CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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IRAN: Bani Sadr, Les Réseaux de la Terreur

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Portrait de Bani SadrQ: Que révélez vous sur les activités du régime iranien contre les opposants à l’étranger? Pourquoi cette colère de Téhéran?

Bani Sadr: Les informations, les faits, en eux mêmes, ne disent rien si on n’explique pas les rapports qui les unissent, si on ne démonte pas leur structure, avec une vue d’ensemble parlante. C’est ce que j’ai fait: j’ai révélé la structure terroriste de l’Etat iranien. J’ai montré qu’il y a 17 organisations, réparties dans différents ministères, chargées du terrorisme. J’ai pu dire au procureur, à Berlin: “Voici les réseaux, voici leurs fonctions, voilà leurs responsables, avec les noms”. Chaque information, chaque fait, a alors trouvé sa place dans ce cadre. Comme me l’a dit le procureur, “Maintenant, les choses sont claires”!

Et surtout, j’ai expliqué que dans le cadre du système religieux iranien, de la doctrine du “Vilayat Fakih”, condamner quelqu’un à mort, c’est le monopole du “Guide”. Personne d’autre ne peut le faire: ni un moulla, ni un ministre. Idéologiquement, il n’est pas possible de faire tuer quelqu’un sans un verdict, sans un ordre religieux venant du “Guide” lui-même (l’ayatollah Khamenei); cela ne peut pas être une décision politique. Le régime iranien ne peut pas me démentir; et s’ils disent que j’insulte Khamenei, cela revient à avouer que ces assassinats ne sont pas justifiés religieusement.

Q: Vous accusez les plus hauts dirigeants iraniens d’être directement responsables de la décision d’assassiner tel ou tel opposant. On a pourtant du mal à croire que le Guide et le Président ne délèguent pas cette tâche à des subordonnés, à leurs ministres? Sont-ils vraiment personnellement impliqués?

Un conseil spécial secret

Rafsanjani et KhameneiBani Sadr: Absolument. En 1987, le président Rafsanjani a donné l’ordre de former un conseil spécial pour les affaires très importantes qui devaient rester secrètes, et ne pouvaient pas, en particulier, être abordées devant le majlis (parlement): les relations secrètes avec les pays étrangers, les achats d’armes, la chasse aux opposants. Ce conseil comprend Khamenei, Rafsanjani, Velayati (ministre des affaires étrangères), Becharati (ministre de l’intérieur), Fallahian (ministre des services de renseignements), Mohsen Rezai (commandant des pasdars, les gardiens de la révolution), Reyshari, ancien ministre des renseignements, qui dirige le bureau spécial de Khamenei, et Hijazi, responsable des renseignements au bureau de Khamenei. Et les ministres ou hauts-fonctionnaires directement concernés par le sujet abordé...

Q: Et c’est vraiment Khamenei et ce conseil spécial qui ont décidé l’assassinat de Said Charafkandi (secrétaire général du Parti Démocratique du Kurdistan Iranien (PDKI) à Berlin, au restaurant Mykonos, le 17 septembre 1992. Ces oeuvres de basse police ne sont pas laissées à quelqu’un comme Fallahian?

Rafsanjani à la prière du vendrediBani Sadr: Fallahian est un adepte du système. Il ne peut pas décider de la vie de quelqu’un sans être sûr que cet acte est permis religieusement, et qu’il a un intérêt politique.

Q: Et cela a été la même chose dans le cas d’Abdoul Rahman Ghassemlou (secrétaire général du PDKI, assassiné, lui, à Vienne le 13 juillet 1989)?

Bani Sadr: Cela a été pareil -- et même plus clair, car les gens qui l’ont tué ont été envoyés par Rafsanjani lui-même.

Q: Pourquoi les dirigeants iraniens font-ils assassiner des opposants kurdes comme Said CharafKandi? Menacent-ils vraiment le régime?

Bani Sadr: Non... Mais les gens qui gouvernent l’Iran ont une idée fixe: les Kurdes dépendent de leur chef... Si on le tue, ils se dispersent, il n’y a plus de problème. Du temps des Qajar, des Pahlavi, c’était déjà la même chose. Les moullas sont les héritiers de ces despotes.

Il y a une autre raison, interne au régime: ce régime se sent menacé; supprimer les opposants à l’étranger, c’est rappeler tout le monde à l’ordre, c’est dire: “Attention, nous pouvons faire à Téhéran ce que nous faisons à Berlin”. Si l’opinion publique commence à bouger, c’est le moyen le plus efficace de faire taire l’opinion: n’espérez pas d’alternative, elle sera supprimée. C’est enfin un moyen de faire peur aux opposants qui restent: quand les dirigeants iraniens ont su que j’allais déposer début juin devant le procureur de Berlin, ils ont fait appeler mon frère à 2 heures du matin pour lui transmettre ce message: “On va le tuer s’il dépose”!

Q: Quelles révélations sur la structure du réseau et sur ses opérations avez vous encore faites?

Bani Sadr: J’ai montré que dans chaque ministère il y a une cellule, un service dont la mission est de faire tout ce qui est nécessaire pour réaliser les opérations: le ministère des télécommunications joue évidemment un rôle important, mettant à la disposition du commando des lignes spéciales, qui sont supprimées après exécution.

La négociation de contrats de fourniture de matériel de télécommunications permet d’infiltrer à l’étranger des agents sous une couverture idéale -- tandis que les commissions occultes alimentent la caisse noire des services spéciaux. C’est ainsi que Kharrazi, qui a dirigé ce ministère, a joué un rôle important dans l’assassinat de Chapour Bakhtiar. Le ministère des affaires étrangères joue aussi un rôle très important: il fournit les vrais faux passeports remis aux agents; et les ambassades servent de base logistique... Tous les ministères participent, à un titre ou à un autre.

Q: Combien de personnes ont été impliquées dans l’assassinat de Said CharafKandi à Berlin?

Bani Sadr: Kazem Darabi (un Iranien) était l’exécutant, agissant de sa base de Berlin, avec le concours de quatre Libanais (Youssef Amine, Abbas Rahil, dont les empreintes ont été retrouvées sur un revolver, Mohammed Atris et Atalla Ayad). Mais le chef de l’équipe était Abdoul Rahman Bani Hachemi, connu aussi sous le pseudonyme de Cherif. Il est venu en Allemagne 10 jours avant l’assassinat, avec un passeport libanais, via la Pologne, et il est retourné en Iran par le Liban. Comme ses deux frères, Abdoul Rahman Bani Hachemi travaille pour la VAVAK (ministère de l’information et de la sécurité du pays).  Parmi les gens de l’ambassade qui ont participé à l’opération, il y a aussi un certain Jafari...

Q: Comment avez vous pu réunir toutes ces informations?

Bani Sadr: Certains de ces renseignements m’ont été transmis par mes propres sources en Iran, identifiées sous le nom collectif de témoin “A”. Deux autres personnes, des individus, ont également déposé, sous le couvert de l’anonymat: ce sont “B” et “C”.

Q: Qui sont ces sources “A”? Vous avez encore des partisans à l‘intérieur du régime quinze ans après votre départ?

Bani Sadr: j’ai toujours des contacts, pas seulement parmi mes partisans. Il y a des gens à l’intérieur du régime qui sont en désaccord avec ses dirigeants: c’est ainsi qu’en 1984, j’ai eu des informations qui venaient de proches de l’ayatollah Montazeri; aujourd’hui, ce sont des proches d’Ahmed Khomeini (le fils de l’Imam Khomeini): ils sont en désaccord avec Khamenei, certains ont été tués, d’autre sont exilés, d’autres vivent encore dans la clandestinité en Iran; ils me font confiance... ils savent que je vais diffuser les informations qu’ils me communiquent, et que je garderai leur anonymat. 

Q: Qui est ce fameux témoin “C” dont la déposition a contribué à faire citer le nom de Khamenei dans le réquisitoire du procureur de Berlin?

Bani Sadr: J’ai promis de ne pas dire son nom... Il aurait dû témoigner ouvertement devant la presse: cela aurait été mieux pour lui, pour sa survie, pour sa famille. Son beau-père est l’hojat al islam Ansari, directeur du bureau de l’Imam (Bait al Imam). Monsieur “C”, lui, a travaillé autrefois avec Ahmed Khomeini. En 1987, quelques mois avant la fin de la guerre avec l’Irak, il est venu me voir en France, envoyé par les autorités de Téhéran pour me persuader de rentrer en Iran. Il était porteur du message suivant: “Revenez en Iran... Dans cette situation difficile, vous pouvez servir l’Iran... On corrigera ce qui a été mal fait”. J’ai refusé. Il est revenu me voir une seconde fois... J’ai refusé à nouveau... Depuis, il a eu des problèmes avec le régime: il s’est cru menacé -- il a eu peur de mourir dans un “accident de camion” -- et il s’est échappé d’Iran en mai 1996, par le Pakistan.

Q: Et qu’a révélé Monsieur “C”?

Bani Sadr: Il sait exactement comment on envoie une équipe pour tuer quelqu’un, comment on choisit les gens, comment le Guide donne la “permission”. Comme il collaborait étroitement avec ces gens là, il connaît tous les détails. Il a expliqué au procureur que lorsque quelqu’un est choisi comme chef de groupe -- Abdoul Rahman Bani Hachemi, dans le cas de l’assassinat de Said Charafkandi -- il reçoit une lettre du Guide, qui justifie son “travail” religieusement et politiquement. Pourquoi un document écrit? Il faut empêcher que n’importe qui puisse donner un tel ordre -- et ce document est conservé dans les archives, comme à l’époque du Chah... Après avoir reçu son ordre de mission, il entre en contact avec les différents ministères -- les Affaires Etrangères, la VAVAK, etc, et il envoie une première équipe qui étudie la situation et les données du problème... avant d’envoyer l’équipe des exécutants.

C’est le témoin “B” qui a dit que le chef de l’équipe était Abdoul Rahman Bani Hachemi; nous avons ensuite fait vérifier cette information par nos sources en Iran... “B” connaît beaucoup de choses, mais il n’est pas libre de déposer: il a encore beaucoup de famille en Iran.

Q: Le président Rafsanjani a dit au cours de son sermon de la prière du vendredi que vous n’étiez pas qualifié pour formuler de telles accusations, étant donné que vous êtes vous-même un terroriste, que vous avez détourné un avion...

Bani Sadr: Le pilote a fui avec moi pour se réfugier en France!

Q: Pourquoi n’avez vous pas fait ces révélations plus tôt?

Bani Sadr: J’ai voulu présenter un document au tribunal qui jugeait à Paris les assassins de Chapour Bakhtiar (en 1994). Mais c’était trop tard. Le tribunal avait clos son enquête. Dès le début, j’ai collaboré avec les Iraniens de Berlin qui suivaient le procès des assassins de CharafKandi. Mais quand j’ai su que Schmidbauer (le responsable allemand des services de renseignements) était allé au Liban pour négocier le Mykonos contre Ron Arad (pilote israélien capturé par le Hizbolla libanais, qui aurait été détenu en Iran) -- c’est à dire l’arrêt des poursuites contre les assassins de CharafKandi contre la libération du pilote israelien -- j’ai décidé que trop, c’était trop, et j‘ai répondu à l’invitation du procureur de Berlin de témoigner devant lui.

Q: Pensez vous que la justice allemande va aller jusqu’au bout?

Bani Sadr: Pour l’instant, il y a une collaboration intime entre les gouvernements de Bonn et de Téhéran. Sinon, comment expliquez vous que le chancelier Kohl écrive une lettre à Rafsanjani? Mais je ne laisserai pas se répéter une entente entre ce régime et les Allemands...

Q: Quelles seront les répercussions à l’intérieur du régime iranien si le procureur va jusqu’au bout, et condamne Khamenei dans son verdit?

Bani Sadr: C’est la fin de l’aile dure du régime. Ils s’imposent par la violence; cela a marché jusqu’à maintenant, mais une fois cette théorie de l’efficacité brisée, il faut la remplacer par autre chose qui permette une évolution rapide du régime.

Il y a déjà beaucoup de problèmes internes: le groupe de Reyshari est le plus menacé par le réquisitoire du procureur de Berlin: au sein du régime, les gens l’accusent. Et ils n’ont pu mobiliser que deux mille Ansar i Hizbola (combattants du Hizbolla) pour manifester devant l’ambassade allemande. Et seul, au début, le journal “Kayhan”, a réagi. Mais “Sobh”, un mensuel proche de Reyshari, a publié un article soulignant que seul le Guide peut émettre un verdict, une condamnation... Le moment de vérité approche. Les bouches vont s’ouvrir à l’intérieur du régime. Comme le Chah, ce régime va réaliser que la violence, le chantage, ne marchent plus, ni à l’intérieur ni à l’extérieur.

(Evènement du Jeudi, 9 janvier 1997, The Middle East magazine, April 1997)

 

 

 

 

 

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