CHRIS KUTSCHERA 40 ANS DE REPORTAGE (Textes et Photos)

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ERYTHREE: Chou-Chou, portrait d'une combattante

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Famille de réfugiés afghans en Iran

Réfugiés afghans, Iran

 

Ibrahim Rugova

Ibrahim Rugova

 

Dernière photo d'Ocalan libre, Rome, 3 janvier 1999

A.Ocalan

Vue aérienne de plate-forme pétrolière en cours de construction

Pétrole, Ecosse

couv 40

Chou ChouChou-Chou est née en 1957 dans le sud de l’Ethiopie, où son père, un Erythréen, a longtemps travaillé comme infirmier dans un hôpital, avant de devenir un “médecin aux pieds nus”. Faisant de longues tournées dans les villages, il était souvent absent. À l’école, dans la rue, Chou-Chou parlait l’Oromo, la langue de cette région de l’Ethiopie. Ses parents n’étaient pas des nationalistes militants, mais elle savait qu’elle était Erythréenne, et sa mère chantait souvent une chanson pleine de nostalgie:

“si je retourne dans mon pays,

“si je suis vraiment un être humain,

“je préfère manger des fruits sauvages...

Un incident, à l’école primaire, lui fait prendre conscience brutalement de son identité, et de la façon dont elle était réprimée par les Ethiopiens. Un jour, elle était en classe terminale, l’instituteur fait son cours sur l’histoire de la colonisation de l’Ethiopie par les Italiens. Il souligne que les Ethiopiens se sont battus comme des héros, et sont venus à bout du fascisme italien. Mais, ajoute l’instituteur, les Erythréens, eux, ne se sont pas battus pour empêcher les Italiens d’occuper le pays; et ils les ont même aidés en leur fournissant des vivres et en se battant dans les rangs de l’armée italienne.

 

Chou Chou avec combattantsTu es une fille de traître

À la sortie du cours, un de ses camarades insulte Chou-Chou en lui disant: “Tu es une fille de traître!” Chou-Chou se jette sur lui et lui donne un coup de poing sur le nez! Bientôt la bagarre est générale. Le directeur convoque Chou-Chou, qui lui explique ce qui s’est passé: “Je lui ai dit que si quelqu’un recommençait à insulter mon père ou ma mère, je ferais la même chose”. “Et pour la première fois je me suis demandé: qui suis-je”?

En 1973 ses parents viennent vivre à Addis-Abbeba, la capitale de l’Ethiopie, pour que Chou-Chou puisse poursuivre ses études dans une école secondaire. C’est l’époque de la révolution: Addis-Abbeba est en pleine ébullition, Chou-Chou participe aux nombreuses manifestations étudiantes. Elle entend parler des maquis érythréens par des camarades de lycée, et par son plus jeune frère; elle apprend qu’il y a deux organisations, le FLE qui est un mouvement “réactionnaire”, et le FPLE, qui est, lui, un mouvement “progressiste”, qui se bat pour l’autodétermination de l’Erythrée. Chou-Chou décide de partir au maquis: “Mon comportement était très spontané, raconte Chou-Chou: j’avais vu quelques cassettes vidéo sur les maquis, je voulais me battre aussi”.

Chou Chou a la porte de sa maisonPremière tentative pour rallier le maquis

Cela lui est d’autant plus facile qu’elle s’est enrôlée dans les “brigades d’alphabétisation”, et qu’elle est envoyée dans une petite ville près de Gondar, au nord de l’Ethiopie, pas très loin de la frontière soudanaise. Elle fait une première tentative pour s’enfuir au Soudan, mais la place qu’elle avait réservée dans l’autobus est donnée à quelqu’un d’autre: elle apprendra plus tard que tous les passagers du bus ont été tués par des partisans de l’empereur Hailé Selassié qui tenaient le maquis!

Elle fait une deuxième tentative; au début tout se passe bien, et miracle, elle tombe à la frontière sur un officier Oromo, avec lequel elle parle dans sa langue: il ne la laisse pas passer, mais il ne l’arrête pas.

La troisième tentative, avec un contrebandier, est la  bonne. Elle passe la frontière sans encombre, et arrive à Gedaref: au Soudan, les femmes n’ont pas le droit de venir seules dans un hôtel alors, elle se fait passer pour un garçon! Fluette, les cheveux courts, bouclés, elle peut donner l’illusion.

Mais le patron de l’hôtel découvre son subterfuge, et il lui dit de partir à l’aube avant que la police ne vienne: elle passe deux semaines à Khartoum dans une semi-clandestinité, et rejoint enfin les maquis en Erythrée, en décembre 1976. Elle avait 19 ans.

“J’arrive dans le maquis, le 25 décembre 1976, je n’oublierai jamais cette date, c’était un mercredi. Il y avait un spectacle culturel avec 400 filles: j’ai pleuré quand j’ai vu cela, parce que le gouvernement éthiopien était arrivé à nous convaincre, avec sa propagande, que les maquis érythréens étaient finis, que les combattants mangeaient de l’herbe,etc”.

Chou-Chou rejoint une escouade de jeunes filles suivant un entraînement militaire et politique: 95 % de ces filles n’avaient pas fait d’études, elles avaient travaillé dans de petits ateliers, ou étaient des villageoises, des paysannes. Comme elles avaient commencé 4 mois plus tôt, Chou-Chou doit travailler double, s’entraînant pendant les heures de repos pour rattraper son retard. Elle doit tout d’abord commencer par apprendre sa langue: elle ne sait pas le Tigrynia, et deux de ses camarades le lui apprennent peu à peu, en traduisant pour elle les cours d’éducation politique et d’histoire... Pendant 5 mois, Chou-Chou apprend à marcher au pas, à présenter les armes, tout ça avec, pour tout fusil, un morceau de bois! Ensuite, elle apprend à utiliser de vraies armes, la fameuse Kalachnikov qui équipe tous les combattants du FPLE, mais aussi le M14, le M16, le Bren, et d’autres armes. Elle apprend aussi à construire sa maison -- une hutte de pierre ou de bois. Elle apprend à cuire sa nourriture, la ration de sa section. Elle s’adapte à sa nouvelle vie, très spartiate: les combattants dorment sur une couverture, sur un châlit de pierres plates... en gardant, malgré la chaleur, souvent très élevée, leurs sandales en plastique.

La culture des combattants

Elle doit aussi s’initier à la culture des combattants: “souvent, j’appréciais assez mal leurs plaisanteries, j’étais la seule à ne pas rire”! Mais à part ces détails Chou-Chou aimait beaucoup sa nouvelle vie: “Plus j’apprenais l’histoire de l’Erythrée, plus je me disais que j’avais eu raison de prendre cette décision... et toutes mes discussions avec les autres filles, qui avaient eu une expérience plus ou moins similaire, me confirmaient que mon choix avait été le bon”. À la fin de son entraînement, Chou-Chou et ses camarades tirent au sort leur affectation; sur les 400 filles, deux cents sont envoyées au front, les autres vont dans l’administration. Chou-Chou tire un “mauvais” papier: elle est nommée professeur à l’école Zéro (c’est son nom!), où elle doit enseigner l’anglais et la gymnastique: “Je n’étais pas heureuse du tout, je voulais aller au front, je voulais me battre”. Après avoir enseigné pendant deux ans, elle part enfin au front, en 1979.

“C’était après le “repli stratégique” de 1978 (quand le FPLE s’est replié dans son bastion du Sahel). J’étais tellement heureuse de pouvoir enfin me battre. Je n’imaginais même pas que je survivrais: quand on rejoignait le maquis, on était vraiment prêt à donner sa vie. J’ai été envoyée dans le nord, à côté de Mersa Teklay. C’est là, au front, que j’ai appris ce qu’est l’amitié. Nous étions 15 dans notre section, dont 6 filles. On se disait tout le temps: non, laisse- faire ceci, ou cela à ta place... S’il n’y avait plus d’eau, on disait: non, merci, je n’ai pas soif...”.

La peur? “Peut-être que si j’avais été seule, j’aurais eu peur, je ne sais pas... Mais quand je partais au combat avec mon unité, je n’avais pas peur: je savais que je n’étais pas seule: si l’un de nous tombait, il n’était pas abandonné...

Peut-être que le reste de la section continuait d’avancer, mais il y avait au moins deux camarades qui s’arrêtaient, qui prenaient soin de vous. Et quand j’ai vu mon premier mort, un de mes amis, ça m’a donné plus de courage pour me battre”.

Jusqu’en 1977, les combattants n’avaient pas le droit de se marier. De toute façon, quand deux combattants s’aimaient, leurs camarades se disaient: “comment peuvent-ils penser à cela?” Ils eurent le droit de se marier à partir de 1978, mais comme l’explique Chou-Chou, “tomber amoureux n’était pas notre première priorité. Notre priorité, c’était: nous battre, pas seulement tirer avec un fusil, mais aussi nous battre pour la transformation de la société... Personnellement, je les aimais tous comme des amis, je prenais soin d’eux. Mais aucun ne m’attirait plus spécialement...”

Mais fin 1980, Chou-Chou est amoureuse d’un combattant, qu’elle a épousé en septembre 1987 après avoir vécu 5 ans avec lui: “Mon mariage?” Elle raconte avec un grand éclat de rire: “Nous avons signé un papier au bureau des affaires sociales, on a pris une photo de nous, et ... c’était fini: si, nous avons fait une petite fête avec une demie-douzaine d’amis de l’école et de l’hôpital; nous avons mangé de l’injera (galette de sorgho) et bu de la Soua (boisson fermentée légèrement alcoolisée), et dansé. Nous avons eu un mois de congé, et nous sommes repartis chacun à notre poste. À part ces vacances, le plus que nous ayons passé ensemble, pendant une année entière, ce fut... sept heures”...

Lors d’une rencontre dans le Sahel, après la victoire d’Afabet, en 1988, Chou-Chou déclare avec assurance: “Ma conviction, c’est qu’un jour l’Erythrée sera libre... je sais que ce ne sera pas facile. Notre vie est dure... Mais je suis prête à passer le reste de ma vie, s’il le faut,  au milieu de ces pierres, dans le Sahel: et si je meurs, mon corps ne sera pas enterré ailleurs; c’est pour cela que je suis venue ici. Sinon, j’aurais émigré, aux Etats-Unis ou ailleurs”...

Trois ans plus tard, en 1991, les Erythréens ont gagné.  Mais la victoire a un goût un peu amer: Chou-Chou a retrouvé sa mère; mais pas son père, ni un de ses frères: ils ont été tués en 1978, pendant la Terreur Rouge. Sa famille était relativement aisée; son père possédait une petite ferme: ils ont tout perdu. Sa mère vit aujourd’hui dans un petit appartement loué à Addis-Abbeba. Chou-Chou travaille pour la nouvelle administration érythréenne, sans salaire: “Je n’ai pas le choix, il faut continuer: quand on veut quelque chose, il faut aller jusqu’au bout. Sinon, on aurait toujours un sentiment de culpabilité”

(Cosmopolitan, Octobre 1998, Extraits)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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