CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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GOLFE: L'émergence d'Abou Dhabi

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Soldats turcs empêchant les réfugiés kurdes irakiens de pénétrer en Turquie, 1991

Frontière turque

 

Gl Mohammed al Khouli

Général Mohammed al Khouli

 

Tatiana Lebed dans sa boutique atelier

Tatiana Lebedev Mode, Paris

Vue aérienne d'une plate-forme pétrolière

Pétrole, Ecosse

 

Defi Kurde

 

MNK

 

Defi persan

Cheikh Zayed aux coursesSix mois après le départ de décembre 1971, le départ des britanniques du Golfe Persique semble être un fait acquis.

On peut cependant s’interroger sur la réalité de ce retrait... L’ambassadeur britannique reste toujours l’interlocuteur privilégié et la Grande-Bretagne le principal partenaire commercial des Emirats du Golfe. De nombreux “conseillers” britanniques entourent toujours les cheikhs: leurs armées et leurs polices sont toujours commandées et encadrées par des officiers britanniques.

Ce départ a d’ailleurs entraîné une effervescence considérable dans tout le Golfe, départ qui s’est manifesté par pas moins de trois coups d’Etat ou tentatives de coups d’Etat depuis le début de l’année.

Ces soubresauts ne sont en fait que des épiphénomènes, qui reflètent à peine le lent pourrissement de la situation dans la région du Golfe. Tout est encore très souterrain, obscur, feutré: on a l’impression d’assister au début d’une partie d’échecs -- seuls les petits pions bougent, on croit que rien ne se passe, puis, tout d’un coup, les grosses pièces entrent en jeu, et, en quelques coups, tout est réglé. Et l’on peut se demander si ce second Vietnam que certains s’obstinent à voir dans le conflit israelo-arabe n’est pas en fait en train de se préparer dans le Golfe Persique, où les Etats-Unis, la Chine, l’Union Soviétique et le Japon se précipitent dans ce qui a été si longtemps chasse gardée britannique.

Course de chameaux dans le désert, Abou dhabi, 1972L’émergence d’Abou Dhabi est, sans aucun doute, le fait majeur de ces cinq dernières années. Quand les pétroliers de l’Iraq Petroleum Co. ont commencé à prospecter la région en 1948-1949, ils ne s’arrêtaient même pas à Abou Dhabi, une minuscule bourgade de pêcheurs, ramassée autour d’un vieux fort de terre. Ils allaient directement à Dubai ou à Charja, où résidait l’agent politique anglais et où l’on pouvait prendre une douche fraîche.

Le Cheikh Chakbout, le prédécesseur de l’émir actuel d’Abou Dhabi, se déplaçait dans un vieux “pick up” pour aller visiter les pétroliers sur les rigs, revenant chaque fois déçu de ses tournées: on ne trouvait pas de pétrole à Abou Dhabi.

Le pétrole n’y a été découvert qu’en 1958-1959, et ce n’est qu’en 1959-1960 qu’on a observé les premiers véritables changements: le premier immeuble en “dur” a été construit en 1964.

En 1971, les redevances pétrolières versées au successeur du Cheikh Chakbout, le Cheikh Zayed, se sont élevées à 174 millions de livres sterling. Cette production devrait atteindre 50 millions de tonnes cette année (1972) et 100 millions de tonnes en 1974, avec l’exploitation du gisement d’Asab. Les revenus, eux, pourraient atteindre le chiffre vertigineux de 500 millions de livres sterling en 1975!

Cheih Zayed embrassant un bédouinUn Emir ambitieux

Les compagnies pétrolières  se gardent de faire une publicité tapageuse à ces perspectives. Elles envisagent avec anxiété la fameuse participation de 20%. On affecte un ton détaché en public, mais en privé on gémit: “La participation changera beaucoup de choses... Avec 20% les cheikhs deviendront les principaux actionnaires... Et ils seront en mesure d’influencer la politique de la compagnie”.

Le Cheikh Zayed ne lit peut-être pas les revues spécialisées anglo-saxonnes, mais ce bédouin qui, dit-on, n’a appris à lire que récemment, s’est révélé un grand politicien avec son idée de l”Union des Emirats Arabes”. Il a en effet compris qu’Abou Dhabi, malgré toute sa richesse, ne faisait pas le poids: 15 à 20.000 bédouins, quelques milliers d’Indiens, de Pakistanais, de Beloutches, voilà Abou Dhabi. Mais avec les six autres émirats, l’Union, c’est 200.000 habitants, une superficie de 80.000 km2... et du pétrole.

Et cette union-là, Abou Dhabi, incontestablement, la domine, à tel point que Cheikh Zayed a pratiquement annexé les autres émirats sans coup férir. Il faut avoir vu cheikh Zayed se faire acclamer à Dubai comme s’il était chez lui.

Un diplomate arabe accrédité auprès de l’Union des Emirats va encore plus loin: “Zayed est extrêmement ambitieux”, dit-il, “Il veut être le leader! Son ambition déborde même le cadre du Golfe... Zayed veut jouer un rôle dans tout le monde arabe. Et après la mort de Nasser, toutes les places sont à prendre. Fayçal d’Arabie a peut-être plus de moyens, mais il a plusieurs millions d’habitants à nourrir, alors que Zayed n’en a que quelques milliers. Et l’Arabie Saoudite est un pays “vieux” (!), divisé, en proie à de nombreux courants contradictoires. Tandis que Zayed, lui, il a un pays neuf. Son pouvoir est absolu. Et dans cinq ans, il sera presque aussi riche que le roi saoudien”.

Le pouvoir de Zayed, absolu, mais précaire, repose sur la maigre population bédouine qui lui est entièrement dévouée. Le tiers de la population est autochtone, le reste étant en effet composé d’étrangers. Or, si les ressortissants des Emirats bénéficient de beaucoup d’avantages, les immigrants étrangers en sont totalement privés: pas de soins médicaux, ni d’enseignement gratuit pour eux. Les manoeuvres béloutches, qui gagnent 7 F par jour, s’entassent à 8 ou 10 dans des taudis. Et les Indiens et Pakistanais, moins mal lotis, n’ont pas, pour autant, toutes les raisons d’être satisfaits.

Tous ces éléments de la population vivent les uns à côté des autres, sans se mélanger. Les Béloutches ne pensent qu’à faire venir un frère, puis un cousin, puis un ami. Pour cette raison, ils se tiennent parfaitement tranquilles, sans organisation syndicale ou politique. Les Indiens, eux, ne se font pas oublier. Ainsi, pendant la guerre indo-pakistanise, ils ont envoyé plusieurs tonnes de secours à l’aéroport... où ils furent d’ailleurs bloqués par les autorités. Toutefois ces Indiens du Golfe sont aussi secrets que grégaires, et il est très difficile de les pénétrer.

L’administration peut-elle fomenter une révolution? Elle est encore squelettique, au point qu’un secrétaire d’Etat peut dire: “”Le ministre et moi, nous formons la moitié de notre administration. Les autres ce sont des dactylos”. Il y a certes dans l’entourage des cheikhs, quelques “gauchistes” ayant fait leurs études au Caire ou à Moscou, mais, affirme un ministre de l’Union, “l’argent pourrit tout, surtout les intellectuels”.

On voit encore moins l’armée faire une révolution; elle est entièrement entre les mains des Anglais, quoique Cheikh Zayed vienne de nommer le premier colonel pakistanais, ce qui n’a pas été sans provoquer une vive émotion chez les officiers britanniques.

En fin de compte, le fait fondamental est l’ouverture de dizaines d’écoles qui sont en train de former des milliers de jeunes qui iront poursuivre leurs études à l’étranger. Et c’est parmi cette jeunesse que naîtra, sans doute, celui qui changera le destin d’Abou Dhabi.

(Jeune Afrique, 19 Août 1972)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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