CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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IRAK:Le Baas, de la clandestinité au pouvoir

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L’histoire des premières années du Baas se confond avec celle de son principal fondateur, Michel Aflak: né en 1910, le philosophe de la résurrection arabe est un chrétien grec orthodoxe, issu de la bourgeoisie damascène, qui fit ses études à la Sorbonne de 1928 à 1932.

Fils de militants nationalistes, il fonda à Paris la première Union des étudiants arabes, qui regroupait des étudiants de tous les pays arabes, et lut les classiques du marxisme, sans jamais, affirme-t-il, devenir communiste.

La "trahison" du Front Populaire

Dès le début, Michel Aflak, qui revient en 1932 enseigner l’histoire à Damas, affiche ses préoccupations nationalistes et sociales: pendant quelques années, le social l’emporte, et Michel Aflak collabore à la revue communisante Al Talia (l’avant garde); mais en 1936, il s’estime “trahi” par le gouvernement de Front populaire français, et l’on ne dira jamais assez combien l’attitude des socialistes français à l’égard du mouvement nationaliste syrien contribua à le détourner du socialisme européen, dans lequel il verra de plus en plus un mouvement “impérialiste”.

Portrait de Saddam Hussain, 1975En 1941, pendant la tentative de Rachid Ali Gaylani pour instaurer un régime anti-britannique -- et pro-nazi -- à Bagdad, Michel Aflak fonde le “comité syrien pour l’aide à l’Irak”, aussi éphémère que le régime de Gaylani. La question de Palestine achèvera de faire de Michel Aflak l’idéologue d’un parti virulemment anti-occidental.

C’est en 1943 que Michel Aflak, qui a déjà été arrêté par les Français en 1939, et le sera à nouveau par les Syriens en 1948, fonde avec une dizaine d’intellectuels syriens, libanais et jordaniens soucieux de “regénérer” le monde arabe, le noyau qui devait, trois ans plus tard, créer officiellement à Damas le parti Baas.

Dès 1943, Michel Aflak et ses amis s’étaient engagés à fond dans la lutte contre la présence française en Syrie puis, au moment de l’indépendance de la Syrie, pour la constitution d’une “Grande Syrie” réunissant la Syrie, l’Irak, la Palestine et la Jordanie. Les élections de Syrie en 1947 sont également l’occasion pour le Baas d’imposer le principe du suffrage universel, avec le vote des femmes -- ce qui n’est pas une petite innovation dans le monde arabe.

Mais il faudra attendre le premier congrès du Baas, en avril 1947, pour que soient rédigés les statuts et le programme du parti de la “résurrection arabe”: proclamant que la nation arabe a une “mission éternelle”, et qu’elle a “le droit naturel de vivre dans un seul Etat”, les fondateurs du Baas affirment que la nation arabe est “caractérisée par des vertus qui sont les résultats de ses résurrections successives” et que  la “patrie arabe s’étend (...) du golfe de Basra à l’océan Atlantique”. Et ils demandent à la Ligue arabe de prendre un certain nombre de mesures immédiates en vue d’unifier les forces armées, l’action diplomatique, et de supprimer l’emploi des passeports à l’intérieur du monde arabe.

Un parti "socialiste"

Sur le plan économique et social, le Baas se proclame un parti “socialiste”, les services publics, les ressources naturelles, la grande industrie et les moyens de transport étant la propriété de la nation. La propriété de la terre sera limitée à ce que chacun peut “exploiter sans exploiter les efforts des autres”. La propriété et l’héritage sont deux “droits naturels” protégés “dans les limites de l’intérêt national”. L’enseignement et la santé seront gratuits.

Tarek Aziz, 1977Sur le plan international, les Arabes “doivent lutter de toutes leurs forces pour détruire les fondations du colonialisme et de l’occupation étrangère et pour supprimer toute influence politique et économique dans leur pays”...

En conséquence, les baasistes sont anti-britanniques, puisque la Grande-Bretagne occupe l’Egypte, la Palestine, la Jordanie, l’Irak et la Libye; anti-français, puisque la France occupe l’Afrique du Nord; anti-espagnols, puisque l’Espagne est présente au Rif; anti-turcs, à cause de l’annexion d’Alexandrette; anti-iraniens, à cause de l’incorporation du district d’Ahvaz à l’Iran, et anti-américains, à cause des interférences américaines au Proche-Orient.

Anti-occidentaux, les baasistes sont aussi antisoviétiques, et Michel Aflak, qui estime que “le communisme traite le mal par le mal”, se fera l’avocat du “non alignement”, écrivant que s’aligner sur l’un ou l’autre des deux camps en présence ne “fera que nuire aux Arabes”.

C’est aussi à cette époque que l’un des fondateurs du Baas, Salah Bitar, proposera de faire pression sur l’Occident en cessant de lui vendre du pétrole: vingt-cinq ans avant la guerre d’octobre 1973, il avait inventé l”arme du pétrole”.

Les débuts du Baas en Irak

L’apparition du Baas en Irak coincide avec la défaite de Palestine (1948) qui, pour tous les jeunes nationalistes irakiens, sonne le glas des dirigeants traditionnels et, et impose la nécessité d’une grande révolution interne, en Irak comme dans le reste du monde arabe...

On dispose de très peu de renseignements sur les débuts du Baas en Irak, et l’on sait seulement qu’il y fut introduit par quelques réfugiés palestiniens et étudiants irakiens ayant fait leurs études en Syrie, qui fondèrent la branche irakienne du Baas le 7 avril 1949.

Pendant ses trois premières années, le Baas irakien fut entièrement accaparé par des tâches internes et n’eut guère d’activité extérieure apparente. Il faut attendre 1952 pour voir le Baas participer à l’organisation de manifestations de rue contre le renouvellement de l’accord avec l’Iraq Petroleum Company en février, et à nouveau en novembre.

Et c’est seulement  en 1954 que le Baas irakien, devient, sous l’égide de Fouad Rikabi et Fayçal Khaizouran, une branche “régionale” de plein droit du mouvement baasiste “national” (inter-arabe)

Le Baas est alors assez fort pour imprimer des tracts et les distribuer dans la rue, ce qui n’est pas un maigre exploit. Pendant les 12eme et 13eme cabinets Nouri Said (août 1954 - juin 1957), la répression fut portée à son comble: Nouri Said supprima tous les partis (septembre 1954) et, après l’opération franco-britannique sur Suez (octobre 1956), gouverna avec la loi martiale. Bref, pendant toute cette période, l’une des plus sombres de l’histoire de l’Irak monarchique -- à plusieurs reprises les détenus politiques furent massacrés dans les prisons par leurs gardiens (Bagdad, fin 1952, et Kout, printemps 1953), -- les militants baasistes furent mis à la dure école de la lutte clandestine et de la répression.

Après la signature du pacte de Bagdad (février 1955), le Baas redouble d’activité: Nouri Said, “l’agent et le valet” des Britanniques, devient l’homme à abattre. En 1957, le Baas rejoint les autres partis de l’opposition, le parti national démocrate, le parti communiste et l’Istiqlal, au sein du “front national”.

La révolution de juillet 1958 n’a apporté qu’un très bref répit au Baas irakien: à la répression extrêmement sévère qui a caractérisé les dernières années du régime monarchique succède rapidement sous Kassem une répression aussi brutale, qui prend souvent des aspects de règlements de comptes.

Vingt ans après la révolution du 14 juillet 1958, les circonstances exactes de la chute de la monarchie n’ont toujours pas été entièrement élucidées: l’armée joua certes un rôle déterminant, et notamment les unités de blindés de Kassem (19eme brigade) et d’Aref (20eme brigade), mais on ignore encore presque tout sur les liens du “comité des officiers libres” avec les partis de l’opposition, et le Baas en particulier: mais Fouad Rikabi, secrétaire général du Baas, devait certainement être au courant du complot, car il fit partie du premier cabinet Kassem, comme ministre de la reconstruction. Sa participation, en fait, ne fut jamais approuvée officiellement par la direction nationale du parti du Baas, et si les dirigeants du Baas irakien avaient pu espérer au début que le général Kassem poursuivrait une politique “unioniste”, ils perdirent rapidement toutes leurs illusions: le 12 septembre 1958, le colonel Abdel Salam Aref est “démissionné” de son poste de commandant en chef adjoint, et en décembre, Fouad Rikabi est arrêté et jugé avec Rachid Ali Gaylani. La rupture est alors consommée entre le Baas et Kassem.

L'attentat contre Kassem

Quelques mois plus tard, c’est l’attentat du 7 octobre 1959 contre Kassem: au cours d’une fusillade en plein centre de Bagdad, son chauffeur est tué, sa voiture criblée de balles, mais Kassem est seulement blessé à l’épaule: parmi les conjurés, Saddam Hussain Takriti, l’actuel vice-président du Conseil de commandement de la révolution, et l’homme fort de l’Irak, alors un étudiant âgé de 22 ans; blessé, Saddam Hussain doit se réfugier en Syrie, imité par de nombreux autres militants du Baas, tandis qu’un certain nombre de leurs leaders sont arrêtés et jetés en prison.

La direction nationale du Baas désavouera cette tentative d’assassinat, en rappelant que le Baas a “toujours, au cours de son histoire, condamné l’assassinat politique... non seulement à cause de son respect de l’individu... mais parce que l’assassinat politique trahit un manque de foi dans la capacité des gens d’arriver à leurs fins”, thèse que Michel Aflak résumera en une formule lapidaire: “La violence n’est pas inscrite à notre programme”. Mais le Baas irakien, faisant sienne les thèses de son premier secrétaire général, Fouad Rikabi, fera toujours preuve d’un certain penchant pour la violence, sans exclure l’assassinat politique.

Ces années sont difficiles pour le Baas: après la naissance, le 1er février 1958,  de la République arabe unie, issue de la fusion de l’Egypte et de la Syrie, certains Baasistes en viennent à estimer que rien ne distinguant le baasisme du nassérisme, il n’y a pas besoin de deux mouvements distincts et, en 1960, Fouad Rikabi ira jusqu’à recommander la dissolution du parti Baas et son intégration au nassérisme.

Visant tous les deux à l’unité du monde arabe, le baasisme et le nassérisme s’opposent pourtant sur presque tous les points: au socialisme doctrinaire du Baas, Nasser oppose un socialisme pragmatique. Les Baasistes sont partisans d’une direction collégiale, de consultations entre la direction et la base: Nasser est un leader charismatique, qui impose ses décisions. Nasser est un militaire: le Baas se veut avant tout civil. Avec la naissance de la R.A.U., les Baasistes espéraient que Nasser instaurerait en Syrie un régime démocratique: il interdit les partis politiques, et recourt très vite à des méthodes policières.

Aussi le Baas syrien approuve-t-il avec Saleh Bitar le coup d’Etat du 28 septembre 1961 qui met fin à l’union syro-égyptienne, tandis que les Baasistes irakiens, qui recevaient une certaine aide des Egyptiens pour lutter contre la répression kassémite, se montrent plus réservés, et demandent le retour à l’union. De son côté, la direction nationale du Baas condamnera le coup et demandera le rétablissement de l’union, tout en l’assortissant d’un certain nombre de conditions: mise en place d’une direction collective, d’un système fédéral, autorisation des partis, et plus de démocratie. Finalement, Rikabi sera condamné et expulsé du Baas.

Malgré la répression, les scissions et les dissidences, le Baas se développe en Irak, publie quatre journaux clandestins -- la conscience des travailleurs, le Socialiste, l’Union nationale des étudiants, et le Jugement des masses -- s’infiltre dans l’armée, et contrôle bientot un certain nombre de syndicats et l’union des étudiants irakiens.

Le Baas et l’Union des étudiants joueront un rôle déterminant dans la chute de Kassem: après un incident mineur dans une école de Bagdad, fin décembre 1962, une grève des lycéens s’étend bientôt à tout l’Irak, puis gagne l’Université, entretenant un climat d’agitation dans tout le pays.

La mort de Kassem

Le 8 février 1963, la radio de Bagdad annonce la mort de Kassem et la formation d’un “Conseil national de commandement de la révolution”, présidé par le colonel Abdel Salam Aref: en fait, les Baasistes ont été les véritables artisans de ce coup d’Etat, mais “jeunes et inexpérimentés”, ils crurent faire preuve d’habileté en plaçant à la tête du nouveau régime le colonel Aref, héros de la révolution de 1958, qui jouissait d’un grand prestige dans tout l’Irak.

Mais très vite l’équipe baasiste se scinde en deux clans rivaux: une aile gauche, animée par Ali Saleh Al  Saadi, ministre de l’intérieur, partisan d’une socialisation immédiate, de la collectivisation des terres, et hostile à une réconciliation avec Nasser; une aile droite, animée par Taleb Chebib, ministre des affaires étrangères, et Hachem Jawad, qui succèdera à Ali Saadi à l’intérieur, partisans d’une socialisation par étapes de l’économie irakienne, et d’une réconciliation avec Nasser, tandis que les militaires -- et notamment le général Hassan al Bakr, premier ministre, le général Saleh Mahdi Ammache, ministre de la défense, le général Hardane Takriti, commandant de l’aviation, -- plus “pragmatiques”, forment un troisième clan, rejoignant souvent l’aile droite qui jouit du soutien de Michel Aflak.

Un mois après le 8 février 1963, un autre coup d’Etat permet au Baas syrien d’arriver au pouvoir à Damas: le Baas peut croire que son heure a enfin sonné au Proche-Orient. Mais le Baas irakien ne devait rester que quelques mois au pouvoir: profitant de la crise qui déchire le Baas irakien depuis la chute de Kassem, et culmine en octobre-novembre 1963 -- envoyé en exil par la droite du Baas, Ali Saadi y est bientôt suivi par Taleb Chebib, tandis que Michel Aflak vient prendre la direction du parti à Bagdad -- le colonel Aref prend tous les pouvoirs  le 18 novembre 1963, mettant ainsi fin à l’éphémère gouvernement du Baas en Irak, caractérisé par une chasse aux communistes sans précédent, la reprise de la guerre contre les Kurdes, et la rupture avec Nasser.

Pour les Baasistes irakiens les plus connus, comme Saadoun Hammadi, ancien ministre de la réforme agraire, ou Tarek Aziz, rédacteur en chef d’al Jamahira (les masses), c’est à nouveau l’exil, tandis que d’autres replongent dans la clandestinité, avec Saddam Hussain, qui sera arrêté à deux reprises, notamment en octobre 1964, mais parviendra à rester en Irak, prenant le contrôle de l’appareil de sécurité du parti.

Les militaires baasistes se montrent dans l’ensemble beaucoup plus attentistes, certains se ralliant carrément au nouveau régime, comme le général Taher Yahya, qui devient premier ministre, ou le général Hardane Takriti, qui devient ministre de la défense, tandis que le général Hassan al Bakr accepte d’être nommé ambassadeur, avant sa “mise à la retraite” d’office quelques mois plus tard.

Le retour au pouvoir

Et il faut attendre cinq ans pour que le Baas revienne au pouvoir à la suite des coups d’Etat “à blanc” des 17 et 30 juillet 1968: le général Hassan alBbakr cumule alors la présidence de la république et celle du conseil des ministres, tandis que le général Hardane Takriti reste ministre de la défense, le général Ammache devient ministre de l’intérieur, et Abdel Karim Cheikly, ministre des affaires étrangères.

Les années qui suivent vont être marquées par l’émergence de Saddam Hussain, qui ajoute à ses fonctions de secrétaire général adjoint du Baas irakien celles de vice-président du conseil de commandement de la révolution, et la mise au pas des militaires, avec l’exclusion en octobre 1970 du Conseil de commandement de la révolution des généraux Ammache (nommé ambassadeur à Moscou puis à Paris) et Hardane Takriti (assassiné à Koweit le 30 mars 1971).

Sous le tandem Hassan al Bakr -- Saddam Hussain, l’Irak devait jouir d’une stabilité sans précédent (rappelons que de 1936 à 1958, il n’y eut pas moins de 8 coups d’Etat militaires en Irak) qui lui permit de nationaliser l’I.P.C (I juin 1972) et de liquider le mouvement kurde du général Barzani (avril 1975).

(Le Monde Diplomatique, supplément Irak, avril 1977)

 

 

                     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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