CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

www.Chris-Kutschera.com


KURDISTAN de TURQUIE: Les rencontres d'Oslo

Sommaire

AFRIQUE

AMERIQUE

ASIE

EUROPE

FRANCE

KURDISTAN

MOYEN-ORIENT

ARCHIVES PHOTOS

Banque Photos

Galerie Photos

 

Cherif Ali, prétendant au trône

Cherif Ali, Irak

Portrait de Mohsen, ayant perdu yeux et mains en deminant

Victime du déminage, Iran

Portrait d'un gamin d'une ecole coranique

Oman

Nizwa, Oman

 

Livre Noir

Mvt Kurde

 

Defi persan

 

ZubeyirIl est l’un des trois dirigeants du PKK qui ont participé entre 2008 et mai 2011 aux pourparlers d’Oslo avec les émissaires du gouvernement turc. Ces discussions ont été totalement secrètes – « nous nous étions engagés à ne pas parler de ces rencontres tant que nous ne serions pas arrivés à une solution » explique Zubeyir Aydar, un avocat kurde originaire de Siirt, qui a été membre du parlement turc de 1991 à 1994. Vice-président du KNK (parlement kurde, élu par le PKK), il vit actuellement en exil à Bruxelles.

Ce n’est qu’après que le gouvernement de Reycip Erdogan ait orchestré des « fuites » dans la presse turque que Zubeyir Aydar a accepté de rencontrer un journaliste occidental et de lever à contre-cœur un coin du voile sur les rencontres d’Oslo.

La question de la sécurité des délégations, d’une extrême importance, a été vivement débattue avant le début des rencontres. Les Kurdes n’ont pas oublié le destin tragique d’Abdoul Rahman Ghassemlou, le secrétaire général du Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI) qui a été attiré par les Iraniens à Vienne en juillet 1989 pour des négociations si secrètes qu’ils purent l’assassiner sans rencontrer de difficulté majeure.

« Nous avons analysé les négociations précédentes et avons organisé des séminaires avec des experts pour ne pas tomber dans le même piège. Nous avons conclu que notre sécurité devait être garantie par la présence d’observateurs internationaux. Nous devions être sous la protection d’une présence internationale indépendante ». Zubeyir Aydar refuse de révéler qui assurait cette garantie, disant seulement : « Je ne peux pas dire qui, mais ces garants avaient un « statut international ».

Les premières rencontres préliminaires ont eu lieu en 2006, et ont été suivies par plusieurs rencontres indirectes. C’est seulement fin 2008 et début 2009 que les deux délégations se sont rencontrées face à face. A cette époque la délégation turque était dirigée par Emre Taner, secrétaire d’état adjoint et chef du MIT (services de renseignement turcs) jusqu’en avril 2010, époque à laquelle il fut remplacé par Hakan Fidan, assisté de Afet Gunes.

Le PKK était représenté à la table des négociations par Zubeyir Aydar, Mustafa Karasu, chef militaire et ancien membre du conseil présidentiel du PKK, et Sabri Ok, un membre important de la direction du parti kurde. A la tête de la table siégeait le garant, qui parlait anglais, comme on a pu le constater sur un enregistrement des discussions qui a brièvement été mis en ligne sur internet.

Les deux parties avaient décidé d’instaurer un cessez le feu avant les rencontres pour faciliter les discussions. Ce cessez le feu ne fut que partiellement respecté par le gouvernement. Un ordre du jour a rapidement été mis au point après que les représentants du gouvernement aient demandé à ceux du PKK de détailler leurs demandes. Après avoir organisé plus de 50 rencontres avec des cadres du parti et des représentants d’autres parties du Kurdistan, le PKK avait préparé une liste de demandes. Ce mémorandum a ensuite été soumis à Abdoulla Ocalan qui l’a utilisé pour rédiger son « Chemin de la Paix », qu’il a achevé le 15 août 2009, mais que les Turcs n’ont pas laissé sortir de sa prison d’Imrali. C’est seulement un an et demi plus tard, vers la fin 2010, que les avocats d’Abdoulla Ocalan ont pu obtenir une copie de ce document et le transmettre à la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

Zubeyir Aydar révèle que simultanément le gouvernement turc poursuivait des négociations parallèles avec Abdoulla Ocalan – « le même groupe qui nous voyait voyait Apo (surnom d’Ocalan) en prison. Quand nous avons demandé que nos négociateurs puissent avoir un contact direct avec Ocalan, ils n’ont pas dit « Non », mais cependant ils ne nous ont pas autorisés à le voir, disant que « le moment n’était pas venu ». Et ils ne nous ont pas donné le « Chemin de la paix » d’Apo .» Zubeyir Aydar insiste sur le fait qu’Abdoulla Ocalan étant le président du PKK, il doit être considéré comme le chef des négociateurs et c’est lui qui doit signer à la fin tout document qui résulterait des négociations.

ApoDans son « Chemin de la Paix » Abdoulla Ocalan souligne que :
- La solution de la question kurde doit être réalisée par le dialogue et la négociation
- On ne touche pas aux frontières de la Turquie et toute solution doit se faire à l’intérieur des frontières
- Les Kurdes doivent être reconnus comme un peuple, avec tous ses droits légitimes
- L’autonomie démocratique doit être appliquée en Turquie et inscrite dans la constitution
- Un calendrier précisant l’application de ces mesures doit être établi.

En Mai 2011, Abdoulla Ocalan a soumis trois protocoles manuscrits : Le premier traite des droits constitutionnels des Kurdes qui, selon ce protocole, devraient être établis par une commission mixte comprenant des représentants du gouvernement et du PKK, et du Gouvernement Régional du Kurdistan d’Irak (GRK), de l’UE, l’OTAN et l’ONU. Ocalan a également demandé la création d’une Commission Vérité et Réconciliation, comme en Afrique du Sud.

Le second protocole a pour objectif de faciliter l’arrêt permanent des hostilités, traitant de questions comme la démilitarisation du Kurdistan, le sort des combattants du PKK – leur retrait au Kurdistan irakien – et qui sera responsable de la sécurité au Kurdistan.

Le troisième protocole aborde des questions politiques très sensibles : quel sera le rôle d’Ocalan, du PKK, et du BDP (un parti légal pro-PKK) ?

Les négociateurs du PKK affirment que les émissaires du gouvernement sont venus « les mains vides – ils n’ont jamais fait de proposition ». « Nous avons proposé 12 amendements à la constitution, ils n’ont jamais accepté de discuter la constitution. Ils voulaient nous convaincre d’accepter des droits individuels mineurs – le droit d’enseigner notre langue dans les écoles, par exemple, et d’avoir une télévision en kurde ».

Tout en admettant qu’il y a eu un « véritable processus de négociation en 2010-2011 », Zubeyir Aydar prétend que le véritable objectif du gouvernement était de faire trainer en longueur les négociations tout en mettant en place une coalition avec l’Iran et la Syrie et en préparant une opération pour détruire militairement le PKK après les élections turques de Juin 2011. Mais les évènements en Syrie ont amené les Turcs à ajourner indéfiniment leur grande opération militaire.

Quelle leçon les dirigeants du PKK tirent-ils de ces premières négociations officielles avec le gouvernement turc ? Sont-ils disposés à rencontrer de nouveau les émissaires d’Erdogan ?

« Nous sommes prêts, les portes ont ouvertes », répond Zubeyir Aydar, « mais le gouvernement doit répondre à nos protocoles, ils savent qu’ils ne peuvent plus jouer avec nous. Et les négociateurs du gouvernement doivent avoir un pouvoir de décision. Ils ne peuvent pas répondre, chaque fois qu’on demande quelque chose : Il faut qu’on demande au gouvernement ».

Ocalan a RomeZubeyir Aydar est très clair sur la façon dont ils conçoivent le statut d’Ocalan : « Il est le président de notre mouvement et notre principal négociateur. Les portes de la prison d’Imrali doivent être ouvertes. Le gouvernement ne peut pas négocier avec nous, et garder Apo en prison ».

On sait, grâce à l’enregistrement des discussions qui a été brièvement mis en ligne, qu’Afet Gunes, le secrétaire d’état adjoint du MIT, a fait la remarque suivante : « Tout cela – les amendements à la constitution, la libération d’Ocalan – ce sont des demandes d’une ampleur considérable. Il est hors de question de traiter ces demandes en trois ou quatre mois, même pas en un an ».

Une nouvelle rencontre devait avoir lieu le 15 juin 2011, mais les émissaires du gouvernement ne sont pas venus au rendez-vous. « Le problème essentiel, c’est que les Turcs ne veulent pas reconnaître que le Kurdes sont un peuple. Les Turcs veulent nous assimiler. Le Premier Ministre Erdogan dit « Vous pouvez parler le Kurde, mais pas l’apprendre ». Au bout du compte, ils pensent que si la guerre traîne en longueur, ils pourront nous assimiler ».

Après que les envoyés iraniens aient sauvagement assassiné Abdoul Rahman Ghassemlou après avoir bu du thé avec lui et discuté pendant deux jours avec une certaine élévation de l’auto-détermination des Kurdes, on se demande si les Iraniens avaient décidé dès le départ de le tuer, ou s’ils ont décidé de l’exterminer après qu’il se soit refusé à accepter des demi-mesures, comme la légalisation de son Parti Démocratique du Kurdistan.

Manifestement, quand Erdogan a donné l’ordre au MIT de parler avec les dirigeants du PKK, il n’avait pas l’intention de leur nuire. Il a déjà bouclé le « Lider Maximo » du PKK dans sa cellule de haute sécurité à Imrali. Alors, pourquoi parler à des « terroristes », pourquoi briser un tabou dont le président Turgut Ozal n’a pas pu venir à bout en 1993 ? Erdogan croyait-il qu’un PKK affaibli allait accepter des concessions nominales comme des droits culturels ? Nous le saurons peut-être après la prochaine rencontre.

(The Middle East magazine, December 2012)

 

 

 

 

postmaster@chris-kutschera.com

ENGLISH

 

 

 

 

AFRICA-ASIA

EUROPE

KURDISTAN

MIDDLE-EAST

 

 

 

 

Kurde chassé de Mardin par la guerre

Kurdistan Turquie

 

Lac Atitlan

Guatemala

 

ilot de sable et boutre

Iles Dalak, Erythrée

 

chercheuse d'émeraudes

Mines d'émeraudes de Muzo, Colombie

 

couv 40

Defi Kurde

 

Mvt turc

 
Droits de Reproduction strictement réservés © Chris Kutschera 2012