CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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TURQUIE: Où va l'AKP d'Erdogan après les attentats d'Istamboul?

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affiche d'ErdoganLa forteresse Turquie est en état de siège. Attaquée de l’intérieur. Après avoir mis en cause les réseaux d’Al Qaida, le Premier Ministre Recep Tayyip Erodogan a dû reconnaître que plusieurs auteurs des récents attentats -- plus de 50 morts, des centaines de blessés -- étaient des Turcs, et que la revendication du groupe islamique radical IBDA-C n’était pas aussi absurde que les dirigeants turcs l’ont prétendu au début. Si la piste islamique turque se confirme, les conséquences politiques seront dévastatrices.

Les dirigeants de l’AKP, le parti au pouvoir, vont en effet devoir répondre clairement à cette question: l’AKP est-il vraiment un obstacle pour tous les militants qui ont un "agenda islamiste"? Autrement dit, est-il impossible pour les radicaux islamistes d’arriver au pouvoir tant que les modérés de l’AKP qui jouent le jeu de la démocratie tiennent le gouvernement ?

Ou au contraire l’AKP est il une "passerelle" pour les mouvements radicaux.? L’IBDA-C, le Hizbollah, le Mouvement Islamique et le Parti de la Libération , les principaux groupes islamiques radicaux actuellement actifs en Turquie, sont-ils le "bras armé" masqué de l’AKP qui cherche en fait à mettre en place un Etat islamique?

Siege du SaadetQuelle que soit la réponse, c’est la guerre. Dans le premier cas, c’est la guerre entre l’AKP et les islamistes radicaux qui reprocheraient à l’AKP d’avoir trahi ses idéaux et son programme islamiques -- en premier lieu sur des points primordiaux comme le port du voile et les écoles religieuses -- pour garder le pouvoir. Dans le second cas, c’est l’affrontement entre l’AKP et l’armée, qui fera tout pour chasser l’AKP du pouvoir. Inutile de le dire, l’AKP s’efforce d’échapper à cette alternative périleuse en entretenant la plus grande ambiguité sur sa véritable identité...

Arrivé au pouvoir avec 34 pour cent des voix aux élections de Novembre 2002, le Parti de la Justice et du Développement (AKP) de Recep Tayyip Erdogan dispose d’une majorité absolue au parlement turc avec 367 députés sur un total de 550. Et pour la première fois depuis plusieurs législatures, un parti a pu former un gouvernement entièrement composé de ses membres, sans avoir besoin de mettre sur pied une coalition plus ou moins laborieuse.

Un tremblement de terre politique

Survenant cinq ans après le coup d’état à blanc du 28 février 1997 -- quand l’armée avait lancé un ultimatum au gouvernement de l’islamiste Nejmettin Erbakan, le forçant à démissionner quelques semaines plus tard -- la victoire de l’AKP a provoqué un véritable tremblement de terre politique en Turquie: pour l’armée, en particulier, l’arrivée au pouvoir d’Erdogan, qui avait cité en 1997 un poème célèbre de Ziya Gokalp disant "les minarets sont nos bayonnettes, les dômes nos casques et les mosquées nos casernes", était une provocation difficilement acceptable. Pour les Etats-Unis et les autres pays occidentaux, l’arrivée au pouvoir d’un parti réputé islamiste dans un pays membre de l’OTAN et candidat à l’Union Européenne était pour le moins alarmante.

Mehmet MuezzinogluMais depuis qu’il est aux affaires, l’AKP n’a eu cesse de rassurer et les militaires turcs et les diplomates occidentaux -- et tout d’abord en récusant le terme de parti islamiste. "Nous ne sommes pas un parti islamiste mais un parti conservateur démocrate", affirme notamment Mehmet Muezzinoglu. Président de la section d’Istamboul de l’AKP, proche conseiller du premier ministre Erdogan, il est aussi un des fondateurs de ce tout jeune parti, créé le 14 août 2.001. Comme tous les dirigeants de l’AKP, Mehmet Muezzinoglu déploie des trésors de diplomatie pour convaincre le journaliste de passage que l’AKP n’est pas ce que l’on pourrait croire. La tâche n’est pas facile. L’AKP a en effet été fondé par un groupe de parlementaires et de politiciens qui ont milité pendant de longues années dans les partis islamistes d’Erbakan -- le Refah, devenu le Fazilet après son interdiction en janvier 1998.

Le Courant "Réformiste" du Refah

Certes, les fondateurs de l’AKP venus du Refah et du Fazilet revendiquent leur appartenance au "courant réformiste" de ces partis. Mais en quoi se distinguent-ils du courant "orthodoxe", loyal à Erbakan? "Nous donnons la priorité aux droits humains, à l’état de droit, à la démocratie de participation, au libre marché", affirme Mehmet Muezzinoglu. Il n’y a là rien qu’on ne puisse approuver, mais ce programme est tellement vague, tellement général, qu’on ne peut pas fonder un parti sur de tels slogans. Et surtout, cela ne répond pas à la question: "Sur quoi se fonde l’identité de l’AKP..

"Nous voulons aussi préserver notre ancien héritage historique", ajoute Mehmet Muezzinoglu, "nous voulons être un pont entre le passé et le présent, nous prenons en compte les principaux piliers de notre culture et de notre foi. Nous avons six siècles de passé impérial... Etre conservateur, cela veut dire que nous donnons de l’importance à notre passé, à notre conscience historique... La Turquie est une société multiculturelle, mais quelle est la foi de cette société? Comment pouvons nous aider notre peuple à améliorer ses valeurs morales"?

Passé, conscience historique, foi, valeurs morales, ces mots reviennent sans cesse ... mais pas une fois le mot Islam n’est prononcé. Pourquoi? "Sous Erbakan, le parti a été interdit quatre fois", répond le président de la section d’Istamboul de l’AKP, "alors nous avons décidé qu’il fallait repenser notre conception de la politique... Nous nous sommes séparés du Fazilet, quand il a été interdit et lorsque le parti Saadet a été créé (Juillet 2001), parce que ce parti souffre d’un manque de démocratie interne; et aussi parce qu’il n’est pas au diapason des réalités de la Turquie; et évidemment parce qu’il continue d’avoir un discours orienté sur la religion... Ce n’est pas notre mission de parler de religion, nous ne sommes pas des membres du clergé"!

"Je suis un croyant convaincu, je ne bois pas d’alcool, mais je respecte les gens qui boivent et qui ne pratiquent pas bien leur religion: être un "dindar", un croyant, est une chose, être un "dinci" , un fondamentaliste, en est une autre", affirme Mehmet Muezzinoglu, qui est né en 1955 en Grèce, dans une province, la Thrace, où vit une importante minorité musulmane turcophone, et qui a eu un passeport grec jusqu’en 1986. "Nous voulons faire un parti de masses moderne, avec des gens d’origines différentes, réunis sous l’ombrelle de l’AKP".

Plus à l’aise pour parler de la place de l’Islam dans l’idéologie de l’AKP, Yalcin Akdogan, conseiller politique de Recep Tayyip Erdogan et auteur d’un livre sur Erbakan et l’Islam politique en Turquie, déclare, en se démarquant du parti Saadet d’Erbakan: "L’Islam peut être considéré comme faisant partie de notre tradition, de notre culture. Mais le parti Saadet utilise l’Islam comme une idéologie, alors que l’AKP respecte la religion qui fait partie de notre tradition, sans plus. Le Saadet est un parti missionnaire, qui veut répandre la religion dans la population. L’AKP n’a pas une politique d’identité, il ne représente pas une partie de la population -- ce n’est pas un parti qui exploite le sunnisme, ou l’alévisme, ou le kurdisme. L’AKP a choisi d’être un parti du centre, un parti européen".

Une "Salade Russe" politique

Tous les dirigeants de l’AKP insistent sur cette volonté de réunir, autour du noyau dur issu des réformistes du Refah, de militants provenant de toutes les tendances du spectre politique turc, aussi bien du centre gauche (CHP, Parti Républicain du Peuple, DSP, Parti de la Gauche Démocratique) que du centre droit (ANAP, Parti de la Mère Patrie de Mehsut Yilmaz) et du DYP (Juste Voie de Tansu Ciller). Ils ne le revendiquent pas, mais leur électorat comprend aussi d’anciens partisans du parti d’extrême-droite MHP -- déçus par le soutien de leur parti à l’abrogation de la peine de mort. Et aussi des Kurdes, des partisans du PKK, qui savaient que leur parti, le DEHAP, n’atteindrait pas la barre des 10 pour cent pour être représenté au parlement, et qui ont voté AKP pour... déstabiliser le système...

Est-ce que réunir des gens d’origines politiques si diverses dans un seul parti n’aboutira pas à composer une "salade russe" -- un parti composite, sans idéologie et sans programme définis? "Je suis médecin", rappelle Mehmet Muezzinoglu, et j’ai prononcé le serment d’Hippocrate: j’ai juré de soigner mes patients indépendamment de leur origine ethnique ou religieuse. En tant que politiciens, nous devons aussi résoudre les problèmes des gens sans tenir compte de leur passé ou de leur religion. Nous voulons une meilleure Turquie: nous avons 70 millions de patients en Turquie. Notre mission est de les conduire à une meilleure situation. Nous voulons être un docteur de bonne gouvernance". Et pour conclure, le Dr Mehmet Muezzinoglu cite un sondage réalisé au début de l’été qui indique que 38 pour cent des personnes interrogées ont déclaré: "Oui, nous voterons pour l’AKP" -- tandis que 72 pour cent ont dit: "Oui, nous pourrions voter pour l’AKP": "En tant que médecin politique, je veux gagner le soutien de ces gens -- la différence entre les 72 et les 38 pour cent".

Le Saadet: la frange dure de l'électorat islamiste?

Avec 2,5 pour cent des voix, le parti "Saadet" d’Erbakan démontre-t-il quelle est l’importance réelle de l’électorat islamiste en Turquie -- ridiculement minime? Ou représente-t-il la frange dure de cet électorat, le courant très minoritaire qui s’obstine à voter pour un parti qui ne transige pas sur les principes, tout en sachant qu’il n’a aucune chance d’arriver au pouvoir -- contre les 34 pour cent qui votent AKP pour arriver au pouvoir, en sachant que ce sera un pouvoir de compromis.

Nejdet Gokcinar, responsable des relations extérieures du parti Saadet, revendique ouvertement l’idéologie du parti Refah, affirmant que tous les partis islamistes qui se sont succédé depuis 1961 ont eu le même programme. "Tous ces partis sont basés sur les mêmes idées, avec des noms différents. La loi nous interdit de parler de la religion, de l’islam... Mais en ce qui concerne les écoles coraniques, nous avons promis aux gens qu’ils seront totalement libres d’enseigner le coran à n’importe quel âge. Les écoles "imam hatip"? Nous les rouvrirons toutes, et si les gens en veulent plus, nous les y autoriserons. Et leurs diplomés pourront accéder librement à l’université. Le voile? Ce qu’on se met sur la tête, c’est l’affaire de chacun. C’est un droit humain. Le père de la jeune fille qui met un voile paie ses impôts comme tout le monde, sa fille a le droit d’aller à l’université"...

Et Nejdet Gokcinar, n’a pas de mots assez durs pour qualifier ses rivaux de l’AKP, affirmant que la création de l’AKP est le fruit d’un complot orchestré par les USA et Israel avec le concours de Recep Erdogan pour liquider le Refah et faire de la Turquie "l’esclave des Etats-Unis".

Le parti Saadet et l’AKP sont-ils, malgré cet anathème, les deux faces d’un même mouvement islamique, de cette "hydre verte" que l’armée turque combat avec acharnement, et qui tente, comme en Iran, d’arriver au pouvoir grâce à une vague de fond populaire? Ou l’AKP est-il au service d’un opportuniste ambitieux, prêt, comme le pensent certains diplomates occidentaux, à "sacrifier tous ses principes pour arriver à la présidence de la République"? La politique que poursuivra l’AKP au cours des prochains mois apportera peut-être une réponse à cette question vitale pour l’avenir de la Turquie...

De jeunes députés

Cubukcu et OzalTranchant radicalement avec l’idée que l’on se fait des députés d’un parti supposé islamiste, Nimet Cubukcu et Ibrahim Ozal, députés d’Istamboul du parti AKP, ne peuvent que rassurer ceux qui s’interrogent sur l’identité de ce parti. Très jeunes -- ils ont moins de 40 ans -- modernes, ils se consacrent tous les deux à des programmes que pourraient revendiquer n’importe quel député libéral européen.

Née en 1965, très élégante, Nimet Cubukcu nous reçoit tête nue, fardée et sans voile, au siège de l’AKP à Ankara, entre deux séances du parlement. Elle a fait ses études de droit à Istamboul, mais ne parle pas de langue étrangère. Avocate, elle a milité pour les droits des enfants et la liberté d’expression. Ce sont ces activités en faveur des droits humains qui l’ont fait remarquer par les dirigeants de l’AKP qui l’ont invitée, bien qu’apolitique, à rejoindre le parti pour les élections de Novembre 2002. Elue, elle fait partie de la commission contre la corruption et de la commission constitutionnelle. C’est une députée qui prend son travail très au sérieux: pendant 5 mois elle a travaillé plus de 15 heures par jour. Se considère-t-elle comme une croyante modérée, ou très pratiquante? "Dieu seul le sait, répond-elle évasivement, j’essaie d’observer certaines règles, et pas d’autres"... Ce qui l’intéresse, ce sont les tribunaux pour enfants, et le problème des enfants des rues. Et la lutte contre la corruption. Et la réforme de la constitution -- en particulier des articles conférant des pouvoirs excessifs à l’armée, grâce au fameux Conseil National de Sécurité.

Ibrahim Ozal, né lui aussi en 1965, est un neveu de l’ancien président Turgut Ozal, mort subitement en 1993. Parlant parfaitement l’anglais -- il a fait des études d’ingénieur aux USA -- il est membre de la commission d’harmonisation des lois avec celles de l’Union Européenne. C’est un dossier qu’il suit de très près. Il connaît par coeur le contenu de tous ces amendements. Au moment où il nous reçoit, souligne-t-il avec enthousiasme, le gouvernement vient d’adopter le 7eme train de réformes législatives. "Mais, ajoute Ibrahim Ozal, il ne suffit pas de faire adopter des amendements: il faut les appliquer... Nous devons former nos juges et nos procureurs". Ardent partisan de l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne, il souligne que cette adhésion permettra aux habitants de la Turquie de faire un bond économique et politique, comme la Grèce ou le Portugal: "Le peuple turc a le droit de jouir des normes politiques et économiques de l’Union Européenne", conclut-il avant de retourner assister à une séance du parlement.

Une guerre larvée avec la bureaucratie

Ibrahim Ozal a évoqué le problème majeur du gouvernement de Recep Erdogan: sa difficulté à faire appliquer les réformes adoptées par le parlement. Presque tous les cadres du parti évoquent cet affrontement entre le gouvernement de l’AKP et la "bureaucratie" turque, alors qu’ils restent beaucoup plus prudents, sinon muets, sur leurs relations avec les militaires: "La bureaucratie turque est le principal problème que nous rencontrons", souligne Ilker Ayci, responsable des relations extérieures de l’AKP à Istamboul. "Les vieux fonctionnaires ont une mentalité héritée de la guerre froide. Nos juges et nos policiers ne croient pas à la justice, à l’égalité, aux droits humains. Mais nous allons construire une nouvelle bureaucratie, en mettant tout d’abord à la retraite les fonctionnaires de plus de 61 ans, en mettant en place une nouvelle génération. Cela prendra du temps, mais nous y arriverons. Ce sera plus facile de travailler avec un personnel nouveau. Il nous faut faire preuve de courage et d’esprit de décision -- et bénéficier du soutien de la société".

Allant plus loin dans son argumentation, Ilker Ayci explique: "Quand un ministre veut faire une nouvelle loi, il convoque des bureaucrates, et il leur demande de rédiger cette nouvelle loi. Et ensuite il la soumet au parlement. Mais les bureaucrates mentionnent des centaines de raisons de ne pas faire cette nouvelle loi. Les bureaucrates sont des professionnels, ils ont toujours raison. Ils gagnent toujours, s’ils ne sont pas loyaux au système".

"La seule solution", conclut Ilker Ayci, un jeune cadre de 32 ans, très représentatif de cette jeune génération qui a pris le pouvoir avec l’AKP, "c’est de changer de personnel, nous devons nommer des gens qui croient en nous. C’est une lutte, car ils pensent qu’ils sont forts. Il y a 2,8 millions de bureaucrates en Turquie. C’est beaucoup trop. Il faut en garder la moitié. Quelle expérience ont ces gens? Une expérience de tricherie, de tromperie, de corruption".

Cette guerre larvée -- car c’est véritablement de cela qu’il s’agit -- entre l’AKP et une administration mise en place par la dictature militaire du début des années 1980, empêche une évaluation objective de la politique poursuivie par le gouvernement de l’AKP. Si l’on considère par exemple la réforme législative permettant de donner des noms kurdes aux enfants, ou de publier des publications en langue kurde, faisant partie du 6eme train de réformes, on constate qu’elles ne sont pas appliquées par les fonctionnaires qui invoquent des circulaires administratives.

C’est ainsi que pour empêcher de donner des prénoms kurdes, les fonctionnaires du service du recensement, qui enregistrent les naissances, mentionnent une circulaire datant de mai 2002 interdisant l’emploi de prénoms non turcs. La loi a changé, mais la circulaire administrative est toujours en vigueur... Et certaines circulaires administratives sont émises par les gouverneurs de province. Qui est responsable? Le fonctionnaire qui applique une circulaire plus ou moins confidentielle, ou le ministre qui ne l’abroge pas?

L’enseignement de la langue kurde a été autorisé par le train de réformes législatives adopté le 3 août. Mais le ministère de l’éducation a aussi tôt émis une circulaire administrative exigeant que les professeurs enseignant la langue kurde soient diplômés d’une faculté de cette langue. Comme il n’y en a pas, il ne peut pas y avoir d’enseignement de la langue kurde.

Le journal "Radikal" cite le cas d’un rédacteur en chef d’une publication en langue kurde qui a été convoqué par la police turque qui lui a fait passer un examen de langue kurde, en lui faisant traduire un article. Les policiers qui, inutile de le dire, ne savaient pas le kurde, ont conclu que le rédacteur en chef ne connaissait pas assez bien sa langue, et ont exigé sa révocation!!

Les mêmes circulaires et les mêmes arguties empêchent l’application des réformes concernant la lutte contre la torture ou contre les violations de domicile par des perquisitions sans mandat. Les parlementaires ont beau adopter des réformes apparemment spectaculaires, un petit sergent d’un village kurde ou un fonctionnaire municipal d’une banlieue d’Istamboul n’en continuent pas moins d’appliquer les vieilles directives.

L’AKP est-il véritablement en guerre avec une vieille bureaucratie héritée des gouvernements précédents, comme le soutient Ilker Ayci? Cherche-t-il à gagner du temps jusqu’aux prochaines législatives, en nommant peu à peu des fonctionnaires loyaux au parti? Sa marge de manoeuvre est-elle terriblement limitée par des militaires qui attendent le moindre faux pas pour renverser le gouvernement d’Erdogan? Ou certains de ses dirigeants jouent-ils un double jeu, comme le pensent certains analystes, promulguant des réformes pour satisfaire l’Union Européenne, en sachant qu’elles ne seront pas appliquées? Toutes ces questions et ces incertitudes contribuent à entourer l’action du gouvernement de l’AKP d’une telle opacité que l’on doit se garder de porter un jugement définitif sur sa politique, et que beaucoup de Turcs, à droite comme à gauche, s’interrogent sur sa véritable identité..

(Le Nouvel Observateur, N° 2039, 4 Décembre 2003)

 

 

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