CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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IRAK: Saddam Hussein a trop de sang sur les mains...

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Portrait de Yachar Kemal dans son jardin

Yachar Kemal

 

Artiste peignant un portrait de Khomeini

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Dernière photo d'Abdoulla Ocalan libre, Rome, 3 janvier 1999

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Jeune femme élève sous-officier en tenue camouflée

Saint-Maixent

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Portrait de Saddam Hussain, 1975A L’heure où l’on parle beaucoup, en France, de ces conseils en marketing politique qui devraient permettre à nos politiciens de faire bonne mine à la prochaine élection présidentielle, on néglige ce qui est sans doute la plus grande opération de séduction politique de ce dernier quart de siècle: et pourtant, que de sang ont fait couler les dictateurs qui se succèdent à Bagdad depuis la révolution irakienne du 14 Juillet 1958, avant de réussir à s’imposer comme les interlocuteurs privilégiés de l’Elysée et de la France.

De Gaulle est à l’origine du développement des relations franco- irakiennes: en mettant un terme à la guerre d’Algérie, il lève un gros contentieux et les relations diplomatiques sont rétablies en janvier 1963. Mais le grand tournant dans les relations franco-irakiennes date de 1967 et de l’embargo mis par de Gaulle sur les livraisons d’armes à Israel. Vingt-troisième fournisseur de l’Irak en 1963, la France, qui n’est encore qu’au treizième rang en 1966, passe au cinquième rang en 1968...

La Politique pro-irakienne de de Gaulle sera poursuivie par Pompidou. 1972 marque une étape cruciale: l’Irak nationalise en effet -- par un coup de poker magistralement joué -- l’Iraq Petroleum Co. le 1er juin 1972. Mais, après avoir saisi les intérêts américains, britanniques et hollandais, l’Irak propose à la France de négocier avec elle les moyens de “préserver les intérêts français”. C’est alors que commence véritablement l’offensive de séduction irakienne. Saddam Hussain, homme fort de l’Irak, vient en visite officielle à Paris à la mi-juin. La presse française le présente alors comme un “jeune loup” et “l’une des meilleures têtes politiques de l’Irak”.Odei, fils de Saddam, à l'école en 1972

S’adressant à Chaban-Delmas, le Premier ministre de l’époque, Saddam Hussain déclare: “Nous ouvrons notre porte à la France et nous l’invitons à tirer avantage de l’occasion que nous lui offrons. Ce serait tout autant votre intérêt que le nôtre”. Il est vrai que, quelques jours plus tôt, Adnan Kassab, le président de la Compagnie pétrolière nationale irakienne, avait souligné: “Le pétrole irakien est d’intérêt stratégique pour la France”...

L’élan est donné. Survient alors le premier choc pétrolier de la guerre israélo-arabe d’octobre 1973. Après avoir été l’objet de l’offensive de charme irakienne, c’est au tour de la France d’éprouver le désir pressant de vouloir faire de l’Irak un “partenaire privilégié”. Avec le voyage de Michel Jobert, alors ministre des affaires étrangères, à Bagdad (9 février 1974) commenceront les ventes d’armes.

A la hussarde, Chirac fera sortir Saddam du ghetto

Qusay, fils de Saddam, à l'école, 1972Chirac succède à Chaban-Delmas et devient un “ami” du vice-président irakien. “Ce que Chirac aimait dans Saddam Hussain, c’était le nationaliste ombrageux qui voulait construire son pays, forger une nation”, explique un haut-fonctionnaire du Quai d’Orsay: son souci d’indépendance à l’égard des blocs, américain ou soviétique, ne pouvait que séduire le gaulliste intransigeant qui était devenu le Premier ministre de Giscard. “A la hussarde, Chirac fera sortir Saddam du ghetto”, conclut ce haut fonctionnaire.

Désormais, l’Irak est un pion majeur sur l’échiquier politique français: à son tour, Raymond Barre, devenu Premier ministre, saura trouver le registre lui permettant d’avoir un excellent contact personnel avec Saddam Hussain, qui n’est toujours que l’”homme fort” de l’Irak. Barre, qui a longtemps été professeur à la Faculté de droit, est séduit, selon un diplomate français, par la “volonté d’apprendre” de Saddam Hussain. Il est aussi très favorablement impressionné par sa réussite. Et lorsque Saddam Hussain devient président de la République irakienne, en juillet 1979, Barre n’en éprouve que plus de sympathie pour son “‘élève” qui a réussi.

Il y a cependant une ombre dans les relations franco-irakiennes: si la France signe de nombreux contrats militaires et même des contrats de coopération nucléaire avec l’Irak, elle perd du terrain sur le plan des fournitures civiles. Mais Valéry Giscard d’Estaing n’a pas le choix: la France a acheté 25 millions de tonnes de brut irakien en 1979.

Les diplomates français chargés de superviser les relations franco-irakiennes assurent que celles-ci ne sont pas mues par des considérations “mercantiles”. Mais un diplomate du Quai d’Orsay, plus franc que ses collègues, confiait, il y a quelques mois: “Si le pétrole irakien arrêtait de couler, ce serait une défaite électorale certaine pour Valéry Giscard d’Estaing”...

Ayant superbement manoeuvré avec la France -- grâce, il est vrai, au poids que donne une production pétrolière de 175 millions de tonnes/an --, Saddam Hussain a réussi à acquérir une certaine respectabilité, même aux Etats-Unis, où Brzezinski ne refusait pas d’envisager un “dégel” des relations américano-irakiennes.

Mais Saddam Hussain est toujours le dictateur brutal que la presse internationale dépeignait sans retenue il y a dix ans. Peu après être arrivé au pouvoir suprême, en juillet 1979, il a fait exécuter vingt dirigeants du Baas, dont quatre membres du Conseil de commandement de la révolution. Adnan Hussain, l’un de ses plus proches amis et collaborateurs, et Abdel Khalek Samarrai, le dernier idéologue du Baas, figuraient parmi les victimes.

Il n’y a en Irak aucune démocratie. Après avoir longuement joué la carte communiste, Saddam Hussain a rompu avec eux, faisant pendre une trentaine de militants communistes irakiens en mai 1978. Avec les Kurdes, Saddam Hussain a fait preuve de la même brutalité, ayant vidé de toute substance le statut d’autonomie. Avec les chiites enfin, Saddam Hussain a été impitoyable, faisant égorger dans sa prison leur nouveau chef religieux, l’ayatollah Mohammed Baker Sader. En fait, derrière celui qu’on présente volontiers aujourd’hui comme un habile manoeuvrier, une tête politique, un homme d’Etat, se cache un opportuniste qui ne connaît que la force brutale.

Jusqu’au déclenchement de l’offensive irakienne contre l’Iran, on pouvait croire que Saddam Hussain avait réussi son opération de séduction. S’en prenant au régime de Khomeini, qu’il croyait agonisant, il a cru pouvoir l’”exécuter” par une opération coup de poing. C’est raté. Quelle que soit l’issue du conflit entre le “chah enturbanné” et le président irakien, les monceaux de ruines qui jonchent désormais les champs de pétrole irakiens et iraniens réduisent l’image de Saddam Hussain à celle d’un dictateur qui devra lui aussi rendre des comptes.

(Le Matin de Paris, 2 Octobre 1980)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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