CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

www.Chris-Kutschera.com


Pétrole et Geopolitique

Sommaire

AFRIQUE

AMERIQUE

ASIE

EUROPE

FRANCE

KURDISTAN

MOYEN-ORIENT

ARCHIVES PHOTOS

Banque Photos

Galerie Photos

 

Cherif Ali, prétendant au trône

Cheri Ali, Irak

Portrait de Mohsen, ayant perdu yeux et mains en deminant

Victime du déminage, Iran

Portrait d'un gamin d'une ecole coranique

Oman

Nizwa, Oman

 

Livre Noir

Mvt Kurde

 

Defi persan

 

 

KNM

 

L’Assemblée générale des Nations Unies a voté par 138 voix « pour », 9 « contre» et 41 abstentions en faveur de la reconnaissance du statut d’Etat observateur de la Palestine. Imaginons un instant que le Kurdistan d’Irak brigue demain le même statut. Il n’obtiendrait même pas le vote inverse – c’est à dire 9 voix « pour ». Par contre, 138 Etats membres voteraient « contre » : presque tous les pays arabes, les Grandes Puissances, des Etats Unis à la France et à la Grande Bretagne, les pays émergents, et les pays du Tiers-Monde!

Qui oserait voter « pour » ? Parmi les Etats arabes, un seul, le Koweit, toujours menacé par l’irrédentisme irakien. Dans la région, seule la Turquie, qui a considérablement investi au Kurdistan, se distinguerait en votant « pour ». Et Israel. Et en Europe ? L’Autriche, peut-être, ferait preuve d’indépendance. C’est peu, et il faudrait que les Kurdes déploient des trésors de diplomatie pour élargir cette liste.

Et pourtant, si les diplomates décidaient de leurs votes en jugeant sur pièces, ils devraient être encore plus nombreux à voter pour le Kurdistan que pour la Palestine. En effet, si l’on prend en compte les trois critères qui doivent être remplis pour la reconnaissance d’un Etat – tels que les a énoncés récemment le ministère suédois des affaires étrangères à propos du débat sur la reconnaissance de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) , se référant sans le dire à la Convention de Montevideo de 1933 – à savoir l’existence d’un territoire, d’une population, et un gouvernement qui a le contrôle de la situation sur ce territoire, nul doute que le Kurdistan irakien remplit amplement ces critères.

Le territoire d’abord.

La superficie de la région dite autonome du Kurdistan irakien, telle qu’elle est délimitée très précisément par les frontières de la Syrie, de la Turquie, de l’Iran, et par la fameuse ligne verte – établie en 1991 après le retrait des troupes irakiennes du Kurdistan – est d’environ 40.000 km2, sans inclure les « territoires disputés », et donc supérieure à celle de la Belgique (30.500 km2) et presque égale à celle de la Suisse (41.000 km2). Qui se hasarderait à estimer la superficie de la Palestine d’aujourd’hui, rongée par les colonies ? Elle serait réduite, selon certaines hypothèses ( ?) à 6.000 km2.

La population

La population des trois gouvernorats (Erbil, Souleimania, Dohok) de la région kurde du nord de l’Irak est d’environ quatre millions, selon les enquêtes menées par le Programme Alimentaire Mondial pour l’application de la résolution 986 Oil for Food du Conseil de Sécurité. Il s’agit d’une population kurde homogène, avec de petites minorités (chrétiennes, turkmènes). Cette population est animée par un fort sentiment d’identité kurde, reposant sur une langue, une histoire et une culture communes.

Un gouvernement effectif

Depuis le retrait des forces irakiennes après la deuxième guerre du Golfe (1991), les Kurdes ont élu un parlement et mis en place des gouvernements qui ont fait preuve d’une très grande efficacité dans leur lutte contre le terrorisme : la région kurde est devenue un monde à part dans l’Irak d’après 2003 (chute de Saddam Hussein), un îlot de tranquillité et de prospérité.

Conscients de ces atouts, mus par un vif nationalisme teinté d’anti arabisme, les Kurdes irakiens sont en proie à la tentation de proclamer leur indépendance, comme ils l’ont manifesté massivement lors d’un référendum informel en 2005, et comme l’a démontré à plusieurs reprises Massoud Barzani, le président de la région kurde, en rappelant que le droit des Kurdes à l’autodétermination est un droit naturel, mais en évitant toutefois de prononcer le mot d’indépendance.

La Feuille de route kurde

Avant de franchir le pas et de proclamer l’indépendance du Kurdistan, les dirigeants kurdes les plus lucides estiment qu’ils doivent renforcer leurs positions dans quatre domaines :

- économie : le gouvernement kurde dépend actuellement totalement des 17% du budget national irakien qui lui sont reversés – avec retard – par le gouvernement de Bagdad. Certains responsables kurdes estiment que le gouvernement d’Erbil devrait disposer de réserves financières pour deux-trois ans avant de se lancer dans l’aventure de l’indépendance. Le moyen d’accumuler ces réserves : augmenter la production pétrolière.

- politique : malgré de sérieux efforts pour parler d’une seule voix avec Bagdad,
il existe toujours un fossé entre les partis de gouvernement (PDK et UPK) et l’opposition (Goran et les partis islamistes).

- militaire : les Kurdes doivent s’équiper en armes lourdes, et en particulier en missiles sol-sol et sol-air, pour être en mesure de résister à une offensive de l’armée irakienne

- diplomatique : conscients de l’absence de soutien diplomatique à la cause de l’indépendance du Kurdistan, les Kurdes ont entrepris une campagne de relations publiques, en particulier auprès des grandes puissances, pour les convaincre de réparer cette erreur de l’Histoire - l’existence d’un peuple d’une quarantaine de millions de Kurdes sans Etat, répartis entre cinq pays – en commençant par reconnaître l’indépendance du Kurdistan irakien.

Une nouvelle puissance pétrolière

Un nouveau facteur bouleverse complètement la donne : c’est l’émergence du Kurdistan irakien sur la scène pétrolière internationale. Dépossédés de l’exploitation du pétrole de Kirkouk par les régimes qui se sont succédé au pouvoir à Bagdad depuis la monarchie, les Kurdes ont vécu dans un « désert pétrolier » jusqu’au début des années 2000. Séduites par les accords de partage de production (Production Sharing Agreement, PSA) proposés par les Kurdes, les petites compagnies pétrolières se sont ensuite risquées au Kurdistan. Exclues par leur petite échelle des gisements géants du sud de l’Irak, elles n’avaient pas à redouter d’éventuelles représailles de Bagdad. Et la perspective de gagner 3 à 5 dollars par baril, au lieu d’un dollar dans le sud, et d’œuvrer dans un environnement sûr et amical, sans menace terroriste, avec un gouvernement qui ne considère pas les compagnies pétrolières comme un adversaire, ne pouvait que les séduire.

L’entrée en scène d’Exxon, en novembre 2011, est un coup de maître d’Ashti Hawrami, le ministre du pétrole d’Erbil et l’architecte de l’essor pétrolier du Kurdistan. L’arrivée du géant pétrolier américain – dont le chiffre d’affaires est équivalent au PIB de la Suisse – sur la scène pétrolière kurde irakienne, où il sera suivi par Chevron, Total et autres « majors », fait revoir tous les schémas sur l’avenir de la région. Aujourd’hui de 250.000 barils/jour, la capacité de production pétrolière du Kurdistan devrait atteindre 1 Million de barils/jour en 2015, et 3 Millions b/j en 2020.


L’indépendance du Kurdistan sera-t-elle l’aboutissement de l’implosion de l’Irak, déchiré par un conflit de plus en plus violent entre sunnites et chiites, ou le résultat de l’émergence irrésistible d’un nouvel émirat pétrolier ? Se fera-t-elle en douceur, avec l’accord de Bagdad, ou dans le sang, contre Bagdad ? Elle est en tout cas inéluctable.

A moins qu’un de ces bouleversements dont le Moyen-Orient est familier ne vienne une fois de plus anéantir les espoirs des Kurdes.

(Inédit, Mars 2013)

 

 

 

 

postmaster@chris-kutschera.com

ENGLISH

 

 

 

 

AFRICA-ASIA

EUROPE

KURDISTAN

MIDDLE-EAST

 

 

 

 

Kurde chassé de Mardin par la guerre

Kurdistan Turquie

 

Lac Atitlan

Guatemala

 

ilot de sable et boutre

Iles Dalak, Erythrée

 

chercheuse d'émeraudes

Mines d'émeraudes de Muzo, Colombie

 

couv 40

Defi Kurde

 

Mvt turc

 

couv 40

 
Droits de Reproduction strictement réservés © Chris Kutschera 2013