CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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PARIS: Miss Tic, poétesse de la galère...

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Peinture de Khomeini

Khomeini

 

rocher reposant sur un mince pilier après des siècles d'érosion

Arabie Saoudite

des milliers de guaceros cherchent des émeraudes

Muro, Colombie

bébé souffrant visiblement de la famine, camp de Denan dans l'Ogaden

Famine, Ethiopie

Pochoir de Miss Tic "La vie est belle à Belleville"“Avec les années, l’Amour se fait plus chair”... “Allez faire le mâle ailleurs”... “Tes faims de moi sont difficiles”! Des vers de mirliton? pas sûr... Accompagnant des pochoirs très féminins, ils sont signés “Miss Tic” -- une signature que connaissent bien beaucoup de Parisiens, branchés ou pas. La femme qui se cache derrière ce pseudonyme est née à Paris dans le 10°; elle vit aujourd’hui près de la Porte d’Italie, et elle recouvre les murs de Paris de ses poèmes et de ses pochoirs. Elle a ses fans, qui photographient et collectionnent ses oeuvres. Elle vit et travaille dans un atelier d’artiste de la Ville de Paris et expose dans plusieurs galeries. Mais la galère, elle connaît.

Miss Tic avait treize ans quand sa mère est morte dans un grave accident de voiture, dans lequel ont péri également un de ses frères et sa grand mère; son père en est mort trois ans plus tard: elle avait seize ans. Pour échapper à la famille tunisienne de son père et à la DASS, Miss Tic s’est enfuie avec son solex et sa valise. Elle a posé sa valise où elle a pu, chez les uns et les autres, réussissant à vivre pendant un an sans aucun papier: mineure, elle ne pouvait pas faire refaire la carte d’identité qu’elle avait perdue! “C’était excitant, parce que je faisais ce que je voulais... mais je n’ai pas mangé tous les jours entre 16 et 24 ans”. Elle a eu 18 ans l’année où la majorité légale a été abaissée à 18 ans: “c’était superbe; un grand cadeau”.

La galère

MissTic devant une de ses oeuvres à un vernissageElle voulait faire du théâtre, et après avoir suivi brièvement les cours de René Simon, elle a rejoint une troupe militante, “Zéro de Conduite”, qui jouait en province des satires sociales dans l’esprit du Magic Circus: “Il y avait beaucoup de musique, on créait des évènements, des mises en situation”. Et surtout elle a beaucoup galéré.

Elle est assez discrète sur cette période, se bornant à remarquer: “C’est dur de remonter”... Il y a une dizaine d’années, elle a rompu après une grosse scène avec le peintre avec lequel elle vivait, et elle a commencé à écrire des textes sur les murs, avec des pochoirs: “C’était des messages pour lui, complètement sentimentaux, pas du tout engagés... Je n’ai pas signé de mon vrai nom; j’ai inventé “Miss Tic”, pour qu’on sache que c’était une fille, et pour me moquer des gens qui prenaient le chemin de Katmandou... Après, j’ai fait mon auto-portrait, au pochoir: il a su que c’était moi”. .. Et elle a continué: “A ce moment là il y avait un mouvement pochoiriste dans Paris, j’ai pris la vague”.

Aujourd’hui Miss Tic est très officiellement “plasticienne poète”! Mais elle se sent “plus écrivain que peintre... L’écriture m’accompagne depuis plus longtemps. La peinture est venue après, et je ne dirais pas que je suis peintre”. Elle fait pourtant des tableaux, qu’elle vend plusieurs milliers de francs, et des livres, illustrés avec ses pochoirs et ses poèmes; mais elle continue de faire des pochoirs dans la rue: “pourquoi? parce que les tableaux, cela concerne un tout petit milieu. Tandis que dans la rue, le public est là. Je touche encore plein de gens, des jeunes de 15 à 20 ans; je trouve génial d’être portée comme ça par les gens; de faire un acte gratuit, que j’en aie les moyens ou pas”.

Miss Tic bombe pendant la belle saison, de mars à octobre, quand il fait bon se promener dans Paris en T-shirt; de préférence la nuit, sauf à Belleville ou à Ménilmontant, où plein de gens sont venus l’aider. “Mais dans les autres quartiers, les gens aiment bien ça... chez les autres, mais pas chez eux; alors je les évite, et je bombe de nuit”.

Miss Tic a eu beaucoup d’ennuis avec les policiers: “A une époque, je me faisais arrêter une fois sur deux, j’ai été arrêtée trois fois dans un seul mois. Et ce n’est pas une sinécure; ils m’emmènent au commissariat: là, c’est le flic qui fait sa déposition. Ensuite à la PJ, et là c’est moi qui fais ma déposition: je racontais aux flics que je suis une poétesse urbaine! je récitais mes poèmes: ils étaient obligés de tout noter! Il faut qu’ils comprennent qui je suis”... Elle a été menottée, elle a eu droit à des gardes à vue (la chance de sa vie, elle est tombée sur un inspecteur qui aimait l’art!) et à des fouilles au corps -- “très humiliant, quand on vous met dans des chiottes dégueulasses et inspecte votre petite culotte”... Elle en a tellement souffert que maintenant elle se fait “Z, couleur des murs”... Et, chance, depuis un an et demi, elle n’a pas été arrêtée.

“Dans le parfum indécent d’un rythme nos fantasmes urbains “submergent les façades figées du quotidien”, écrit Miss Tic, à deux pas de chez elle, sous un de ses plus beaux pochoirs représentant des musiciens... On retrouve ses pochoirs un peu partout dans Paris, dans des quartiers populaires et menacés comme la Butte aux Cailles (13°), Ménilmontant et Belleville (20°) mais aussi dans les rues cossues du Marais (4°). Et certains de ses collègues pochoiristes reprochent à Miss Tic de ne pas prendre la défense du Paris qu’on massacre, de ne pas être engagée...

“J’adore ses poèmes...”, dit une jeune femme qui enseigne la littérature française dans un lycée parisien, et qui la défend avec passion: “Miss Tic perpétue une tradition: c’est une poésie à l’état brut, dans la tradition de Clément Marot, de la poésie du tout début du XVIe° siècle, qui joue complètement sur le langage: “Je rime ailleurs en rimailleur”... C’est la poésie première, la poésie des origines”. Bel éloge pour une fille qui a interrompu ses études en seconde avant de plonger dans la galère!

(inédit)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Homme des marais dirigeant une pirogue

Marais d'Irak

Pinochet, en uniforme blanc, avec Videla, Santiago, 1973

Pinochet et Videla

 

Ibrahim Alizadeh, secrétaire général, avec des peshmergas sur le toit d'une maison

Komala, Iran

 

Ghassemlou

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