CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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OMAN: Une Politique Etrangère Originale

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Le sultan Qabous dans son palaisAvec une production  petrolière qui oscille autour d’un demi million de barils par jour, le sultanat d’Oman fait figure de petit producteur à côté des géants du Golfe, et ne pèse pas lourd sur le marché international du pétrole. Pourtant, ce petit pays (1,5 million d’habitants) exerce une influence croissante sur le plan régional. Cela tient à sa position stratégique: avec la pointe de Ras Musandam, il contrôle la rive arabe du détroit d’Ormouz. Mais c’est à sa politique étrangère de plus en plus indépendante que le sultanat, longtemps considéré comme ultra-conservateur et résolument pro-occidental, doit d’occuper une place à part parmi les Etats de la péninsule et du Golfe.

Ouverture à l’Iran

La politique d’ouverture à l’égard de l’Iran est incontestablement le trait le plus marquant de la diplomatie du sultanat, d’autant plus que c’est dans ce  domaine que le sultan Qabous a parcouru le chemin le plus long: il ne pouvait qu’éprouver suspicion pour le régime révolutionnaire de Khomeini. Le Chah d’Iran avait été un ami proche et c’est grâce à l’intervention de plusieurs milliers de soldats iraniens en 1973 que le sultanat a pu venir à bout de la guerilla marxiste-léniniste du Dhofar... Et lorsque la guerre qui oppose depuis septembre 1980 l’Irak à l’Iran s’étend au Golfe, les Omanais craignent un coup de main iranien sur la péninsule de Ras Musandam et l’île des chèvres.

Patrouille dans le détroit d'OrmouzExpliquant la “neutralité” d’Oman dans le conflit du Golfe, Seyid Haitham bin Tarek, secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères du sultanat, estime que c’est “pur bon sens, quand on examine la façon dont cette guerre a commencé, et son issue”. Rappelant que l’Iran est un pays musulman, Seyid Haitham souligne le fait que “notre intérêt national n’était pas menacé”. Faisant preuve d’une compréhension assez singulière pour une révolution qui a renversé un monarque qui, dit-il, a “négligé les zones rurales” de son pays, le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères -- et cousin -- du sultan Qabous estime qu’on ne doit pas juger cette révolution de façon péremptoire, “car elle n’a pas eu le temps de mûrir, la guerre ayant éclaté presque aussitôt”.

D’autres considérations ont contribué à amener Oman à adopter une attitude plus conciliante à l’égard de l’Iran: le sultanat est le seul pays du Conseil de Coopération du Golfe à avoir souffert de la guerre jusqu’à l’invasion du Koweit par les forces irakiennes: “Nous, les Omanais, nous savons ce que c’est que la guerre”, dit un officier supérieur omanais, “nous l’avons connue deux fois, au Nord dans les années 50 (contre l’Imam et les tribus de l’intérieur soutenues par l’Arabie Saoudite) et au Sud, au Dhofar, dans les années 60 et 70. Nous n’aimons pas la guerre: c’est elle qui a retardé le développement du pays; sinon, nous ne serions pas en retard sur l’Arabie Saoudite”.

Cheikh Zayed et Sultan QabousEn fait, Oman est allé très loin pour éviter d’être entrainé dans le conflit Iran-Irak: “la marine omanaise avait reçu l’ordre du sultan Qabous d’éviter tout contact avec les vedettes iraniennes dans le Golfe”, a révélé Seyid Haitham, “car leur conflit n’était pas avec Oman; si nous avions répondu, nous aurions déclenché un nouveau conflit”.

Cette prudence du sultan affecte également les rapports avec les Américains: un accord spécial qui date de juillet 1980 donne bien le droit à l’état-major américain de stocker du matériel militaire sur l’île de Masira, mais Washington doit obtenir au préalable l’autorisation du Sultan chaque fois qu’il veut l’utiliser. Et le sultan Qabous a conservé un profil très bas dans le conflit actuel avec l’Irak: des chasseurs britanniques Jaguar ont discrètement été autorisés à utiliser les pistes du sultanat. Et c’est par des sources “officieuses” du pentagone que l’on a appris que 13.000 marins américains avaient participé à un exercice de débarquement sur les côtes d’Oman début octobre (1990).

Le conflit avec le Yemen du sud

Avec le Sud Yemen, le chemin parcouru est beaucoup plus long: c’est 16 ans après l’indépendance de la République populaire et démocratique du Yemen que les deux voisins ont établi, en 1983, des relations diplomatiques. Pendant des années les deux pays avaient vécu dans un état d’hostilité larvée, Aden offrant aux maquisards du Dhofar tout à la fois un sanctuaire, des bases de repos et d’entraînement, et un soutien logistique. C’est probablement la déliquescence du sultanat d’Oman sous la houlette du sultan Said bin Taimour qui a empêché la tension entre les deux pays de se transformer en un conflit ouvert. La fin de la guerre du Dhofar (1975) n’avait pas fait disparaître l’antagonisme entre les deux pays, et il faudra attendre 1982  pour envisager, avec le nouveau réalisme du président Ali Nasser Mohammed et grâce à la médiation du Koweit et des Emirats Arabes Unis, une amélioration des relations entre les deux voisins: elle se concrétise avec l’établissement de relations diplomatiques en octobre 1983.

L’antagonisme entre les deux pays avait trois causes principales:

- L’intervention d’Aden, qui soutenait le “Front populaire de libération d’Oman”, dans les affaires intérieures du sultanat.

- Le tracé de la frontière entre les deux pays

- L’ancrage d’Aden et de Mascate dans des blocs adverses, socialiste et occidental.

Le problème du Front est résolu le premier: le FPLO, qui organisait son congrès à Aden encore en 1982, et qui appelait les soldats omanais à se soulever contre leur gouvernement sur les ondes de sa radio (radio Aden) disparaît peu à peu de la scène: sa radio cesse d’émettre en novembre 1983, et ses dirigeants doivent bientôt chercher asile en Libye et en Syrie.

Avec les progrès de la détente internationale et l’arrivée au pouvoir de Gorbatchev, l’opposition entre les deux camps “capitaliste” et “communiste” perd de son acuité. L’établissement de relations diplomatiques entre Oman et l’URSS et l’arrivée au pouvoir d’une équipe modérée à Aden après la guerre civile de janvier 1986 contribuent à faciliter un rapprochement.

Le conflit frontalier, en revanche, n’a toujours pas étré réglé: l’été 1988, une bataille rangée entre des unités sud-yéménites qui avaient pénétré en territoire omanais et les soldats du sultan qui défendaient un poste frontière, avait fait plusieurs dizaines de victimes. Mais les autorités d’Aden et de Mascate ont délibérément étouffé cet incident. En octobre 1988, le président sud-yéménite Abou Baker al Attas a fait une visite officielle de quatre jours à Oman. Les problèmes de sécurité ont tenu une place majeure dans ses entretiens: le conflit frontalier porte sur quelques centaines de km2 -- dans une région semi-désertique sans ressources pétrolières ou autres, sans intérêt stratégique particulier.  Ce qui est en cause, c’est l’appartenance de quelques tribus à un pays ou à l’autre. Et, souligne Seyid Haitham bin Tarek, “on ne peut pas dire soudain à des tribus auxquelles on répète depuis toujours qu’elles sont omanaises, que désormais elles sont yéménites” et malgré les “propositions généreuses” du sultan Qabous, les négociations seraient toujours dans l’impasse sur ce point -- ce qui n’a pas empêché le président Attas de signer quatre accords de coopération avec Oman.

La normalisation avec l’URSS

Les relations avec l’URSS ont longtemps été aussi conflictuelles: évoquant les raisons qui ont empêché le sultanat d’avoir des relations diplomatiques avec Moscou, un diplomate du ministère omanais des Affaires étrangères cite le “soutien concret et médiatique” des Soviétiques à la rébellion du Dhofar; l’URSS a fourni une aide au Front, par l’intermédiaire d’Aden; elle a accueilli des combattants du Front qui ont reçu une formation politique et militaire; enfin, la presse soviétique a largement ouvert ses colonnes à des reportages sur la guerilla du Dhofar.

Il a fallu attendre dix ans après le règlement du conflit du Dhofar pour que les deux pays établissent des relations diplomatiques, en septembre 1985. Pendant un premier temps les contacts sont restés distants: c’étaient les ambassadeurs en poste à Amman qui représentaient leur pays à Moscou et Mascate... Et c’est seulement fin août 1987 qu’un ambassadeur soviétique s’installe à Mascate. Oman devenait le troisième pays du Golfe, après le Koweit et les Emirats Arabes Unis, à entretenir des relations diplomatiques normales avec l’URSS -- sans lesquelles le sultan Qabous ne pouvait envisager de jouer un rôle diplomatique important.

Cette diplomatie lui a permis de remporter d’importants succès: chargé par le Conseil de Coopération du Golfe d’assurer la liaison entre les pays producteurs de pétrole de l’OPEP et ceux qui n’en font pas partie, comme Oman, Said al Shanfari, ministre omanais du Pétrole, est allé à Moscou demander aux Soviétiques -- premiers producteurs du monde, et premiers exportateurs -- de réduire leurs exportations par solidarité avec les pays frères: quelques semaines plus tard, les responsables soviétiques annonçaient qu’ils étaient prêts à coopérer avec l’OPEP pour stabiliser les cours.

Selon certaines sources, la diplomatie omanaise avait également été à l’origine de l’acceptation par l’Iran d’un quota pétrolier égal à celui de l’Irak: “L’Oman exerce une influence considérable en politique pétrolière internationale, sans rapport avec sa production ou avec sa puissance financière”, remarque un expert pétrolier européen, “les Omanais ont su se rendre indispensables, ils sont reçus partout, à Moscou, Bagdad, Teheran et Houston”.

La crise du Koweit

Assurant actuellement la présidence du Conseil de Coopération du Golfe, le sultanat d’Oman s’est d’abord aligné sur les positions dures de l’Arabie Saoudite et du Koweit, et s’est joint aux douze pays de la Ligue arabe qui, au sommmet du Caire (10 Août 1990) ont condamné l’invasion du Koweit et “appuyé les mesures adoptées par l’Arabie saoudite et les autres Etats du Golfe qui usent du droit de légitime défense” (invitation aux forces américaines à se déployer sur le territoire saoudien).

Saddam Hussain n’a jamais été un personnage très populaire à Oman. “Nous ne faisons pas confiance au Président Saddam Hussain”, dit un jeune intellectuel omanais; “il était déjà clair, en 1980, que c’était l’Irak qui avait attaqué l’Iran. Nous n’avons pas oublié qu’il a soutenu le Front de libération du Dhofar, et nous savons que c’est un dictateur impitoyable”.

Mais le sultanat d’Oman se démarque des “durs” du monde arabe (Egypte, Arabie Saoudite, Koweit) qui ont clairement opté pour une solution militaire de la crise et demandent aux Américains d’intervenir militairement. La diplomatie omanaise s’efforce désespérément de parvenir à un règlement pacifique de la crise, à une solution arabe, dans le cadre des résolutions du Conseil de sécurité, notamment en demandant à certains pays qui ont une influence sur l’Irak (la Tunisie, la Jordanie) de faire comprendre à Saddam Hussain qu’il doit devenir “raisonnable”.

Mais surtout, les Omanais pensent déjà au futur, à l’après crise: “Il est indispensable”, dit un diplomate omanais, “de mettre en place un système de sécurité régionale. Nous l’avions déjà demandé en 1974. Sans succès. Cela ne peut pas continuer comme cela; il faut que les problèmes frontaliers, les contestations sur les gisements de pétrole, toutes les querelles soient exposées sur la table et négociées”.

Pour les Omanais, les six pays du Conseil de Coopération du Golfe ainsi que l’Iran et l’Irak, doivent participer à cette conférence qui devrait déboucher dans un premier temps à un accord sur la renonciation à l’emploi de la force, avant d’aboutir à la mise en place d’un appareil de sécurité collective. C’est ce que M. Alawi, ministre d’Etat aux Affaires étrangères d’Oman est allé proposer aux Iraniens lors de son dernier voyage à Teheran -- en pleine crise: “L’Irak devra aussi y participer, quel que soit le régime en place. Les Irakiens seront toujours là; ils sont nos voisins. Nous devons trouver un accomodement avec eux... Il ne sert à rien de creuser des fossés entre les peuples”, dit un diplomate omanais qui admet que ce plan ambitieux pourrait être compromis par le désir de certains Etats du Golfe d’assurer leur survie par la présence permenante des forces amérivcaines dans la région.

(Cahiers de l’Orient, N.19, Troisième Trimestre 1990; The Middle East magazine, May 1989)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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