CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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PARIS: Jérôme Mesnager, un artiste pressé...

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élève d'une école coranique écrivant un verset sur une omoplate de chameau

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femmes portant le masque traditionnel des bédouines des émirats

Femmes des Emirats.

Sur la berge de la Corne d'Or, quartier populaire

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construction d'une plate-forme pétrolière en béton, vue aérienne

Ecosse

couv 40

Ne cassez pas nos maisons, écrit l'homme en blancQu’est-ce qui fait courir Jérome Mesnager et ses bonshommes en blanc? “La vie est hyper-courte”, lance Mesnager, dont la vie, à 33 ans, est déjà très remplie. Il est vrai qu’il a toujours eu de la chance. Fils d’un ingénieur travaillant pour une écurie de voitures de course, il n’a jamais eu de problèmes matériels ou familiaux. Et il a fait très jeune des rencontres décisives: il a grandi dans un immeuble où vivait Le Boul’ch, le plus célèbre des peintres de la rue, rédacteur en chef de la revue “Chorus”. Très jeune (il est né en 1961) il a assisté aux réunions de ce groupe d’artistes dont faisaient aussi partie Ernest Pignon-Ernest et Ben. “Je venais en curieux à leurs réunions: je me suis imprégné de cette atmosphère, de cet art... Tout gamin, j’ai vu Ernest Pignon coller ses images de Rimbaud dans la rue”...

Ce qui frappe chez Mesnager, c'esr sa jeunesse

Jérôme Mesnager en train de peindre son homme en blanc dans la rue devant des enfantsTout naturellement, pourrait-on dire, il a commencé à peindre lui aussi, à faire des BD. Et en 1974 il est entré à l’Ecole Boulle, dont il est sorti au bout de 4 ans. Son diplôme d’ébéniste en poche, il a fait des petits boulots, travaillant pour des artisans du Faubourg Saint-Antoine, et dessinant place du Tertre, à Montmartre... avant de devenir enseignant dans un LEP, donnant des leçons de menuiserie, puis des cours de dessin et d’histoire de l’art. “Mes élèves avaient 20 ans, moi je grandissais: ça m’a permis de garder le contact avec cet âge magique, de voir évoluer la jeunesse”. Ce qui frappe le plus chez Mesnager, c’est certainement sa jeunesse: à 33 ans, il conserve un air extraordinairement gamin; et c’est sans doute cette extrême jeunesse d’allure qui lui permet de peindre ses bonshommes en blanc sur les murs sans se faire remarquer -- même à l’intérieur des musées (Beaubourg) -- et aussi son talent: il peint un bonhomme en quelques coups de pinceau, avant que l’on ait le temps de remarquer quoi que ce soit!

L'homme en blanc, rue du SoleilMesnager a participé au mouvement de la Performance: il fallait créer une oeuvre d’art en direct, face au public. Au Portugal, en 1981, il a créé le “Corps Blanc” -- il se peignait tout le corps en blanc, dans une cour d’école entourée de grillages qu’il escaladait ensuite. Titre de son “oeuvre”: Evasion! Il a fait ensuite d’autres performances, se peignant tout en rouge, à la Villette, pendant les travaux de destruction des anciens abattoirs... Il est l’un des fondateurs en 1982 de “Zig-Zag”, un groupe d’une dizaine de très jeunes artistes en “zig-zag dans la jungle des villes”: ils avaient découvert la possibilité d’occuper la rue, en dessinant des graffitis, et aussi d’occuper brièvement, le temps d’une performance artistique, des usines désaffectées.

L'Homme en blanc

Et le 16 janvier 1983 il a inventé l’Homme en blanc qui recouvre maintenant les murs de Ménilmontant et de Belleville, le “Corps Blanc”, “un symbole de lumière, de force et de paix”. Son corps blanc a eu un succès extraordinaire. Mesnager a beaucoup voyagé: à New York, où il a peint toute une palissade devant les gratte-ciel de Manhattan; en Chine, où il a peint son bonhomme blanc sur la Grande Muraille de Chine! Le Musée d’Art Moderne de Paris lui a acheté une palissade: “A 26 ans, être au musée, c’est fou! J’ai pu vivre ma vie au grand jour”...

Mesnager est tourmenté depuis toujours par le problème de tous les artistes -- le conflit entre l’art et la spéculation: “Quand la spéculation entre en jeu, ça fout tout en l’air! Ou l’on est nous-mêmes, et l’on affronte la société tout le temps; ou l’on n’est plus nous-mêmes”... Il a été terriblement frappé par le suicide d’un de ses amis, le peintre Robert Malaval, en 1980. C’est pour échapper à ce dilemme qu’il a “attaqué la rue... je me suis dit: je serai libre de tout circuit marchand! Dans la rue on peut faire de l’art pour les gens de notre époque, pour les passants comme pour les clochards...

Les marchands peuvent gratter les palissades ou les murs, ils n’obtiendront jamais que des écailles de peinture... La rue, ça ne peut pas être récupéré... La vraie peinture, c’est le mur qui est derrière”!

Juste en face de la merveilleuse petite maison qu’il a pu acheter à l’époque heureuse de la ruée sur l’Art, sur les hauteurs de Ménilmontant, à proximité des barres d’HLM hideuses qui défigurent le quartier, Mesnager a depuis peu une boutique, où il expose et vend des T-shirts et des montres à l‘image de l’homme en blanc; il vend aussi, beaucoup moins cher qu’à la “belle époque”, ses tableaux. Aujourd’hui, apparemment, Jérome Mesnager vit très bien le conflit entre le marché et l’Art: “La Rue, c’est le parent pauvre; mes tableaux nourrissent la rue”.

Et il n’oublie pas la rue; il faut le voir marcher d’un pas rapide dans les rues de son quartier, suivi de ses deux enfants, un pinceau et un pot de peinture à la main, jalonnant son parcours de signes de piste -- des hommes en blanc peints en quelques secondes.

Jérome Mesnager ne cesse pas de laisser la marque de son passage sur les fenêtres et les murs des immeubles condamnés de Belleville et de Ménilmontant:”C’est mon travail de peintre: il ne faut pas attendre que j’aille saboter les pelles Poclain qui détruisent ces immeubles; ce serait stupide. Mon travail, c’est d’agir sur la sensibilité: je sais très bien que ces immeubles, on ne pourra pas les sauver; on ne peut rien faire contre la spéculation immobilière, le monde qui nous entoure est très fort. Le plus bel hommage qu’on puisse rendre à ces vieilles pierres, à ces vieilles planches, c’est de leur donner le statut d’oeuvre d’art. Mon boulot, c’est de faire de la poésie avec ce qui va disparaître... c’est un art éphémère... je ne suis qu’un artiste”!

(inédit)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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