CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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FRANCE: Serge Humpich, 200 Millions de Francs ou rien...

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Dernière photo d'Ocalan en homme libre, Rome, 3 janvier 1999

A.Ocalan

 

Tombeau nabatéen, Madain Saleh

Arabie Saoudite

Serge Humpich à côté d'un de ses ordinateurs désossésQ: Etes-vous un hacker?

Je ne me considère pas comme faisant partie d’un groupe, de “hackers”, ou “pirates”. J’ai une activité professionnelle. Sur Internet j’ai vu des messages de jeunes qui n’y connaissaient rien; ils ont un intérêt quasi nul: soit on consacre son temps à acquérir des connaissances, ou on consacre son temps à communiquer... Et puis ils m’ont refroidi, ils m’ont envoyé des messages du genre: “T’es pas un vrai hacker, t’as pas un surnom”... Ce n’est pas sérieux, ce sont des clubs, des groupes de jeunes qui se font récupérer... Les seules relations que j’ai pu avoir avec eux m’ont refroidi: J’ai passé l’âge.

Les jeunes hackers ont une démarche très différente de la mienne: ils font le tour d’un ordinateur comme on ferait le tour d’un bâtiment, en essayant toutes les portes, jusqu’au moment où ils trouvent une porte restée ouverte par suite d’une erreur de l’administrateur système. C’est un travail velléitaire, il n’y pas de plus-value. Moi, quand je suis passé, il faut repenser le système: j’ai forcé la serrure, tous ces modèles sont obsolètes.

Portrait de serge Humpich rêveurJe suis informaticien et électronicien, j’ai une double compétence qui est rare, c’est ce qui m’a permis de casser les cartes bancaires. Je suis sorti ingénieur électricien de l’école INSA de Lyon, j’ai fait de l’informatique depuis, et j’ai acquis un certain niveau.

Quand je suis sorti de l’école, je suis entré dans les finances; pendant 12 ans j’ai fait des logiciels pour des traders, des logiciels d’aide à la décision, et aussi de traitement, du back office, pour gérer les ordres, les risques...

 

Q: Mais vous avez une formation d’électricien, comment êtes-vous devenu informaticien?

Quand j’étais étudiant, je m’intéressais à ça. On est censé s’adapter à tout nouveau milieu... Tout s’apprend. Un bon technicien doit être blasé: si demain je dois m’occuper d’un moteur diesel, je le ferai...

Gros plan sur Serge HumpichQ: Pourquoi vous attaquer à la carte bancaire?

Il y a plusieurs raison

  • J’avais envie de faire de l’électronique
  • Je ne suis pas un velléitaire; je savais que si je commençais, je faisais un essai qui irait assez loin, ce ne serait pas que l’affaire d’une après-midi, que j’y travaillerais un certain temps sérieusement.
  • J’étais assez certain d’y arriver; je n’étais pas à mon coup d’essai, j’ai fait d’autres choses avant... J’ai étudié les entreprises, leurs dysfonctionnements. Les gens avaient sous estimé le lecteur, le terminal de paiement, ils avaient sous estimé les problèmes de sécurité: regardez ce qui arrive à de très grandes marques: il y a des Mercedes qui se renversent... Des systèmes supposés très solides ne fonctionnent pas...
  • La potentialité de le faire. On peut faire des maquettes d’avions ou de bateaux, y passer 6.000 heures... OK, autant faire quelque chose qui ait un potentiel dans notre société: si je découvre que c’est mal conçu, ça doit être négociable, vous êtes obligés de l’acheter, pour savoir comment les autres passeraient...
  • La possibilité de le faire avec des moyens pas trop onéreux
  • Je pouvais regarder ce qu’il y avait dans le terminal de paiement avec quelques milliers de francs d’équipement: des pinces, etc

Q: Que voulez-vous dire exactement quand vous prétendez que ça n’était pas votre coup d’essai?

(Serge Humpich reste silencieux un moment avant de continuer en pesant ses mots -- manifestement, il ne veut pas fournir à ceux qui l’ont poursuivi de nouveaux chefs d’inculpation:)

Je ne peux pas vous raconter ça: bon, je regardais tous les systèmes de sécurité qui passaient... Ça a commencé quand j’étais étudiant à Lyon: j’avais entendu dire que des étudiants arrivaient à gruger les cabines téléphoniques... J’ai réalisé que les systèmes de protection... J’ai eu un intérêt technique... Vous pouvez commencer à imaginer ce que vous voulez! Les jeux avaient des systèmes de protection, c’est une activité classique des étudiants qui demande beaucoup d’ingéniosité. Cela m’amusait beaucoup. Le but est de rendre le système de protection obsolète, pas de faire des gains. Quand je faisais mes recherches (sur les cartes bancaires) le moteur n’était pas de faire du gain. Mais en arrivant au bout, j’ai eu une réaction vénale, j’ai voulu vendre ce que je savais. J’étais archi-certain... (que j’y arriverais).

Q:Quel genre d’activités avez-vous encore eu quand vous étiez jeune étudiant?

Les tickets de métro, par exemple, j’étais attiré par ça. Passer par ailleurs, toute une science, des trucs, comment faire... C’est toute une culture pas académique, toujours intéressante à connaître, qui ne se transmet qu’oralement.

Q: Tout ça, c’est un peu du folklore étudiant?

Oui, mais cela permet de communiquer, partager. On rentre dans l’ambiance. C’est une vraie culture, qui touche la vie, bien plus humaine que tout ce qui est encadré.

Q: Entre ces activités d’étudiant, et le hacker qui casse le code des cartes bancaires, il y a eu bien des étapes?

Effectivement, toutes sortes d’étapes: la montée en puissance a été progressive; j’ai acquis pas mal d’expérience. Par exemple, dans les logiciels il y a des protections qui peuvent empêcher qu’on puisse les modifier ou les copier. J’ai...regardé ça. Par défi? Non, je n’ai rien à me prouver. Je l’ai fait par goût technique -- c’est un plaisir partagé avec quelques connaisseurs. J’ai regardé aussi les cartes techniques, les cartes de cinéma, les cartes de téléphone, les décodeurs TPS: je ne vais quand même pas vous dire tout ce que j’ai fait, tout ce que j’ai regardé... je faisais cela en dehors de mon travail. C’était ma seconde nature...

Le fait qu’il y ait une telle séparation entre l’électronique et l’informatique fait que celui qui connaît les deux métiers peut beaucoup plus passer à travers les protections: si on peut commander, modifier la machine qui est en dessous, la machine ne tient pas le coup.

Q: Combien de temps avez-vous travaillé sur les cartes bancaires?

Quatre ou cinq ans. pas tout le temps. Quelquefois j’arrêtais pendant six mois. Mais j’ai tout de suite eu des doutes, j’ai vu que c’était faisable. Le problème, c’est que dans les entreprises ce sont toujours des non-techniciens qui prennent les décisions. Je vais vous donner un exemple: si on fait un sondage à l’Opéra, si on demande à une jeune fille: “Est-ce que vous voulez des petits pains chauds dans votre avion”? elle va évidemment répondre: “Oui”. Mais moi ce que je demande à l’avion, c’est d’abord qu’il parte à l’heure, qu’il arrive à l’heure, et qu’il soit moins cher. Mais qui osera au cours d’une réunion de direction remettre les choses à leur place, dire que tout est mal parti? On ne peut pas critiquer le système, sinon le système va vous rejeter...

De même, il y avait des techniciens, des ingénieurs des cartes bancaires qui savaient que le système était mal fait, mais ils ne pouvaient pas le dire.

Q: Mais encore une fois pourquoi s’attaquer aux cartes bancaires?

Je vous l’ai déjà dit: le potentiel: Je n’allais quand même pas ramener un parcmètre chez moi. Et puis les cartes bancaires, tout le monde en a une dans sa poche. Et puis le goût d’aller vers des systèmes plus exotiques: je n’avais jamais rencontré quelqu’un qui avait commencé un début de recherche dans ce domaine. Plus c’est difficile, plus ça me plaît...

Ce n’est pas une affaire d’orgueil, ni de défi. C’est plutôt le renoncement à la vie. Ca va avec la sagesse: c’est la voie du bonheur... Je renonce à réussir professionnellement trop bien. Il y a une chose que je veux bien assumer, c’est de la prétention: les chefs d’entreprises se disent qu’ils sont capables de mener une boite. C’est un bon moteur. Mais je ne me mesure pas avec les gens.

Q: Pourquoi avez vous acheté des carnets de tickets de métro avec votre système?

Le GIE des cartes bancaires ne voulait pas croire que ça marchait. Ils ne voulaient même pas l’envisager. C’est donc contraint et forcé que j’ai été obligé de faire ces achats-là... J’avais pris un avocat, parce que je voulais être dans la loi, je voulais être bien protégé. Il s’est associé avec le cabinet Hirsch, un des plus gros cabinets de brevets. Les négociations se passaient bien. On leur a demandé: “est-ce que vous comprenez notre démarche”?

Q: Combien d’argent leur avez-vous demandé?

Des sous... On ne l’a jamais dit: ce serait la preuve que les fuites viendraient d’eux. L’Express a mentionné le chiffre de 200 Millions de Francs. Moi, je n’ai pas vraiment négocié.

Il y a quelque temps, j’ai créé un virus, et j’ai écrit un bouquin: “Comment créer un virus”. Je n’avais pas su aller le présenter à des éditeurs...

Cette fois-ci, j’ai fait négocier: moi, j’étais très en arrière. De temps en temps j’avais des retours...

Q: Comment expliquez vous la rupture des négociations, les poursuites?

La seule explication, c’est qu’ils étaient perdus. On était dans une position de force absolue: le directeur technique avait intérêt à dire: “c’est un petit escroc”, sinon il était perdu.

De plus du point de vue technique, la carte bancaire ne fait que de la protection, si ça ne marche pas, tout va à la poubelle.

Mais l’échec des négociations, c’est aussi l’échec de l’avocat, plus que le mien, et il en convient.

Q: Vous n’avez jamais eu la tentation de profiter de votre découverte, de faire le casse du siècle?

Ce que je faisais, cela s’apparentait à un travail professionnel. Un adolescent ne peut pas le faire. Et un caissier ne part pas avec la caisse. Ça arrive, mais ce n’est pas la tendance.

Il y a d’autres raisons: il ne faut pas penser que je suis extrêmement honnête, mais j’avais le choix entre beaucoup d’argent (si les négociations aboutissaient) et une histoire de trois sous, un fonctionnement, une vie que je ne connais pas. Dans quelle vie je risquais de rentrer: il aurait fallu des complices qui au bout de quelques semaines...

Il n’était pas question de voler trois sous: c’était le moment ou jamais de ne pas faire des trucs; tôt ou tard j’allais être connu...

Q: Et aujourd’hui, que pouvez-vous négocier, que pouvez-vous rattraper?

Le groupement des cartes bancaires a tout récupéré pendant l’instruction, pendant le procès, tout mon matériel a été saisi: ils savent maintenant par où je suis passé.

Q: Tout le monde est au courant de votre découverte; certains peuvent-ils être tentés de vous imiter ... et de voler de l’argent avec de “fausses cartes”?

Un électronicien ne comprend pas les clés qui ont été publiées... Et un ingénieur qui a des années de carrière, pour quoi ferait-il ça? Pour piquer trois sous?... Et ceux qui courent après trois sous n’ont pas les capacités. Mais c’est vrai qu’il y a beaucoup plus de fraudes qu’on ne le croyait...

Q: Et maintenant, que faîtes-vous?

Je suis dans la dèche! Avant je gagnais assez bien ma vie; et tout s’est arrêté. J’ai été licencié par l’entreprise dans laquelle j’ai travaillé 12 ans: ils devaient prendre position contre moi devant leurs clients. Ils ont prétendu que...je n’avais pas le droit de travailler pour quelqu’un d’autre! Je les poursuis pour licenciement abusif. Ils viennent de me proposer une transaction à l’amiable. En attendant je vis des Assedic: avant, je touchais juste assez pour rembourser l’emprunt avec lequel j’ai acheté ma ferme, et payer mes impôts. Maintenant, les Assedic ont diminué, c’est la crise...

Quand vous êtes arrivés j’enregistrais des cassettes, pour écrire un livre sur mon histoire; c’est assez dur...

J’essaie de rebondir professionnellement. Les grandes entreprises n’ont pas très envie de s’associer avec moi. J’ai des contacts. Les gens qui viennent me voir travaillent dans la vidéo surveillance, les serveurs vidéo à travers internet, les produits d’attaque électronique, pour tester des systèmes.

J’ai un dîner ce soir...Je vais savoir si des gens vont investir dans une affaire...

Dans notre société il n’y a pas de reconnaissance: vous faîtes une superbe invention, personne n’en veut. Mais si on perce un système, il y a toujours un moment où le mammouth est obligé de vous écouter. C’est le seul domaine où le gros est obligé d’écouter le petit...

Q: Et concrètement, comment vivez-vous? les nénettes?

Mon idéal, c’est de vivre dans un monastère... Les voyages les plus intéressants, c’est ceux qu’on fait à l’intérieur de soi. Quand je prends des vacances, je mets une chaise sous un arbre dehors dans le jardin de la ferme, et je regarde le ciel, l’herbe... J’aime le silence, la culture physique. Il faut organiser sa vie: l’hiver, je ne chauffe pas beaucoup, alors toutes les demi-heures, je fais des haltères.  Je fais de petites séries, mélangées aux autres activités, pour que ça ne me ronge pas la journée. Quand je descends chauffer de l’eau pour un thé, je fais 31 pompes. Avant de me coucher, je fais quelques séries avec la grosse barre -- 38 kg...

On ne peut pas vivre de manière désorganisée, sans discipline. Il faut constamment s’autoéduquer, sinon on perd beaucoup de ses ressources. Je ne bois jamais d’alcool, je ne fume pas. Je bois un café après le repas, je mange aux heures des repas.

Les amis? j’ai quelques vrais bons amis, qui font le déplacement jusqu’ici. Il y a eu une période où je n’en ai pas eu; je vivais en couple, c’était une période différente.

Les nénettes? Je suis très occupé, j’ai des journées de folie, je n’ai pas le temps de m’occuper de mes vêtements... Ma petite amie, comment supportait-elle les heures que je passe devant l’ordinateur? Pour elle, c’était de l’hébreu, une activité qui ne la concernait pas. J’ai vu une très nette différence chez elle, chez sa famille, quand ça a commencé à avoir des résultats... J’ai vécu 7 ou 8 ans avec elle. Elle était infirmière, et travaillait de nuit; On se voyait moins de 2 heures par jour: ça me laissait le temps de travailler. Ce qui l’ennuyait le plus, c’est ma rigueur. Dans tout. Quand je prenais un problème, il fallait que je le résolve... Quand on faisait des courses, comment on les organisait. Il fallait faire attention à ce qu’on disait, je me souvenais de tout: ça, ça la fatiguait. A l’école d’ingénieurs, il y avait 20 pour cent de filles. Mais elle n’ont pas le même goût, la même attirance, la même passion pour la technique. Elles ont toutes fait des métiers dans l’administration...

Q: Pour conclure, à un moment, vous avez cru que vous aviez 200 Millions de Francs. Quel effet cela vous a fait?

Non, à aucun moment je n’ai cru ça... Tous les actes de la vie sont des actes techniques. Je voyais ça avec une froideur technique. Et puis, tant que ça n’était pas fait... Pour moi, c’était des chiffres théoriques.

J’avais un peu une espèce de bombe atomique posée sur moi. Je savais que le système était pourri, mais personne ne me croyait. Je n’avais jamais eu de retour dans la réalité que ce que j’avais trouvé était extraordinaire. Même mon avocat n’y croyait pas: il y a cru quand le GIE des cartes bancaires s’est agité! Quand j’ai eu mes tickets de métro (achetés avec une “fausse” carte bancaire), quand je faisais mes essais, j’étais seul. Il n’y a rien eu dans le monde qui s’est concrétisé, que j’avais raison.

Quand les flics ont débarqué -- ils étaient une cinquantaine! --j’étais au début un peu inquiet; j’ai cru qu’il s’agissait d’une erreur... Quand j’ai su que la rafle, c’était la suite de cette affaire (des cartes bancaires) je me suis dit: on va pouvoir s’expliquer.

Q: Et alors? Avez-vous pu vous expliquer? Quelle a été l’attitude des tribunaux?`

Avant, je me méfiais des policiers: je me suis aperçu que je m’étais trompé. Par contre, la justice est d’un parti pris effroyable. Le juge d’instruction avait décidé que je ne pouvais pas négocier! Pas question de parler, elle dirigeait ma vie, elle était à deux doigts de se fâcher... C’est une justice de folie. On vous demande d’être dans la loi, pas d’être honnête.

J’ai été condamné, avec sursis. J’ai fait appel...

photo

ordinateur sans boîtier, avec des fils partout

pourquoi pas de boîtier?

Je veux savoir comment c’est dedans, et je passe mon temps à changer les cartes... et puis, quand je me déplace, j’emporte mes disques durs, pour plein de raisons...

biographie

né à Mulhouse en 1963

père mineur de fond dans mines de potasse

lycée assez pourri à Guebwiller.

ma classe a eu 4,5 de moyenne en maths au bac C

moi j’ai eu 10. Et j’ai eu 13,5 de moyenne générale, à 0,5 de la mention Bien... j’étais fort en français, en philo.

mon premier PC à 22 ans

avant, il n’y avait rien...

Ecole d’ingénieurs INSA de Lyon

je suis allé où je pouvais. C’était super bien côté. Tout le monde avait des mentions. J’avais peu de chances de réussir mieux ailleurs.

(inédit)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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