CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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Murat Karayilan : Le Plan de Paix du PKK

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KarayilanCette interview, qui date de mars 2000 et n’a pas été publiée, est un document très important : Murat Karayilan, membre du conseil présidentiel du PKK et aujourd’hui le Numéro 2 du parti, détaille longuement les principaux points du plan de paix du PKK. Très en retrait sur les revendications historiques du PKK – l’indépendance – ce plan n’en contient pas moins des demandes -- l’égalité du peuple kurde et du peuple turc, la création d’une administration locale, le retrait de l’armée turque du Kurdistan, une amnistie totale et la légalisation du PKK – inacceptables, pour l’instant, pour les dirigeants turcs. Datant de l’an 2000, ce document qui présente les revendications a minima du PKK conserve tout son intérêt au moment où le régime turc s’efforce de trouver une solution au problème kurde.

Membre du “Conseil présidentiel” du PKK Murat Karayilan vit (en mars 2000) depuis quelques mois dans une semi-clandestinité en Europe où il est venu, dit-il, défendre le “plan de paix du PKK”; on soupçonne aussi le “Serpent Noir” (traduction littérale de son nom) d’avoir pour mission de reprendre en mains des militants quelque peu désarçonnés par les dernières initiatives de leur parti. Pourchassé par les agents des services spéciaux turcs, dont le comportement a amené l’Allemagne à demander l’expulsion de quatre d’entre eux, Murat Karayilan a demandé l’asile politique en Hollande, qui vient de le lui refuser...

Militant de la première heure, ayant adhéré au PKK dès 1979, cet ingénieur né vers 1955 est devenu membre du comité central du PKK en 1990, puis commandant militaire du Botan, une des régions de la Turquie où le PKK fut à deux doigts de créer des zones libérées au début des années 90. Il ne nie pas que lorsqu’il a adhéré au PKK en 1979 son parti proclamait alors que le Kurdistan était une “colonie” de la Turquie et que le peuple kurde devait pouvoir exercer son “droit à l’autodétermination et à l’indépendance”.

Conscient que la position actuelle du PKK, qui se borne à réclamer une “solution démocratique dans le cadre de la République turque”, n’est pas toujours comprise, Murat Karayilan explique que la lutte pour l’indépendance s’inscrivait dans un cadre beaucoup plus vaste, dans une lutte à laquelle participaient la gauche turque, les pays du camp socialiste, et les mouvements de libération du Moyen-Orient. “Nos relations avec ces forces étaient stratégiques, on se basait sur elles pour faire la révolution”, explique Murat Karayilan.

“Mais maintenant il n’y a plus d’Etats socialistes, il n’y a pas de mouvements de libération nationale, et il n’y a pas de mouvement révolutionnaire en Turquie: la Gauche turque n’a pas joué son rôle! Notre lutte était légitime, mais nous sommes restés tout seuls”!

Que demande donc aujourd’hui le PKK dans son “plan de paix” en sept points rédigé au cours du dernier congrès du parti, en janvier dernier, et rendu public à la mi-mars? “L’essentiel, affirme Murat Karayilan, c’est que nous voulons la paix: la paix entre les Kurdes, en solutionnant démocratiquement les problèmes entre les Kurdes; nous voulons aussi la paix entre les Kurdes et les peuples qui les entourent, les turcs, les arabes et les persans; et nous voulons continuer la lutte du peuple kurde avec des méthodes modernes, acceptables par tout le monde”.

KKarayilanIl est évident que si ce préambule ne peut que faire l’unanimité, les détails qui suivent sont beaucoup plus problématiques: ce que demande d’abord le plan de paix du PKK, l’essentiel, affirme Murat Karayilan, c’est la reconnaissance de l’identité nationale du peuple kurde: “Il faut que la Turquie reconnaisse dans sa constitution l’existence du peuple kurde, il faut qu’elle reconnaisse que ce peuple kurde n’est pas une minorité en Turquie, il faut que son égalité avec le peuple turc soit reconnue”. Quel sera donc le cadre constitutionnel précisant les droits du peuple kurde? S’agira-t-il d’autonomie? ou de fédéralisme? “Il n’est pas important de parler le premier jour de système fédéral répond Murat Karayilan, cela peut être un système régional; on le laisse pour la suite des discussions, on verra après; mais il doit y avoir une transition d’une autorité centrale à une administration locale: c’est un droit légitime dans tous les états démocratiques:dans un Etat multiculturel, un système centralisé ne marche pas”...

Continuant sur cette lancée, les auteurs du plan de paix demandent la “liberté d’expression et d’organisation”. Concrètement, explique Murat Karayilan, les opposants doivent pouvoir exprimer leurs opinions, les Kurdes doivent avoir le droit de s’organiser politiquement. Mais ce droit n’existe-t-il pas déjà, avec le HADEP?

“Non, réplique Karayilan, le HADEP est toujours soumis aux pressions du gouvernement; et le PKK doit être légalisé. Et la peine de mort doit être abolie. Et il doit y avoir une amnistie générale: un Etat qui reconnaît l’identité du peuple kurde doit proclamer une amnistie générale et libérer tous les détenus politiques, même ceux qui ont tenu des armes et qui se sont battus pour les droits du peuple kurde, y compris, bien sûr, notre président”.

Le plan de paix du PKK comprend également une phrase elliptique sur le passage des unités de l’armée turque d’une posture de guerre à une posture ordinaire. “Aujourd’hui le Kurdistan est surmilitarisé, explique Murat Karayilan; il y a plus de 200.000 hommes au Kurdistan, ils occupent toutes les positions stratégiques, à l’entrée et à la sortie des villages. A Shirnak, par exemple, il y a autant de militaires que d’habitants. Comme nous avons retiré nos forces et les avons mises en posture défensive, le gouvernement turc doit de même retirer ses forces et les mettre en position de défense, en ne gardant qu’une présence militaire normale au Kurdistan: nous ne demandons pas un retrait total, ils peuvent rester aux frontières. Une armée normale ne prend pas position contre le peuple, elle est stationnée aux frontières”.

Le plan de paix comprend également une clause sur le désarmement et le retour à la vie civile des guerilleros du PKK: “De même que le constitution devra comprendre des garanties pour les droits du peuple kurde, de même, affirme Murat Karayilan, il devra y avoir des mesures pour la guerilla. Actuellement nous les initions dans la montagne à leur nouvelle vie économique, politique et culturelle; mais nous voulons, s’ils vont à Istanbul, qu’ils puissent jouer un rôle politique, ou un rôle dans la presse ou dans la diplomatie: ce sont les cadres nationaux du peuple kurde, on a eu besoin d’eux dans la guerre, on aura besoin d’eux dans la paix”.

Ce plan est très en retrait sur les positions historiques du PKK: il n’est plus question d’autodétermination du peuple kurde ni d’indépendance, et le PKK oublie le sort des Kurdes des autres parties du Kurdistan, se bornant à réclamer pour eux aussi une “solution démocratique”. Mais en demandant l’égalité du peuple kurde et du peuple turc, la création d’une administration locale, le retrait de l’armée turque du Kurdistan, une amnistie totale et la légalisation du PKK, le PKK met la barre très haut -- et formule des revendications qui pourront lui permettre de dire à ses militants qu’il ne renonce pas à tous ses objectifs pour sauver la peau de son chef...

Murat Karayilan sait que ces demandes sont inacceptables pour l’Etat turc qui “actuellement ne reconnaît même pas qu’il y a des Kurdes”. “Mais, ajoute Murat Karayilan, quand il commencera à le reconnaître, on ouvrira la porte, il y aura des avances pas à pas. Nous savons qu’il ne vont pas faire tout cela d’un coup, mais la Turquie doit faire quelques pas significatifs”; et le coprésident du PKK de mentionner l’amélioration des conditions d’emprisonnement d’Ocalan, l’abolition de la peine de mort, une amnistie générale, la suppression de l’état de siège, le retour des villageois dans leurs villages, l’arrêt des opérations militaires...

OcalanOn comprend d’autant moins cet optimisme ou ce manque de réalisme des dirigeants du PKK qu’ils reconnaissent que leur plan de paix n’a pas suscité le moindre écho dans les milieux gouvernementaux turcs: “Nous leur avons envoyé des lettres qu’ils ont renvoyées -- après les avoir lues. Il n’y a eu aucune réaction officielle; pratiquement, ils ne vont pas accepter notre plan”, déclare Murat Karayilan. Le dirigeant du PKK confirme au passage que les seuls contacts entre la direction collégiale du parti et Abdoulla Ocalan se font par l’intermédiaire des avocats du chef kurde dont le droit de visite a été réduit à une heure par semaine. Et Murat Karayilan affirme qu’il n’y a eu et qu’il n’y a aucun contact à Imrali entre Abdoulla Ocalan et les généraux turcs, et notamment le général Cevik Bir, contrairement àl’idée largement répandue dans des milieux proches du PKK: “Nous voulons qu’il y ait des rencontres et des discussions, mais cela n’a pas été possible jusqu’à maintenant, l’armée turque est très fermée”, dit clairement Murat Karayilan.

Le dirigeant du PKK justifie au passage l’attitude de la direction collégiale du PKK, qui, après avoir enlevé toute autorité à Ocalan après son enlèvement spectaculaire au Kenya, était revenue sur sa décision: “Nous n’avions aucun contact avec notre président, explique Murat Karayilan, et nous n’avions pas d’informations sur sa santé; c’est pour cela que nous avions pris cette décision. Mais après avoir pu établir des relations avec lui par l’intermédiaire de ses avocats, et avoir constaté que sa santé était normale, nous avons annulé notre décision”.

Apparemment, les dirigeants du PKK ne s’interrogent sur le caractère de ces contacts par avocats interposés, et ne se demandent pas s’ils sont fiables ou pas, et s’ils ne sont pas manipulés: “Nous connaissons notre président et sa logique”, affirme Murat Karayilan “nous étions déjà depuis sept ou huit ans à la recherche d’une telle solution; il n’y a pas de différence entre ses explications de Rome et ses déclarations d’Imrali. Nous ne pensons pas que l’Etat turc fasse passer d’Imrali seulement les idées qui lui conviennent. Et notre Président fait des propositions, il ne donne pas des ordres. Par exemple, l’arrêt de la guerre et le retrait de nos forces, c’était à l’ordre du jour depuis juin. On a fait une réunion élargie du comité central le 23 juillet, et on a effectivement décidé de retirer nos forces. On a envoyé notre décision au Président, et c’est lui qui l’a annoncée. Les décisions sont collectives, toutes ces décisions, ce plan de paix, ce sont nos idées. C’est pour cela que le PKK est toujours en vie, et pas divisé: le Président est devenu le porte-parole de notre action collective”. Murat Karayilan affirme qu’ici, à Amsterdam, il est en contact quotidien avec des cadres du parti emprisonnés qui contribuent aux quotidiens du parti, écrivent des livres et ont participé aux débats du congrès: “Nous avons 7.000 amis en prison qui ont énormément de possibilités d’agir. Notre Président n’envoie pas d’écrits: il parle. Certes ce qu’il dit est écouté, mais ils ne l’empêchent pas de parler. Il parle de la stratégie politique du parti”.

Combien de temps le PKK va-t-il attendre une réaction favorable des autorités turques à cette nouvelle stratégie, au plan de paix? “Nous n’attendons pas, déclare Murat Karayilan, nous continuons notre lutte. Il n’y a pas que la lutte militaire -- cela ne représente que 10 pour cent de notre action. Nous allons mener une bataille politique, dans le domaine de l’organisation. Nous allons créer un front démocratique en Turquie, un front large dans lequel le HADEP aura sa place. Nous allons devenir la deuxième ou la troisième force élue en Turquie.

Alors, l’indépendance du Kurdistan, c’est fini?
“On avait le choix entre la paix totale et la guerre totale. La guerre totale, c’est ce qu’attendait de nous le gouvernement turc. En faisant la guerre on aurait contribué à ce complot. Cela signifiait aussi l’exécution de notre leader. On a discuté entre nous, et on a pensé que la position de la paix totale était la bonne. Comment le peuple kurde va-t-il demander l’indépendance? Tout le monde était contre, cela conduirait à sa liquidation. L’indépendance, c’est une utopie, je ne suis pas pour l’utopie. Je fais de la politique, je choisis un objectif réaliste. On a parlé de Révolution en Turquie. Si ce n’est pas possible, il faut se battre pour la démocratie”... Alors, la lutte armée c’est fini? “Si nous ne sommes pas obligés, c’est fini. Mais si la guerre revient devant notre maison, si la répression reprend, la guerre sera plus forte que notre volonté”...
(Inédit, Amsterdam, mars 2000)

 

 

 

 

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