CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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KURDISTAN IRAK: DES ÉLECTIONS DÉCISIVES

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Idris Barzani

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"Nous prions pour la santé de Jelal Talabani . Son éventuelle disparition serait un cauchemar" !

Talabani Dans la bouche d'un des membres les plus importants de la garde rapprochée de Massoud Barzani, le président de la région du Kurdistan, ces propos pourraient surprendre: il n'y a guère plus d'une dizaine d'années, de 1994 à 1998, les partisans du Parti Démocratique du Kurdistan (PDK) de Massoud Barzani et de l'Union Patriotique du Kurdistan (UPK) de Jelal Talabani se sont affrontés dans le cadre d'un guerre fratricide qui a fait des milliers de victimes, des dizaines de milliers de déplacés et qui a coupé le Kurdistan en deux "cantons" ayant chacun leur gouvernement. Et, à l'époque, les deux chefs kurdes ont souhaité mille fois la mort de leur rival abhorré. Mais les temps ont changé, avec la guerre américaine de 2003, la chute de Saddam Hussein, et l'accession du Kurdistan au statut de région autonome, sinon fédérale, au sein de la République d’Irak.

"La mort de Jelal Talabani provoquerait une crise majeure au sein de l'UPK, de sa famille, et du Kurdistan", poursuit ce proche de Massoud Barzani. Tout le monde y pense, mais rares sont ceux qui en parlent aussi ouvertement: Jelal Talabani, le président kurde de la République d'Irak, élu en 2005, et dont le mandat expire à la fin de l'année, a 75 ans et une santé fragile qui a nécessité plusieurs hospitalisations.

Personnage haut en couleur, extrêmement jovial, ce leader charismatique entretenant depuis plusieurs décennies des relations privilégiées avec les politiciens arabes, a su, à la présidence de la République, exercer ses indéniables talents de médiateur. "Sans Jelal Talabani, les partis sunnites, en particulier le parti islamique irakien, n'auraient pas participé aux dernières élections provinciales", affirme un excellent observateur de la scène politique irakienne. "C'est Talabani qui les a convaincus de participer au processus électoral, en leur démontrant qu'ils seraient les perdants s'ils boycottaient les élections. Et c'est Talabani qui est intervenu auprès des Américains pour faire relâcher des prisonniers politiques sunnites".

La crise de l'UPK

NoshirouaneMais Jelal Talabani cumule le poste de président de la République avec celui de secrétaire général de son parti, l'UPK qu'il dirige depuis sa fondation en 1976 avec un main de fer. Et manifestement, son éloignement de la scène locale, malgré de fréquentes visites à son fief de Souleimania, a contribué à l'aggravation de la grave crise qui secoue l'UPK. Cela a commencé il y a deux ans avec la démission de Noshirouane Moustafa, un ancien maoïste, de son poste de secrétaire général adjoint de l'UPK. La crise s'est amplifiée début Octobre 2008 avec la démission de quatre cadres de la section européenne du parti. Et elle a rebondi de façon spectaculaire à la mi-Février 2009 avec la démission de cinq membres du bureau politique de l'UPK, dont Kosrat Rassoul, secrétaire général adjoint, un "pechmerga", un chef militaire qui a fait ses preuves au front contre l'armée irakienne et… contre les partisans du PDK..

Tous ces démissionnaires, qui appartiennent à des courants différents de l'UPK, se qualifient de "réformistes", et formulent plus ou moins les mêmes revendications: de meilleurs services publics (et en particulier, plus d'électricité), plus de démocratie et moins de népotisme au sein de l'UPK, plus de transparence (le budget du gouvernement et celui du parti sont confondus, et opaques), moins de corruption, plus de clarté sur les relations avec Bagdad et… avec le président de la région kurde, Massoud Barzani, avec lequel Jelal Talabani a conclu il y a deux ans un "accord stratégique" dont on ignore encore le contenu exact...

Si Jelal Talabani, faisant une fois de plus la démonstration de ses talents de persuasion, a apparemment convaincu Kosrat Rassoul de revenir sur sa démission, Noshirouane Moustafa, par contre, a continué d'agir comme s'il allait lancer un nouveau parti. Pendant des semaines tout le Kurdistan a été suspendu à cette question: Noshirouane osera-t-il franchir le pas? Et il l’a fait, lançant sa liste du "Changement ".

Cette année 2009 va en effet être décisive pour les Kurdes irakiens, qui doivent se rendre plusieurs fois aux urnes. Le 25 juillet, pour élire les 111 députés (dont un tiers de femmes) du parlement du Kurdistan irakien, siégeant à Erbil, la capitale provisoire de la région du Kurdistan. Et pour élire ou réélire le président de la région, le mandat de Massoud Barzani arrivant à son terme. Et enfin, toujours le 25 juillet, pour approuver, par référendum, la nouvelle constitution du Kurdistan. Et en novembre ou en décembre, pour élire les assemblées provinciales, ou "conseils de gouvernorats", comme les 14 provinces de l'Irak arabe l'ont fait le 31 janvier.

Le partage du pouvoir

Nechirvan BarzaniDepuis les premières élections de mai 1992, qui ont failli déboucher sur un affrontement entre les deux grands partis, le PDK et l'UPK se sont entendu pour partager le pouvoir, s'attribuant le même nombre de députés, selon la fameuse règle du 50/50. C'est ainsi que dans le parlement actuel, élu en mai 2005, le PDK et l'UPK ont chacun 38 députés. Les "petits partis" ont reçu 9 sièges (Yekgirtu, Union islamique), 6 sièges (Komal Islam), 5 sièges (les chrétiens), 3 sièges (le Parti communiste et le parti socialiste du Kurdistan), 1 siège (le parti des travailleurs). Ce partage du pouvoir s'étend aux principaux postes de l'Etat kurde, le poste de premier ministre étant actuellement détenu par Nechirvan Barzani (PDK) et celui de président du parlement par Adnan Mufti (UPK). Ces deux postes devant être permutés après les élections. Et enfin, couronnant le tout, Le PDK a soutenu la candidature de Jelal Talabani à la présidence de la République, tandis que l'UPK soutenait celle de Massoud Barzani à la présidence de la région.

Se partageant le pouvoir, le PDK et l'UPK se partagent également le budget de la région kurde, qui est considérable — 17 pour cent des revenus pétroliers irakiens, environ 7 milliards de dollars en 2008, pour quelque 4 millions d'habitants -- au prorata de la population (54% pour le PDK, 46% pour l'UPK). Pour boucler ce système, les deux grands partis ont imposé le scrutin de liste "fermé", les électeurs votant pour une liste réunissant les candidats du PDK et de l'UPK pour la région, et non pour une personnalité dans une circonscription. Ils justifient ce choix en affirmant que pour faire face aux défis actuels -- une grave détérioration des relations avec Bagdad -- "les Kurdes doivent parler d'une seule voix", comme le déclare Adnan Mufti, président du Parlement kurde.

C'est tout cet édifice qui est menacé, dans l'immédiat, par la liste de candidats de Noshirouane Moustafa, et, à terme, si Jelal Talabani disparaît sans avoir organisé sa succession. Personne ne se risque à prédire combien de députés la liste de Noshirouane pourra obtenir — sept sièges, ou une quinzaine ? -- mais elle formera probablement le troisième bloc au parlement kurde. "Il ne faut pas oublier qu'à la base, de nombreux partisans de l'UPK ont du mal à accepter l'alliance de UPK avec le PDK. Le passé pèse toujours dans leur mémoire. Et ces gens là voteraient pour Noshirouane, affaiblissant le liste commune PDK-UPK"; souligne un journaliste kurde indépendant. Au sein même de l'UPK, des voix s'élèvent pour dénoncer un "agenda caché" de Noshirouane " . "Il est contre la réconciliation avec le PDK", affirme un membre du bureau politique de l'UPK.

Et Falah Mustafa, ministre des relations extérieures du gouvernement régional du Kurdistan, de conclure: " Le " Changement ", c’est aussi l’UPK. Si la liste de Noshirouane obtient un nombre important de sièges, plus d’une dizaine de députés, nous ne pourrons plus appliquer le 50-50 avec l’UPK ".

La situation politique interne au Kurdistan est encore plus complexe après la récente initiative de quatre petits partis -- les deux partis islamiques, leYekgirtu et le Komal Islam, et deux partis de gauche, le parti socialiste du Kurdistan, et le parti des travailleurs -- qui ont remis aux dirigeants de la région kurde un memorandum de 9 pages reprenant plus ou moins les revendications des "réformistes" de l'UPK. Ne recevant pas de réponse des dirigeants des deux grands partis, les Quatre ont rendu public leur memorandum, le 10 Janvier, au cours d'une conférence de presse. Ce qui a provoqué la colère des dirigeants de l'UPK et du PDK, qui ont reproché aux quatre petits partis "de se comporter en partis de l'opposition tout en faisant partie du gouvernement et de la majorité".

Jelal Talabani a reçu tour à tour les dirigeants des partis islamiques et des partis de gauche pour les convaincre de renoncer à présenter une liste commune, mais il a eu moins de succès qu'avec Kosrat Rassoul. Et les quatre petits partis ont décidé de présenter une liste commune, faisant campagne contre la corruption, pour la transparence, et pour la séparation des partis et du gouvernement. "Les prochaines élections vont modifier l'équation politique au Kurdistan", affirme Ali Bapir, émir du Komal Islam. "Tout est possible. Le PDK et l'UPK pourraient perdre la majorité. La terre n'a jamais arrêté de tourner ".

Tension croissante avec Bagdad

Ce bouleversement de la scène politique au Kurdistan survient à un moment où la tension n'a jamais été aussi grande entre le gouvernement de Bagdad et les autorités kurdes. Convaincu d'avoir remporté les élections provinciales du 31 janvier, Nouri al Maliki, le premier ministre chiite du gouvernement irakien, entend profiter de sa victoire. Les Kurdes ont beau souligner, avec Mohammed Ihsan, ministre des affaires extra-régionales -- les territoires disputés -- que la liste de Maliki n'a remporté que 900.000 voix sur un total de 15 millions d'électeurs inscrits, dont 7 millions ont voté… Et que dans les fameux territoires disputés, à Khanakin, Sinjar, la liste kurde a remporté 80 à 85 pour cent des votes, le fait est là: Maliki a écrasé la liste rivale du "majlis" d'Aziz al Hakim, le partenaire des Kurdes, et arrive en première position dans les provinces chiites, et à Bagdad, ville en majorité chiite.

"Maliki va être plus agressif à l'égard des Kurdes et réduire leurs pouvoirs", affirme Azad Aslan, éditorialiste du "Kurdish Globe", reflétant l'opinion partagée par la grande majorité des Kurdes. "Il va mettre en place à Kirkouk des "conseils du réveil", composés de chefs de tribus et d'anciens baasistes..Il va changer la constitution. Et il va se mettre en campagne pour les prochaines élections législatives (début 2010), se prononçant pour un gouvernement central fort, contre un système fédéral, et accusant les Kurdes d'être responsables de tous les maux de l'Irak".

La prochaine échéance est pour demain: après les élections législatives, combien de ministères seront attribués aux Kurdes dans le nouveau gouvernement? Et Jelal Talabani sera-t-il reconduit à la présidence de la République? Cela semble peu probable, indépendamment des réserves que pose sa santé. "On entend un nouveau langage à Bagdad", confie un dirigeant kurde. "Les Arabes nous disent: vous avez votre gouvernement kurde, vous avez vos 17 pour cent des revenus du pétrole. Pourquoi voulez vous aussi des places à Bagdad?"…

La solution du problème de Kirkouk. La loi pétrolière et la répartition des revenus du pétrole. Le partage du pouvoir, fédéralisme ou centralisme. Autant de questions qui ne sont pas résolues, et que les dirigeants arabes de Bagdad ne veulent pas résoudre, en estimant que le temps joue pour eux. Certains Kurdes estiment que leurs dirigeants ont laissé passer leur dernière chance de prendre le contrôle de Kirkouk. "Je leur ai dit que les semaines de Novembre et Décembre entre l'élection d'Obama et son entrée à la Maison Blanche -- la transition entre Bush et Obama -- constituaient la meilleure "fenêtre" pour agir, pour lancer nos pechmergas sur Kirkouk. Mais ils ne m'ont pas écouté", révèle un conseiller de Massoud Barzani.

Maliki un dictateur ?

Aujourd'hui, les Kurdes sont partagés entre ceux qui considèrent Maliki comme un dictateur et les Arabes comme des oppresseurs et ceux qui recherchent toujours un arrangement avec Bagdad. "Les Arabes sont tous pareils", dit un proche de Massoud Barzani. "Quand nous étions en exil à Rajan, en Iran, dans les années 1980, Maliki et les responsables de son parti Dawa venaient nous voir et nous demandaient de l'argent et des vêtements! Aujourd'hui….". Et un personnage aussi modéré qu'Adnan Mufti, président du parlement kurde d'Erbil, constate que lorsque les dirigeants arabes irakiens étaient dans l'opposition, avant la chute de Saddam Hussein, ils avaient un comportement radicalement différent, et n'avaient pas peur de soutenir le mouvement kurde: "A cette époque, les Arabes irakiens avaient de mauvaises relations avec la Turquie et l'Iran, et ils étaient prêts à soutenir les Kurdes dans leur lutte pour s'emparer de Diyarbekir (en Turquie), Mahabad (en Iran), et même Ankara. Mais aujourd'hui, ils ne nous donnent même pas Kirkouk". Et certains observateurs se demandent si Maliki, après avoir remporté une nouvelle victoire aux élections législatives de fin 2008, ne va pas placer les Kurdes devant le choix suivant: Ou commettre la faute, et proclamer leur indépendance. Ou se soumettre inconditionnellement à leurs diktats.

D'autres Kurdes ont une vision moins pessimiste -- et en particulier ceux qui représentent le gouvernement kurde à Bagdad. "L'article 140 de la constitution -- qui prévoit le règlement de la question de Kirkouk par un référendum -- n'est pas mort", affirme Hoshyar Zibari, ministre kurde des affaires étrangères du gouvernment de Bagdad. "Nous devrons livrer une grande bataille constitutionnelle, elle sera longue, et nous aurons besoin de bons avocats. Mais nous faisons partie de ce gouvernement, et si nous avons des messages à envoyer au Premier ministre Maliki, nous devons le faire en privé, pas par voie de presse".

Nechirvan Barzani, neveu de Massoud Barzani et Premier ministre du gouvernement de la région autonome du Kurdistan irakien, a compté devant nous combien de fois son village de Barzan avait été brûlé et détruit par les forces de Bagdad -- 16 fois! Et de conclure "Plus jamais ça. Il faut être modéré. Nous ne voulons pas être comme les Chihuahuas, ces tout petits chiens qui aboient très fort". Et Nechirvan Barzani de demander aux Américains de ne pas se retirer d’Irak sans régler le différend entre Bagdad et les Kurdes. Le malheur, c’est que la politique américaine à l’égard des Kurdes est loin d’être claire. A la différence de la France, de l’Allemagne, et de la Russie, c’est à Kirkouk que les Etats-Unis ont ouvert un consulat, et non à Erbil, capitale de la région kurde. Et certains dirigeants kurdes sont convaincus que les Américains sont pour moitié responsables de la non application de l’article 140 — l’autre moitié étant constituée par les voisins de l’Irak : la Turquie, l’Iran, et les pays arabes…

(Inédit, Juin 2009)

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