CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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ALGÉRIE: Les sept cités du Mzab

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Ghardaia, place du marché“Ici, c’est la mosquée qui dirige tout; seules comptent la loi du Coran et celle du Prophète, et non la loi de la nation, ni aucune autre”, dit un cheikh de Beni-Isguen. De toutes les villes de la pentapole ibadite du Mzab, Beni-Isguen est celle qui a su le mieux résister à l’assimilation; protégée par ses remparts, cette petite ville de 6.800 habitants que les guides touristiques décrivent volontiers comme “fanatiques” a su préserver des institutions uniques dans le monde islamique.

Le Conseil des affaires religieuses comprend les douze hommes clés d’une communauté religieuse qui s’est réfugiée, il y a mille ans, dans cet oued perdu au milieu du désert pour préserver sa façon de vivre sa foi. Ces hommes, ce sont l’imam, qui dirige la prière; le muezzin, qui appelle les fidèles à la prière, cinq fois par jour; les professeurs de l’école coranique; les laveurs des morts, qui jouent un rôle essentiel; les deux trésoriers.

Rue bleue de GhardaiaLe Conseil des affaires sociales, seconde assemblée de la cité ibadite, composé d’un représentant de chaque clan, gère les affaires matérielles d’une communauté qui, plus encore que dans le reste du monde arabo-islamique, attache une grande importance à la connaissance de la généalogie de chaque famille: à Beni-Isguen, le clan le plus ancien, établi au sommet de la  ville, près de la tour de guet, descend d’une famille berbère venue du Tafilelt. D’autres clans prétendent être issus de familles persanes, ou descendre de Khaled ibn Wazir, chef militaire de la conquête arabe.

Dans la société ibadite, les femmes sont très séparées des hommes. Elles vivent essentiellement dans leur maison, tandis que les hommes passent la plus grande partie de leur vie derrière le comptoir de leur épicerie: les femmes ont elles aussi leur assemblée, l’assemblée des timsiridines, qui comprend notamment un certain nombre de laveuses des morts.

Un Conseil fédéral réunit les représentants des huit villes ibadites: la pentapole -- El-Ateuf, fondée en 1012, Bou-Noura (1046), Ghardaïa (1048), Beni-Isguen (1347) et Melika (1350) -- et deux villes éloignées de quelques dizaines de kilomètres et de fondation plus récente: Guerara (1631) et Berriane (1690); et enfin Ouargla, bâtie à côté de l’ancienne capitale ibadite de Sedrata, où les Ibadites sont en fait aujourd’hui très minoritaires.

60 grammes d’or en dot

Ce Conseil fédéral constitue un pouvoir islamique collégial unique dans le monde actuel, très proche de l’idéal des Salafiyn (les Anciens, des premiers temps de l’Islam), qui fondent la légitimité du pouvoir sur le suffrage, la compétence, la consultation, l’intégrité, et le sens des responsabilités... Tous les détails de la vie quotidienne des Ibadites sont réglés par ce gouvernement islamique, depuis la quantité d’or donnée en dot à une femme -- au maximum 60 grammes -- jusqu’à la durée de la fête du mariage -- trois jours. Évidemment, il est interdit de boire de l’alcool, mais il est aussi défendu de fumer. La femme qui sort dans la rue doit être totalement cachée sous son voile, le haïc, qui ne laisse apparaître que l’œil gauche.

En cas de transgression des règles, le Conseil dispose d’une arme redoutable, la tabriya, la mise à l’index, dont les nuances vont de la mise en quarantaine jusqu’à l’exil, autrefois mortel pour qui était chassé de ces oasis isolées au milieu du désert.

Mais si le pouvoir de la mise à l’index était total quand les Ibadites vivaient isolés au milieu du désert, les choses ont beaucoup changé depuis l’exploitation du pétrole de Hassi-Messaoud (1958), puis du gaz de Hassi-R’Mel (1960). Les petites villes du Mzab sont devenues la plaque-tournante du Sud algérien, et des milliers de Bédouins et d’Algériens venus du nord du pays se sont installés entre Beni-Isguen, Ghardaïa et Melika, qui ne forment plus qu’une seule agglomération. Beaucoup plus tentés qu’auparavant de transgresser les règles de leur communauté, les Ibadites peuvent aussi se réfugier, en cas de mise à l’index, dans la communauté “étrangère” qui forme désormais près de la moitié de la population du Mzab.

L’inquiétude des Ibadites

Interrogés sur l’avenir de leur communauté, les Ibadites ont des points de vue diamétralement opposés. Certains affirment avec optimisme qu’on “ne va pas détruire en vingt ans ce qui dure depuis mille ans et a fait face à des périls très graves au cours de son histoire”.

D’autres manifestent un pessimisme auquel les faits semblent donner raison: “Ne parlons pas d’érosion des valeurs traditionnelles, dit un instituteur, ayons le courage de regarder les choses en face: c’est de la destruction de la société mozabite qu’il faut parler”... Avec l’exploitation du pétrole et du gaz sont arrivés de nombreux étrangers et de nouvelles valeurs. L’essor de la région a permis à certains Ibadites de faire des fortunes impressionnantes en peu de temps.

“Autrefois, le commerce était l’affaire de tous, dit un intellectuel ibadite, c’est la cité ibadite qui armait les caravanes, et les bénéfices étaient répartis entre les citoyens. Par la suite, faire fortune dans le commerce était l’affaire d’une vie, et cette fortune permettait en fait de vivre chichement pendant la fin de ses jours. Aujourd’hui, des gens édifient des fortunes colossales en peu de temps, en marge de la communauté”.

Dans son livre admirablement illustré, “Le Mzab, une leçon d’architecture” (Editions Sindbad, Paris), André Ravéreau montre que ce qui caractérise l’architecture du Mzab, c’est une volonté de pauvreté, l’absence de toute décoration superflue des maisons, et une unité fondamentale qui reflète l’égalité sociale de tous les membres de la communauté. C’est ce “choix moral” qui est aujourd’hui menacé par l’arrivée de nombreux étrangers, par la mise en place d’un système scolaire algérien laïque, par le service militaire, et par la télévision.

Conduisant un petit groupe de touristes jusqu’à la tour de guet de Beni-Isguen, Mohammed Kerim, un ancien élève de la Zitouna, l’université islamique de Tunis, devenu guide officiel, s’en prend à un gamin qui remonte à mobylette l’étroite ruelle qui longe le rempart, malgré l’interdiction de circuler avec de tels engins à l’intérieur des murs. Mohammed Kerim maugrée contre les jeunes, contre le changement: “J’ai trois télévisions chez moi, dit-il, je ne les regarde jamais. Ce sont mes belles-filles et mes fils qui ont acheté ça”. Montrant sa barbe blanche (il a près de 80 ans) il ajoute: “Malgré mon âge, ce n’est pas moi qui commande chez moi”.

(24 Heures, 18 Juillet 1983; The Middle East magazine, December 1983; L'Express, 15 Mars 1984; Arabies, Février 1988)

 

 

 

 

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