CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

www.Chris-Kutschera.com


KURDISTAN IRAK: Bahman Ghobadi et la Naissance d'un Cinema Kurde

Sommaire

AFRIQUE

AMERIQUE

ASIE

EUROPE

FRANCE

KURDISTAN

MOYEN-ORIENT

ARCHIVES PHOTOS

Galerie Photos

 

 

Habitant des marais dirigeant sa pirogue

les marais d'Irak

 

Falaise tombant à pic dans la mer

Iles d'Aran

Portrait de Yachar Kemal dans son jardin

Yachar Kemal

 

jeune omanaise de l'école de police

Oman

 

 

MNK

 

Livre Noir

 

Bahman GhobadiToujours en train de sourire ou de rire, Bahman Ghobadi n’est pas un homme heureux. Il n’est pas heureux parce qu’il est réalisateur dans un pays où l’industrie du cinéma est encore balbutiante. Il doit tout faire. Il est en même temps producteur, en train de chercher de l’argent. Il fait le casting. Il écrit le scénario. Et il doit obtenir des autorités iraniennes l’autorisation de tourner son film. Il dirige les acteurs -- presque tous des amateurs. Et il s’occupe de la distribution du film. "Tout cela prend 95 pour cent de mon temps. C’est un gros casse-tête. Il me reste 5 pour cent pour la création", se plaint Bahman Ghobadi au cours d’une discussion à bâtons rompus avec les spectateurs du Festival de Douarnenez, en Bretagne, dans l’ouest de la France. "Chaque fois que je commence un film, j’ai tellement de problèmes que j’écris mon testament après avoir tourné la première scène", dit Bahman Ghobadi, à moitié sérieux.

Les Kurdes n'ont pas un moment de bonheur

Il a une autre raison de ne pas être heureux: Il est Kurde. "Les Kurdes n’ont pas un moment de bonheur", dit-il, "Ils ont un noeud dans la gorge. Ils veulent crier, mais ils ne peuvent pas. Leur histoire est une histoire d’exodes. C’est un peuple toujours en train de bouger -- c’est quelque chose qu’ils ont en commun avec le cinéma, qui est l’art du mouvement".

Bahman avec des acteursBahman Ghobadi est né en 1968 à Bané, une petite ville du Kurdistan iranien. Son père, un policier, était terriblement répressif. Il demandait toujours à son fils où il avait été, et ce qu’il avait fait. Bané ayant été sévèrement bombardée pendant la guerre avec l’Irak (1980-1988), la famille de Bahman déménage en 1983 à Sanandaj, capitale de la province. Encouragé par son père qui espérait que cela l’empêcherait de devenir un drogué comme tant de jeunes de la ville, Bahman Ghobadi entre dans un club de lutteurs, et il devient même champion de lutte. Et il noue une amitié décisive avec un photographe dont le studio se trouvait à côté de la salle de lutte. "Chaque fois que j’allais au club, je partais de la maison une demie heure plus tôt pour visiter le photographe. Un jour nous avons décidé d’aller ensemble faire des photos de paysages. En développant mes photos, il m’a dit que j’avais fait des merveilles. J’ai commencé à m’intéresser aux livres de photos. C’est comme cela que j’ai commencé: la base du cinéma, c’est la photo ou la peinture".

Le jeune Bahman s’intéressa de plus en plus au cinéma, louant des cassettes de films qu’il regardait grâce à la complicité de sa mère qui disait à son mari que leur fils était au lit alors qu’il était dehors en train de regarder ses cassettes. Un père répressif, une mère et des soeurs aimantes, telle est l’histoire de la jeunesse de Bahman Ghobadi, une histoire qu’il a l’intention de raconter dans son prochain film, un film qui est toujours reporté à plus tard par les évènements de sa vie professionnelle.

Des études de cinéma à Téhéran

Bahman perchisteAprès être devenu membre d’un club de cinéastes amateurs .de Sanandaj, Bahman Ghobadi décida d’étudier le cinéma, et il partit à Téhéran, où il poursuivit ses études tout en travaillant pour financer ses études -- ce furent 8 années difficiles.

La chance de sa vie fut de convaincre le célèbre réalisateur iranien Abbas Kiarostami de l’embaucher. Il avait appris que Kiarostami voulait faire un film sur un village mystérieux et était à la recherche d’un village pour tourner son film. Bahman Ghobadi appela Kiarostami et lui dit qu’il pouvait l’aider à trouver ce village. Kiarostami répondit qu’il avait déjà beaucoup de photos de villages possibles, mais Bahman Ghobadi réussit à convaincre Kiarostami de venir au Kurdistan et choisir lui-même un village. Et ils allèrent ensemble au Kurdistan iranien. Et Bahman Ghobadi devint l’assistant de Kiarostami pour le film "Le Vent". Pour Bahman, ce fut une expérience décisive. Il apprit à diriger un film avec un grand maître.

Puis il rencontra Mohsen Makhmalbaf, le père de Samira. Il devint le conseiller technique de Samira... et l’un des deux principaux acteurs, l’un des instituteurs du "Tableau Noir" de Samira. Bahman ghobadi était très heureux. Il avait réussi à faire venir au Kurdistan deux metteurs en scène iraniens célèbres. "Le Kurdistan est devenu le pays des réalisateurs de films d’art. Nous, les Kurdes, nous sommes disposés à n’être que des figurants", dit en riant Bahman Ghobadi.

Un Temps pour l'Ivresse des Chevaux

Son premier film", Un temps pour l’Ivresse des Chevaux", est un chef d’oeuvre qui a été couronné par le prix de la Caméra d’Or à Cannes en 2000. C’est l’histoire de jeunes Kurdes qui gagnent leur vie en faisant de la contrebande à travers la frontière entre l’Iran et l’Irak, au risque de leur vie. A la fin du film, les contrebandiers, qui partent dans la montagne pendant une tempête de neige, versent du whisky dans l’eau de leurs mules pour les doper. Une scène surprenante dans un film tourné en Iran, où l’alcool est interdit. Bahman Ghobadi raconte que lorsqu’il est allé défendre son film auprès du fonctionnaire responsable de la censure qui devait autoriser la distribution de son film, ce fonctionnaire lui a reproché de montrer des chevaux ivres. "Je lui ai dit en plaisantant que c’était les chevaux qui étaient ivres, pas les gens, et il m’a donné l’autorisation".

Son second film, "Les Chants du Pays de ma Mère", a été diversement apprécié par la critique. Un vieux chanteur et ses deux fils partent à la recherche de la première femme du vieil homme. Cette quête les conduit à travers un Kurdistan irakien dévasté par la guerre et les exodes. "Ce n’est pas une histoire linéaire comme le premier film, c’est plus artistique", explique Bahman Ghobadi, "C’est un voyage à travers un pays en proie à l’ivresse, la joie, la guerre, au meurtre... Je voulais montrer qu’aucun Kurde n’est stable, les Kurdes sont toujours en train de bouger".

Les trois personnages principaux sont des acteurs amateurs, mais des musiciens professionnels. Dans ce film, la musique et les chants sont très importants, et le spectateur qui ne comprend pas le Kurde passe certainement à côté d’une dimension importante du film.

A nouveau, comme dans "Un temps pour l’Ivresse des Chevaux", les personnages franchissent des frontières -- un thème omniprésent dans les films de Bahman Ghobadi. "Ionesco a écrit que le temps est le pire ennemi de l’homme! Pour moi, le plus grand ennemi de l’homme, ce sont les frontières. Elles ont été imposées aux Kurdes par les Grandes Puissances. Je hais les frontières. Au Kurdistan, il ne se passe pas une journée sans que quelqu’un saute sur une mine".

Dans les "Chants du Pays de ma Mère", Bahman Ghobadi dirige ses principaux acteurs comme Kusturica -- d’une façon un peu exagérée aux yeux de certains critiques. Mais la plupart des spectateurs de Douarnenez ont adoré le film.

Bahman Ghobadi explique qu’il a rencontré d’énormes problèmes techniques. "Je voulais filmer dans des conditions très particulières: Je voulais en même temps de la neige et de la brume. Nous avons eu la neige, mais pas autant que les années précédentes, et elle a fondu très vite, avant que nous ayons fini les prises de vues. Nous sommes partis avec les figurants -- 600 personnes, dans 30 autobus -- à un autre endroit. Nous avons eu la neige, mais pas les nuages. Finalement nous avons fini de tourner le film en deux heures dans le district de Haoraman".

Bahman Ghobadi a d’autres problèmes -- dûs au fait qu’il vit en Iran. Mais il préfère ne pas en parler. Il n’aime pas les politiciens. Il rêve de créer un "cinéma vraiment kurde". "Le cinéma kurde est comme une femme enceinte", conclut Bahman Ghobadi, "il faut l’aider à enfanter... On ne peut pas la laisser mourir. Vous ne pouvez pas imaginer ce que je ressens. Il y a seulement quatre ou cinq salles de cinéma au Kurdistan iranien pour dix millions de Kurdes. Et je veux être au même niveau que les réalisateurs de réputation mondiale, mais les gens ici au Kurdistan aiment les films simples et faciles".

(The Middle East Magazine, Novembre 2003)

 

postmaster@chris-kutschera.com

ENGLISH

 

AFRICA-ASIA

EUROPE

KURDISTAN

MIDDLE-EAST

 

Soldats turcs empêchant des réfugiés kurdes de pénétrer en Turquie, 1991

Kurdistan, Turquie

 

Très jeune enfant victime de la famine

Ethiopie, famine

 

Le général Pinochet en uniforme blanc avec Videla

Videla et Pinochet

Odeil, fils de Saddam Hussain, à l'école, 1972

Odei, fils de Saddam H.

 

Portrait du Roi Fayçal

Roi Fayçal

 

 

couv 40

 

Defi persan

 
Droits de Reproduction strictement réservés © Chris Kutschera 2012