CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

www.Chris-Kutschera.com


Haluk Tukel, secrétaire général de la TUSIAD: les causes de la crise économique en Turquie....

Sommaire

AFRIQUE

AMERIQUE

ASIE

EUROPE

FRANCE

KURDISTAN

MOYEN-ORIENT

ARCHIVES PHOTOS

La gare de Kirievo

Galerie Photos

 

Vue aérienne de Das island avec ses torchères

Pétrole dans le Golfe

 

Enfants victimes de la famine

Biafra

 

quartier de la Corne d'or, istamboul

Istamboul

 

victimes de mines

Réfugiés afghans, Iran

couv 40

Mvt Kurde

 

Portrait de haluk Tukel en chemiseQ: La crise que traverse la Turquie est-elle une crise économique, financière ou politique?

Haluk Tukel: Les trois à la fois... Il faut mettre les évènements actuels en perspective: La Turquie a vécu depuis plusieurs dizaines d’années avec de forts déficits budgétaires qui ont trois causes principales:

- la guerre dans le sud-est contre le PKK.

On peut estimer son coût à 2 milliards de dollars par an, soit sur quatorze-quinze ans ans, de 1984 à 1997-1998, à 30 milliards de dollars.

- le soutien à Chypre du nord: 500 millions à un milliard de dollars par an.

- A cela il faut ajouter les subventions à l’agriculture, aux PME, à la sécurité sociale...Tout cela a entraîné des dépenses très soutenues pendant un très long laps de temps.

Et l’Etat n’a pas été capable d’élargir la base de la taxation: 7 millions de personnes vivent de l’agriculture; 2 millions d’ouvriers ne sont pas enregistrés: cela fait 9 millions de personnes qui ne sont pas des contribuables. Sur un nombre total d’électeurs de 30 millions, il y a 18 millions de contribuables, soit environ seulement 60 pour cent des électeurs...

A cela il faut ajouter un taux d’inflation assez soutenu sur 10 à 15 ans. Enfin l’appareil de l’Etat ne s’est pas modernisé: les transports sont inadéquats, l’électricité est coûteuse, la justice ne marche pas. Tout cela a des effets sur la compétitivité du secteur privé.

Nous avons déjà eu deux crises en 1988 et en 1994. La troisième, en 2001, est une crise moderne.

Haluk Tukel, dans son bureau de la TUSIADQ: Pourquoi l’affrontement à huis clos au sein du conseil national de sécurité entre le président de la République Ahmet Sezer et le premier ministre Bulent Ecevit a-t-il provoqué cette crise?

Haluk Tukel: Il y avait un environnement propice: le climat de corruption a laminé la confiance dans le gouvernement. On a eu une première crise en novembre qui a entraîné une fuite de capitaux. Et une deuxième secousse après l’affrontement au conseil national de sécurité. Le président Ahmet Sezer n’était pas satisfait des procédures de subventions dans les banques publiques et il a demandé un audit qui a été refusé par le gouvernement. C’était la goutte d’eau qui a fait éclater la crise. Mais la Turquie vit depuis longtemps une crise politique: il y a eu de nombreux changements de gouvernements ces dernières années, alors que l’ouverture sur l’extérieur, avec l’union douanière, et le développement du secteur privé demandaient beaucoup de législation, mais le parlement n’a jamais légiféré correctement.

Après la crise politique est venue une crise financière: avec l’ouverture sur l’extérieur le système financier ne pouvait pas continuer de fonctionner comme avant; mais les banques continuent d’être gérées et contrôlées comme si l’économie n’était pas ouverte. La très mauvaise gestion des banques publiques a fait éclater la crise. Et le gouvernement a retardé l’application du programme mis au point l’année dernière avec le FMI.

Finalement, nous avons eu une crise économique: les marchés financiers ne marchant plus, on ne sait plus quel est le taux de change, le taux d’intérêt. Il n’y a plus moyen d’exporter, et de facturer, ni de payer. Avant les crises étaient résolues au bout d’une semaine. Mais maintenant on ne sait toujours pas. Conclusion, les gens ne paient pas et n’envoient pas de factures...

Q: Quelles sont les principales victimes de la crise?

Haluk Tukel: Tout le monde a été atteint. Mais la capacité de résistance est différente. Le petit épicier n’a plus de clients. Pourquoi? Personne ne payant plus personne, tout le monde a coupé les dépenses, sauf la nourriture. Les gens n’utilisent plus leur voiture, ils ne vont plus au restaurant. Moi-même, le week-end, je n’emmène plus ma famille au restaurant, et ma femme utilise beaucoup moins sa voiture, elle préfère marcher. Pourquoi? J’ai peur de ne pas être payé. Nous avons cinq cents adhérents. Nous demandons à chacun 7000 dollars de cotisation annuelle. Avec cette crise les membres nous disent: “Au lieu de vous payer en février, on va payer en juillet”... Il se peut que fin juin je dise aux employés de la TUSIAD (30 à Istamboul, une quinzaine à Ankara et dans le monde): “Je ne vous paie que la moitié de votre salaire ce mois-ci”. Nous avons demandé à nos adhérents de ne pas mettre leurs employés au chômage, ou seulement 10 jours, à demi-salaire: nous sommes arrivés à la limite... Si j’étais grossiste en tissus, ou industriel, j’aurais de grosses difficultés...

Q: Quelles sont les causes des faillites?

Haluk Tukel: Si une entreprise était endettée en dollars, à l’extérieur ou sur le marché intérieur, ça lui coûtait moins cher. Maintenant, avec une livre turque qui a perdu 80 pour cent de sa valeur par rapport au dollar, elle coule. Si elle était endettée en livres turques, les banques déclarent qu’elles ne renouvellent pas le crédit. C’est le “call back”: elles demandent en même temps le principal et l’intérêt. Si on ne peut pas payer le principal, c’est la faillite. Même les banques ne peuvent pas utiliser le collatéral, elles ne peuvent pas racheter les biens hypothéqués. La troisième cause des faillites, c’est qu’il y a énormément de ventes à crédit fournisseur sur trois mois. Et les gens ne peuvent plus payer, il n’y a pas de cash. On ne le voit pas trop chez nous, mais beaucoup chez les PME.

Q: La presse turque a publié un sondage selon lequel 70 pour cent des industriels turcs ne comprennent pas le plan de Kemal Dervis... Pouvez-vous nous l’expliquer?

Haluk Tukel: C’est vrai, il n’y a pas de cadre macro-économique. Son programme, c’est surtout de légiférer sur un certain nombre de réformes structurelles; mais en fait il n’y a pas de plan. Tout juste une quinzaine de lois urgentes concernant la réforme des banques publiques, un certain nombre de privatisations, et la formation d’un conseil de régulation.

Q: Pourquoi les militaires sont-ils intervenus dans le débat sur la privatisation de Turk Telekom?

Haluk Tukel: Les militaires le considèrent comme un secteur de défense national. On leur a dit: “ça se fait aussi en Europe, et dans les pays émergents”. Mais ce sont des secteurs qui génèrent beaucoup de cash, et d’emplois publics... Le nombre d’employés y est de 15000 à 20000 supérieur à ce qui est nécessaire... Les intérêts des militaires et des partis politiques sont donc convergents. Les militaires interviennent dans pas mal de choses qui ne les regardent pas. Le conseil national de sécurité a une conception très large de la sécurité: il ne s’agit pas seulement de la défense contre l’étranger, mais aussi contre les ennemis de l’intérieur. C’est là que le problème devient insoluble: l’intérieur, ce n’est pas le problème de l’armée.

Q: Finalement la Turquie va obtenir au total quinze milliards de dollars du FMI et de la Banque Mondiale, alors que le trou est estimé à 30 ou plus vraisemblablement 40 milliards de dollars. Comment allez vous combler la différence?

Haluk Tukel: Le trou des banques publiques s’élève à 20 milliards de dollars, celui des banques privées à 15 milliards de dollars, nous n’en avons effectivement que 15... Il reste à digérer 20 milliards de dollars. Nous pensons que si la croissance reprend, nous serons capables de générer cette somme; mais il faut que la source des pertes soit tarie, et deux conditions: la stabilisation des taux de change, et une certaine baisse des taux d’intérêt. Le marché financier marche sur des rumeurs. Depuis quelques jours nous avons de bonnes nouvelles: on observe une stabilisation des taux, et un lent redémarrage.

Q: Quel est le bilan de cette crise?

Haluk Tukel: Nous ne sommes pas encore capables d’évaluer les dommages. Mais on peut dire que pour ceux qui sont encore en vie c’est en train de repartir...  On peut quand même esquisser un premier bilan: 500.000 personnes ont perdu leur emploi; nous aurons probablement 6 pour cent de croissance négative, avec un taux annuel d’inflation de 75 pour cent, un dollar se stabilisant à 1.300.000 livres turques à la fin de l’année, et 10 à 12 pour cent de pertes d’emplois.

                              note sur la TUSIAD

cette organisation du patronat turc regroupe des entreprises dont le chiffre d’affaires va de 25 millions de dollars/an pour les plus petites, avec 100 à 150 employés, à 100 à 200 millions de dollars/an pour la plupart. Une vingtaine se situent autour de 2 milliards de dollars/an, une dizaine à 4 milliards de dollars/an, et 2 (Sabanci et Koc) à 8 à 12 milliards de dollars/an.

(The Middle East magazine, July 2001)

postmaster@chris-kutschera.com


Droits de Reproduction strictement réservés © Chris Kutschera 2012

ENGLISH

 

 

 

AFRICA-ASIA

EUROPE

KURDISTAN

MIDDLE-EAST

 

pasqeports a vendre

Passeports à, vendre

 

Ibrahim Alizadé, secrétaire général du Komala, Iran

Kurdes en Iran

 

Cherif Ali, prétendant au trône d'Irak

Chérif Ali d'Irak

 

Mvt turc

 

Livre Noir

 

Defi Kurde