CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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KOSOVO: Entretien avec Ibrahim Rugova, président sans palais...

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Ibrahim Rugova à PristinaQ: Vous êtes le président de la république du Kosovo: vous avez été élu le 24 mai 1992 avec 867.000 voix (Le Kosovo a deux millions d’habitants). Mais vous êtes un président sans palais, et quand vous voyagez à l’étranger, quand vous passez la frontière, vous êtes traité aussi mal, ou plus mal que n’importe quel citoyen Albanais du Kosovo. C’est une situation kafkaïenne...

Ibrahim Rugova: absurde...

Q: Est-ce que vous pouvez expliquer cette situation?

- Après la suspension du statut autonome du Kosovo, du Parlement, du gouvernement, nous sommes restés sans aucune organisation; nous nous sommes organisés, et après les élections, je représente le Kosovo comme président. Je suis comme vous l’avez dit un président sans palais; nous avons essayé de faire un petit palais: la maison des écrivains.

Ma vie est comme la vie de chaque citoyen. Je n’ai aucune sécurité; actuellement, je suis là, comme un réfugié, chez ma belle soeur. J’ai un appartement en ville, au 17° étage, mais l’année dernière ils ont jeté une bouteille... alors pour des raisons de sécurité, je suis là.

Quand je passe la frontière, bien sur ils me contrôlent, ils m’arrêtent une heure, deux heures, trois heures, mais je garde les nerfs et je passe. La seule sortie, c’est Skopie. Maintenant ce sera une frontière internationale, c’est très difficile, mais je passe, pour faire des contacts, pour faire des amitiés, et demander un soutien pour notre cause. Au début de chaque mouvement, de chaque nouveau pays, cela commence comme cela; et j’espère terminer d’une manière plus réelle et avoir un Kosovo libre pour tous les citoyens du Kosovo.

Portrait de RugovaQ: En quoi l’identité d’un habitant du Kosovo est-elle différente de celle d’un habitant de la Serbie?

- Il y a une différence bien sûr, parce que la majorité des habitants du Kosovo, ce sont des Albanais. Les Serbes sont des Serbes, comme ailleurs.

Q: Mais quel est le substrat de l’identité albanaise?

- L’histoire, la culture, la langue. La langue, c’est très important. Sur le plan religieux, nous avons deux religions, trois confessions : musulman, et catholique et orthodoxe. L’identité, c’est bien sur premièrement la langue, puis la religion, la tradition. Pendant l’histoire, avec 3 religions, c’était très difficile pour survivre, mais nous avons réussi.

Q: Vous avez maintenu votre identité malgré cette diversité de religions. Alors, quel était l’élément essentiel? Ce n’était pas la religion? C’était la langue? la culture? le territoire?

- Actuellement, nous avons un territoire compact, un peu restreint à cause de l’histoire... Premièrement, c’était la langue: si un Albanais rencontre un Albanais dans une autre partie du monde, il commence à parler en albanais...

Q: C’est une langue dont l’enseignement a été réprimé?

- Cela fait trois années qu’elle est réprimée, on peut dire suspendue -- depuis 1991 on a créé un système parallèle des écoles. Dans l’ex-Yougoslavie, elle était toujours réprimée malheureusement.

Q: Mais malgré cela, l’identité s’est affirmée, a demeuré. Comment expliquez vous cela? Comment, malgré cette diversité de religions, qui pourrait être un facteur de division, d’éclatement, malgré la répression de l’enseignement de la langue, malgré le fait que l’Albanie n’est indépendante que depuis peu de temps, comment expliquez vous cette permanence de l’identité albanaise au Kosovo?

- Au Kosovo, chez les Albanais en général... parce que nous avons passé cinq siècles sous la domination ottomane. Mais nous étions à cette époque une société très conservatrice, je le dis au sens positif du mot, pas au sens social ou idéologique... aussi, nous sommes un ancien peuple, qui a conservé sa langue. L’influence ottomane s’exerçait surtout dans les villes, quelques villes, pas dans les campagnes. Mais la langue albanaise a toujours demeuré: c’est une langue indo-européenne, une petite langue qui est restée sans famille, comme les langues grecque, arménienne, à la différence des autres langues...

Q: Vous-même, vous êtes musulman?

- Oui, je suis un musulman symbolique.

Q: un musulman sociologique?

- On peut dire... un musulman historique, un reste de l’histoire ottomane. Mon prénom est Ibrahim, et j’ai une éducation de tradition européenne et albanaise. Notre premier livre est un missel, du XVe° siècle.

Q: Vous savez que certains redoutent une pénétration musulmane, fondamentaliste, au coeur de l’Europe. C’est une question importante. Etes-vous athée? agnostique? Pouvez-vous expliquer ce que c’est qu’être musulman pour vous?

- Je ne suis pas athée. Je suis... on peut dire laïque. Je ne pratique pas la religion, comme la plupart des intellectuels européens, mais je crois en Dieu. Je suis croyant, mais je ne pratique pas. Quand je dis musulman symbolique ou historique, c’est un reste de l’histoire, comme chez beaucoup d’Albanais. Je suis contre une pénétration islamique, fondamentaliste, parce que nous, les musulmans albanais, nous sommes complètement différents, nous ne sommes pas des musulmans de l’Est, des pays arabes ou du Proche-Orient, qui est le centre des musulmans. Être musulman avec une tradition européenne, je le dis dans ce sens...

Q: Ce qui est vrai pour vous est vrai pour la grande majorité des habitants du Kosovo?

- Oui, c’est vrai. C’est un ancien peuple qui a pris le premier le christianisme; nous avons ici près de Pristina les ruines du site d’Ulpiana, (où sont morts) les premiers martyrs du christianisme, au 1er ou IIe° siècle. L’empereur de ce territoire, Justinien, c’est l’un des premiers à avoir proclamé le christianisme ici...

Q: En Albanie, il y a des Albanais catholiques et orthodoxes aussi. Comment sont les relations entre les musulmans et les Chrétiens?

- Au Kosovo, il y a dix pour cent d’Albanais catholiques. En Macédoine, ils sont pour la plupart musulmans. Nous avons eu cette tolérance entre nous parce que c’était très difficile de survivre pendant l’histoire... Et aussi cette tolérance nous l’avons eue envers les Serbes: les Serbes disent que non, mais nous avons toujours eu cette tolérance religieuse.

Q:Quel est votre objectif politique aujourd’hui pour le Kosovo? L’ex-Yougoslavie n’existe plus, il n’y a plus de fédération: c’est un face à face solitaire avec la Serbie. Dans ce contexte, quel est votre objectif?

- Pendant les trois années après la suspension du statut (d’autonomie) on a fait cette proclamation de l’indépendance du Kosovo; nous avons eu un referendum sur l’indépendance du Kosovo, aussi des élections libres; nous sommes encore dans ce reste de l’ex-Yougoslavie.

On demande un Kosovo indépendant et neutre, c’est-à-dire ouvert vers la Serbie et l’Albanie, comme deux pays qui sont intéressés, ou qui ont un élément national ici. Aussi, un Kosovo ouvert, avec les frontières libres, sans visa. Demain aussi on doit vivre avec les Serbes, faire le commerce, et aussi les contacts naturels. Maintenant nous sommes, sans les autres républiques qui étaient aussi dans cette ancienne fédération... solitaires.

Malheureusement nous avons toujours eu une grave expérience avec tous les régimes serbes. Le peuple craint... que si on reste encore sous la Serbie, on va avoir beaucoup de problèmes pour l’avenir. C’est une autre question. La majorité de la population a encore une conscience de domination.

Je pense que la meilleure solution, c’est avoir un Kosovo neutre, ou pour le moment mettre le Kosovo sous protectorat international, créer les institutions démocratiques, et aussi normaliser la vie pour les citoyens ici, et après, parler sur le statut, ou l’avenir du Kosovo.

(Politique Internationale, N° 62, 1995)

 

 

 

 

 

 

 

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