CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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ETHIOPIE: Maya Hites, première mission en Afrique avec MSF

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Lavandières dans le lac Atitlan

Lac Atitlan, Guatemala

 

Jardin intérieur, rue de belleville, Paris XX

Paris

Portrait de Maya HitesArrivée à Denan, dans l’Ogaden, par une température torride -- 40° et une poussière terrible qui empêchait de voir quoi que ce soit à quelques mètres --  Maya a pataugé dans une boue incroyablement glissante quand les premières pluies se sont enfin abattues sur cette province du sud-est de l’Ethiopie.  Aujourd’hui, après quinze jours de travail non-stop, elle jouit de son premier jour de repos: assise devant un bureau d’écoliers -- la mission de MSF Belgique est installée dans une construction toute neuve destinée à devenir une école -- Maya en profite pour écrire enfin quelques lettres.  Mais cela fait quatre fois qu’elle est interrompue: une femme soignée dans une clinique juste à côté du camp de MSF n’arrête pas de perdre du sang. Et cela fait quatre fois que Maya parcourt sous un soleil écrasant les deux cents mètres qui séparent la clinique du camp de MSF. Chaque fois d’un pas aussi énergique, sans perdre son sourire.

Qu’est-ce qui fait courir Maya?

Maya Hites partant au travail en tête de l'équipe de MSF Née en 1974 d’un père hongrois et d’une mère colombienne qui se sont connus en faisant leurs études en Belgique, Maya a vécu successivement en Belgique, à New York et en Californie, avant de revenir en Belgique faire des études de médecine qu’elle vient de terminer. “Il y a longtemps que je suis attirée par l’action humanitaire, explique Maya: à 17 ans, déjà, avant de commencer mes études de médecine, j’ai passé quelques semaines au Guatemala avec une mission qui soignait les indiens rapatriés du Mexique... Pourquoi travailler dans l’humanitaire? J’aime l’aventure, les voyages, la découverte des autres cultures. Et j’ai eu beaucoup de chance, je n’ai jamais manqué de rien matériellement. Alors, si je peux apporter quelque chose aux gens... Travailler avec MSF correspond beaucoup plus à cette vision que de soigner des rhumes ou des rhumatismes dans un cabinet médical: J’ai envie d’être utile”...

Ayant terminé un diplôme de médecine tropicale en février, Maya était disponible jusqu’à ... son mariage en juillet: elle a donc accepté sans hésiter une proposition de MSF Belgique pour une mission de trois mois en Ethiopie. Elle ne cache pas qu’elle aurait pu partir avec une autre ONG, comme Médecins du Monde; mais elle voulait avoir une expérience de terrain le plus rapidement possible, elle aime bien les projets de MSF, et elle a sauté sur la première proposition qui lui a été faite.

A nouveau la grande famine?

Maya Hites en train d'écrire une lettre devant la maison de MSF-Belgique à DenanAvant de prendre l’avion pour Addis Abbeba avec Pascale, la coordinatrice de la mission, et Hilde, une infirmière, Maya est allée à un briefing au siège de MSF à Bruxelles: L’Ethiopie vivait un nouveau drame, la répétition de la grande famine de 1984-1985 qui avait fait un million de morts! Plus de huit millions d’Ethiopiens étaient menacés par une famine provoquée par une terrible sécheresse qui sévissait depuis deux ans. Et l’on a montré à Maya des photos dramatiques d’enfants squelettiques et de cadavres de vaches mortes de faim et de soif. MSF Belgique allait s’occuper des nomades de la région de Denan, à 80 kilomètres de Gode, la capitale historique de l’Ogaden. Il fallait en quelques jours ouvrir un centre nutritionnel pour nourrir et soigner plusieurs centaines d’enfants. Maya avait été prévenue: l’Ogaden est une région dangereuse. Ses habitants, des nomades somali, n’acceptent pas l’autorité du gouvernement éthiopien d’Addis Abbeba. Plusieurs mouvements de guérilla y sévissent, et pas plus tard qu’en février une voiture de MSF est tombée dans une embuscade. Son chauffeur somali a été tué. Et un expatrié, un Français, a été grièvement blessé: il est paraplégique. Mais Maya n’a pas hésité: elle est partie.

A Gode, village de quarante mille habitants -- on peut difficilement parler de ville pour  cette agglomération de cases de branchages et de maisonnettes en “dur” -- Maya est allée de surprises en surprises: on voyait de la nourriture partout, dans les boutiques et au petit marché de cette ville en proie, disait la presse, à la famine.  Et puis Maya  rencontre l’équipe de MSF France qui lui dit que la situation à Imi, à 180 kilomètres de Gode, est terrible: il n’y a pas d’eau, pas de nourriture, et des milliers de nomades épuisés attendent désespérément des secours.  Mais les avions de Gode étaient pleins de journalistes, il était impossible d’avoir des places pour les humanitaires... Et les télévisions américaines s’arrachaient les rares véhicules tous terrains disponibles à prix d’or -- CNN avait accepté de payer 600 dollars par jour pour la location d’une Land Cruiser Toyota, alors que le prix normal, avant la “crise”, était inférieur à 100 dollars... “Je ne savais pas trop quoi penser, je me demandais s’il ne s’agissait pas d’une histoire trop médiatisée, avoue Maya; et puis, quand nous sommes arrivés à Denan devant ce qui allait être notre maison, j’ai vu des gens dans un état effroyable. Nous avons ouvert le centre nutritionnel. Le premier jour nous avons reçu 130 enfants. Là, il n’y avait plus de doute, la situation était très grave. Hilde, l’infirmière, est allée voir le camp de personnes déplacées, à côté de notre centre: plusieurs milliers de nomades y vivaient dans des conditions très précaires, dans des “toukouls” (cases) de branchages et de plastique, et beaucoup de mères se plaignaient de ne pas avoir reçu de nourriture. En quinze jours, nous avons eu 20 morts chez les enfants”...

Maya ne cache pas que les premiers jours ont été très difficiles. L’équipe ne disposait que de deux employés locaux parlant un peu l’Anglais, et il a fallu résoudre plein de problèmes en même temps: construire des abris pour accueillir les enfants, installer l’équipe, transporter le matériel, recruter du personnel local compétent.

Aujourd’hui, l’équipe de MSF Belgique à Denan a été renforcée par l’arrivée de deux logisticiens, Martin (Hollande) et Didier (France) et de plusieurs infirmières,  Margarete (Allemagne),  Marit (Norvège) et Dorothy (HOLLANDE). De grandes tentes accueillent près de quatre cents enfants souffrant de malnutrition sévère, avec leurs mères et leurs frères et sœurs : “Quand on travaille avec MSF, ce n’est pas comme dans un hôpital en Europe, dit Maya. Ici, j’ai 400 malades! Quelle expérience. Quelquefois c’est frustrant. En Europe, un geste thérapeutique très simple me permettrait de soigner cette femme victime d’une hémorragie; mais je n’ai rien, ni les instruments, ni les anesthésiants”...

Et puis Maya se pose beaucoup de questions. Sur l’absence d’administration et d’infrastructure: l’Ogaden est une province complètement négligée par les autorités éthiopiennes. Sur l’existence de cette famine qui a mobilisé des centaines d’humanitaires et a amené la communauté internationale à envoyer en Ethiopie pour plusieurs centaines de millions de dollars d’aide d’urgence: “C’est vrai, nous faisons face à un problème de malnutrition sévère, peut-être chez la moitié des enfants. Et la mortalité est très élevée.  Mais une famine, cela affecte tous les âges: tout le monde meurt parce qu’il n’y a rien à manger. Donc nous n’avons pas une famine, car les adolescents et les adultes ne meurent pas de faim. Mais c’est vrai, on en observe les signes avant-coureurs”...

Le soir, après une journée de travail épuisante, toute l’équipe se retrouve pour dîner autour d’une longue table sur laquelle le cuisinier somali pose, hélas, toujours les mêmes plats: spaghettis, pommes de terre, agrémentés d’une sauce avec quelques morceaux de viande... et, pour finir, les bons jours, du fromage et des bananes... Ces fins de journée sont aussi le moment d’exprimer les doutes, de poser les questions qui ont rongé les “humanitaires” pendant toute la journée: “Et après? Que fait-on de tous ces enfants que l’on soigne et “regonfle”? On les renvoie dans le camp de déplacés, où des milliers de nomades habitués à vivre dans de grands espaces se retrouvent entassés les uns sur les autres, sans eau, sans latrines, sans bétail (le lait des vaches fournit normalement l’essentiel de leur alimentation)... Si on ne s’occupe pas de cette population, si on ne lui fournit pas les moyens de s’alimenter normalement et de se soigner, est-ce qu’on ne risque pas de se retrouver rapidement dans la même situation -- et de soigner à nouveau les mêmes enfants décharnés  qui viennent d’être soignés avec tant de dévouement et de passion? Faut-il lancer des programmes de réhabilitation pour l’ensemble de la population sans lesquels on imagine mal que ces gens puissent survivre ici? Au départ, l’équipe de MSF était venue pour une mission de trois mois. Réalisant peu à peu l’ampleur des problèmes, la direction de MSF à Bruxelles a décidé de la prolonger de plusieurs mois... réalisant très bien qu’elle risque d’être prise dans un engrenage terrible: en Ethiopie, en Ogaden, la misère n’a pas de limites...

Mais Maya a oublié ces interrogations pendant quelques instants: profitant de sa journée de repos, elle a pour la première fois visité les environs de Denan. Les pluies torrentielles qui tombent depuis quelques jours ont miraculeusement fait reverdir le paysage, et ce spectacle transforme Maya: “il y a de l’espoir, dit-elle, je ne me bats pas pour rien”.

(TMB, 2000, non publié)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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