CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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IRAK: Seyid Mohammed Taki al Moudaressi, dirigeant d'Amal: Nous sommes au bout du tunnel, nous n'avons pas d'autre solution que les opérations-suicides

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Taki al MoudaressiAMAL a été fondée en 1975 par un groupe d’oulémas qui récusaient l’autorité spirituelle de l’ayatolla Mohammed Baker al Sader et qui avaient pour guide l’ayatolla Mohammed Shizazi, l’oncle maternel de seyid Mohammed Taki al Moudaressi, le dirigeant actuel d’AMAL; l’un et l’autre sont originaires de Karbala, où l’organisation est plus particulièrement implantée.

Dès sa fondation, AMAL opte pour la lutte armée, estimant que l’ordre des quatre phases de la stratégie de “Daoua” doit être inversé, ou que ces quatre phases doivent être appliquées simultanément. Mais jusqu’à l’avènement de la République islamique en Iran, l’organisation se sent trop faible pour affronter le régime sur le plan militaire -- “la première balle sera tirée juste après le succès de la révolution islamique en Iran”, reconnaît un cadre d’Amal.

Pendant un certain temps AMAL a une influence qui dépasse le nombre de ses militants -- en partie parce qu’elle jouit du soutien de deux personnalités très influentes à Téhéran: Mohammed Montazeri, le fils de l’ayatolla Hussein Montazeri, un des dirigeants des gardiens de la révolution, et Mahdi al Hashemi, le responsable des mouvements de libération.

Après la disparition de Mohammed Montazeri, qui trouve la mort dans l’attentat du 28 juin 1981, qui entraîne la mort de 72 personnes, parmi lesquelles l’ayatolla Mohammed Behechti, l’influence d’AMAL décline. Mais cela ne l’empêche pas de réaliser un certain nombre d’attentats spectaculaires en Irak.commando d'Amal

Liste des principaux attentats d’AMAL

 

A) en Irak

- 1 avril 1980: tentative d’assassinat contre Tarek Aziz, vice-premier ministre, à l’université Moustansiriya à Bagdad; Samir Nour Ali, un Kurde féli de 22 ans, est exécuté et sa famille expulsée.

- Le lendemain, au cours d’une contre-manifestation officielle, un jeune militant d’AMAL meurt en lançant sa bombe sur les officiels du premier rang du cortège. La véritable identité d”Abou Khaled” ne sera jamais établie, et sa famille n’est pas molestée.

- La même année, plusieurs attentats à Karbala, contre des “collabos” (oulémas coopérant avec le régime, commerçants, policiers, agents des services secrets). Lors de ces attentats les militants d’Amal utilisent des motocyclettes, dont l’usage est interdit à Karbala.

- Le 8 avril 1983, anniversaire de l’exécution de Mohalmmed Baker al Sader, attentat à Bagdad contre les bureaux d’Iraqi Airways, rue Saadoun. Une semaine plus tard, Amal fait sauter l’imprimerie Hurriya, qui imprime la presse irakienne. L’Irak sera privé de journaux pendant 3 jours à la suite de cet attentat.

- En mai, c’est le “centre d’information du Golfe”, qui est visé mais la police arrête l’auteur de l’attentat, Zaheri, 23 ans, au moment où il allait poser sa bombe.

L’année 1983 s’achève sur deux opérations spectaculaires, “les dernières en date, mais pas la fin de nos opérations”, précise un cadre d’Amal.

- Le 27 novembre 1983, deux explosions détruisent le centre d’approvisionnement des mess de l’armée irakienne, et la direction des services de sécurité. Cette dernière opération est réalisée par un Kurde féli de 27 ans, Ibrahim Salman, dont le père avait une petite échope dans le quartier de Karrada à Bagdad. C’est au volant d’un véhicule chargé de 230 kg de TNT qu’il réussit à forcer l’entrée de la direction de la sécurité; selon AMAL, une centaine d’agents des services de sécurité irakienne auraient été tués au cours de cette opération, notamment Hosham Takriti, un responsable des services spéciaux, et Fadel al Barrak, l’ancien directeur.

AMAL a également organisé plusieurs tentatives d’assassinat contre Saddam Hussain, à Karbala en 1980, dans un village de la province de Diyala en 1981, et à nouveau à Bagdad en 1982.

B) A l’étranger

AMAL a multiplié les opérations contre les ambassades irakiennes au cours de ces trois dernières années:

- 4 juin 1980, à Rome; l’objectif du commando est de s’emparer de l’ambassadeur; mais ils échouent, et l’un des membres du commando, Mouzaffer Baker, est tué.

- En Yougoslavie, la voiture de l’ambassadeur est piégée, mais la bombe explose trop tôt; seul le chauffeur est tué.

- En Grèce, en 1981, les autorités arrêtent un commando de 3 militants d’Amal qui préparaient un certain nombre d’opérations. Ils seront finalement libérés après qu’Amal ait menacé le gouvernement grec de représailles.

- A Paris, le 11 août 1982, une voiture piégée avec 15 kg de TNT explose devant l’ambassade d’Irak.

Entretien avec Seyid Mohammed Taki al Moudaressi

Portrait de Taki al MoudaressiLa survie du régime de Saddam Hussain, l’un des plus destructeurs du siècle, est une chose surprenante. Chose très rare, nous constatons que l’Est et l’Ouest se mettent d’accord pour l’aider à survivre. En général, quand l’Etat soutient un régime, l’Ouest est contre... C’est l’une des plus graves maladies, qui ne permet même pas à ceux qui souffrent de crier leur douleur; et si l’on demandait à l’Irak de raconter ses malheurs, même les pierres ont des choses à dire./..../

Si maintenant on demande à mon mouvement, à moi ou à d’autres mouvements irakiens, de préparer 500 personnes prêtes à sacrifier leur vie pour détruire le régime, en une ou deux semaines ces personnes seront prêtes. Cela montre que les Irakiens sont prêts à tout pour retrouver leur personnalité. Quand des gens sont prêts à sacrifier ainsi leur vie, cela prouve que nous sommes devant une voie sans issue.

Lorsque nous demandons les droits de l’homme, il ne faut pas voir ça d’un point de vue occidental, ce n’est pas pour jouir d’une quelconque liberté, c’est uniquement pour pouvoir survivre, vivre et ne pas tuer d’autres personnes.

/.../ Autre contradiction: c’est que le régime socialiste de la France apporte un soutien sans limite à Saddam. N’est-ce pas surprenant de la part d’un peuple qui est à la base d’une très grande civilisation, d’un peuple dont la révolution a inspiré les droits de l’Homme?

Bien sûr, ils ont peur de la victoire de l’Islam en Irak. Ils ont peur que cela contamine le Golfe. Mais est-ce qu’ils réfléchissent? Il y a des faits historiques qui prouvent que la civilisation islamique doit vaincre. L’Histoire montre que quand une civilisation est prête à percer, rien ne l’arrête. S’ils continuent à soutenir le régime irakien, cela va contribuer à creuser le fossé entre nous et eux. Pourquoi s’obstinent-ils à empêcher cette renaissance de prendre forme? Cette renaissance n’est pas contre l’Occident. Elle est contre la misère, contre l’ignorance, pour la Justice. Elle pourrait être un complément à la civilisation occidentale, un bienfait pour l’Occident.

Q: Sur quelles bases un régime islamique qui arriverait au pouvoir en Irak est-il prêt à avoir des relations avec l’Occident? avec les USA?

A a M: Il est difficile pour le peuple irakien d’oublier la contribution de l’Occident, son soutien au régime irakien; mais l’Irak est un pays comme les autres, il a ses problèmes économiques, sociaux. Il n’est pas question qu’il s’isole. Mais il y a un point d’une importance extrême, c’est peut-être ce problème-là qui risque de brouiller nos relations: comme tout autre mouvement islamique, nous plaçons le problème palestinien en priorité; pour le reste, pas de problème: des relations d’intérêt.

Evidemment, c’est aussi valable pour les USA. Nous n’avons pas d’animosité viscérale, non, on ne peut pas dire qu’en ce qui nous concerne, nous, il n’y a aucun préjugé au départ. Notre révolution concerne notre pays à l’intérieur. Si les USA ou l’URSS essaient de la contrer, cela entraînera une réplique. La révolution islamique ne vise personne, mais il y aura une réplique pour tous ceux qui essaient de la combattre.

Q: A propos des commandos-suicides, vous n’avez pas déjà réuni 500 volontaires?

T a M: Il y a eu des opérations-suicides. La direction de la sécurité à Bagdad a subi le coup d’une opération-suicide organisée par Amal à l’intérieur de l’Irak.

Du point de vue de la législation islamique, la Charia, il est interdit de sacrifier sa vie; donc nous, on ne peut pas tracer une telle tactique. Ce n’est possible, pas licite, sauf si c’est l’ultime possibilité, si on est obligé: les obligations effacent les interdits.

Q: Une opération suicide de 500 hommes suffit pour détruire Saddam?

T a M: Evidemment, ces opérations-suicides peuvent entraîner la disparition du régime de Bagdad, qui est vulnérable, pas solide. Exemple: l’opération contre l’édifice de la sécurité, en plein centre ville, a entraîné la mort de 17 personnes responsables des services de sécurité. Saddam manque d’hommes spécialisés dans la sécurité, il en a un nombre très limité. Si on peut les détruire, nous arriverons à faire disparaître le régime. Il y a aussi tout l’impact que cela peut avoir.

Q: Il est surprenant que les opérations-suicides soient interdites par la Charia, car il y a aujourd’hui beaucoup de ces opérations, à Koweit, Beyrtouth, Bagdad...

T a M: Nous n’avons pas d’autre solution; nous sommes au bout du tunnel.

Q: Sur quels critères décidez-vous ainsi?

T a M: Nous ne faisons pas que des opérations-suicides. Mais nous les préférons.  Si un jeune militant vient avec une arme et tire sur un policier, il est arrêté et tué. Et pas seulement lui, mais aussi sa famille, ses amis. Alors, ces jeunes gens préfèrent se donner la mort, et être sûrs de mourir seuls, car les autorités ne sauront pas qui ils sont.

Je crois que nous n’avons pas le choix. En 1975, quand nous avons commencé la lutte, c’était une lutte armée. Ce n’est qu’après que nous avons commencé les opérations-suicides. Si le régime ouvre ses geôles, restaure les libertés, nous revenons à la lutte armée classique...

Q: Y-a-t-il une coordination des mouvements islamiques au Moyen-Orient?

T a M: Ces mouvements islamiques sont fermés, ils ont leurs propres problèmes, pas de relations entre eux. Mais ils ont un point commun: l’ouverture sur la République islamique d’Iran. S’il y a coordination, ce ne peut être qu’à travers l’Iran.

Q: Alors les pays occidentaux ont raison d’accuser l’Iran, de le rendre responsable de ce qui se passe à Koweit ou ailleurs?

T a M: C’est tout à fait normal que les pays arabes accusent l’Iran. Hier, ils accusaient le communisme; aujourd’hui ils visent l’Iran parce que c’est un Etat, ils ne peuvent pas accuser des organisations irresponsables -- comme Israel accusait la Syrie, la Jordanie, l’Egypte, mais pas l’OLP. Ils accusent l’Iran parce que c’est un espoir qui a allumé cette flamme dans le coeur des Musulmans.

Il n’existe pas en Iran d’organisme qui planifie; les mouvements agissent en toute liberté. L’Iran ne savait pas qui était l’assassin de Sadate, ils ne savaient pas que c’était Stambouli; ils ont cru que c’était un complot des USA. De même l’occupations des Lieux Saints de l’islam à la Mecque.

Tout ça pour dire que l’Iran n’est pas là pour coordonner. Je vais vous donner un exemple: les membres du mouvement Amal, lorsqu’ils préparent une opération, en Irak, jamais ils ne préviennent l’Iran au préalable; ce n’est qu’après qu’ils informent l’Iran.

L’Iran a beaucoup de sympathisants dans les pays du Golfe, il aurait pu au moins organiser des manifestations.

L’Iran est dans une position défensive dans cette guerre, pas dans une attitude offensive. Si l’Iran voulait bombarder les villes irakiennes, elles sont à portée de canon. Il pourrait imiter l’Irak, qui a obligé un million et demi d’Iraniens à se réfugier dans le nord, en bombardant leurs villes. L’Iran aurait pu le faire, en entraînant le déplacement d’au moins deux millions de réfugiés vers Bagdad, où ils auraient créé des problèmes insurmontables.

L’objectif de l’Iran n’est pas de malmener le peuple irakien, parce que les Iraniens croient dans les peuples, peut-être dans l’union de  de ces deux peuples. Au contraire, Saddam veut diviser les peuples.

Q: Après la victoire, y-a-t-il place en Irak pour les communistes, les baasistes, etc, dans la vie quotidienne et politique?

T a M:  La plupart des mouvements islamiques, le Majlis (Conseil suprême de la révolution islamique en Irak), l’imam Khomeini, toutes ces personnes veulent, et l’imam Khomeini a personnellement insisté sur cela, qu’il y ait référendum, consultation populaire, pour que le peuple irakien choisisse la constitution qu’il veut; nous n’imposons pas la constitution islamique. Moi, personnellement, je serais d’accord pour que la plupart des mouvements politiques puissent mener des activités politiques: les Baasistes, les nationalistes; mais moi personnellement je pense qu’il n’y a pas de place pour les communistes, car ce ne sont pas de bons citoyens, de bons musulmans; mais c’est au peuple irakien  de décider s’il veut élargir la vie politique aux communistes.

Q: Si tous les révolutionnaires islamiques pensent comme vous, que ferez-vous des communistes?

T a M: Il y a la possibilité théorique de leur interdire toute activité. Mais même si on le leur interdit, ils savent travailler souterrainement.

Q: Y-a--t-il identité totale entre la ligne d’Amal et la ligne des Oulémas?

T a M: C’est évident qu’il y a une ligne sur laquelle tous les Oulémas sont d’accord. Mais chez chaque savant, il peut y avoir des opinions particulières, mais ça n’est pas important. Le Conseil suprême ne peut pas obliger tous les oulémas à avoir la même opinion sur les points de détail. Regardez moi (il enlève son turban et le montre), je porte un turban, je suis un ouléma...

Q: Quelles pourront être les relations d’une éventuelle République islamique d’Irak avec l’Arabie Saoudite, avec les pays du Golfe?

T a M: Déjà au départ, nous avons un point commun: la lutte contre le sionisme, pour la Palestine... Le reste?... Tout dépendra du comportement de ces pays arabes à l’égard de la jeune république islamique. Mais le point essentiel, c’est que la Palestine nous unit.

(Le Monde Diplomatique, extraits, avril 1984)

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