CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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BAHRAIN: Du Mouvement de 1911 au Premier Parlement

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... Dès 1911 les notables bahrainis essaient de limiter l’influence britannique et les pouvoirs de l’Emir en demandant la formation d’un conseil consultatif, élu par le peuple, et la création d’une cour de quatre membres pour régler les litiges concernant la pêche des perles, sur laquelle reposait l’économie de l’île.

Le “mouvement de 1911” marque le début du mouvement nationaliste arabe dans le Golfe Persique. Il se développe avec l’ouverture des premières écoles privées financées par des commerçants enrichis dans le négoce des perles, et dont les professeurs sont influencés par des penseurs réformistes s’interrogeant sur les raisons du déclin de l’Islam et de l’essor de l’Occident.

Après la première guerre mondiale, le mouvement nationaliste prend un nouvel essor avec la visite dans le Golfe Persique de deux nationalistes arabes, Amin an Rihani, un écrivain, et Thaalibi, un leader nationaliste tunisien, invités en 1923 par le leader du mouvement réformiste de Dubai, cheikh Rachid ibn Mani, et à Bahrain par Zeyani, qui sera par la suite expulsé aux Indes où il meurt en 1925.

Mais surtout, après la grande dépression de l’industrie perlière en 1930, le mouvement nationaliste est entretenu par les premières répercussions du problème palestinien et l’opposition des nationalistes syriens et irakiens aux mandats français et britanniques, dont l’écho parvient jusqu’à Bahrain et aux autres émirats du Golfe grâce à deux revues “Al Fath” et “Al Shura” publiées au Caire par Muhib al Din et Mohammed Ali al Tahir, un réfugié palestinien.

A la veille de la seconde guerre mondiale, en 1938, trois émirats du Golfe Persique -- Koweit, Dubai et Bahrain -- sont secoués par un mouvement de revendications particulièrement aigu à Bahrain. Après l’arrestation de trois des leaders du mouvement, dont Ahmed al Shirawi et Saad Shemlan, les commerçants de Bahrain se mettent en grève du 5 au 7 novembre, bientôt suivis par les ouvriers de la compagnie pétrolière, la BAPCO, et ils organisent les premières manifestations de rues de l’émirat, soumettant un programme de réformes dans lequel ils demandent notamment:

- un conseil législatif

- l’administration de la justice par les Bahrainis

- la direction de l’enseignement par un comité local

- le remplacement de l”agent politique” britannique

- l’autorisation de former des syndicats

- l’expulsion de la main d’oeuvre étrangère de la BAPCO.

Les Britanniques répliquent en proclamant la loi martiale et en exilant un certain nombre de leaders du mouvement.

Le mouvement de 1954-1956

Après la deuxième guerre mondiale, deux journaux, “Sawt al Bahrain” (La Voix de Bahrain), un mensuel, et “Al Qafila” (La Caravane), un hebdomadaire, se font les champions des idées réformistes des nationalistes arabes, publiant des articles et des poèmes des intellectuels bahrainis qui prendront la tête du mouvement réformiste en 1954-1956: des sunnites comme Abdoul Rahman al Bakir, écrivain et homme politique, Abdel Aziz Shemlan, banquier, Ali Sayyar, journaliste, Ibrahim ben Moussa et Ibrahim Fakroo, commerçants, Hassan al Jishi, directeur d’école; et des chiites comme Mohsen al Tajir, commerçant, Ali al Tajir, philosophe, Abdalla Aboudib et Abdali al Aliwat, commerçants, et seyid Ali seyid Ibrahim, chef religieux.

Après la révolution égyptienne (1952), le ton de ces deux revues monte, les réformistes lançant des attaques à peine voilées contre les Britanniques, et même contre le Cheikh. En 1953, “Sawt al Bahrain” est saisie, et “Al Qafila” contrôlée par le gouvernement.

En 1954, pendant les cérémonies chiites qui commémorent chaque année la mort de Hussain, le petit fils du prophète Mahomet, à Karbala, des incidents opposent les membres des deux communautés sunnite et chiite, faisant de nombreuses victimes dans les deux communautés. Et l’on peut un moment redouter une guerre civile.

Mais les intellectuels de “Sawt al Bahrain” et “al Qafila” parcoururent l’ile en disant aux excités des deux bords: “Pourquoi ces divergences? Ne sommes-nous pas tous des musulmans? Ne sommes-nous pas tous des Arabes? Tous opprimés par le Cheikh et la compagnie pétrolière? A quoi sert ce conflit”?

Et au cours d’un premier meeting unitaire dans le village de Sanabis, les chefs du mouvement réformiste fondent le premier parti politique bahraini, le “Comité de l’Union Nationale” (CUN), qui regroupe une centaine de personnes, avec un “comité exécutif” de huit membres dont le secrétaire général est l’écrivain Abdoul Rahman al Bakir.

Cette alliance des deux communautés est consacrée par un second meeting dans la mosquée chiite de Al Mumin,  au cours duquel des orateurs proclament: “Après ce jour, plus de sunnisme, plus de chiisme”.

Le “Comité” est plus ou moins reconnu par le gouvernement qui engage des négociations avec lui, faisant alterner pendant deux ans les promesses et les reculades... Mais après de violentes émeutes qui marquent la visite à Bahrain, en mars 1956, de Selwyn Lloyd, le secrétaire au Foreign Office, et le débarquement franco-britannique sur le canal de Suez, les autorités de Bahrain optent à nouveau pour la répression: la loi martiale est proclamée, les journaux sont suspendus, les manifestations sont interdites et les soldats britanniques patrouillent dans les rues de l’émirat.

Les leaders et les principaux membres du CUN sont arrêtés et sommairement jugés: Abdoul Rahman Bakir, Abdel Aziz Shemlan et Abdali al Aliwat sont condamnés à 14 ans de prison, peine qu’ils vont purger à... Sainte Hélène (Ils seront relâchés en 1961 après révision de leur procès à Londres)! Et Ibrahim ben Moussa et Ibrahim Fakroo passeront 10 ans en prison à Bahrain.

Les années qui suivirent furent terribles: toute personne qui avait eu un contact quelconque avec le mouvement réformiste fut expulsée ou mise en prison, toute organisation politique interdite, toute forme d’expression impossible.

Le mouvement de 1965

La décennie qui suivit fut aussi celle de l’épanouissement des mouvements clandestins -- Nassérisme, Baas, PC -- et de la création de nombreuses cellules en milieux étudiant et ouvrier. Mais il faut attendre 1963 pour assister à la première manifestation de la puissance des mouvements clandestins: après les coups d’état qui amènent les Baasistes au pouvoir à Bagdad (8 février 1963) et à Damas (8 mars 1963), les Baasistes ont le vent en poupe. Après la signature au Caire du projet de fédération tripartite (Egypte, Syrie, Irak), les lycéens de Bahrain, encouragés par leurs professeurs, manifestent en avril pendant deux jours dans les rues de Manama, des jeunes filles participant pour la première fois en masse à des manifestations: les partis clandestins comptaient un certain nombre de femmes, notamment des institutrices, parmi leurs adhérents.

Le 5 mars 1965, la BAPCO, la compagnie pétrolière, licencie plusieurs centaines d’ouvriers sous prétexte d’automatisation de ses installations. Le 9 mars, les ouvriers de la BAPCO se mettent en grève, suivis le lendemain par les écoliers. Pendant deux mois, l’émirat de Bahrain va être secoué par des émeutes: les manifestants dressent des barricades, coupent les routes, incendient des autobus. Des commandos d’ouvriers et d’écoliers attaquent les postes de police; on déplore plusieurs centaines de morts (Le Monde, 25 mars 1976).

Peu après le début des troubles, les principaux partis clandestins s’étaient regroupés au sein d’un “front des forces progressistes” qui diffuse des tracts dans lesquels il demande notamment:

- la réintégration des ouvriers licenciés

- la reconnaissance du droit de former des syndicats

- les libertés fondamentales (liberté de presse, de réunion, de créer des partis politiques)

- la levée de l’état de siège, toujours en vigueur depuis 1956

- la libération de tous les détenus politiques

- le retour des exilés

- le renvoi des fonctionnaires britanniques et étrangers.

Une nouvelle vague de répression s’abat sur l’île. Mais malgré l’arrestation de plusieurs centaines de personnes, le mouvement continue, et une bombe saute dans la voiture d’un agent chypriote du C.I.D. Redoutant d’affronter un second Aden, les Britanniques font pression sur l’Emir de Bahrain: le chef du C.I.D. est relevé de ses fonctions, de nombreux prisonniers sont relachés, mais aucune des revendications politiques du “front” n’est satisfaite.

Après la décision prise par les Britanniques en 1968 de retirer leurs forces stationnées à l’est du canal de Suez, et notamment dans la région du Golfe Persique, on assiste pendant les mois qui suivent à une amélioration de la situation sociale et politique à Bahrain. Mais lorsque l’Emir proclame l’indépendance de Bahrain le 14 août 1971, le problème de la démocratisation de l’émirat n’a toujours pas été abordé.

Les troubles de 1972

Et la tension persiste, comme le révèlent les troubles qui éclatent en 1972 à la suite d’une banale grève des employés de l’aéroport de Bahrain qui demandent une augmentation de 25 pour cent de leurs salaires, et la réduction du nombre des employés étrangers.

L’interdiction de la grève par les autorités a pour effet d’étendre le mouvement aux employés du port, des PTT, et du ministère de la santé. Après l’arrestation d’un certain nombre de dirigeants du “secrétariat provisoire” de la fédération des syndicats ouvriers, et de diplômés universitaires soupçonnés de “penchants socialistes”, de violentes manifestations ont lieu dans les rues de Bahrain les 13 et 14 mars 1972, déclenchant une nouvelle vague d’arrestations (Le Monde, 15 mars 1972, Koweit Daily News, 16 mars 1972).

Une brève expérience parlementaire qui finit mal

Mais en juin 1972, afin d’assurer “un futur dépendant de la démocratie et la participation du peuple à l’administration et aux responsabilités de l’Etat” (Daily Star de Beyrouth, 22 juin, 20 juillet 1972) l’Emir Issa annonce la prochaine convocation d’une assemblée constituante de 44 membres, dont 22 seront élus fin novembre 1972, les 22 autres étant les 12 membres du gouvernement et 10 personnes désignées par l’Emir.

Ces premières élections sont boycottées par l’opposition qui entend protester ainsi contre le maintien de l’état d’urgence depuis les émeutes de 1972. ET au moment même où la constituante rédige la première constitution de Bahrain, le C.I.D. procède à de nouvelles arrestations, d’abord en février 1973, puis en juillet 1973, à la suite de l’explosion d’une bombe artisanale qu’un sympathisant du PFLOAG était en train de préparer à son domicile: Il s’agissait de Mohammed Nunaffour, leader syndicaliste qui avait déjà été arrêté en 1965, et qui s’était juré de ne jamais retomber entre les mains du C.I.D. Pour l’opposition bahrainie, il aurait en fait été victime d’un attentat monté par le C.I.D. (Koweit Times, 7 juillet 1973).

Le 6 décembre 1973 ont lieu les élections pour désigner les 30 membres élus du premier parlement de Bahrain -- comme à Koweit, les membres du gouvernement font automatiquement partie du parlement. Quelque 30.000 électeurs mâles ont à choisir leurs représentants parmi 114 candidats: hommes d’affaires, avocats, journalistes, leaders religieux, instituteurs, etc.

Les partis politiques étant toujours interdits, les candidats étaient tous des “indépendants”, mais cette fois-ci la gauche bahrainie présentait les candidats du “bloc du peuple”, dont un des leaders était Hisham Shihabi, qui se trouvait alors en... prison!

Les élections sont une victoire pour l’opposition, dont les candidats sont élus, et notamment Mohsen Marmoun, Mohammed Jaber Sabah, fonctionnaire, Mohammed Salman, avocat, Ali Rabiya, Abdalla al Mawda, employés, et Abdoul Khadi al Khalaf, qui avait fait son doctorat de sociologie en Suède, et dont l’élection fut invalidée par la suite sous prétexte qu’il n’avait pas l’âge minimum légal requis (30 ans) pour pouvoir être élu.

Le parlement se réunit pour la première fois le 16 décembre 1973, jour anniversaire de l’accession au trône (en 1961) de cheikh Issa. Quelques mois plus tard, une nouvelle vague de grèves paralyse Alba, la fonderie d’aluminium de Bahrain, des échauffourées opposant manifestants et forces de l’ordre, et Khalaf est arrêté. Quelques semaines plus tard, les autorités arrêtent des dirigeants syndicaux qui tentaient de reconstituer des centrales syndicales, et le 22 octobre 1974, le gouvernement soumettait au parlement le fameux décret sur la sûreté de l’Etat.

Pendant les deux mois qui suivent, l’opposition livre une bataille de procédure au gouvernement, pour l’obliger à amender ce fameux décret: en juin 1975, le parlement est ajourné pendant deux semaines consécutives, le gouvernement refusant de discuter en session publique une “question aussi délicate non seulement pour Bahrain, mais pour toute la région” (Daily Star, 15 juin 1975).

Et finalement, fin août 1975, le gouvernement dissout le parlement -- la première expérience de démocratie parlementaire n’avait pas duré deux ans -- tandis qu’une nouvelle vague de répression s’abat sur l’archipel, forçant les militants de l’opposition bahrainie à s’enfoncer davantage dans la clandestinité.

Le Baas n’existant pratiquement plus comme force idéologique dans le Golfe après l’accord d’Alger (mars 1975) et l’intensification de la querelle syro-irakienne, les opposants se regroupent essentiellement dans deux organisations, le “Front populaire de libération de Bahrain”, issu en 1974 d’une scission du PFLOAG (Front populaire pour la libération d’Oman et du Golfe Arabe), dont l’organe est le mensuel “Le 5 mars”, et le “Front national de libération bahraini”, qui défend dans son journal “al Nidal” (La Lutte) des positions très proches de celles des partis communistes arabes.

Mais la répression est impitoyable -- Said Uwenati et Mohammed Ghouloum, dirigeants de ces organisations, sont arrêtés et torturés à mort en 1976 -- et toute évolution politique à Bahrain est bloquée par la volonté des Etats-Unis et de l’Arabie Saoudite de maintenir le “statu quo” dans le Golfe Persique: en 1974, au cours d’une discussion avec un prisonnier du PFLOAG, un officier britannique faisait cette remarque: “Faire la Révolution à Bahrain?... Mais vous êtes fou! Il y a un accord entre l’Arabie Saoudite et Bahrain: en cas de troubles, l’Arabie Saoudite peut faire intervenir plusieurs milliers de soldats en 15 minutes”!

L’organisation des premières manoeuvres communes saoudo-bahrainies le 4 juin 1975 confirme l’intérêt des Saoudiens pour la sécurité de l’émirat de Bahrain (Daily Star, 6 juin 1975) -- que la prochaine construction d’un pont-autoroute devrait pratiquement intégrer au royaume saoudien.

L’exclusion de l’intelligentsia

“L’émir et sa famille n’ont pas réussi à s’entendre avec la jeune génération, mais ils gouvernenent encore le pays comme un domaine familial”, écrivait Patrick Seale après les émeutes de mars 1965 (The Observer, 28 mars 1965), avant d’ajouter: “L’intelligentsia a été exclue de la conduite des affaires”.

Il y avait alors un peu plus de 100 Bahrainis qui avaient fait des études supérieures. Aujourd’hui (1977) il y a au moins un millier de diplômés universitaires, et plus de 3.000 étudiants poursuivent leurs études à l’étranger. “Que vont devenir ces gens instruits”, se demande un diplômé de la première génération? “Le Cheikh n’a pas confiance en eux. Il les soupçonne. Ainsi sont-ils exclus de toutes les affaires du pays: économiques, politiques, et administratives”.

Comme pour corroborer ces déclarations, les autorités de Bahrain ont pris deux initiatives qui reflètent leur méfiance vis à vis des intellectuels: la majorité des étudiants bahrainis à l’étranger s’étant regroupée au sein d’une “Union des associations des étudiants bahrainis à l’étranger”, qui partage souvent les points de vue de l’opposition, le gouvernement a créé de toutes pièces des organisations adverses, les “clubs des étudiants bahrainis à l’étranger”, qui ne regroupent que quelques étudiants au Caire, à Alexandrie et à Koweit.

Par ailleurs, depuis l’été 1977, les étudiants bahrainis faisant leurs études à l’étranger n’obtiennent que des passeports valables un an seulement, et uniquement pour le pays dans lequel ils font leurs études. Cette mesure permet aux autorités de contrôler étroitement les mouvements de son intelligentsia: il y a en ce moment environ 250 étudiants retenus malgré eux à Bahrain, et une centaine d’autres en URSS, qui ne peuvent rentrer chez eux sans risquer de s’exposer à la prison et à la torture.

(1977, inédit)

 

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