CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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KURDISTAN: Le Livre Noir du PKK

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Dernière photo d'Ocalan libre, Rome 3 janvier 1999

Abdoulla Ocalan, Rome 1999

Derviche avec des poignards dans le crâne

Derviche Kurde

Portrait of Ghassemlou

A.R. Ghassemlou

Hasankeyf

General Barzani, 1971

General Barzani

Le Mouvement National Kurde

Kurdistan, Guide Littéraire

Défi Kurde en Flamand

 

Livre Noir

 

 

Comment je suis devenu cadre du PKK

cours politique"J’étais parti de chez mes parents à la suite d’un coup de tête à 18 ans, raconte "Ronahi" (nom d’emprunt), un jeune kurde venu en France très jeune, dans le cadre du regroupement familial. Ne connaissant personne à Paris, je fréquentai les associations turques et kurdes, et un jour, par hasard, je me suis retrouvé dans une manifestation organisée par le PKK. Des cadres du parti m’ont repéré, et comme je parlais très bien le français, ils m’ont invité à revenir à l’association... Un jour, le coordinateur France a demandé à me voir et m’a dit: "Il est temps que tu intègres le parti", et il m’a demandé d’écrire un "rapport" de deux pages sur mon passé: Ce qu’il voulait savoir? De quelle région de Turquie je venais? Depuis quand je vivais en France? Des détails sur ma famille, combien de membres, quelle tendance politique? Y-avait-il quelqu’un dans ma famille qui travaillait pour les institutions de l’Etat? J’ai donc rédigé ce rapport, qui a été transmis au comité central européen. Quelques semaines plus tard on m’a dit que ma candidature avait été acceptée: je pouvais partir dans un camp de formation de cadres".

"Ma première formation a eu lieu dans un centre pour jeunes que l’organisation avait loué pour quinze jours près de La Rochelle; nous étions une vingtaine de garçons et de filles. Le formateur était un cadre du parti responsable d’une des régions de France... Il nous donnait des cours d’histoire, sur l’histoire du Kurdistan et l’histoire du parti, et des notions d’idéologie; ces cours duraient toute la journée, le dimanche compris. Pour moi, apprendre l’histoire du Kurdistan, c’était une véritable découverte: je ne savais rien ni de la géographie ni de l’histoire du Kurdistan... Notre formation avait un côté "clandestin", "dur", qui me plaisait. Cela a été renforcé par une visite des gendarmes qui voulaient avoir la liste des personnes présentes: le responsable leur a dit de revenir le lendemain, et nous avons décampé... Avant notre départ, le responsable du camp nous a fait un discours dans lequel il a repris les points essentiels de nos cours, et il nous a parlé des devoirs du militant: servir la cause du parti, faire tout ce qu’on lui dit, ne pas discuter les ordres..."

Après cette première formation, "Ronahi" travaille dans une association à Paris; il reçoit une allocation de 1.400 francs par mois (environ 215 Euros), et dort chez des sympathisants ou à l’association. Un an plus tard, il part pour un stage de formation approfondie de trois mois en Hollande (c’est dans ce pays que se déroulaient 90 pour cent des formations approfondies, les autres se faisant en Belgique). "La formation avait lieu dans une ferme qui accueillait des colonies de vacances ou des groupes de touristes. On était une cinquantaines de jeunes, garçons et filles, âgés de 15 à 20 ans; il y avait de tout: quelques uns, une dizaine au maximum, venant de France ou de Suisse, étaient plus ou mois de niveau universitaire; les autres arrivaient tout juste du Kurdistan et étaient souvent des demandeurs d’asile. Nos formateurs étaient des membres du comité central européen. On se levait le matin à 7 heures, et après 45 minutes de sport, on prenait le petit déjeuner. On avait ensuite une heure de discussion. Les cours commençaient à 9 heures, et duraient, après une interruption de deux heures à midi, jusqu’au soir, parfois jusqu’à 22 heures. C’était long, mais c’était une étape par laquelle on était obligé de passer si on voulait entrer dans le parti... Pendant des semaines nous étudions l’histoire du Kurdistan, et en particulier l’histoire des révoltes kurdes, les aspects négatifs des 28 révoltes précédentes, la 29 eme étant celle du PKK. Nous apprenons que toutes les révoltes précédentes n’étaient pas des révoltes nationales, mais seulement des révoltes régionales, qu’elles étaient dirigées par des traîtres, comme Bedir Khan ou Seyid Reza, ou par des agents, comme le général Barzani qui voulait faire du Kurdistan le 52 eme état des USA... Nous étudions aussi les "thèses" d’Apo, les cassettes de ses discours: il développe dans des discours de 5-6 heures ses conceptions de la technique du combat, de la guerre de guérilla , ou du rôle de la femme -- des thèmes que nous étudions aussi dans ses livres, "La guerre populaire au Kurdistan" (1991) et "La question féminine et la famille" (1992). On ne nous dit pas explicitement que les relations amoureuses sont interdites, mais on nous dit qu’il ne faut pas que cela empêche le travail, que cela empêche le militant de se combattantes du PKKconcentrer sur ses devoirs, sur la lutte. On nous met en garde contre la femme orientale, experte pour utiliser ses dons de séduction... De même, l’alcool était à éviter, car celui qui en consomme n’est plus maître de soi...Deux membres du comité central du PKK viennent aussi nous donner des cours: Kani Yilmaz, sur la "réalité" d’Ocalan; Kani Yilmaz, c’est un dur, il nous fait peur. Et Mustafa Karasu vient nous parler du parti, de son vécu dans la prison de Diyarbekir, de la torture: au 52 eme jour d’une grève de la faim, on l’avait cru mort, et on l’avait amené à la morgue: au dernier moment, on s’est aperçu que son coeur battait encore"!

"A la fin de la formation, nous ne passons pas d’examen mais l’avant-dernier jour nous avons une séance de critique et d’auto-critique. Un par un, nous nous présentons devant l’assemblée de nos camarades et formateurs et nous faisons notre auto-critique; ensuite, les camarades prenent la parole à tour de rôle et nous critiquent; on est bombardé de critiques, sous le prétexte que "ce sera une lumière pour toi". Certaines de ces critiques sont justes, d’autres sont méchantes. Moi, j’ai dit que j’aurais pu participer davantage, que je m’étais cru dans une ambiance universitaire...A la fin, les formateurs font le bilan de la formation"...

"Et le dernier jour, on prête serment. On jure solennellement, au nom du parti, au nom du président, au nom des martyrs du Kurdistan et des martyrs de la révolution, et au nom du peuple kurde, de remplir les fonctions avec honneur et de répondre aux besoins de notre peuple". Chacun à son tour nous prêtons serment, (c’est très rare que certains ne le fassent pas car ils ne sont pas prêts). Ils créent une atmosphère particulière, on a le sentiment de faire quelque chose de grandiose. Désormais, on est un cadre du parti".

Sur les cinquante militants de cette formation, sept, tous des volontaires, ont été envoyés dans les métropoles de Turquie pour y faire des attentats, après avoir suivi une formation militaire en Grèce, à Lavrion, près d’Athènes. Une dizaine part au camp de Zalé, à la frontière Iran-Irak, pour entrer dans la guérilla. Les autres sont nommés à divers postes en Europe...

I Les années fondatrices 1973-1978

Paradoxalement, le PKK (Parti des Travailleurs du Kurdistan) n’est pas né au Kurdistan, mais sur le campus et dans les banlieues d’Ankara: c’est là, dans la capitale de la Turquie, qu’en 1973-1974 des étudiants ont commencé , à l’image des fondateurs des autres partis kurdes emprisonnés après le coup d’état militaire du 12 mars 1971, à s’interroger sur l’identité kurde et sur l’attitude de la gauche turque à l’égard du problème kurde. Autre paradoxe, le noyau initial des fondateurs du PKK -- ce parti révolutionnaire qui allait se battre pendant quinze ans pour l’indépendance du Kurdistan -- comprend un certain nombre de ... Turcs, notamment Baki et Haki Karer , Kemal Pir et Fehmi Yilmaz. A leurs côtés, un tout petit groupe de Kurdes qui va peu à peu s’élargir: parmi eux, Musa Erdogan , Ismail Gunger, Kamer Ozkan , Ibrahim Aydin , et Abdoulla Ocalan, qui deviendra peu à peu le chef incontesté du mouvement; mais on n’en est pas encore là...

Abdoulla OcalanTrès militants, ces étudiants consacrent beaucoup plus de temps à la politique qu’à leurs études, discutant pendant des nuits entières des moyens d’organiser la lutte contre les fascistes du MHP (Parti d’Action Nationaliste, du colonel Turkes) et de leurs rapports avec les diverses organisations de l’extrême-gauche turque. Ces discussions ont lieu dans les foyers des cités universitaires d’Ankara (Haceteppe), où les étudiants se regroupent par régions d’origine et par affinités politiques. Mais ausssi dans de petites maisons des quartiers périphériques d’Ankara que ces étudiants louent à plusieurs pour une somme très modique. Plusieurs de ces maisons ont joué un rôle historique dans la naissance d’un mouvement qui allait menacer la survie même de la Turquie dans le cadre des frontières consacrées par le Traité de Lausanne (1923) après le démembrement de l’empire ottoman. Parmi ces maisons, l’une se trouvait dans le quartier de Bahcelievler: à la demande de Fehmi Yilmaz , Ibrahim Aydin, un étudiant kurde originaire du Dersim, y accueille en octobre 1973 Abdoulla Ocalan, lui-même originaire d’Ourfa. Très vite cette maison devient le quartier général d’une petit bande d’étudiants dont font également partie Kemal Pir et Baki et Haki Karer. Kemal Pir, un intellectuel qui joue un rôle très important pendant ces annés fondatrices, avait lui-même loué une maison dans le quartier de Tuzlucayir, un de ces nouveaux quartiers, quasi un bidonville, où vivaient les migrants arrivés depuis peu dans la capitale, comme la famille de Riza Altun . Kemal Pir et les frères Baki et Haki Karer ont joué un rôle fédérateur important en présentant les uns aux autres. Peu à peu le groupe s’agrandit: à partir de 1974 Djemil Bayik , Kesire Yildirim , la seule fille du groupe, (elle deviendra la femme d’Abdoulla Ocalan), Mustafa Karasu , Mehmet Hayri Durmus , Duran Kalkan , Mazlum Dogan , et Shahin Donmez participent aux réunions dans ces maisons et dans d’autres maisons situées dans les quartiers de Dikmen et de Dikimevi. Des étudiants venaient parfois assister à une réunion ou deux, et ne revenaient plus, faute d’avoir trouvé ce qu’ils cherchaient, ou lassés par ces discussions sans fin. D’autres adhérèrent aux autres partis kurdes qui se créèrent à l’époque. D’autres enfin jouèrent un rôle pendant quelque temps dans le PKK, mais disparurent, victimes de la répression.

Toutes ces réunions se déroulaient donc sur un territoire géographique très limité à l’intérieur d’Ankara. Politiquement, le cadre de ces discussions était aussi restreint: pratiquement tous ces étudiants militaient ou avaient milité dans Dev-Genj, une organisation étudiante de l’extrême-gauche turque dissoute officiellement après le coup d’état militaire du 12 mars 1971, et ils vouaient une admirations sans limite aux leaders des divers groupuscules révolutionnaires issus de Dev-Genj : Mahir Cayan (THKP-C), le "Che Guevara de la Turquie", avait été tué par la police turque le 30 mars 1972 à Kizildere au cours d’une opération ayant pour but de libérer trois techniciens de radar canadien et britanniques enlevés par son groupe... Ibrahim Kaypakkaya (TKP-ML TIKKO), était mort à la prison de Diyarbekir le 18 mai 1973, suicide ou suite des tortures subies, on ne sait. Huseyin Inan et Deniz Gezmis (THKO, armée de libération populaire turque) ont été jugés sommairement et pendus après l’enlèvement de quatre officiers américains le 6 mai 1972 . Tous avaient le même objectif: faire la révolution en Turquie. Mahir Cayan était sans conteste le théoricien le plus accompli de cette nébuleuse. C’est lui qui avait élaboré dans son ouvrage "La Route de la Révolution en Turquie" la théorie de la "propagande armée": selon lui, l"oligarchie" turque, "complice de l"impérialisme occidental", avait réussi à garder les populations sous son contrôle en imposant un "équilibre", un "statu quo", reposant sur l’amélioration du niveau de vie et la crainte de l’Etat. Il fallait donc "arracher son masque à l’oligarchie" par des actions armées et montrer à ces populations que l’Etat n’était pas intouchable, étape préalable à toute éventuelle révolution. Mahir Cayan avait élaboré une théorie de la guerre révolutionnaire en quatre phases: la première phase était celle de la "propagande armée"; la guerilla commençait pendant la seconde phase; la troisième phase voyait l’entrée en action d’une armée populaire conventionnelle, et la quatrième l’avènement d’une révolution démocratique nationale... En fait, l’unanimité était loin de régner dans ces divers groupes, qu’opposaient de violentes discussions théoriques sur le rôle respectif du prolétariat urbain et des masses paysannes: pour certains, la guérilla devait commencer dans les villes, et s’étendre ensuite aux campagnes; d’autres soutenaient au contraire que la guérilla devait commencer dans les campagnes, point faible de l’Etat, et où vivaient les vraies "masses" (les paysans), et peu à peu encercler les villes. Ils s’opposaient aussi entre groupes pro-soviétiques, pro-chinois, et pro-albanais. Finalement, ces groupes étaient déchirés par des querelles de personnes cachées derrière un habillage idéologique: les accusations de "pacifisme", "opportunisme", "aventurisme", "révisionnisme", "provocation", "contre-révolution", n’étaient pas toujours dénuées d’arrière pensées personnelles... Et si même ses adversaires à l’intérieur du régime turc reconnaissaient que Deniz Gezmis était un "romantique idéaliste", certaines des "opérations" de ces groupes -- attaques à main armée de banques, vols de bijouteries, attentats, enlèvements de fonctionnaires ou de policiers turcs, techniciens ou diplomates étrangers, assassinats -- se situaient dans une zone assez floue entre le "terrorisme" et le "grand banditisme". Ce rappel permet de comprendre dans quel cadre idéologique, et dans quel jargon, se déroulaient les discussions d’Abdoulla Ocalan, Kemal Pir, Haki Karer et leurs camarades. Il ne faut pas non plus oublier que ces réunions se déroulent en 1974, année charnière dans l’histoire politique de la Turquie: après les années de répression qui ont suivi le coup d’état de 1971, l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement social-démocrate, dirigé par Bulent Ecevit (déjà!) signala une très nette ouverture politique, concrétisée par une amnistie, la libération de plusieurs centaines de prisonniers politiques, et une véritable effervescence politique.

Une donnée particulière vint perturber l’évolution politique de ces militants que rien a priori ne distinguait de leurs camarades de l’extrême-gauche turque: la prise de conscience, plus ou moins tardive, plus ou moins floue, qu’il existait un problème kurde, que certains d’entre eux étaient kurdes -- et la volonté de s’organiser, de se regrouper à l’intérieur des organisations turques dans des "courants" kurdes. Après de longs débats interminables ils étaient arrivés à la conclusion que les Kurdes forment une race distincte, un peuple "orphelin" (des Mèdes), et que le Kurdistan, que le gouvernement d’Ankara appelle le Sud-Est de la Turquie, est en fait une colonie héritée de l’empire ottoman et exploitée par les Turcs: en vertu du droit de chaque nation à décider son propre destin, les Kurdes, ayant toutes les qualités d’une nation, devaient avoir le droit de créer un Etat..."C’était la première fois que j’entendais ainsi discuter du problème kurde, racontera Riza Altun un quart de siècle plus tard , on ne parlait que de cela, ça m’a attiré". Comment expliquer que les Turcs du groupe (Kemal Pir, Baki et Haki Karer) aient pu participer à une telle entreprise? "Ils étaient des socialistes convaincus", explique un de leurs anciens camarades ; "après avoir lu Ho Chi Minh et les autres auteurs révolutionnaires, Haki Karer en particulier était convaincu qu’on "ne peut pas être un révolutionnaire si on ne libère pas un peuple oppressé, que sans un Kurdistan libre on ne pouvait pas parler de Turquie libre".

Le Kurdistan est-il oui ou non une colonie? Cette question supplantait toutes les autres, et les Kurdes qui n’acceptaient pas cette thèse allaient être traités de "traîtres à la Nation", tandis que les Turcs qui rejetaient cette hypothèse étaient qualifiés de "kémalistes" ou de "collaborateurs du kémalisme". Apparemment Abdoulla Ocalan et ses camarades ont été influencés par les thèses de Kemal Burkay, ancien membre du comité central du P.O.T (Parti Ouvrier du Travail, dissous en 1971) et futur fondateur du P.S.K.T (Parti Socialiste du Kurdistan de Turquie). En 1973 Kemal Burkay avait publié sous le nom de Xidir Murat un livre sur "La lutte de libération du peuple kurde dans les circonstances régnant en Turquie", dans lequel il soutenait que le Kurdistan était une colonie, thèse qu’il développera dans son second ouvrage "la Colonisation du Kurdistan et les mouvements nationaux kurdes", publié en 1978 sous le nom de D. Aladag. Abdoulla Ocalan avait-il entendu parler de ce premier livre, ou des articles publiés au Dersim dans la revue "Ezizenler" (les Opprimés) par Kemal Burkay, toujours est-il qu’il demande à un de ses camarades fin 1973 ou début 1974 d’arranger une rencontre, projet qui restera sans suite: ils ne se rencontreront qu’au début des années 1980.

Il semble qu’Abdoulla Ocalan ait été, en 1974, l’un des fondateurs de l’organisation "ADYOD" (association des étudiants démocratiques de l’enseignement supérieur d’Ankara), une association légale elle aussi isssue de Dev-Genj. Début 1974, quand l’un de ses amis est nommé à côté de Gaziantep, Abdoulla Ocalan demande à le voir seul à seul avant son départ, et lui dit: "Il faut intégrer la solution du problème kurde dans le programme de Dev-Genj, mais si ce n’est pas possible, une lutte de libération du peuple kurde n’est pas à exclure". Pendant quelque temps Abdoulla Ocalan et ses camarades formèrent un groupe, les "Révolutionnaires du Kurdistan" (Soreshgeren Kurdistan), à l’intérieur d"ADYOD". Finalement, n’ayant pas réussi à persuader les autres dirigeants de cette organisation de mettre le problème kurde à son programme, ils renonçèrent à agir dans le cadre d’une organisation turque et décidèrent de créer leur propre organisation.

Abdoulla Ocalan: de l’islam au marxisme

Mais qui était Abdoulla Ocalan, qui déjà, se détache dans ce groupe de militants? Il est né en 1946-47 (il ignore lui-même l’année exacte de sa naissance) dans une famille de six enfants à Omerli, un village près de Halfeti, dans la province d’Ourfa; son père, était un pauvre paysan. Comme beaucoup de petits Kurdes à l’époque, Abdoulla Ocalan doit marcher matin et soir pendant une heure pour aller à l’école primaire du village voisin. Il va ensuite au collège à Gaziantep, puis à un lycée spécial à Ankara pour futurs fonctionnaires du cadastre -- après avoir caressé le rêve d’entrer dans une école militaire "pour être officier et faire un coup d’état" . Il est effectivement fonctionnaire du cadastre pendant au moins un an à Bakir Koy (Istamboul) puis à Diyarbekir, en 1969-1970, avant de repartir vers Istamboul où il commence des études de droit, puis à Ankara où il devient étudiant en sciences politiques. Son parcours politique est très contrasté: Il a lui-même admis que jeune, il était "un Kurde assimilé", mais, ajoute-t-il, "toujours avec un point d’interrogation": "Depuis l’école primaire, je sentais que j’étais Kurde, mais jusqu’à la fin du lycée, j’étais sous l’influence de l’Islam, à cause de ma famille, de mon village. L’imam de mon village m’a dit un jour: "Si tu continues comme cela, un jour tu voleras comme les anges"!

Il rêvait la nuit des moyens de "libérer le monde des communistes", et il a suivi les conférences de Fazil Kisakurek, un islamiste farouchement anticommuniste (par la suite rallié au MHP) qui aurait également eu dans son auditoire Mehmet Agca, qui a tenté d’assassiner le Pape... Comment Abdoulla Ocalan a-t-il viré à gauche? Suivant le précepte qui veut qu’il faut connaître son ennemi, il a lu l"ABC du Socialisme", un ouvrage de vulgarisation sur le marxisme-léninisme... et ce fut le choc: le musulman qui faisait ses prières et rêvait de pourfendre les communistes est devenu un militant d’extrême-gauche. Il devint, dit-il, membre du DDKO (Foyers Culturels Révolutionnaires de l’Est) à Istamboul , puis de Dev-Genj à Ankara, en 1969-1970. Fin 1971, il assiste à Istamboul à une conférence de Mahir Cayan et entend pour la première fois parler de la question kurde.

(Inédit - A Suivre)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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