CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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KURDISTAN IRAK: Quel objectif stratégique ?

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Il ne s'agit pas d'une conférence, mais de réflexions -- je réfléchis à haute voix avec vous -- sur l'histoire récente du Kurdistan irakien. Ce sont des pistes, des questions que je me pose, que je vous pose, et sur lesquelles j'attends vos commentaires et vos réponses.

I) La répétition de l'histoire kurde


BarzaniJe suis frappé par la façon dont l'histoire kurde se répète, et dont vous n'en tirez apparemment pas les leçons.

Je parlerai de la question de Kirkouk et des territoires disputés. En 1970, le général Barzani et Saddam Hussein ont signé les fameux accords du 11 mars, qui prévoyaient la solution du problème de Kirkouk et des territoires disputés de la façon suivante: un recensement, et un référendum. Le temps a passé, ni le recensement ni le référendum n'ont eu lieu. La guerre a recommencé, et après l'accord d'Alger entre le Chah et Saddam Hussein, le 6 mars 1975, l'écroulement du mouvement du général Barzani.

On dit que le général Barzani savait que les accords du 11 mars 1970 ne seraient pas appliqués par Saddam Hussein, et qu'il racontait l'histoire suivante: On demande à un condamné à mort que l'on va pendre à un arbre quel est son dernier souhait -- et le condamné répond: "Faire trois pas au delà de cet arbre"… Pourquoi? Pour avoir trois pas de liberté. Et le général Barzani de dire: "En 1970, le peuple kurde a eu trois pas de liberté".

Après la chute de Saddam Hussein, l'opposition irakienne, dont faisaient partie les partis politiques kurdes, est arrivée au pouvoir. Et en 2005, elle a rédigé une nouvelle constitution irakienne, comprenant le fameux article 140, qui prévoyait la solution de la question des territoires disputés -- dont Kirkouk -- par un processus en trois étapes a) la normalisation de la situation, b) l'organisation d'un recensement c) et finalement un référendum. Cet article prévoyait même que le tout devait se faire dans un délai maximum de deux ans. Il y eut bien un début de normalisation, et puis plus rien. Nous sommes fin 2009, quatre ans plus tard, et plusieurs partis arabes veulent réviser la constitution et abroger l'article 140.

Cette fois-ci, vous avez conclu un accord non pas avec un adversaire -- comme le général Barzani avec Saddam Hussein -- mais avec des alliés, vos partenaires de l'opposition irakienne, avec lesquels vous avez collaboré pendant des années dans la lutte pour renverser Saddam Hussein, une opposition qui soutenait le mouvement kurde à l'intérieur de l'Irak, et même à l'extérieur.

Je me pose les questions suivantes:

a) Pourquoi, instruits du précédent des années 1970, avez-vous accepté que les gouvernements d'Allawi, Jaffari et Maliki retardent l'application des l'article 140 sans réagir?
- Quelles étaient vos options pour forcer Bagdad à appliquer l'article 140?
Souvent, dans mes discussions avec des responsables politiques kurdes, ils me disaient "Nous ne voulons pas révéler quelles sont nos options, nos plans B et C, pour surprendre l'adversaire!"

Je pense qu'au contraire, il aurait été préférable de déclarer publiquement quelles étaient vos cartes.

En ce qui me concerne, je vois les initiatives suivantes:

- boycott du gouvernement par les ministres kurdes
- ensuite, boycott du parlement par les députés kurdes
- enfin, démission totale


Evidemment, je serai heureux de vous entendre dire quelles étaient les autres options des Kurdes.


b) La seconde question que je me pose à ce sujet est la suivante:
HalabjaSi Bagdad ne tient pas sa parole -- ni quand c'est un dictateur tout puissant qui ne respecte pas sa signature, ni quand c'est une nation toute entière qui approuve une constitution -- comment envisagez-vous de négocier à l'avenir avec Bagdad? Comment traiter avec un pareil partenaire?

II) Après avoir parlé de la répétition de l'histoire kurde, je voudrais vous parler maintenant d'un grand tournant, d'une évolution majeure dans l'histoire kurde en Irak.


- Pendant des décennies, depuis les années 1930 jusqu'aux années 1970, les Kurdes se sont battus contre les soldats de Bagdad pour obtenir leurs droits, mais ces guerres n'ont pas affecté les relations entre les peuples arabe et kurde, sur le plan personnel. Bagdad était la plus grande ville kurde d'Irak, et les Kurdes qui n'étaient pas engagés politiquement dans le mouvement national kurde n'étaient pas persécutés pour le fait d'être kurde. Les guerres opposaient le gouvernement de Bagdad à un chef de résistance kurde, mais les relations entre Arabes de la rue et Kurdes restaient fraternelles.


On observe un tournant -- faut-il l'appeler une coupure, une rupture -- dans les années 1980-1990.

Plusieurs facteurs y ont contribué:

a) L'Anfal, les bombardements chimiques, Halabja, les déportations.
Désormais, les populations civiles kurdes sont les premières victimes de la guerre impitoyable que leur livre Saddam Hussein. Devant un auditoire d'intellectuels kurdes, je n'ai pas besoin d'entrer dans les détails de cette répression.

b) Le retrait des troupes et de l'administration irakiennes du Kurdistan en 1991, et l'apparition d'une nouvelle génération de jeunes Kurdes, la génération 1991, qui ne parle pas l'Arabe, ne fréquente pratiquement pas d'Arabes, et n'a pas eu de rapports avec une administration arabe.

c) La montée du nationalisme kurde, qui s'est manifesté avec le référendum non officiel de 2005 sur l'indépendance.

d) Et enfin, le non respect de la parole donnée, des accords, le refus d'appliquer l'article 140 de la constitution.


Il n'y a pas de guerre aujourd'hui -- et j'espère qu'il n'y en aura plus -- mais j'ai l'impression que désormais une grande partie de la population kurde nourrit des sentiments hostiles à l'égard des Arabes, de, certains d'entre eux, de ceux qui voient dans un éventuel Kurdistan indépendant un "Deuxième Israel". L'Irak a été une création artificielle, la rupture est consommée, dans les esprits sinon dans les faits. Je suis évidemment très curieux d'entendre vos commentaires sur ce point.

III) Comme troisième sujet de réflexion, j'ai choisi celui-ci: quel objectif stratégique doivent poursuivre les Kurdes d'Irak?


a) Faut-il consolider le système fédéral irakien, et en profiter pour développer la région contrôlée actuellement par le GRK, sans Kirkouk, en sachant qu'il est très difficile de modifier des frontières internationales, et qu'il sera plus facile de rattacher Kirkouk au GRK dans le futur si la région kurde fait toujours partie de l'Irak, et n'est pas indépendante.

b) Faut-il mettre en péril ce qui a été construit depuis 1992 par les GRK dans la région kurde, au risque de déclencher une nouvelle guerre? Faut-il, comme le général Barzani l'a fait, faire la guerre pour Kirkouk, en se disant qu'il vaut mieux faire la guerre maintenant, pendant que l'armée irakienne est faible, divisée, sans armes lourdes? Mais la guerre n'est pas une solution -- après la guerre il faut négocier. Et l'on revient à la situation que j'ai déjà exposée.

Et combien de pechmergas sont de vrais pechmergas? Combien de chefs sont prêts à retourner dans les montagnes? Combien de Kurdes sont prêts à détruire ce que le GRK a mis dix sept ans à construire?

c) Autre option: Si le Kurdistan gouverné dans ses limites actuelles peut accéder à l'indépendance, faut-il oublier Kirkouk pour bâtir un Kurdistan indépendant avec ses trois grandes villes, ses quatre millions d'habitants, et son pétrole?


Voilà quelques unes des questions que je me pose, et que je suis heureux de vous poser…

(Intervention devant l'Académie Kurde, Erbil, 12 novembre 2009)

 

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