CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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RUSSIE: Saint-Petersbourg, une mosquée pour un demi-million de Musulmans

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Assez impressionnante quand on la regarde de loin, la mosquée de Saint-Petersbourg se dresse dans le centre de la ville, dans la rue des Tatars. A leur façon, les musulmans de l’ancienne capitale de la Russie vont participer aux célébrations du tricentenaire de la fondation de la grande ville du nord de la Russie fondée par le tsar Pierre le Grand. "Pendant les cérémonies du tricentenaire, nous allons célébrer le troisième centenaire de l’installation des Tatars à Saint-Petersbourg", déclare Ponchaev Djafar Nasibullovich, l’imam de la mosquée et mufti de Saint-Petersbourg.

Ces Tatars qui ont bâti le Palais d'Hiver

"Nos ancêtres étaient des bâtisseurs, ils vivaient dans des yourtes (tentes) dans ce quartier, qui a ensuite pris le nom de "quartier tatar", et ils ont participé à la construction du Palais d’Hiver et des premiers bâtiments de la ville". Il y a aujourd’hui environ 500.000 musulmans à Saint-Petersbourg. Les Tatars forment le groupe le plus important (environ 150.000) mais il y a une dizaine d’autres nationalités, en majorité des musulmans originaires d’Asie Centrale et du Caucase...

La construction de la mosquée a commencé au début du siècle dernier: en 1908 le Tsar a donné l’autorisation à un comité d’environ 200 personnes de réunir l’argent nécessaire pour sa construction. Cette collecte a réuni 750.000 roubles, somme importante pour l’époque, et la première pierre a été posée en 1910. Un concours avait permis de choisir parmi 48 candidats N.V. Vassiliev, un architecte russe qui s’était fortement inspiré des mosquées de Samarcande. En 1913, alors que la mosquée était loin d’être terminée, les musulmans de Saint-Petersbourg ont prié dans le sanctuaire en construction pour célébrer le 300eme anniversaire de la dynastie des Romanov. C’est seulement en 1920, trois ans après la révolution, que la mosquée a été terminée.

Période de répression

En 1939, en pleine période de répression antireligieuse, la mosquée est fermée et transformée en dépot. Elle est rendue au culte en 1956, trois ans après la mort de Staline, mais elle est alors en très mauvais état, et n’est que très superficiellement restaurée. En 1980 une partie de la coupole de 1000 m2 s’effondre. A sa stupéfaction l’imam de la mosquée reçoit la visite d’un adjoint au maire de St Petersbourg, un communiste, qui lui promet le soutien de la municipalité pour la restauration de la mosquée. Depuis l’imam Nasibullovich a rencontré à plusieurs reprises le président Poutine qui lui a promis de l’aider à terminer la restauration de la mosquée.

Né en 1940 dans la région de Penza, à 1.500 km de Saint-Petersbourg, l’imam Ponchaev Djafar Nasibullovich a fait ses études religieuses à Boukhara puis à la madrassa de Tachkent, où il a obtenu son diplôme en 1975. Il voulait aller étudier au Koweit, mais il a été envoyé en 1977 à Saint-Petersbourg, où il a été nommé mufti en 1991: c’est donc un pur produit de la période soviétique.

"Pas difficile d'être musulman en Russie"

Il affirme catégoriquement que ce n’est "pas difficile d’être musulman aujourd’hui en Russie, que c’était beaucoup plus dur pendant la période soviétique: Pendant la période soviétique il n’y avait pas de mosquée, pas de madrassa, nos ancêtres se sont battus, mais la religion ne nous a pas quittés... C’était difficile; je me souviens que mon père m’avait emmené à la mosquée quand j’étais enfant, et on lui avait fait payer une amende".

"Aujourd’hui, je ne sens pas de pressions", affirme l’imam Nasibullovich, "je suis fier de mes ancêtres arrivés il y a 300 ans ici. Il n’y a pas de conflit; nous avons de très bonnes relations avec le pouvoir local, il nous aide". Y-a-t-il des problèmes de racisme? "Il n’y a jamais eu de problèmes dans notre ville, nous n’avons pas de problèmes avec les gens", affirme, péremptoire, le mufti de Saint Petersbourg. Ces déclarations sont d’autant plus surprenantes que la presse russe se fait l’écho des agressions subies par les musulmans, en particulier depuis la reprise de la guerre en Tchétchénie, et depuis la prise d’otages au théâtre de Moscou.

Mais le mufti explique qu"il n’y a pas de problème entre les Russes et l’islam: "Le problème concerne des gens qui... ne sont pas de vrais musulmans, qui ne respectent pas le Coran et qui déforment l’islam... Ces gens qui prennent des gens en otages, en se réclamant de l’islam, n’ont pas le droit de le faire".

Et quand on lui demande s’il n’a pas des problèmes pour faire venir pour la madrassa de la mosquée des professeurs originaires de Turquie ou d’Arabie Saoudite, accusés de répandre des doctrines fondamentalistes, le mufti réplique: "Les fondamentalistes n’enseignent pas l’islam, ils enseignent autre chose... Il y avait des Arabes qui enseignaient ici, mais quand je les ai entendus dire qu’ils savaient mieux que nous comment faire la prière, qu’ils ne respectaient pas leurs parents, et qu’il fallait aller quelque part tuer des gens, je leur ai dit de ne plus venir ici. Quand j’entends parler d’islam pur, mon coeur me fait mal. A l’époque soviétique, on cassait les chaînes qui maintenaient les portes des mosquées fermées pour pouvoir y entrer les jours de fête, et maintenant des gens viennent d’on ne sait pas où qui nous disent que nous ne connaissons pas l’islam! Ces gens ne sont pas de vrai musulmans. Et si des gens s’occupent d’autre chose que de l’islam, c’est à nous de leur dire de quitter les lieux".

Avec le mufti Nasibullovich, les autorités russes peuvent être tranquilles: ce n’est pas lui qui répandra la sédition dans la communauté musulmane...

Pressé de questions, il reconnaît que cette communauté vit sa foi dans des conditions difficiles: il y a une seule mosquée pour un demi million de fidèles, et le mufti attend toujours l’autorisation d’en construire une seconde. Il n’y a pas une seule boucherie "Halal" à Saint-Petersbourg. Le vendredi, le jour de la grande prière, un boucher vient avec sa camionnette dans la cour de la mosquée, et livre aux fidèles les commandes qui lui ont été faites la semaine précédente... "Nous espérons pouvoir ouvrir un magasin à côté de la nouvelle mosquée quand elle sera construite", dit le mufti.

Et il n’y a eu que dix personnes qui ont fait le pélerinage, le "haj", l’année dernière. "Cela coûte très cher, 1.700 dollars pour l’avion et l’hébergement", explique le mufti, "et les personnes âgées n’ont pas d’argent". Auparavant, sous le régime soviétique, il y avait environ deux fois plus de pélerins: ils étaient invités par l’Arabie Saoudite...

La "zakat"? Pendant le ramadan, les fidèles donnent de l’argent pour financer le fonctionnement de la mosquée. Mais la zakat proprement dire, seuls les "nouveaux Tatars" , les Tatars qui gagnent de l’argent dans le commerce, ou qui travaillent dans le gaz et le pétrole, peuvent payer.

"Après 70 ans de communisme, c’est difficile de remonter la pente", conclut le mufti Nasibullovich.

Pendant le long entretien que nous avons eu avec lui, le mufti a soigneusement évité toutes les questions politiques. Moins diplomate, un de ses employés nous dira en partant: "Dîtes aux Israeliens d’arrêter de massacrer les Palestiniens... Saddam Hussain est brave:il se bat pour l’indépendance de son pays. Pourquoi seulement les Américains ont le droit de lancer des bombes sur les gens"!

 (Al Wasat, 17 February 2003)

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