Koweit. Mais surtout le Kurdistan est beaucoup plus proche de Bagdad -- à une heure et demie seulement de route de Kalar et Kifri, dernières agglomérations situées en zone contrôlée par l’UPK. Et à quelques dizaines de kilomètres seulement, et par de très bonnes routes, des villes stratégiques de Mossoul et Kirkouk.

Trois pistes

maquette du KurdistanCertes, le Kurdistan est enclavé, et depuis le refus d’Ankara de laisser les troupes américaines utiliser le territoire turc, il n’est accessible que par voie aérienne. Ses infrastructures sont limitées, mais il y a néanmoins trois pistes d’environ 3.000 mètres de long à Bamarné, à côté de Dohok, à Harir, au nord d’Erbil (en zone PDK), et à Bakrajo, près de Souleimania (en zone UPK), qui peuvent accueillir des hélicoptères et des avions transportant véhicules et armes. En début de semaine, 300 hommes des forces spéciales américaines avaient déjà débarqué sur la piste de Bakrajo. Et il suffira de quelques jours pour acheminer plusieurs milliers d’hommes et leur équipement.

Quel rôle militaire peuvent jouer les "pechmergas", les maquisards kurdes? Depuis le début de la crise irakienne, certains analystes minimisent le rôle des combattants kurdes, affirmant qu’on ne peut en aucune façon les comparer aux milices de l’Alliance du Nord de l’Afghanistan. C’est ignorer la redoutable aptitude au combat de guérilla de pechmergas qui ont fait leurs preuves contre une des meilleures armées arabes. C’est surtout ignorer l’histoire: depuis 1958, les combattants kurdes n’ont cessé de faire tomber les gouvernements de Bagdad -- et ils ont forcé Saddam Hussain, en 1970, à reconnaître solennellement l’autonomie du Kurdistan.

Pechmergas a l'entrainementCertes la pugnacité des pechmergas a été fortement altérée par l’emploi des armes chimiques par les forces irakiennes, à Halabja (16 mars 1988), et pendant de nombreuses opérations moins médiatisées tout au long de l’année 1988. Terrorisés par les gaz, les Kurdes vivent dans la psychose des armes chimiques. Le pechmerga, ce combattant qui avec son vieux Brno, un fusil de fabrication tchéque, valait un char, détale aujourd’hui comme un lapin dès qu’il voit un champignon de fumée jaunâtre. Mais, sachant que les Américains ont la maîtrise du ciel, et qu’ils menacent de représailles massives les forces irakiennes si elles emploient des armes chimiques, ce même pechmerga retrouvera toute sa pugnacité, surtout si les Américains amènent avec eux un minimum de protection contre les armes chimiques..

Un armement léger

Les effectifs? Le PDK dispose d’environ 60.000 pechmergas, l’UPK en a un peu moins. Leur armement est celui de toutes les guérillas: la kalachnikov, le RPG (lance grenades), la douchka (une vieille mitrailleuse de DCA de 12,7 mm, de fabrication soviétique comme presque tout l’armement des Kurdes), le BKC, un fusil-mitrailleur, quelques pièces d’artillerie, les mortiers (82mm), et quelques unités de mini-katyouchas. Le PDK et l’UPK disposent de quelques missiles SAM-7, pour la plupart probablement hors d’état de fonctionner.

Le pechmerga classique est un paysan qui a rejoint les rangs de la résistance kurde et qui a fait sa formation sur le tas. Ses qualités essentielles sont le courage, une endurance physique à toute épreuve, et la connaissance du terrain. Depuis la libération des trois quarts du Kurdistan en 1991 et la mise en place d’institutions kurdes autonomes, de nouveaux types de pechmergas encore plus redoutables ont fait leur apparition: L’école des forces spéciales de Zawita, près de Dohok, est une institution unique qui réalise la synthèse de la formation des écoles militaires classiques de l’armée irakienne et de l’expertise acquise sur le terrain de la guérilla par les combattants du PKK. Certains chefs de bataillon de ces forces spéciales sont d’anciens combattants du PKK. D’autres sont d’anciens officiers supérieurs de l’armée irakienne, donc anciens membres du parti Baas. Aujourd’hui ils enseignent aux recrues de l’école spéciale de Zawita la tactique, la topographie, le combat de nuit, le réglage d’un tir de barrage d’artillerie, les méthodes de protection contre les armes chimiques et biologiques. Les anciens du PKK enseignent l’art du camouflage et toutes ces techniques de la guérilla que le PKK sait utiliser à merveille, faisant l’admiration de ses adversaires du PDK. Composée uniquement de volontaires s’engageant pour une période de trois ans et demi, cette force spéciale comprend déjà plusieurs bataillons de 500 à 600 hommes issus de l’école de Zawita. Parallèlement à cette école militaire spéciale, le PDK a créé des unités de commandos, placés sous le commandement de Wajji Barzani, un des frères de Massoud Barzani.

Par ailleurs, le gouvernement d’Erbil a créé à Zakho une Ecole Militaire classique, dirigée par le général Shehab Ahmed, lui aussi un ancien officier supérieur de l’armée irakienne, et un ancien baasiste. Fonctionnant sur le modèle des écoles militaires classiques, cette "académie militaire" de Zakho forme des promotions d’une centaine d’officiers qui obtiennent en deux ans le grade de sous-lieutenants... en suivant rigoureusement le programme des écoles militaires irakiennes, destinés à encadrer l’ébauche d’armée régulière kurde. A Souleimania, l’UPK de Jelal Talabani a fait de même, créant son académie militaire et ses unités de commandos.

Si les Américains décident de créer un second front à partir du Kurdistan, les pechmergas pourront donc jouer un rôle très important. Tout d’abord dans le domaine du renseignement. Depuis des années, les dirigeants kurdes ont noué des relations avec les généraux et les colonels du 1er corps d’armée basé à Kirkouk, et avec ceux du 5e corps, basé à Mossoul. Et, plusieurs centaines de milliers de Kurdes vivant encore dans la partie du Kurdistan contrôlée par le gouvernement -- et à Bagdad -- le PDK et l’UPK sont bien placés pour disposer de renseignements sur le moral des unités irakiennes, sur les mouvements des forces irakiennes, sur l’emplacement des champs de mines, et éventuellement sur la position de batteries de missiles Scud et autres armes prohibées.

Kirkouk et Mossoul

Mais c’est le jour où les Américains décideront de prendre Kirkouk et Mossoul que ces combattants des forces spéciales kurdes joueront un rôle très important: entraînés pour le combat en montagne et en zone urbaine, les commandos de Wajji Barzani, en particulier, sont aptes à s’infiltrer derrière les lignes de l’ennemi, attaquer ses lignes de communications et réaliser des opérations de sabotage (couper l’eau, l’électricité) pendant que celui-ci fait face à une attaque frontale.

Servant d’éclaireurs à des unités des forces spéciales américaines et britanniques, progressant sous la protection de l’aviation de la coalition, les Kurdes pourraient permettre à des unités alliées relativement légères mais équipées d’armes sophistiquées (missiles anti-chars et anti-aériens) de s’emparer de ces positions stratégiques: en 1991, les Kurdes avaient réussi à s’emparer de la plus grande partie de la ville de Kirkouk, et ils n’ont dû l’abandonner qu’après l’intervention de l’artillerie lourde irakienne, et surtout, des hélicoptères de l’aviation irakienne. Ils s’étaient auparavant emparés d’un important matériel militaire -- avions, blindés, artillerie -- que faute d’entraînement, ils n’avaient su utiliser et avaient dû se résoudre à détruire...

Bagdad, la capitale, est, plus encore que Kirkouk et Mossoul, l’objectif dont les kurdes souhaitent s’emparer. "Avec une couverture aérienne et un soutien d’artillerie, nous pouvons prendre Bagdad", affirme Kosrat Rassoul, ancien premier ministre et chef militaire de l’UPK à Souleimania. Même s’ils ne sont finalement que des forces supplétives, les Kurdes, nombreux à parler l’arabe, pourraient jouer un rôle très important pour prendre la ville et assurer le maintien de l’ordre dans une capitale enfin "libérée". Les jours qui viennent amèneront peut-être Américains et Britanniques à devoir jouer la carte kurde malgré les dernières pressions turques.

(Le Monde, 31 mars 2.003)

 

 

 

                     

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